La émouna après la venue du machia’h

+ La émouna après la venue du machia’h :

-> « La émouna étant une mitsva de la Torah, elle perdurera [toujours] en tant que telle.
Et si, même à l’époque du machia’h, il nous faudra encore « croire », c’est la preuve que nous ne comprendrons pas tout et que nous serons encore tenus d’entretenir une émouna dépassant la raison.

Si l’on y réfléchit bien, on s’apercevra qu’il ne peut en être autrement. En effet, la émouna signifie croire en une chose que notre intellect ne peut percevoir, puisque nul ne peut « comprendre » une chose qui dépasse son entendement.
Il est donc impossible que l’on parvienne un jour à saisir ces notions qui échappent à nos capacités intellectuelles.

De ce fait, le Beit haLévi (fin de la paracha Bo) écrit que celui qui n’accepte de croire qu’en ce qui est prouvé et démontré n’accomplit absolument pas la mitsva de émoua. »

[rabbi Its’hak Zéev Soloveitchik (le rav de Brisk) – rapporté par le rav Raphaël Shapira – (Chaaré Torah)]

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-> Tout ce que notre entendement perçoit intellectuellement relève du domaine du savoir, et non de la émouna.
Le devoir de « croire » commence quant à lui à l’endroit où l’intelligence humaine atteint ses limites
[rav ‘Haïm Soloveitchik]

-> Son fils, le rav de Birsk, explique :
L’intellect humain ne peut saisir que les notions limitées dans l’espace et le temps. Tout ce qui échappe à ces 2 concepts n’est pas perceptible par notre intellect.
Or, l’essence Divine se place bien au-dessus! Elle n’est limitée ni dans l’espace ni dans le temps.

L’entendement humain n’ayant pas accès à ces dimensions, débute alors le devoir d’émouna.

« Pourquoi le 2e Temple a-t-il été détruit ?
Les juifs n’étaient ils pas versés dans la Torah, les mitsvot et les bonnes actions?

[Le 2e Temple a été détruit] parce qu’il y avait une haine gratuite entre les juifs (sinat ‘hinam).
Ceci nous montre que la haine gratuite équivaut aux 3 transgressions majeures [qui causèrent la destruction du 1er Temple] : l’idolâtrie, l’immoralité et le meurtre. »
[guémara Yoma 9b]

[on se dit : Ce n’est pas si grave, ce n’est que de simples paroles, ça n’a jamais tué personne! On a le droit de s’amuser un peu! Tout le monde agit ainsi! …
Pourtant, une simple parole de haine gratuite est plus grave que le cumul des 3 fautes majeures : l’idolâtrie, l’immoralité et le meurtre.]

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-> On traduit généralement la « sinat ‘hinam » par : la haine gratuite, qui ne se base sur aucune raison.
Mais est-ce qu’on en vient à haïr quelqu’un sans aucune raison?
En effet, il y a forcément quelque chose qui a déclenché ce ressentiment de haine.

=> Ainsi, le rav David Hoffman affirme que nous devons plutôt traduire la « sinat ‘hinam » par : « la haine sans bonne raison ».

En partant de cela on peut comprendre les paroles du Sfat Emet (Roch Hachana 5641) ainsi : « Puisque le Temple a été détruit à cause de la haine sans raison valable (sinat ‘hinam), il sera, si D. le veut, reconstruit par l’amour du prochain sans raison valable (aavat ‘hinam). »

[Nous ne devons pas attendre d’avoir une bonne raison pour en venir à exprimer notre amour, respect, bonté à notre prochain juif.]

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-> A propos de la haine, rapportons par exemple que la Torah écrit : « Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur » (Kédochim 19,17).

Le Baal Chem Tov commente :
« Celui qui haït un juif, même si c’est uniquement en son cœur, même si sa haine n’entraîne aucune nuisance à autrui, et même s’il ne parle pas en mal de lui, et bien par cela (haïr en pensée un juif) il transgresse un commandement négatif [de la Torah]. »

=> Combien nous devons empêcher tout sentiment de haine envers un autre juif, de rien que de traverser notre esprit!

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-> Rabi Dov Brezak insiste sur l’importance du rôle des parents qui doivent tellement combler leurs enfants d’amour sincère qu’ils en auront assez pour en donner à autrui.

[En effet :
– Un enfant qui n’a pas assez d’amour va être dans une démarche de le rechercher, de le prendre chez autrui.
Au lieu d’être lui même, il va être un drogué de l’amour donné par son entourage, et il peut être tellement en état de manque que lorsque cela ne se passe pas comme il le désire, il va alors développer de la « sinat ‘hinam ».

– Un enfant qui a reçu beaucoup d’amour possède un réservoir de « aavat ‘hinam », et à l’image de ses parents il souhaite devenir un arrosoir d’amour à autrui. ]

« Pourquoi est-ce que nous attendons le machia’h?

Est-ce parce que nous avons besoin de subsistance (parnassa)? Afin d’être guéri d’une maladie? Pour avoir de la satisfaction chez nos enfants? Afin qu’un membre de notre famille puisse trouver son conjoint(e)? …

Non!
Hachem connait nos pensées les plus intérieures, et Il nous dit : « Je peux vous amener ces choses sans vous envoyer le machia’h! »

A la place, chacun de nous doit pleurer pour le manque de respect de Hachem (le kévod Chamayim), pour la douleur de la Présence Divine dans notre exil, et alors le machia’h viendra sûrement. »

[‘Hafets ‘Haïm – Séfer Méir Einé Israël 1,236]

[« Chaque génération qui ne voit pas la reconstruction du Temple est considérée comme si elle avait elle-même causé sa destruction. » (Yérouchalmi Yoma 1,1), et elle fait ainsi que la Présence de Hachem est extrêmement cachée dans ce monde, entraînant un manque de respect énorme à Son honneur!
C’est sur ce constat que nous nous lamentons tout particulièrement le 9 Av.]

« N’allez pas vous imaginer que le machia’h doive faire des signes et des prodiges, qu’il doive changer l’ordre naturel des choses et ramener les morts à la vie ou d’autres miracles de ce genre. Il n’en est rien …

L’essentiel, c’est que le machia’h ne transformera pas notre religion en quoi que ce soit. La Torah que nous possédons, ses lois et ses commandements sont éternels, et ne changeront jamais. Rien n’y sera ajouté, ni retranché. »

[Rambam – Hilkhot Méla’him 11,3]

Dans notre génération, les prières doivent être très abondantes, car étant plus proche de la Délivrance finale, elles seront plus agrées que celles des premières générations.

[Rabbi de Loubavitch]

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-> Les gens pensent qu’ils prient face à D.
En vérité, la prière c’est l’Essence même de D.
[Rabbi Pin’has de Korets]

-> La prière est la colonne vertébrale du juif.
[Rabbi Rachab – le 5e Rabbi de ‘Habad]

Lorsque machia’h arrivera, la terre et les pierres, sur lesquelles on aura marché durant l’exil, s’exprimeront et accuseront alors : « De quel droit avez-vous marché sur nous sans avoir prononcé des paroles de Torah? »

[Rabbi Rayats – le 6e Rabbi de ‘Habad]

Nous vivons les derniers moments de l’exil. Le plus gros du travail ayant déjà été accompli.
Faire preuve d’amour gratuit pour un autre juif, c’est un avant-goût de l’époque du machia’h.
[…]
Chaque juif, homme, femme, enfant, doit se poser la question suivante : « Que fais-je et qu’ai-je fait pour éliminer ces souffrances [liées à la venue du machia’h] et pour mériter la guéoula? »
[Rabbi de Loubavitch]

-> Hormis la prière, l’étude [et les bonnes actions], D. attend de chaque juif un soupir du cœur exprimant une attente [sincère] de la Délivrance.
[Rabbi Shlomo de Karlin]

[trop souvent nos lèvres bougent, et notre cœur reste immobile/insensible …]

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-> Il convient de se tenir prêt pour la Délivrance, comme si l’on attendait un être cher.
Qui sait? Peut-être se tient-il déjà derrière notre porte …
[‘Hafets ‘Haïm]

-> Il faut penser au machia’h, en parler et lors de son arrivée, il exprimera alors lui-même sa reconnaissance.
[Rabbi de Loubavitch]

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-> Quand un train s’approche d’une gare, les rails se multiplient.
Le conducteur doit alors être vigilant afin de ne pas se tromper de voie, ce qui pourrait provoquer un grave accident.

Avant la venue du machia’h, beaucoup de voies s’offriront à l’homme. Là aussi, la prudence s’imposera pour choisir la meilleure.
[Rabbi Rayats – le 6e Rabbi de ‘Habad]

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-> Comment machia’h peut-il venir dans une génération aussi médiocre que la nôtre alors qu’il n’est pas venu à l’époque des grands Maîtres du Talmud?

Le rabbi Schmelke de Nikolsbourg a répondu à cette question d’un de ses ‘hassidim :
« On peut comparer cela à un roi qui assiège une ville très puissante. La bataille est rude et au final, il ne reste que des ruines.
Alors, de simples ouvriers déblayent le terrain et permettent ainsi un passage pour le roi.
Notre travail est de déblayer le terrain après le prodigieux travail des générations précédentes ».