-> La mort est définie par le Zohar (Béréchit 57b) comme la séparation de l'âme et du corps.
L'âme retourne alors à sa source originelle tandis que le corps retourne à la terre, comme il est écrit : "Car poussière tu es et à la poussiere tu retourneras" (Béréchit 3,19).
=> Pourquoi le corps et l'âme doivent-ils se séparer ?
-> Le Arizal (séfer haLikoutim - Béréchit) explique qu'avant la faute commise avec l'Arbre de la connaissance, il émanait de Adam Harichon une lumière provenant des mondes supérieurs ; elle formait son vêtement spirituel, à savoir son enveloppe corporelle.
Cependant, après la faute, cette lumière se retira et Adam se trouva soudainement dépossédé de toute enveloppe corporelle, ainsi que le rapporte le Zohar (Béréchit 36b).
Depuis, l'homme, qui a été atteint par la souillure du serpent, hérita d'une nouvelle enveloppe corporelle conçue à base de peau. C'est celle que nous connaissons aujourd'hui ; le corps matériel marqué par sa finitude. La mort a donc pour objectif de séparer l'homme de l'empreinte de la souillure du serpent qu'est le corps et de rhabiller l'âme de son enveloppe de lumière.
Ainsi, cette dernière pourra de nouveau se délecter de la Présence divine. En effet, il est absolument impossible de pouvoir se présenter devant le Roi des rois, Hachem, avec un habit entaché d'une quelconque transgression (voir Shabbath 152b)
Le corps retournera donc à la poussière, dans le but bienfaiteur de nettoyer sa part dans la faute d'Adam Harichon et de se séparer définitivement de l'emprise du serpent originel. (Arizal - séfer haLikoutim - Vayé'hi)
La mort est en définitif une expiation de la faute originelle.
[4 personnes sont mortes sans avoir fauté eux-même, uniquement en raison de la faute originelle d'Adam (qui comprenait toutes les âmes juives) : Binyamin le fils de Yaakov, Amram le père de Moché, Ichaï père de David, et Kilav le fils de David - guémara Shabbath 55b]
Nos Sages (Pessa'him 54b) enseignent que l'homme ignore le jour de sa mort.
Cela lui permet de faire téchouva. Shabbath 157a)
Même le roi David demanda à Hachem quel sera le jour de sa mort mais Hachem refusa de le lui dévoiler. Après avoir insisté, Hachem lui dévoila seulement quel jour de la semaine il devra rendre son âme. Il s'agissait du jour de Shabbat. (Shabbath 30a)
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=> Qui inflige la mort?
-> Nos Sages (Baba Batra 16a) enseignent que le Satan incarne plusieurs personnages : il est l'accusateur qui provoque la colère divine contre les fauteurs, il est le mauvais penchant qui incite les hommes à la faute et il est l'ange de la mort qui exécute les fauteurs.
Ainsi, il trompe l'homme, l'entraîne à la transgression puis l'accuse devant Hachem et ensuite le tue.
-> Nos Sages disent au sujet de l'ange de la mort "qu'il est entièrement couvert de yeux".
Il voit partout, en tout temps, d'un bout à l'autre du monde, contrairement aux mortels à qui il suffit de fermer les yeux pour qu'ils ne puissent plus voir.
Au moment où le malade doit mourir, l'ange de la mort se tient debout, au-dessus de sa tête. Il tient dans sa main une épée, à l'extrémité de laquelle une goutte de poison est suspendue. Lorsque le malade voit l'ange de la mort, une grande terreur s'empare de lui. Il ouvre alors la bouche et y reçoit la goutte de poison, ce qui le fait mourir. Le poison entraînera sa putréfaction et sa face deviendra verte. [guémara Avoda Zara 20b;70b]
-> Le Zohar ('hadach 101b) écrit que le cadavre n'est jamais seul ; il est toujours accompagné par l'ange préposé au cimetière.
Sur ce, le Réchit 'Hokhma (chaar ayir'a - chap.12) explique qu'il s'agit de l'ange de la mort.
-> Le Arizal (Likouté Torah - Michlé siman 7) précise que le Satan possède 613 yeux, correspondant aux 613 commandements qui sont du côté de la sainteté. Ainsi, lorsque l'homme transgresse un commandement, il endommage un œil du mauvais penchant.
Lorsque l'homme doit mourir, il aperçoit l'ange de la mort avec une multitude de yeux crevés; ce dernier, avec ses blessures, justifie ainsi son jugement.
C'est à ce moment-là que le mourant ouvre sa bouche et qu'une goutte de poison le tue.
-> Il est rapporté dans le Zohar (Lé'h Lé'ha 79b) qu'après la mort, le Samaël (ס"ם - l'ange du mal) est accompagné par trois créatures : l'une compte les mérites, l'autre compte les transgressions et la troisième compte les moments qui ont été ôtés de sa vie.
Ainsi, lorsqu'une personne meurt, elle doit être enterrée le plus rapidement possible, et idéalement si cela est réalisable le jour même. (Zohar - Térouma 141a)
En effet, Hachem peut décréter une réincarnation immédiate pour le bien du défunt afin que ce dernier puisse apporter une réparation à son âme.
Il est à rappeler que l'âme ne peut pas se réincarner dans un autre corps tant que le premier corps n'est pas enterré. (Zohar - Emor 88b)
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+ Les sept rigueurs de la mort :
-> Il est rapporté dans le Zohar que l'homme doit subir 7 dinim (rigueurs) lorsqu'il quitte le monde ici-bas. Ils viennent purifier l'homme et le nettoyer de tous ses défauts. Chacun d'entre eux sera ainsi nécessaire pour purifier et nettoyer les différentes fautes commises.
1°/ Le premier din est la mort elle-même, c'est-à-dire la forme par laquelle l'âme va quitter le corps.
En effet, il existe 903 sortes de morts qui ont été créés dans le monde comme il est écrit : "Hachem a plusieurs chemins vers la mort" (Adonaï lamavét totsaot -- Téhilim 68,21).
Le mot תֹּצָאוֹת (totsaot) a une valeur numérique de 903.
La mort la plus difficile de toutes est la mort causée par la diphtérie qui entraine une agonie lente et douloureuse, tandis que celle qui est la plus douce est le néchika, le baiser divin. (Béra'hot 8a)
Le type de mort dépendra de la réparation des incarnations précédentes. (Chaar hakavanot 2b)
2°/ Le deuxième din est celui de la publication de ses actes et de ses paroles ; ils défilent devant le défunt et s'exprime à son propos.
3°/ Le troisième din est l'entrée du corps dans la tombe.
4°/ Le quatrième din est celui qui est appelé 'hibout hakever, les souffrances de la tombe.
5°/ Le cinquième din est celui des vers et de la vermine.
6°/ Le sixième din est celui du guéhinam.
7°/ Le septième din est l'exil de l'âme qui ne sait pas comment trouver son repos tant qu'elle n'a pas été épurée de ses fautes. C'est la raison pour laquelle l'homme doit toujours être sur ses gardes et attentifs aux actes qu'il commet.
Il peut en effet arriver que des actes qui lui semblent bons et justes contiennent une faute. Cela oblige l'âme à retourner se présenter devant le Créateur sur tout ce qu'elle a pu entreprendre contre Sa volonté. [Zohar - Vayakel 199b]
[après avoir passé les 7 étapes de rigueur, l'âme pourra se réjouir et se délecter dans le fan Eden à la place de son repos. ]
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-> "Soi très très humble car l'espoir de l'homme est de devenir de la vermine"
[rabbi Lévitas de Yavné - Pirké Avot 4,4]
-> Le Zohar ('Hadach 23b) nous rapporte :
"Tant que le corps n'a pas été décomposé par la terre dans la tombe, la rigueur est établie sur le corps et l'âme. Ce n'est que lorsque le corps est désintégré que la rigueur retire son emprise également sur l'âme ...
Combien il est appréciable de voir la différence entre les justes (tsadikim) et les réchaïm, entre la désintégration rapide du corps et sa désintégration lente. Il n'y a pas un seul juste dans le monde qui échappe à la rigueur de la tombe, quand bien même il serait un juste parfait.
C'est seulement lorsque le corps se désintègre que la stricte rigueur devient silencieuse."
-> Il arriva que des hommes qui travaillaient pour Rav Na'hman creusèrent sous terre. Ils tombèrent incidemment sur un corps, celui de Rabbi A'haï bar Yochia, un Tana décédé plusieurs générations auparavant. Ayant été dérangé dans sa tombe, le corps de Rabbi A'hai bar Yochia protesta contre les ouvriers.
Effrayés, ces derniers vinrent et dirent à Rav Na'hman : "Un homme mort à grogné contre nous!"
Il vint alors sur la tombe et demanda au corps : "Qui es-tu?". Le corps répondit: « Je suis le corps de A'hai bar Yochia".
Rav Na'hman lui demanda : "Comment se fait-il que ton corps ne soit pas décomposé? Rav Mari n'a-t-il pas enseigné : même les corps des justes sont destinés à devenir de la poussière dans la tombe?"
Il lui répondit : "Qui est ce Mari que tu cites? Je ne le connais pas et je n'accorde aucune importance à ses paroles."
Rav Na'hman rétorqua : "Pourtant, c'est l'inverse de l'Ecriture qui déclare exactement la même chose : "La poussière retourna à la terre comme elle était" (Yéchayahou 57,2).
Le corps de Rabbi A'haï bar Yochia répondit : celui qui t'a enseigné Kohélet ne t'a pas enseigné le livre des Michlé car tu sembles ignorer qu'il est écrit : "La décomposition des os est causée par la jalousie" (Michlé 14,30).
Rav Na'hman tendit sa main et constata qu'il y avait de la matière. Il dit alors : "Puisque ton corps est de toute évidence intact, que le maître se lève et vienne dans ma maison".
Il répondit : "A présent, il est évident que tu ignores non seulement les écrits de Michlé (les Proverbes) mais tu n'as même pas lu les Névi'im (les Prophètes) car il est écrit là-bas : "Et vous saurez que Je suis Hachem quand J'ouvrirai vos tombes" (Yé'hezkiel 37,13).
En d'autres termes, seul Hachem peut faire sortir les morts de leurs tombes.
Rav Na'hman lui dit : "Et pourtant, il est écrit : "Car tu es poussière et à la poussière tu retourneras" (Béréchit 3,19)?
En d'autres termes, toute personne, indépendamment du fait qu'elle ait pu éprouver de la jalousie au cours de sa vie, devient poussière après la mort. Pourquoi alors son corps est-il resté intact?
Le corps du défunt lui répondit : "Ce verset parle de ce qui aura lieu à l'époque messianique, un instant avant la résurrection des morts".
[guémara Shabbath 152b]
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=> Le corps des tsadikim se désintègre-t-il réellement après la mort?
-> Le Zohar (Térouma 121a ; Vayakel 214b) fait plutôt une distinction parmi les Justes : seuls ceux qui font partie des piliers du monde ont la capacité d'élever leur âme jusqu'au Gan Eden sans que leur corps ne se décompose. Toutefois, ils sont très peu nombreux. Heureux la part de leur corps dans ce monde ici-bas et heureux la part de leur âme dans le monde futur.
Il découle de ces enseignements que seule une poignée de Justes (tsadikim) qui sont les piliers du monde n'ont pas besoin de passer par la décomposition de leur corps pour que l'attribut de rigueur se retire. Ils peuvent s'élever au Gan Eden directement.
Cependant, la grande majorité des êtres humains, qu'ils soient tsadikim ou réchaïm, devront passer par l'étape de la désintégration de leur corps pour pouvoir accéder au Gan Eden.
-> Il est à noter cependant qu'on ne peut pas comparer les ossements d'un juste et les ossements d'un impie. Bien qu'après la décomposition de la chair, il n'y ait plus de différence entre eux, les Sages ont déjà enseigné que les fautes s'inscrivent sur les ossements de l'homme. [Tikouné Zohar 139b]
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-> Nos Sages s'interrogent sur les souffrances du corps après la mort.
À ce propos il est écrit : "Mais sa chair lui a fait mal et son esprit s'en inflige" (Iyov 14,22).
Rabbi Its'hak interprète ce verset de la manière suivante : la vermine est aussi pénible pour le mort qu'une aiguille sur la chair d'un vivant. (Béra'hot 18b ; Shabbath 13b)
Il est également rapporté que celui qui multiplie la chair multipliera les vers (Pirké Avot 2,7).
Il s'agit de celui qui multiplie les mets et les boissons, au point de devenir obèse. Par conséquent, la vermine sera en quantité dans la tombe. (Zohar 'hadach 23b)
D'après ces enseignements, les décisionnaires demandent s'il est permis de mettre de la chaux sur le corps du défunt pour accélérer sa décomposition? Cela risque-t-il de faire honte aux défunts? Cela va-t-il lui causer plus de souffrance?
Le Rachba écrit qu'il est permis d'accélérer la décomposition du corps ; il soutient que le défunt ne connait ni honte ni souffrance corporelle après la mort.
Cependant, Tossefot Yom Tov nous avertit que bien que le corps du défunt ne ressente aucune souffrance, son âme quant à elle souffre de la vision de la décomposition de son corps. C'est également l'avis du séfer 'Hassidim (siman תתשסג).
[on peut éventuellement être d'avis que cela renvoie à l'idée suivante : la souffrance après notre mort est proportionnelle avec l'importance que nous accordions à la matérialité de notre vivant. Plus nous y donnions de l'importance, plus cela nous sera douloureux de la voir se décomposer (et inversement).
Plus nous sommes liés à la matérialité, plus nous pouvons souffrir pour nous en séparer et entrer dans une réalité entièrement spirituelle. ]