Lorsque la Torah traite de la génération qui a construit la tour de Bavél en se rebellant contre Hachem (la Dor Haflaga), c’est uniquement le nom Divin « Havaya » (יהוה) qui est utilisé dans ce passage.
Cela est surprenant car c’est le Nom d’Hachem qui est associé à la compassion, à la miséricorde.

La raison est que bien que ces personnes rejetaient et se rebellaient [de toutes leurs forces] contre Hachem, Hachem avait quand même de la compassion pour eux car ils n’étaient pas mauvais les uns envers les autres.

Cependant, au sujet du Déluge (maboul), le nom « Elokim » (אלקים) est utilisé pendant la paracha.
C’est parce qu’ils fautaient envers leur prochain, par le vol et la corruption (vayimalé aarets ‘hamass).

Aux yeux d’Hachem, fauter envers son prochain est pire que de fauter envers Hachem.

[rabbi Elimélé’h Biderman]

[On apprend de là l’importance de ne pas fauter l’un l’autre (ben adam la’havéro), afin que D. puisse toujours se comporter envers nous avec miséricorde et non avec rigueur]

« Et voici comment tu feras : 300 coudées la longueur de l’Arche, 50 coudées sa largeur, et 30 coudées sa hauteur. Tu feras une fenêtre pour l’Arche et tu la termineras en haut [à la largeur] d’une coudée » (Noa’h 6,15-16)

-> Le Zohar haKadoch enseigne qu’avant la faute de manger du fruit de l’Arbre de la Connaissance, le serpent n’était connu que par la lettre : ‘hét (ח).
Après qu’il a réussi à pousser à la faute ‘Hava, Adam a ajouté à son nom la lettre : noun (נ) du Nom divin (אדני) et la lettre : shin (ש) de l’autre Nom divin (שדי -Sha-daï), le serpent devenant alors : נחש (na’hach).
Cela avait pour objectif de réduire son potentiel à amener le mal dans le monde.
De la même façon, l’ange Accusateur était connu à l’origine comme : סם (sam), et Adam lui a ajouté le Nom divin (אל – El) afin de neutraliser sa force, l’appelant : סמאל (SamaEl).

-> Le Mégued Yossef écrit au nom de son grand-père (élève du Baal Chem Tov) que durant un moment le plan d’Adam a parfaitement fonctionné.
Les ajouts des Noms divins ont contrôlé les forces du mal, permettant au monde de bien fonctionner pendant 9 générations.
Cependant, la génération de Noa’h a rempli le monde de vol (‘hamas – חמס), mot qui est une combinaison de ces 2 noms originels (le ח du serpent et le סם de l’ange accusateur).
[« Leur sort [de la génération du déluge] n’a été scellé qu’à cause du vol » – guémara Sanhédrin 108a]

Pour restaurer de la justice dans le monde, Hachem n’avait alors d’autre choix que diminuer la puissance de ce duo négatif.
Il a ordonné à Noa’h de construire une Arche qui mesurait :
– « 300 coudées la longueur » = lettre ש ;
– « 50 coudées sa largeur » = lettre נ
=> Cela correspond aux 2 lettres ajoutées au serpent pour qu’il devienne : na’hach (נחש).

– « 30 coudées sa hauteur » = lettre ל ;
– « Tu feras une fenêtre … d’une coudée » = lettre א
=> Cela correspond aux 2 lettres ajoutées à l’ange Accusateur pour qu’il devienne : SamaEl (סמאל).

==> L’Arche qui a été construite avec ces dimensions a permis à Noa’h de combattre le vol (חמס) qui était répandu à cette génération, et d’être sauvé du déluge.

[Source (b’h) : compilation et traduction personnelle d’un divré Torah du rav Ozer Alport]

« Noa’h lâcha la colombe pour voir si les eaux avaient baissé … La colombe revint vers lui, tenant dans son bec une feuille d’olivier fraîche. Et Noa’h sut que les eaux avaient baissé sur la terre » (Noa’h 8,11)

-> La période du Déluge fut pour Noa’h particulièrement éprouvante, comme nous l’apprenons du récit qu’en fit Chem, l’un de ses fils, à Eliézer le serviteur d’Avraham (cité dans la guémara Sanhédrin 108) :
« Nous éprouvions de grandes souffrances dans l’arche … Mon père découvrit un jour un phénix qui dormait dans une pièce retirée. Il lui demanda : « Pourquoi ne te nourris-tu pas? »
A quoi l’oiseau lui répondit : « J’ai vu que tu étais accablé de travail, et je me suis dit que je n’en avais pas besoin ».
Noa’h lui dit alors : « Tu as eu de la considération pour ma peine, que ce soit la volonté Divine que tu ne meures jamais ». »

=> Si telles étaient les difficultés qu’endura Noa’h dans l’arche (s’occupant 24h sur 24 pendant une année, des besoins spécifiques de tous les animaux du monde), pourquoi n’a-t-il pas béni davantage la colombe venue l’informer de la fin de son supplice?
Cette annonce ne méritait-elle pas tout au moins autant d’égards que ceux manifestés au phénix?

Nos Sages (midrach Béréchit rabba 33) nous révèlent que le terme particulier employé dans le verset concernant la colombe tenant (« taraf » – טָרָף) dans son bec une feuille d’olivier suggère une notion de meurtre, comme on le trouve dans cet autre verset : « Une bête féroce a dévoré [Yossef] » (tarof toraf Yossef – טָרֹף טֹרַף יוֹסֵף – Vayéchev 37,33).
Noa’h dit ainsi à la colombe : « Si tu n’avais brisé cet arbre, ton acte aurait été bien plus estimable ».

Ainsi, en dépit du caractère positif de son message, parce que la colombe le véhicula en portant atteinte, même faiblement à l’œuvre de la Création, Noa’h s’abstint de la bénir.
Par son annonce, elle aurait pu bénéficier d’une longévité éternelle.
Or, bien que l’intention de la colombe ait été d’accomplir scrupuleusement la mission confiée par Noa’h, apportant même une preuve à ses dires, il n’en demeure pas moins qu’ayant ôté la vie à cette feuille, elle freina le développement de son olivier.
C’est donc l’aspect « destructeur » de son acte qui la priva de la bénédiction de Noa’h.

=> Par conséquent, s’il en est ainsi des végétaux et des animaux, qui sont pourtant dénués de toute sagesse, à plus forte raison est-ce valable pour l’être humain, dont les capacités intellectuelles lui imposent d’être responsable de chacun de ses actes.
Et l’accomplissement de la plus importante mitsva ne saurait jamais justifier qu’il soit porté atteinte à l’une des valeurs de la Création, quand bien même celle-ci pourrait, à ses yeux sembler insignifiante.

[extrait du Yalkout Léka’h Tov]

La yéchiva de nos jours

+ La yéchiva de nos jours :

« Fais-toi une arche de bois de gofer » (Noa’h 6,14)

-> Le rav Its’hak Hutner (1906-1980) enseigne :
Les étudiants en yéchiva doivent prendre conscience du bonheur d’évoluer entre les murs d’un établissement de Torah, qui est aujourd’hui 1 000 fois supérieur à celui que connurent les générations passées.
[…]

L’âme de l’être humain ne peut supporter les situations de vide et de néant spirituels.
Par conséquent, si elle ne goûte pas aux richesses de la Torah, elle aspirera fatalement à combler son manque par d’autres expériences spirituelles, qui peuvent la conduire jusqu’à l’idolâtrie …

A 2 reprises la Torah s’étend dans la description de 2 différentes constructions : celle du Michkan du temps de Moché, et celle de l’arche de Noa’h.
La construction du Michkan survint à une période où le climat spirituel du monde était empli de sainteté. Cette abondance de sainteté exigeait qu’un emplacement lui soit consacré et un Sanctuaire fut donc construit dans ce but.
Inversement, l’arche fut construite à un moment où l’atmosphère spirituelle délétère conduisait au Déluge et à l’anéantissement de tout être.

C’est de cette manière que s’explique la profonde différence entre le monde des yéchivot, tel qu’on le connaît aujourd’hui et celui qui existait autrefois :
– dans les générations passées, la yéchiva était comme un Michkan au sein du peuple juif.
L’atmosphère spirituelle qui régnait alors était d’une grande intensité, et la yéchiva constituait le lieu vers lequel toute sainteté convergeait.
– de nos jours, la yéchiva se voit chargée d’une seconde fonction : elle est également devenue une « Arche spirituelle », permettant d’endiguer le « Déluge » d’hérésie qui inonde le monde.
Pour la 1ere fois dans l’histoire du peuple juif, ces établissements de Torah représentent une combinaison unique, puisqu’ils sont à la fois un Michkan et une arche.
Un Michkan dans lequel on goûte aux saveurs des mets les plus raffinés, et une arche dans laquelle on se protège des dangers extérieurs.

=> C’est la raison pour laquelle tout jeune élève, au moment où il rentre dans le cursus de l’étude à la yéchiva, doit être conscient de l’importance de son choix et éprouver une immense joie à l’idée d’y être accueilli.

[b’h, compilation personnelle issue du Yalkout Léka’h Tov]

« Toute créature avait perverti sa voie sur la terre » (Noa’h 6,12)

-> La guémara (Sanhédrin 108) nous enseigne qu’à l’époque précédant le Déluge, non seulement les êtres humains étaient corrompus, mais même le règne animal s’était alors dépravé, comme le sous-entend ce verset témoignant que : « toute créature pervertit sa voie ».

=> Comment comprendre une telle attitude chez les animaux, alors qu’ils sont, pour leur part, dénués de toute liberté de choix et n’agissent qu’instinctivement?

Le Beit haLévi (paracha Noa’h) enseigne :
« Par ses actions, l’homme a le pouvoir de créer et d’engendrer une seconde nature, notamment par la force de l’habitude. Par la suite, il sera entraîné et désirera assouvir cette nature qu’il a créée lui-même par ses actions antécédentes.
Même s’il sait dans son esprit, que ses actions ne sont pas bonnes, il ne pourra pas résister à cette nouvelle tendance.
Comme il est écrit : « leurs actions ne les ont pas laissés faire téchouva vers Hachem, car un esprit de débauche les habitait » (Ochéa 5,4).
En d’autres termes, ils ont enraciné en eux de nouvelles mauvaises racines desquelles ils étaient prisonniers. »

Comme l’enseigne le Gaon de Vilna (Pirké Avot chap.2 : ‘une mitsva entraîne une mitsva, une avéra entraîne une avéra’) = lorsqu’un homme réalise une bonne action, il créé un ange bénéfique qui ne le laissera tranquille que lorsqu’il aura accompli cette action une seconde fois ; c’est pour cette raison qu’une mitsva en entraîne une autre.
Inversement pour le mal.

-> Le Beit haLévi poursuit :
« Il faut également savoir que les actions de l’homme ont une influence sur tout l’environnement et sur tout le monde ici-bas ; pas seulement lorsqu’un homme agit en public, auquel cas l’influence est directe et logique, mais même s’il faute sans que personne ne le voie.
En effet, par le fait qu’il ait renforcé en lui son penchant, il renforce la présence de cette attirance dans sa génération et il l’enracine dans la nature de toutes les créatures qui l’entourent, ce qui rend tous ces coreligionnaires un peu plus attirés vers la faute qu’il a commise.
Cette influence extraordinaire des actions de l’homme concernant les autres hommes, concernant les animaux et même en ce qui concerne les minéraux et tous les objets qui nous entourent ».

-> En ce sens la Torah affirme plusieurs fois : « ils ont rendu impure la terre [d’Israël] par leurs actions » = ce qui signifie que l’impureté de la faute peut même être transmise à la terre, jusqu’à ce qu’elle « en vomisse ses habitants », pour reprendre les mots de la Torah.

Selon la guémara (Kidouchin 49b), chaque pays a des midot ou des tendances qui lui sont propres : « en Israël la sagesse, à Bavél l’orgueil, en Perse le courage, en Egypte la sorcellerie, en Arabie la débauche, à Michane l’effronterie ».
Le Beit haLévi commente : « C’est une chose qui ne peut pas être expliquée par les principes de la logique ou de l’intellect mais que l’on ressent très bien lorsqu’on arrive dans un pays qui a telle tendance ou une telle mida pour le bien comme pour le mal ; on se sent naturellement attiré par cette tendance, beaucoup plus que lorsqu’on habitait dans un pays voisin.

-> « Les pierres du mur vont cirer, les poutres en bois vont répondre » (‘Habakouk 2,11)
La guémara (Taanit 11a) écrit : à la fin des temps ce sont les poutres et les pierres de nos maisons qui viendront témoigner contre nous, de toutes nos actions.
Le Beit haLévi explique : « En réalité chacune de nos actions entraîne une transformation même dans le bois et dans la pierre quand bien même elle n’est pas visible à l’œil nu.
C’est pourquoi si nous savons distinguer ces influences, nous pourrions lire tous les détails de nos actions dans les pierres et dans les bois qui nous entourent.
Pour revenir à la génération du maboul, ils ont tellement renforcé la taava, la débauche, les mauvaises mœurs, à tel point qu’une nouvelle nature s’est créée et qu’elle a même imbibé les animaux et l’ensemble de la création ».

D’ailleurs, Rachi enseigne (Noa’h 6,13) qu’Hachem a non seulement détruit les hommes et les animaux, mais Il a également détruit 3 téfa’him (environ 30cm) de profondeurs sur tout l’ensemble du globe.

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-> « Si l’homme se laisse entraîner par les attraits de ce monde et qu’il s’éloigne de son Créateur, il détériore sa propre personne et le monde entier.
Mais s’il se domine et s’attache à son Créateur, s’il utilise ce monde-ci comme une aide dans le service de D., il s’élève lui-même et le monde entier s’élève avec lui. »
[Ram’hal – Messilat Yécharim]

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-> b’h, ce divré Torah, se poursuit ci-après : http://todahm.com/2020/07/21/14356-2

-> C’est ce que nos Sages appellent : « Din vé’Hechbon » (le jugement et le calcul) = c’est-à-dire que non seulement Hachem nous juge sur nos actions (din), mais Il fait également le calcul de toutes les influences et actions ou parts d’actions que nous avons provoquées dans le monde, dans notre génération ainsi que dans les générations futures (‘hechbon).

=> Avec tout cela, nous réalisons la portée des mitsvot : quel que soit le degré de son accomplissement, son impact contribue à sanctifier le monde entier.
Inversement, quel immense gouffre ouvre chaque faute commise, amenant avec elle un lot de désolations qui se répandent ici-bas.
Ces empreintes, positives comme néfastes, déteignent sur tous les domaines de la Création, depuis les hommes, les animaux jusqu’aux végétaux, car l’existence tout entière est tributaire des actions humaines.

[après notre mort, nous verrons l’impact en bien ou en mal de nos actions sur d’autres juifs, sur le monde en général. Nous devrons par exemple rendre des comptes sur les prières que nous n’avons pas faites et qui auraient pu changer le cours de l’Histoire juive, …]

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-> Le rav Yérou’ham Leibovitz (Chémini 9,23) écrit :
A la suite de la faute du Veau d’or, lorsqu’Aharon vit que la Présence Divine ne descendait pas, il en souffrit et n’accusa personne d’autre que lui, jusqu’à en éprouver de la honte, alors qu’en réalité, c’était le peuple qui avait fauté.

Il s’agit là d’un grand renforcement et d’une prise de conscience : lorsqu’un homme est confronté à une épreuve, il ne doit pas penser qu’il a pu fauter sans que personne ne l’ait vu, car Hachem l’observe constamment.
Il doit savoir que sa transgression peut causer un grand dommage, spirituel et matériel à tout le peuple, diminuer l’aide Divine qui protège chacun de la faute, et provoquer de nombreux malheurs et souffrances à tout le peuple.

[une personne « profite » sur le moment de sa faute, tandis qu’au final tout le peuple juif en paie le prix sans l’avoir accomplie et en avoir profité!
Tous les juifs sont liés les uns aux autres (le Ram’hal dit qu’il y a une partie de l’âme de chaque juif en chaque juif!). Ainsi, chacun de nos actes (même le plus simple) a un impact, sur tout le peuple juif vivant actuellement, à venir, et même les morts (qui sont jugés en fonction de leurs descendants).
Ainsi le destin de tout le peuple juif au travers toute l’Histoire est entre nos mains!]

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-> « Aime ton prochain comme toi-même : Je suis Hachem » (Kédochim 19,18)

Le rav El’hanan Wasserman explique :
A de nombreuses reprises, les notions de pureté et de sainteté sont évoquées dans la Torah.
Ces dernières sont source du bien, et ce sont elles qui permettent l’existence du monde.
A contrario, l’impureté est à l’origine du mal.

Lorsqu’un homme accomplit les mitsvot, il se purifie, et par là même augmente la sainteté ici-bas et permet au bien de s’y répandre.
Inversement, quand il commet un transgression, outre le fait qu’il devient impur, il accroît la force du mal et devient la cause d’un grand dommage dans le monde.

Celui qui aime son prochain, et aspire à lui procurer des bienfaits, accomplira toutes les mitsvot, y compris celles envers Hachem, et veillera à ne pas fauter : il sera ainsi source de bien pour le monde entier.

[cela donne un éclairage nouveau aux paroles de rabbi Akiva : « aime ton prochain comme toi-même : ceci est un principe fondamental de la Torah » ; ou bien de Rachi (guémara Shabbath 31) qui écrit que c’est sur cela que sont fondées la majorité des mitsvot (aimer son prochain comme soi-même).]

« La terre s’était corrompue devant Hachem, et elle s’était remplie d’iniquité » (Noa’h 6,11)

-> « La génération du Déluge ne s’emplit d’orgueil qu’à cause du grand bien que lui avait prodigué Hachem.
Qu’est-il dit à son sujet?
« Leurs maisons sont en paix, à l’abri de toute crainte » (Iyov 21,9) = c’est ce qui les incita à déclare à Hachem : « Laisse-nous, nous n’avons nulle envie de connaître Tes voies » (Iyov 21,14).

Ces hommes disaient : « Qu’avons-nous besoin de Lui, si ce n’est pour la pluie du ciel? Or, nous possédons des fleuves et des sources dont nous pouvons nous abreuver! »

Hachem déclara alors : « C’est par le bien que Je leur ai prodigué qu’ils provoquent Ma colère, et c’est par ce même bien que Je les punirai comme il est dit : « Voici, J’amènerai le Déluge d’eau » ; il est aussi dit : « Il mangera et il se rassasiera, et il se tournera vers d’autres divinités ». »
[guémara Sanhédrin 108]

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-> Le rav Yaakov Neuman (Darké Moussar) explique que tout homme sensé et profondément croyant ne peut que se renforcer davantage dans son service du Créateur lorsqu’il se voit comblé par la Providence Divine.

Le ‘Hovot haLévavot (chaar hakénia) énonce explicitement : « Lorsque Hachem prodigue à l’homme toutes sortes de biens en ce monde-ci, celui-ci se soumettra à Lui en vertu de sa gratitude : il se pliera devant D., de crainte que ces bienfaits ne deviennent prétexte à vengeance. »

Et de fait, tel que le monde fut conçu à l’origine, aucune commodité ne devait être refusée à l’être humain, l’aisance n’étant elle-même nullement sujette à corrompre la vocation de l’homme sur terre.

-> Le rav Neuman ajoute suivante l’idée très importante :
« Celui qui apprend à ne pas laisser les bienfaits matériels porter atteinte à son rôle en ce monde, saura se soumettre à la volonté du Créateur, en vertu du devoir impérieux de reconnaissance auquel il est alors appelé.
Comme un cercle bénéfique, cette attitude devient ensuite elle-même une raison pour que Hachem le comble à nouveau de bienfaits.
[…]

A l’inverse, un homme peut devenir orgueilleux face à l’abondance de ses biens, et en venir à oublier qui se tient derrière cette profusion de bonté …
C’est dans la mesure où l’homme refuse de reconnaître l’immense générosité du Créateur, qu’il se voit privé des avantages de ce monde.

Et si, le cas échéant, Hachem continue tout de même à faire preuve de bonté envers l’individu, celle-ci sera fatalement à son détriment, comme le suggère ce verset : « Il est un mal sous le soleil : c’est la richesse amassée pour le malheur de celui qui la possède » (Kohélét 5,12).

En conséquence du manque de discernement de cette génération, qui ne vit dans les bienfaits du Créateur qu’un prétexte pour s’enorgueillir davantage, Hachem les anéantit dans le flot des eaux du Déluge.

« La terre s’était corrompue devant Hachem » (Noa’h 6,11)

-> La faute de la génération de Noa’h était qu’ils ont mis la terre avant Hachem.
Ils ont fait du terrestre le principal, et de Hachem le secondaire.

[rabbi Dov Ber de Mézéritch]

« Hachem descendit voir la ville et la tour qu’avaient construites les hommes » (Noa’h 11,5)

=> Pourquoi la Torah ne dit-elle pas qu’Hachem descendit voir les hommes, plutôt que la ville?

En réalité, cette génération (qui construisit la tour de Bavel) recherchait à éloigner la Présence d’Hachem de là où ils vivaient. Ils préféraient vivre dans l’obscurité, sans Hachem. Ils désiraient le retrait de la Providence Divine.
Ainsi, quand Hachem  »descendit » voir la ville, c’est-à-dire qu’Il se dévoila justement dans le lieu où ils vivaient, alors ils en furent perturbés.
Telle était leur sanction, de constater le dévoilement de la Présence Divine, mesure pour mesure, pour avoir cherché son retrait.
[‘Hidouché Harim]

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[d’une certaine façon après notre mort, toute la Vérité sera claire devant nos yeux, et nous nous rendrons compte d’à quel point nous avons préféré dissimuler Hachem pour mieux faire notre volonté. Cela sera la pire punition : ce sentiment de honte éternelle et de regrets (si seulement j’avais … alors j’aurai pu avoir tellement pour mon éternité. Quel gâchis! Quel dommage!).
Ainsi, n’oublions jamais le jour de notre mort où aura lieu un « dévoilement de la Présence Divine » (après l’obscurité de ce monde), et que b’h cette rencontre puisse être la plus belle possible pour toujours. Amen!]

« Il (Nimrod) était un courageux chasseur devant Hachem » (Noa’h 10,9)

Le Ibn Ezra dit que Nimrod chassait pour apporter des sacrifices devant Hachem.
=> Puisque selon la tradition, Nimrod était un racha, comment l’explication du Ibn Ezra peut-elle se comprendre?

En réalité, même les sacrifices que Nimrod offrait étaient une expression de sa perversité. En effet, Nimrod savait que dans le futur, des hommes Justes (tsadikim) allaient apporter des offrandes à Hachem. Ainsi, il voulait diminuer et affaiblir leur mérite en apportant lui aussi des sacrifices. Car ainsi, on pourra dire : Qu’y a-t-il de si extraordinaire d’apporter des sacrifices à Hachem? Même Nimrod en apportait lui aussi!
Son but était ainsi d’atténuer la valeur des sacrifices que les tsadikim offriront plus tard.
[‘Hidouché haRim]

-> « Noa’h fut homme Juste et intègre (tsadik tamim) dans ses générations » (1er verset de la paracha – Noa’h 6,9)

-> « Hachem dit à Noa’h : « J’ai vu que tu es Juste (tsadik) devant Moi dans cette génération » (Noa’h 7,1)

=> Pourquoi la qualité d’intègre n’est-elle plus mentionnée dans ce verset?

-> Rachi explique que quand on veut dire des louanges sur une personne, il convient de dire toutes ses louanges en son absence, mais en sa présence, on se contentera de n’en dire qu’une partie, pour ne pas risquer d’éveiller son orgueil ni de risquer de le gêner.
Le Na’halat Yaakov ajoute que dire toutes les vertus d’un homme devant lui risque aussi de s’apparenter à de la flatterie.
Ainsi, quand la Torah décrit Noa’h en tant que narration, sans s’adresser à lui, elle le qualifie d’homme Juste et intègre. Elle mentionne ainsi toutes ses louanges. Mais quand Hachem lui parle directement, Il mentionne devant lui qu’une partie de ses qualités, le fait qu’il soit Juste, mais pas le fait qu’il soit intègre.

-> Le rav Its’hak Kara fait remarquer que Noa’h a connu 2 générations : celle du déluge et celle de la tour de Bavél.
La génération du déluge était dépravée au niveau des moeurs. Noa’h, qui a su se séparer de leurs comportements et rester pur, mérite d’être qualifié de Juste (Tsadik), titre que l’on donne à celui qui résiste aux tentations de débauche, à l’image de Yossef haTsadik (le Juste).
En revanche, la génération de la tour de Bavél s’est révoltée contre Hachem. Leur faute touchait plutôt la foi. Et Noa’h a su, là-aussi, se montrer « intègre », entier dans sa foi.
=> Ainsi, au début de la paracha, Noa’h est décrit comme « un homme Juste et intègres dans ses générations » = Ces 2 qualités correspondent aux 2 générations qu’il a connues.
Mais, quand Hachem parle à Noa’h, avant d’envoyer le déluge, Il lui dit : « J’ai vu que tu es Juste devant Moi dans cette génération », celle du déluge. Et par rapport à cette génération, il était Juste (et non intègre, qui évoquait la génération de la tour de Bavél).

-> Le ‘Hatam Sofer rapporte que le terme « intègre » évoque l’humilité, selon l’adage de nos Sages : « Celui qui est
orgueilleux porte un défaut ». Inversement, celui qui est humble ne porte donc pas de défaut et est intègre.
Au départ Noa’h n’osait pas s’approcher des gens de sa génération. Il préférait s’éloigner d’eux, de peur d’en être influencé. Cette certaine modestie lui a valu le titre de « intègre ».
Mais ensuite, avant d’envoyer le Déluge, Hachem lui enjoignit de construire une arche. Le but était d’éveiller l’étonnement de sa génération, de sorte qu’il puisse leur expliquer qu’Hachem va détruire le monde s’ils ne se repentent pas. Ainsi, Noa’h devait s’armer de courage pour parler aux réchaïm et tenter de les rapprocher du repentir. Dès lors, cette « intégrité », qui exprimait une certaine forme de modestie, ne lui correspondait plus.
Ainsi, Hachem ne le qualifiait donc plus que de Juste et non d’intègre. Mais cela n’était pas un manque pour lui, car quand la modestie empêche de rapprocher le monde de la Torah, elle n’est pas bien placée.
C’était donc une qualité pour Noa’h de pouvoir à présent se confronter à sa génération pour les réprimander. Dans ce contexte, on ne doit pas rechercher la modestie mais le courage.

-> Le Oznaïm laTorah explique que Noa’h était certes de par lui-même Juste et intègre. Il avait ces 2 qualités. Mais, quand Hachem lui dit : « J’ai vu que tu es Juste devant Moi », Il veut montrer le décalage entre lui et sa génération. En effet, pour mériter d’être sauvé du Déluge, il aurait fallu que sa génération se corrige et devienne Juste. Cela aurait suffi pour les sauver. Hachem n’attendait pas d’eux qu’ils soient en plus intègre, qualité de piété plus grande que Juste.
Ainsi, Hachem veut ici lui dire que si lui sera sauvé, c’est du moins parce que « J’ai vu que tu es Juste ». Et puisqu’il était le seul à avoir cette qualité, il sera (avec sa famille) le seul à être sauvé. Mais parmi les autres personnes de sa génération, personne d’autre n’a réussi à être Juste. Ils seront donc anéantis. Car Hachem attendait uniquement qu’ils soient Justes, et n’exigeait pas d’eux qu’ils soient en plus intègre.
Et même en cela, ils ont échoués. Seul Noa’h a réussi à être Juste, qualité suffisante pour être sauvé. Néanmoins, quant à lui, Noa’h a encore plus réussi dans sa tâche et il a atteint un niveau supérieur que celui qu’il devait atteindre pour être sauvé. Car en plus d’être Juste, il était aussi intègre.