« Car il en sera pour Moi comme pour les eaux de Noa’h : de même que J’ai juré de ne plus jamais déverser les eaux de Noa’h sur la terre … » (Yéchayahou 54,9 – Haftara paracha Noa’h)

-> Le Zohar haKadoch (3,15a) fait remarque que la haftara de la paracha Noa’h fait curieusement référence au déluge par : « les eaux de Noa’h » (mé Noa’h – מֵי נֹחַ).
Puisque Noa’h a été le seul considéré comme juste dans sa génération, il aurait été plus approprié d’appeler le déluge en fonction des réchaïm qui en ont été la cause.
Pourquoi alors une telle appellation?

Le Zohar explique que durant les 120 années où Noa’h a construit l’Arche, il a négligé de prier pour que ses contemporains se repentent.

Le midrach compare Noa’h a un capitaine qui se sauve lui-même, tout en laissant son bateau et ses passagers couler.
S’il avait été plus concerné par eux, il aurait pu empêcher le déluge, et c’est pour cela qu’on s’en souvient en tant que : « les eaux de Noa’h ».

-> Le Arizal écrit que Moché contenait en lui une étincelle de l’âme de Noa’h, et qu’une partie de la mission de sa vie était de rectifier la faute de Noa’h.
Comment a-t-il procédé à cela?

Bien qu’il soit né dans le palais de Pharaon (avec tout le luxe et le confort royal) où il était épargné du terrible destin des juifs, Moché a quand même décidé de ressentir leur douleur et de tout sacrifier pour eux.
=> En passant les 120 années de sa vie à vivre pour les autres, Moché a parfaitement rectifié les 120 années que Noa’h a passé à construire l’Arche uniquement absorbé à assurer sa propre survie.

Au moment du Veau d’or, Moché a prouvé toute l’étendue de son dévouement.
En effet, Hachem a alors voulu détruire tout le peuple, et créer une nouvelle nation constituée des descendants de Moché.
Ce dernier avait toutes les raisons d’être furieux contre les juifs. Mais au lieu de cela, il a prié Hachem que s’Il refusait de leur pardonner, Il devrait effacer le nom de Moché de toute la Torah (cf. Chémot 32,32).

Ce don de soi représente la correction ultime de la faute de Noa’h.
[Pour Moché : que vaut le fait que je continue à exister si ce n’est pas le cas des autres juifs! ]

D’ailleurs, le mot : « efface-moi » (mé’héni – מְחֵנִי), contient les mêmes lettres que : »מי נח » (mé Noa’h).

-> Le ‘Hatam Sofer rapporte de façon intéressante que : « מי נח » a la même valeur que : « חמס » (« la terre était pleine de brigandage (חָמָס) » – Noa’h 6,11).

De plus :
– Rachi (Noa’h 6,11) sur : ‘hamass (brigandage – חמס) = vol avec violence ;
– Rachi (Lé’h Lé’ha 16,5) sur : ‘hamachi (mon injure – חֲמָסִי) = car « tu n’as prié que pour toi. C’est pour nous deux que tu aurais dû prier, et alors j’aurais été exaucée avec toi ».
Le ‘Hatam Sofer de dire : par ses prières, Noa’h pourrait empêcher le déluge.

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-> Le Messé’h ‘Hochma fait remarquer d’un côté qu’il faut faire attention que notre temps et énergie consacrés à autrui ne viennent pas nuire à notre croissance et à notre développement personnel.

Mais d’un autre côté, il rapporte un midrach (Béréchit rabba 36,3) qui dit qu’au début Noa’h était vu comme un juste parfait (Noa’h 6,9 – « ich tsadik »), mais le fait de focaliser sa vie que sur lui-même va le transformer en un homme de la terre (Noa’h 9,20 – « ich aadama »).
A l’inverse Moché est décrit au début comme un égyptien en exile (Chémot 2,19 – « ich mitsri »), mais ses efforts pour le peuple juif vont l’élever au sommet de la perfection, lui faisant mériter le titre de : homme de D. (Dévarim 33,1 – « ich aElo’im »).

=> Cela nous apprend que l’on ne perd jamais à faire du ‘hessed à autrui.

[Un bon exemple se situe dans l’éducation de nos enfants. D’un côté, nous devons leur donner beaucoup d’attention, d’amour, …, mais d’un autre côté nos Sages nous disent que cela ne doit pas nous empêcher totalement de nous consacrer à nous-même, à notre étude de la Torah.

Il est aussi important d’avoir en tête les priorités de ‘hessed. En effet, il ne faut pas faire le beau en public, et dans l’intimité de notre foyer ne faire aucun ‘hessed.]

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-> Selon le Sforno : « Noa’h n’a pas enseigné à sa génération à connaître Hachem, comme l’ont fait Avraham, Moché, Chmouël, et encore d’autres. »

-> Rabbi Yossef Shlomo Kahaneman (le « rav de Ponevezh ») raisonnait que s’il n’arrivait pas à sauver la génération précédente, il devait au moins faire le maximum en son pouvoir pour aider à sauver la génération à venir.

-> Nous aurons chacun à répondre à la question suivante : « Est-ce que j’ai fait tout ce que je pouvais afin de sauver mes contemporains du déluge de notre exil? »

[ex : Avons-nous suffisamment prié pour que notre prochain face téchouva?
Est-ce que dans ma vie je me suffis seulement de ma réussite spirituelle, ou bien j’ai envie d’y inclure autrui? ]

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+ Explication du rabbi ‘Haïm Chmoulévitch sur l’attitude de Noa’h :

-> Le Zohar dit que Noa’h a fauté en ne priant pas pour sa génération.
De plus, nos Sages disent : « Quiconque a la possibilité d’implorer la miséricorde divine pour son prochain et ne prie pas, est désigné pécheur » [guémara Béra’hot 12b].

Peut-être que Noa’h n’a pas agit ainsi par humilité, pensant qu’il n’était pas digne de prier Hachem de sauver le monde.
Ceci est de l’humilité mal placée.

On reproche ainsi à Noa’h de ne pas s’être associé à la souffrance et à la douleur d’autrui au regard du drame qui les attendait, et de ne pas avoir supplié D., même s’il pensait que cette prière serait inutile.
Face aux douleurs d’autrui, on ne peut pas rester silencieux, sans réagir vers Hachem [qui peut absolument tout faire].

[adapté de paroles du rabbi ‘Haïm Chmoulévitch – Si’hot Moussar]

[Même face à des réchaïm, on peut souhaiter que tout le mal qui est en eux les quitte facilement laissant éclater leur beauté intérieure … qu’ils se réveillent à une téchouva complète …
Comment rester insensible lorsque l’on croise un juif qui est gravement malade, voir mort spirituellement?
Nous sommes tous des enfants de papa Hachem, comment ne pas être triste à l’idée qu’un des membres de la famille a mal tourné?
Tous les juifs sont liés les uns avec les autres. Lorsque je prie pour le bien être spirituel d’autrui, j’influence son libre arbitre positivement! ]

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-> Le rabbi Yoël de Teitelbaum de Satmar apporte un enseignement similaire sur l’attitude de Noa’h :
Dans la paracha Noa’h (v.6,9), il est écrit d’abord : « Noa’h fut un homme juste », et ensuite (v.7,1), nous lisons que D. a dit à Noa’h : « car c’est toi que J’ai reconnu juste devant Moi parmi cette génération », en omettant de façon flagrante le mot : « parfait ». Quelle est la raison de ce changement de formulation?

Noa’h était effectivement un tsadik parfait, comme en témoigne la Torah. Mais il n’a pas prié pour sauver les gens de sa génération, car dans sa grande humilité, il ne pensait pas que son mérite était suffisamment élevé pour les protéger du désastre imminent.

Selon le Zohar, son incapacité à prier a été considérée comme un défaut dans son caractère parfait. Car, bien que Noa’h fût poussé par l’humilité, il ne se souvint pas que l’humilité ne doit pas nous empêcher de réaliser une bonne action.
En effet, le yétser ara utilise parfois l’humilité comme outil pour vous égarer en vous faisant penser que vous êtes indigne de vous approcher de Hachem.
Mais lorsque vous servez D., vous devez vous imprégnez de fierté, comme il est écrit : « Son cœur grandit dans les voies d’Hachem » (Divré haYamim 17,6).
[la fierté doit nous pousser à réaliser/donner le meilleur de nous-même, à l’inverse du yétser ara qui nous pousse à la retenue, sous couvert d’humilité (« pour qui te prends-tu à vouloir agir ainsi! Calmes-toi, ça suffit largement ce que tu as déjà fait! »).]

Ce concept d’humilité mal placée nous aidera à comprendre le changement de formulation de notre verset.
Avant le Déluge, l’humilité de Noa’h était une qualité recommandable. Par conséquent, il est qualité de tsadik parfait.
A l’inverse, dans la génération du Déluge, l’humilité de Noa’h était considérée comme une défaillance puisqu’il s’est retenu de prier pour ses contemporains. A ce moment, il est décrit simplement comme tsadik.

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-> Le midrach (Béréchit rabba 26,6) nous enseigne que si Noa’h a pu être sauvé du déluge, c’est par le mérite de Moché rabbénou, qui va descendre de lui.

-> « Et Noa’h trouva grâce aux yeux de Hachem. Voici la postérité de Noa’h » (Béréchit/Noa’h 6,8-9).
Selon le midrach (Béréchit rabba 29,5) cela peut se comprendre ainsi : Noa’h a trouvé faveur aux yeux de Hachem [en méritant d’être sauvé du déluge] en raison de sa « postérité », c’est-à-dire par le mérite de ses futurs descendants.

-> « Noa’h était un homme juste, intègre » (נֹחַ אִישׁ צַדִּיק תָּמִים)
Rabbi Naftali Zvi de Ropshitz (Zéra Kodech) fait remarquer que les 1eres lettres ont la même guématria que : Israël (541 – ישראל).
Noa’h, père de toute l’humanité post déluge, englobe toutes les futures générations du peuple juif (bédorotav – « dans ses générations »).

[Il en ressort l’importance d’éduquer au mieux nos enfants selon la Torah, car en se basant sur leur futur, Hachem peut nous accorder des bénédictions dans notre présent, au point même de nous sauver d’une mort certaine grâce à eux!]

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-> Le midrach (Sochèr Tov 37) rapporte que Avraham a demandé à Malki Tsédék (qui est un autre nom de Chem, le fils de Noa’h) : « Comment avez-vous vous et votre père pu survivre au déluge? »
Malki Tsédék lui a répondu : « Par le mérite de la tsédaka ».
Avraham demanda alors : « Il n’y avait aucun pauvre dans l’Arche, comment avez-vous pu y accomplir de la tsédaka? »
Malki Tsédék lui a répondu : « Notre mérite était de faire de la tsédaka aux animaux, en les nourrissant et en prenant soin d’eux pendant une année entière. »

Avraham se dit alors : « Si des actes de bonté aux animaux étaient suffisants pour sauver Noa’h et sa famille, combien plus important doit être la récompense pour faire des actes de bonté à des êtres humains! »
Se basant sur ce constat, Avraham a établi un lieu où les gens pouvaient manger, boire et dormir.

Le midrach démontre que les bonnes actions de Noa’h ont influencé Avraham, qui a fait du ‘hessed en suivant son exemple.
C’est la signification du verset : « Voici la postérité de Noa’h », les bonnes actions de Avraham étaient comme la « descendance » des actions de Noa’h, et il a reçu une récompense sur elles.

[le ‘Hida – Pné David]

=> On voit que le trait de caractère majeur d’Avraham : le ‘hessed, lui est venu de Noa’h.

On peut remarquer à quel point notre exemplarité dans nos actions est un outil fondamental dans l’éducation de nos enfants.
Si Avraham, le 1er de nos Patriarches, a pu faire ce qu’il a fait, c’est grâce à l’attitude de son ancêtre Noa’h dans l’Arche qui s’est donné à 100% pour les autres créatures.
Rachi (v.6,3) transmet l’idée que le plus beau cadeau que l’on puisse faire à sa descendance, ce n’est pas des biens matériels, mais nos actes méritoires!

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-> Rachi (Noa’h 6,9) commente : Dans sa génération : Certains de nos maîtres y voient un éloge : à plus forte raison, s’il avait appartenu à une génération de justes, aurait-il été encore plus juste.
D’autres y voient un blâme : il était un juste dans sa propre génération, mais s’il avait appartenu à celle d’Avraham, il n’aurait compté pour rien.

-> Selon le Ibn Ezra, ce verset nous enseigne que Noa’h était un juste (tsadik) dans toutes les générations dans lesquelles il a pu vivre, dont celle du déluge.
[il a vécu 950 ans]

Le Maharal Diskin écrit que Noa’h avait reçu le titre de « tsadik » (juste) comme Yossef, parce qu’il avait réussi à dominer tous les mauvais penchants pour ne pas être séduit par les influences extérieures.

-> Selon le Tan’houma Yachan, Noa’h était l’égal spirituel d’Avraham.
Noa’h a vécu 58 ans durant la vie d’Avraham, et c’est en allusion dans la valeur du nom de Noa’h (נח) qui est de 58.

-> Le mot : « déluge » (maboul – מבול) a la même guématria que : « sa bonté » (‘hasdo – חסדו).
En réalité, Hachem a fait une grande bonté au monde en amenant le déluge, car en son absence et si les réchaïm de la génération n’étaient pas morts, la sainte nation juive n’aurait jamais pu exister.
En effet, avec l’impureté qui existait avant le déluge, notre Patriarche Avraham n’aurait jamais pu atteindre son niveau de sainteté.
[Rabbi Naftali Zvi de Ropshitz – Zéra Kodech]

[Entre Noa’h et Avraham, chacun doit être jugé selon son époque.
De même, il est important de juger chacun positivement, car nous n’avons pas traverser les mêmes conditions de vie, ni n’avons les mêmes capacités, … ]

-> Le Baal haTanya enseigne :
« Si l’intention du déluge était uniquement de tuer les réchaïm, certainement Hachem aurait pu les détruire d’une autre façon.
L’objectif du déluge était plutôt de purifier le monde de l’impureté de cette génération corrompue.
Les 40 jours de pluie intensive correspondent aux 40 séa (environ 500 litres) nécessaires à un mikvé. (c’est la quantité d’eau minimale d’un mikvé casher).

De plus, nos Sages nous disent que la sainte terre d’Israël n’a pas été touchée par le déluge, et ceci est une preuve supplémentaire que le but du déluge était de purifier spirituellement le restant du monde. »

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+ « Noa’h entra avec ses fils, sa femme, et les épouses de ses fils dans l’Arche, pour se garantir des eaux du déluge » (Noa’h 7,7)

Rachi commente que Noa’h était un homme à la foi vacillante qui parfois croyait, et parfois ne croyait pas que le déluge allait réellement tomber, et n’est entré dans l’Arche que lorsque la pluie l’a forcé à le faire.

=> Comment accepter cela alors que la Torah atteste qu’il « était un juste parfait »?
Pendant 120 ans, il a bâti l’Arche, en obéissant à l’ordre de D., endurant les moqueries et les railleries de ses contemporains. N’y a-t-il pas de meilleure démonstration de foi parfaite que celle-là?

Le Ohév Israël (rabbi Avraham Yéhochoua Heschel d’Apta) de répondre :
Le pouvoir de la foi est tellement puissant qu’une personne qui a une foi parfaite peut transformer ses espoirs en réalité.
La foi est tellement puissante que les choses auxquelles l’on croit avec une foi inébranlable se passeront véritablement.

Noa’h croyait fermement en Hachem, mais il hésitait à croire de façon inconditionnelle que le déluge allait survenir. En effet, il craignait qu’en croyant d’une façon absolue, il serait la cause de ce qui arriverait, faisant de lui l’instrument de la destruction du monde.
Par conséquent, il était dans un dilemme : il croyait en D. et en Son monde, mais il ne voulait pas croire dans la venue du déluge.
[sans y croire totalement, il laissait ainsi toujours la possibilité que le déluge puisse ne pas avoir lieu, suite au changement de comportement de ses contemporains]

=> C’est pourquoi, jusqu’à ce que la montée des eaux lui prouve que le déluge était devenu une réalité, il n’était pas subordonné à sa foi.

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