+ Terre d'Israël & rav Chmoulévitz :
-> Le rav 'Haïm Chmoulévitz (1902-1979) enseigne (Si'hot Moussar - Dévarim 5733) :
"Jusqu'au grand fleuve, l'Euphrate" (nahar agadol - Dévarim 1,7). Rachi commente : "Puisqu'il est mentionné en lien avec la terre d'Israël, [la Torah] le qualifie de "grand". Un proverbe populaire dit : "Le serviteur d'un roi est un roi"."
Rabbi Eliezer de Metz explique qu'en réalité, c'était le plus petit des fleuves. Après tout, il est mentionné en dernier dans la paracha de Béréchit. Il est [néanmoins] appelé "grand" parce qu'il est mentionné en lien avec terre d'Israël.
En effet, le fleuve Euphrate ne fait pas partie de la terre d'Israël, mais comme il est mentionné avec la terre d'Israël, son importance est telle que les Écritures le qualifient de grand fleuve.
A plus forte raison, la terre d'Israël donne une importance [supplémentaire à un être vivant] à quiconque se trouve à l'intérieur [de ses frontières]. [Une telle personne] a le privilège de [connaître] une grande croissance spirituelle lorsqu'elle s'y trouve.
Comme le disent [nos Sages (midrach Vayikra rabba 13,5)] : "l'or de ce pays est bon" (BeReishit 2:12) = [ce qui enseigne qu'il] n'y a pas de Torah comme la Torah de la terre d'Israël".
Cela montre que la Torah de ceux qui l'étudient en terre d'Israël est plus exaltée.
De même, le verset dit : "Car de Sion sortira la Torah, et la parole d'Hachem de Jérusalem" (Mikha 4,2), qui fait référence à la terre d'Israël, comme l'explique la guémara (Béra'hot 63b).
[Nos Sages] disent également que la prophétie ne se révèle qu'en terre d'Israël. [En conséquence], le prophète Yonah s'est enfui à Tarchich afin d'éviter de recevoir la prophétie (voir Yalkout Shimoni - début de Yonah).
Cela démontre que même [le statut spirituel] d'une personne qui se trouvait en terre d'Israël et qui avait atteint le niveau de la prophétie décline lorsqu'elle se rend en dehors d'Israël, et la prophétie cesse de reposer sur elle.
Nous devrions être étonnés de nous-mêmes. Nous vivons en Israël, mais nous ne ressentons pas vraiment la grande élévation que nous procure le fait d'être dans la Terre.
L'explication se trouve dans les paroles de nos Sages (midrach Dévarim rabba 2,8) : "Moché Rabbénou dit [à Hachem] : "Maître de l'Univers, les os de Yossef sont entrés en terre d'Israël, mais moi, je n'y entre pas?". Hachem répondit : "Celui qui a reconnu sa Terre est enterré dans sa Terre, et celui qui n'a pas reconnu sa Terre n'est pas enterré dans sa Terre".
Comment savons-nous que Yosef a reconnu sa Terre? La femme de son maître a dit : "Regardez! Il [Potifar] nous a amené un Hébreu" (Vayéchev 39,14) ; et [Yossef] ne l'a pas nié. Au contraire, il a dit : "J'ai été enlevé du pays des Hébreux" (Vayéchev 40,15).
"Toi [Moché] qui n'as pas reconnu ta terre, tu ne seras pas enterré dans ta terre". Comment cela? Les filles de Yitro ont dit : "Un égyptien nous a sauvées des bergers" (Chémot 2,19) ; et [Moché] a entendu [cela] et est resté silencieux ...".
Ces paroles sont étonnantes. Après tout, lorsqu'elles ont dit : "Un égyptien nous a sauvées", elles ont également nié le judaïsme de Moché, et il a entendu [cela aussi] et est resté silencieux, mais nous ne trouvons aucune critique à l'égard de Moché à ce sujet. C'est peut-être parce qu'il se serait mis en danger s'il avait révélé qu'il était juif.
Néanmoins, comme il n'a pas reconnu la Terre [d'Israël], il n'a pas été enterré dans la Terre. Toutes les excuses et explications qu'il avait pour ne pas reconnaître la Terre ne l'ont pas aidé, même celles qui auraient pu [expliquer] pourquoi il n'a pas admis qu'il était juif.
En effet, il ne s'agit pas vraiment d'une punition. C'est plutôt un fait : celui qui ne reconnaît pas la Terre n'est pas lié à la Terre. Par conséquent, le fait qu'il ait des excuses et des raisons [pour ne pas reconnaître la Terre d'Israël] ne peut l'aider, car dans tous les cas, la Terre ne le "veut" pas.
C'est une leçon claire pour nous. Afin de recevoir l'abondance qui coule d'en haut sur la terre d'Israël et ses habitants, comme il est dit : "Les yeux du Seigneur ton D. sont constamment sur elle" (Ekev 11,12), il y a une condition : il faut reconnaître la terre d'Israël. Ce sentiment prépare une personne à pouvoir bénéficier de l'influence de la Terre.
Il est écrit : [Yaakov] acheta la parcelle de terre sur laquelle il avait dressé sa tente, aux fils de 'Hamor, le père de Chékhem, pour cent kessitahs (Vayichla'h 33,19).
Le Ibn Ezra explique : "La Torah mentionne cela pour démontrer que la terre d'Israël possède de grandes qualités, et celui qui y possède une portion est considéré comme [s'il possédait] une portion dans le monde à Venir."
Le Ramban cite cela.
Cela indique qu'outre le fait qu'il existe une mitsva d'habiter la terre d'Israël, le simple fait d'acheter une parcelle de terre équivaut à acquérir une part dans le monde à Venir.
Cependant, il me semble que, là encore, il faut reconnaître [la grandeur, l'importance de] la Terre et apprécier la grande importance d'acheter une parcelle de terre. Grâce à cela, il sera considéré comme s'il avait acquis une part dans le monde à Venir.
Nous voyons que les filles de Tsélof'had ont dit : "Donne-nous une part parmi les frères de notre père" (Pin'has 27,4), et Rachi [déclare] (Pin'has 26,64) que les femmes n'étaient pas incluses dans le décret [que Hachem a émis contre les juifs à la suite de la faute des] explorateurs, parce qu'elles chérissaient la Terre d'Israël.
Les hommes ont dit : "Nommez un chef et retournons en Egypte" (Chéla'h Lé'ha 14,4), tandis que les femmes ont dit : "Donnez-nous une part".
Nos Sages comprennent que leur demande d'une part de terre n'était pas une simple demande visant à obtenir une propriété. Elle découlait plutôt de leur amour pour la Terre [d'Israël]. Elles reconnaissaient l'importance d'acquérir une part en terre d'Israël et chérissaient la Terre.
Par conséquent, elles eurent le privilège d'entrer dans la Terre et furent sauvées du décret des explorateurs.
C'est peut-être aussi la raison pour laquelle les juifs ont été pardonnés pour la faute du Veau [d'or], mais pas pour la faute des explorateurs, [après tout], ils sont tous morts dans le désert.
La raison en est la suivante : puisqu'ils ont calomnié la Terre et ne la voulaient pas, ils n'avaient forcément aucun lien avec elle et n'étaient pas aptes à y entrer."