+ La nuit du Séder = les chéva brakhot :
-> Il est interdit de manger de la matsa la veille de Pessa'h. Le Talmud (Yérouchalmi Pessa'him 10,1) compare celui qui mange de la matsa la veille de Pessa'h à celui qui a des relations sexuelles prématurées avec sa femme, après les fiançailles, mais avant le mariage (les nissouin).
Cet acte est puni de malkout (flagellation). Cet interdit n'est pas mentionné dans le Talmud Bavli, mais les Richonim qui commentent celui-ci y font référence.
La Michna discute du fait qu'il n'est pas permis de manger tard dans la journée la veille de Pessa'h.
Tossefot (Pessa'him 99b) se demandent quels aliments sont interdits à la consommation. Ils affirment que la matsa ne peut pas être mangée tout au long de la veille de Pessa'h, pas même le matin, comme on nous l'enseigne dans le Yérouchalmi.
Tossefot acceptent clairement la décision du Yérouchalmi comme halakha définitive : il est donc interdit de consommer de la matsa la veille de Pessa'h.
Le Rokéa'h soutient que cette interdiction est de la Torah (issour déOraïta), d'après le verset : "ba'érev tokhélou matsot" (le soir vous mangerez des matsot (Bo 12,18).
La consommation de matsa est limitée au soir, au Séder, et ne peut être consommée avant.
[Bien que beaucoup aient pour habitude de s'abstenir de manger de la matsa à partir d'une date antérieure, comme Roch 'Hodech Nissan ou même Pourim, l'interdiction halakhique ne commence qu'à la veille de Pessa'h. ]
=> Comment comprendre l'analogie du Yérouchalmi?
-> Le Yad Yossef établit un lien entre le fait de manger de la matsa avant le temps prescrit et le fait d'avoir des relations avec une femme avant l'étape finale du mariage.
L'un des éléments nécessaires de la cérémonie de mariage est la récitation des chéva brakhot, les 7 bénédictions, qui sont accordées aux mariés, comme le préconise la Massékhet Kalla (1,1) : "kala bélo béra'ha assoura lébaala kénida".
Le Yad Yossef enseigne de manière étonnante que la matsa exige également la récitation de chéva brakhot (7 bénédictions) avant d'être consommée. De même qu'une femme n'est autorisée à son mari qu'après les chéva brakhot, il est interdit de manger de la matsa avant d'avoir prononcé chéva brakhot.
-> Le Séfer HaMakné enseigne que la sortie d'Egypte constitua le début de la cérémonie de mariage qui unit Hachem et le peuple juif en tant que mari et femme.
Dans le processus de délivrance du peuple juif de l'Egypte, Hachem nous fit don d'un grand trésor.
L'or, l'argent et les bijoux que le peuple juif reçut pendant la sortie d'Égypte servirent de kessef kidouchine, l'objet de valeur requis pour la première étape de la cérémonie de mariage.
Le don de la Torah qui suivit fut les nissou'in, mais la cérémonie du mariage aurait été incomplète sans les chéva brakhot.
Pour cette raison, avant de manger la matsa le soir du Séder, nous récitons également 7 bénédictions.
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+ Identifier les chéva brakhot :
-> Une analyse du texte de la Haggada jusqu'à Motsi Matsa donne les bénédictions suivantes.
1°/ "boré péri aguégen" = la bénédiction sur le vin ;
2°/ kédouchat ayom = la bénédiction du Kidouch ;
3°/ chéé'héyanou ;
4°/ boré péri aadama (sur le Karpass) ;
5°/ acher guéalanou ;
6°/ boré péri aguéfen (sur le 2e verre) ;
7°/ al nétilat ayadayim ;
8°/ amotsi lé'hem min aarets ;
9°/ al a'hilat matsa.
Ainsi, nous récitons 9 bénédictions avant de consommer de la matsa.
Lesquelles de ces bénédictions composent les cheva berakhot? Quelles sont les sept bénédictions constituant des conditions préalables nécessaires à la consommation de la matsa?
Il existe un certain nombre d'approches pour identifier ces 7 bénédictions qui agissent comme des chéva brakhot.
-> L'approche du Gaon de Vilna :
Le Gaon de Vilna souligne une similitude entre la matsa et une mariée qui nous donnera un aperçu des bénédictions à inclure dans les chéva brakhot.
Tout comme une kalla porte un voile, la matsa est également couverte lorsque nous récitons les bénédictions sur elle. Ainsi, seules les bénédictions récitées pendant que les matsot sont couvertes sont incluses dans les chéva brakhot.
Les bénédictions "amotsi lé'hem min aarets" et "al a'hilat matsa" ne doivent donc pas être comptées, car on découvre les matsot et on les tient en récitant ces bénédictions.
Selon le Gaon de Vilna, les chéva brakhot sur la matsa sont donc :
1°/ "boré péri aguégen" ;
2°/ kédouchat ayom = la bénédiction du Kidouch ;
3°/ chéé'héyanou ;
4°/ boré péri aadama (sur le Karpass) ;
5°/ acher guéalanou ;
6°/ boré péri aguéfen (sur le 2e verre) ;
7°/ al nétilat ayadayim.
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+ La nuit du Séder représente les nissou'in :
-> En établissant un parallèle entre le mariage et la consommation de la matsa, nous constatons que les chéva brakhot sont nécessaires pour les deux, car manger de la matsa est une sorte de nissou'in.
Sur la base de ce concept, le Sia'h Its'hak explique que, de même que les chéva brakhot lors d'un mariage doivent être récitées en présence d'un minyan, là aussi, un quorum de dix hommes est requis lors du Séder.
Bien que nous n'ayons pas adopté cette règle (même quelqu'un tout seul peut s'acquitter), il est clair que le Sia'h Its'hak soutient que la consommation de la matsa est plus qu'une simple analogie avec les nissou'in.
Nous allons voir que la consommation de la matsa représente notre lien profond au Hachem.
-> Sonner du chofar ou tenir les 4 Espèces (arbaa minim à souccot) avant le moment prescrit n'est pas approuvé, ni ne remplit l'obligation de l'auteur de ces actes, mais cela n'est jamais critiqué avec rigueur comme l'est la consommation prématurée de la matsa.
Quel est le lien plus profond entre la matsa et le mariage qui incita le Yérouchalmi à réprouver ainsi le fait de manger de la matsa la veille de Pessa'h?
Le séfer Chemen Roch explique que la matsa est exceptionnelle en ce qu'elle crée un lien spécial, une connexion unique, entre nous et le Maitre du monde. En fait, la matsa, une fois mangée et digérée, devient une partie de notre être, physiquement incorporée à notre essence même.
Ce lien profond et étroit n'est comparable qu'à un couple consommant un mariage.
Le Maharal explique que "hadam hou hanéfech" (le sang est en fait la force vitale).
Dam (le sang), est le conduit par lequel la néchama, l'âme spirituelle, se connecte au gouf, le corps physique qui l'abrite. Dam pessa'h et dam mila sont la colle liant le le Maître du monde au peuple juif.
Ils sont collectivement appelés : 'hatan damim lamoulot (le sang versé du marié [était] du fait de la circoncision - חֲתַן דָּמִים לַמּוּלֹת - Chémot 4,26).
Le terme חֲתַן ('hatan), ou 'hatouna, est également une façon de décrire le lien.
Manger de la matsa s'inscrit également dans ce lien entre Hachem et le peuple juif, car la matsa avalée est digérée et reconstituée dans le sang d'une personne. Par conséquent, la manger avant l'heure prescrite revient à se rapprocher prématurément de son épouse.
[avec nos yeux d'humain on pourrait croire que lors du Séder il ne se passe rien de spécial, mais en réalité au niveau des âmes, de la réalité spirituelle, c'est notre mariage, on s'unit avec le boss des boss, Hachem. ]
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+ La 'houpa :
-> Ainsi, les chéva brakhot ont lieu au Séder, suivies des nissou'in.
Le processus des nissou'in comprend la 'houpa, mais où, pendant le Séder de Pessa'h, trouvons-nous une 'houppa pour que les nissou'in puissent être effectués?
Le Beit Efraïm (hakdama léshut Even aEzer) enseigne que la 'houpa est "le 'hatan qui amène la kala chez lui".
La Torah déclare : "Vous avez vu ce que J'ai fait à l'Egypte, et que Je vous ai portés sur les ailes des aigles et vous ai amenés à Moi" (Yitro 19,4).
Le Targoum Yonatan explique : "Vous avez vu ce que J'ai fait aux égyptiens, et que Je vous ai portés sur les nuages comme sur les ailes des aigles de Pilousine, pour vous emmener au lieu du Sanctuaire, pour y apporter le korban Pessa'h ; et la même nuit, Je vous ai ramenés à Pilousine, et de là Je vous ai rapprochés pour [recevoir] la doctrine de Ma loi."
Hachem emmena le peuple juif dans Sa Maison, au Temple, afin qu'ils puissent apporter le korban Pessa'h. Ainsi, la 'houpa, représentée par l'arrivée dans la Maison de Hachem, se produit au moment où le korban pessa'h est mangé.
Nous devons nous considérer comme vivant personnellement la sortie d'Egypte chaque année. Cela comprend tous les événements de la nuit, y compris le fait que Hachem nous place sous la protection de Sa 'houppa dans le Temple alors que nous nous unissons à Lui dans l'harmonie.
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+ La nuit du Séder: le mariage de Hachem avec le Klal Israël :
-> Le Chla HaKadoch (Pessa'him matsa assira - drouch 3) affirme que le concept selon lequel le peuple juif et Hachem sont unis par le mariage sous-tend tout le Séder.
La nuit du Séder est un moment spécial, une nuit d'amour et d'affection profonds entre Hachem et le peuple juif. Hachem Se réjouit du Klal Israël comme un marié célèbre sa nouvelle épouse.
La nuit culmine avec la récitation de Chir HaChirim, ajoute le Chla, qui témoigne de l'intensité du lien émotionnel et amoureux qui existe entre Hachem et chaque juif.
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+ Bonus : l'approche du rav 'Haïm Palagi :
-> Le rav 'Haïm Palagi ('Haïm léRoch al Haggada chel Pessa'h) reconnaît qu'il y a bien neuf bénédictions à réciter avant de manger de la matsa, et affirme que cela correspond néanmoins parfaitement aux bénédictions d'un mariage. En effet, pour qu'une mariée soit autorisée à son mari, un total de neuf bénédictions doit être récité.
La cérémonie de mariage commence par Boré Pri HaGuéfen, suivie par les birkhot éroussine, puis par les cheva berakhot. Ainsi, la cérémonie de mariage comprend neuf bénédictions.
Les neuf bénédictions du Séder sont donc un parfait corollaire des neuf bénédictions d'un mariage. Il n'y a pas de bénédictions supplémentaires.
Le Or'hot 'Haim, le Kol Bo et le Séfer HaMikhtam souscrivent tous à cette idée.
Le séfer Chémen Zayit Zakh (rav nissim dayan) conteste cependant cette approche.
Selon Rav 'Haïm Palagi, les neuf bénédictions du Séder correspondent à la fois aux éroussine et aux nissouine.
La guémara, toutefois, compare le fait de manger de la matsa avant le moment prescrit à l'individu ayant des relations après les éroussine. De même, au Séder, il ne manque à la matsa que les cheva berakhot des nissouine. Étant donné que les éroussine doivent avoir déjà eu lieu pour que l'analogie soit appropriée, les berakhot (bénédictions) du Séder conduisant au moment approprié pour la consommation de la matsa ne sont que des bénédictions des nissouine et non des éroussine.
Le Chémen Zayit Zakh explique que les éroussine concernant la matsa ont lieu lors de la préparation. La récolte du blé, la mouture de la farine, le pétrissage de la pâte et la cuisson de la matsa se combinent pour constituer le processus des éroussine. Le fait qu'aucune berakha ne soit récitée sur la préparation de la matsa n'est pas un problème, puisque nous savons que le fait de ne pas réciter les birkhot éroussine n'invalide pas le mariage; celui-ci peut prendre pleinement effet même sans ces bénédictions.