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Faire bon usage de l’orgueil

-> "Quelle est la différence entre les disciples de notre ancêtre Abraham et les disciples de Bil'am?" (Pirké Avot 5,19)

-> La question ici est évidente. La réponse est que même les disciples d’Avraham possèdent le trait d’un esprit orgueilleux (rempli de fierté), et l’inverse est également vrai, à savoir que les disciples de Balaam possèdent le trait d’un esprit humble.
La seule différence est que les disciples de Bil'am utilisent leurs traits dans les affaires matérielles, tandis que les disciples d’Avraham les utilisent dans les questions spirituelles.
Autrement dit, les disciples d’Avraham élèvent leur cœur au service d'Hachem grâce à leur esprit orgueilleux et aspirent à accomplir de grandes œuvres, tandis que les disciples de Bil'am se considèrent comme indignes en raison de leur esprit humble et se dispensent d’accomplir la volonté d'Hachem.
[Baal Shem Tov - Kéter Shem Tov 68]

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-> L’idée que nous ne méritons pas de servir Hachem est un obstacle spirituel pour quiconque vit en ayant conscience de la grandeur d'Hachem et de l’insignifiance relative de l’homme.
La seule façon de surmonter cette idée est de réaliser que même les êtres spirituels les plus impressionnants sont insignifiants devant Hachem, tout comme l’est la grandeur du cosmos.
Néanmoins, au-delà de toute compréhension humaine et au-dessus de toute raison humaine, le D. infini a choisi l’homme mortel infinitésimal sur ce grain de poussière qu’est la planète Terre pour Le servir et parfaire Sa création.
Faire l’expérience de cette prise de conscience est en effet à la fois la quintessence de l’humilité et, paradoxalement, le summum de la fierté (orgueil), et c’est le point où le "je" humain, se dissout dans le "Je" divin.

Ouvrir son intériorité au divin

-> Avant de se mettre à l'étude, nos sages avaient coutume d'échanger quelques mots légers (de plaisanterie), afin de libérer leur esprit d'un état restreint de katnout (conscience immature) et de s'élever vers un état élargi de gadlout (conscience mature).
[la guémara Shabbath 30b, rapporte qu'avant de commencer à enseigner aux Sages, Rabba lançait une plaisanterie, et ils riaient. Finalement, avec crainte (בְּאֵימְתָא וּפָתַח), il s'asseyait et commençait son enseignement. ]

Car il existe des états restreints et élargis dans les dimensions du monde, du temps et de l’âme. Lorsque le monde est dans un état de conscience élargie, on peut se rapprocher d'Hachem très facilement, tandis que lorsque le monde est dans un état de conscience restreinte, il faut alors lutter énormément pour se rapprocher d'Hachem.
[Baal Shem Tov - Kéter Shem Tov 77]

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[on voit qu'il est nécessaire d'avoir des actions, des mots, qui vont contribuer à libérer notre monde spirituel interne.
A l'image de Rabba qui générait de la joie par de l'humour, puis s'asseyant dans la crainte d'Hachem mettait à profit son bon état d'ouverture à la spiritualité, lui permettant de davantage se rapprocher d'Hachem. ]

Chaque individu doit vivre et se comporter selon les normes correspondant à son propre niveau spirituel. Cependant, lorsqu’on tente de mener sa vie selon les normes du niveau spirituel d’autrui, on échoue.
C'est là le sens profond de l'enseignement des sages : "Beaucoup ont tenté d'imiter Rabbi Shimon bar Yo'haï, mais ils ont échoué" (Béra'hot 35b). Cela signifie que bien qu'ils ne fussent pas eux-mêmes au niveau spirituel de Rabbi Shimon, ils ont essayé de vivre selon les normes élevées selon lesquelles ils le voyaient vivre, et c'est pourquoi ils ont échoué.
[Baal Shem Tov - Kéter Shem Tov - 4]

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-> L’idée sous-jacente de cet enseignement est que chaque personne doit être fidèle à elle-même et vivre sa propre vérité dans le cadre de la Torah. Chaque personne a été amenée dans ce monde dans un but très précis, et si l’on tente d’être quelqu’un d’autre, on trahit sa propre âme.
[Toldot Yaakov Yossef - Vayichla'h n° 8 ; Métsora n° 1 ]

"On ne doit se lever pour prier qu’avec koved roch (lourdeur de la tête ; humilité)" (guémara Béra'hot 30b).
Le sens est que lorsqu’on prie avec kavana, Hachem est glorifié dans le "Monde de la Parole". Cela apporte la glorification dans tous les mondes, ainsi que sur [celui qui prie].
On doit donc veiller à ne pas cesser le dvékout (l’attachement [à Hachem]), c’est-à-dire qu’on ne doit pas penser à s’autoglorifier (enorgueillir) sous prétexte de prier avec une grande kavana.
[Baal Shem Tov - Tsava'at haRivach - 123]

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[cela implique que nous devons avoir conscience de la grandeur de la prière de chaque juif, de son impact énorme dans tous les mondes.
On doit donc être fier de nous (une sorte d'orgueil de nous qui nous pousse à apprécier et profiter de chaque prière!), tout en reconnaissant que ce pouvoir extraordinaire provient d'Hachem. ]

Lorsque tu envisages d’accomplir une mitsva, ne t’en abstiens pas par [crainte d’un sentiment d’] orgueil ou pour toute autre arrière-pensée qui y serait liée.
Car, comme on le sait, "C’est en agissant chélo lichma qu’on parvient à agir lichma" (Pessa'him 50b).
Le simple fait de réaliser une bonne action crée déjà en-Haut un récipient de bonté, et la nature intérieure de ce récipient est déterminée par l’intention.
[Baal Shem Tov - Tsava'at haRivach - 126-127]

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-> La réalisation d'une mitsva a une validité objective en soi, même si l'intention appropriée fait encore défaut : l'action en elle-même est comme le "corps" de la mitsva (ou ses effets), tandis que la kavana (l'intention) en est l'âme.
Ainsi, soumettez-vous d'abord à vos obligations et accomplissez la mitsva. L'accent mis sur la kavana et la dvékout ne vise en aucun cas à passer outre les obligations halakhiques.
[d'après le Baal Chem Tov - Kéter Shem Tov]

Prier avec ferveur

-> Lorsque vous méditez en prière sur toutes les kavanot (intentions mystiques) que vous connaissez, vous ne faites que méditer sur celles que vous connaissez. En revanche, lorsque vous prononcez le mot avec une grande hitkachrout (concentration), toutes les kavanot sont incluses dans le mot lui-même, en tant que tel. Car chaque lettre est un monde à part entière.
Ainsi, lorsque vous prononcez le mot avec une grande hitkachrout, vous éveillez assurément ces mondes Supérieurs et obtenez ainsi de grands effets.
Vous devez donc veiller à prier avec une grande hitkachrout et une grande hitlahavout (ferveur ; enthousiasme ardent) ; car vous produisez alors assurément de grands effets dans les mondes Supérieurs, car chaque lettre provoque une agitation là-Haut.
[Baal Shem Tov - Tsava'at haRivach - 118]

Notre force dans la prière nous unit avec Hachem

-> Lorsque tu pries, garde à l’esprit qu'Hachem réside dans ces lettres.
Cela signifie :
Nous ne savons pas ce qu’une personne pense tant qu’elle ne s’exprime pas. Il s’ensuit donc que la parole est un vêtement pour la pensée. Dis-toi donc : "Je prépare un vêtement pour un si grand Roi ; il est donc tout à fait normal que je le fasse avec joie."
Prononcez donc les mots de toutes vos forces, car cela créera l’unité avec [Hachem], béni soit-Il.
Comme votre force réside dans la lettre[s], et qu'Hachem, réside dans la lettre [s] [de nos prières], vous êtes donc unis à [Hachem], béni soit-Il.
[Baal Shem Tov - Tsava'at haRivach - 108]

Prier dans la joie

+ Prier dans la joie :

-> Une prière faite avec une grande joie est certainement bien plus agréable à [Hachem], béni soit-Il, qu’une prière faite dans la tristesse et les larmes.
On pourrait illustrer cela par la parabole d’un pauvre qui implore et supplie un roi en pleurant abondamment : il n’obtiendra que peu.
En revanche, à un ministre qui, devant le roi, vante joyeusement ses louanges et, dans ce contexte, lui présente également sa requête, le roi accordera un très grand don, à la mesure de la stature du ministre.
[Baal Shem Tov - Tsava'at haRivach - 107]

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-> "On ne doit pas prier dans un état de tristesse, mais avec joie" (guémara Béra'hot 31a).

-> "La racine de la prière est la joie du cœur en Hachem" (séfer 'Hassidim - section 18).

-> "Réjouissez-vous devant Lui" (Téhilim 68,4), car "devant Lui" il n’y a aucune tristesse, car ["devant Lui"] tout est joie ('Haguiga 5a) ....
Ainsi est-il écrit : "Servez Hachem avec joie" (Téhilim 100,2), car il ne faut pas montrer de tristesse [dans Son service] ...
Qu’en est-il de celui qui est troublé et dans la détresse, donc incapable de se réjouir dans son cœur, et qui, à cause de sa détresse, cherche la compassion du Roi suprême? Doit-il s’abstenir complètement de prier pour éviter d’entrer avec de la tristesse?
Or, il est enseigné (Baba Métsia 59a) que toutes les portes ont été fermées, mais que les portes des larmes n’ont pas été fermées. Les larmes sont causées par le chagrin et la tristesse. Ainsi, ceux qui sont chargés de garder les portes brisent tous les détours et les verrous et laissent entrer ces larmes. Cette prière parviendra alors devant le Saint Roi". [Zohar II,165a]
De même, les pleurs sont de mise dans les prières liées à la téchouva, par exemple, la confession des fautes et la demande de pardon, ou les prières de la veillée de minuit (ex: tikoun Ra'hel & Léa).
Toutes les autres prières, cependant, et le service de D. en général, doivent être accomplis avec joie.

-> Le Arizal statue ainsi :
"Il est interdit de prier devant Hachem dans un état de tristesse. [On doit prier] mais comme un serviteur s’occupant de son maître avec une grande joie, car sinon l’âme n’a pas la capacité de recevoir l’illumination céleste qui est attirée en elle par le biais de sa prière.
La tristesse n’est appropriée que lors de la récitation de la confession et lorsqu’on se souvient de ses fautes. Dans toutes les autres prières, cependant, on ne doit pas laisser place à la tristesse, pas même à l’inquiétude concernant les fautes que l’on a commises.
Certes, il est bon d’être humble lorsqu’on prie, mais avec une grande joie. C’est un sujet très important, et il convient d’y prêter attention. Cette question est inestimable [quant à sa valeur]".
[Arizal - Pri Eitz 'Haïm - chaar Olam ha'assiya - fin du chap.1 - dans l’édition. Koretz - chaar Hakorbanot - chap.2 ]

-> L’acte de prière implique la foi et la confiance en Hachem, qui, à leur tour, impliquent (et doivent en eux-mêmes conduire à) la joie et l’allégresse du cœur (voir le Réchit 'Hokhma - chaar ha'ahava - chap.12).

[d'une certaine façon la prière commence par une brève phase où l'on se casse (notre égo) en humilité devant le fait que tout dépend et vient d'Hachem. Ainsi, on est rempli de joie de confiance d'avoir un papa Hachem qui est rempli de bonté, nous aimant à la folie indépendamment de nos actes, mérites.
La joie est alors totale puisque nous nous reposant à 100% sur Hachem, sans plan B (ex: notre richesse, intelligence, situation professionnelle, ...). ]

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-> "Le monde d’en bas est toujours dans un état de réception ... et le monde d’en-Haut lui donne en fonction de son état : s’il est rayonnant, on lui rendra la parité en rayonnant sur lui d’en-Haut.
S'il est dans un état de tristesse, il reçoit un jugement en conséquence ... ainsi est-il écrit : "Servez Hachem avec joie, car la joie de l'homme fait naître une autre joie, celle du Ciel".
[Zohar II,184a, et voir aussi la fin de 218a ]

Tam avec Hachem, méfiant avec autrui

-> Le verset "Tu ne te tourneras pas vers d’autres dieux" (Choftim 18,13) exprime une distinction importante : d’une part, nous devons faire preuve d’une témimout totale envers Hachem et accepter de tout cœur tous les décrets du Ciel, mais d’autre part, cette témimout ne doit être manifestée qu’envers Hachem, ton D.
Dans nos relations avec les gens, la sincérité simple et confiante connue sous le nom de témimout n’est pas une qualité. Au contraire, nos Sages nous conseillent : "Kabdéhou vé'hachdéhou" (respecte l’autre, mais méfie-toi de lui - Déré'h Eretz raba 5).

La Torah décrit Yaakov comme un "ich tam" (Toldot 25,27), ce qui implique que bien qu’il fût tam (sincère, entier), il était aussi un ich, un homme, et n’était pas détaché de ce monde. Il a lui-même dit à Ra'hel, en parlant de son père Lavan : "Je suis son frère dans la ruse" (Méguila 13b).

Prononcer le nom divin avec crainte

"Vous ne profanerez pas Mon saint Nom" (Emor 22,32)

-> Rabbénou Yona (Shaaré Téchouva 3,61) écrit que si une personne prononce le Nom d'Hachem sans révérence (crainte, grand respect), elle enfreint l’interdiction de ce verset.
Il écrit :
"Sachez que la perte et la destruction que l’on trouve le plus souvent dans l’âme des masses sont dues à la parole, car ils prononcent le Nom du Ciel en vain, et ils le prononcent également sans la crainte qui lui est due."

Nous prononçons le Nom de Hachem des centaines de fois chaque jour, et si nous ne prenons pas soin de le prononcer avec révérence, nous risquons de transgresser une interdiction de la Torah et de profaner le Nom de Hachem à chaque fois que nous le prononçons.
[rav Moché Sternbuch]