Paracha Tétsavé

Le nom de Moché n’est pas mentionné une seule fois dans cette paracha.

Le Baal haTourim note que de la naissance de Moché dans la paracha Chémot, jusqu’à sa mort dans la dernière paracha de la Torah (véZot haBéra’ha), la paracha Tétsavé est la seule où le nom de Moché n’y apparaît pas.

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1°/ Après le veau d’or, Moshé avait dit à D. : « Si tu ne pardonnes pas leur péché, efface mon nom, je t’en supplie, de Ton Livre que Tu as écrit! » (Ki Tissa 32,32).
La faute fut pardonnée mais la parole d’un tsaddik reste une parole et elle se doit d’être concrétisée (guémara Makot 11a).
Par conséquent, D. effaça le nom de Moché de cette paracha.

Cette absence du nom de Moché est d’autant plus étonnante que sa date de naissance et sa date de mort sont le 7 Adar (cf. guémara Kiddouchin 38a), une date qui correspond toujours à la semaine où est lue cette paracha.
Le Gaon de Vilna dit que c’est un moment propice pour faire coïncider sa disparition dans cette paracha et sa disparition physique.

L’attitude de Moché montre son degré d’amour pour le peuple juif.
Ne sachant pas qu’il n’allait être effacé  uniquement dans cette paracha, il a dit à Hachem que s’Il ne pardonnait pas à Son peuple, il n’avait aucune envie d’être mentionné dans toute la Torah.

2°/ Le Gaon de Vilna fait remarquer que le nom de Moshé apparaît de façon allusive, cachée.
Le nombre total de versets de la parasha est de 101.
Ce nombre correspond à la valeur numérique « cachée », c’est-à-dire non prononcée, des lettres de son nom :
La lettre מ s’appelle מם, la valeur de la « lettre cachée » étant de 40.
La lettre ש s’appelle שין, la valeur de la « lettre cachée » étant de 60.
La lettre ה s’appelle הא, la valeur de la « lettre cachée » étant de 1, soit au total 101.

3°/ Pourquoi avoir choisi cette paracha?
– Le Ben Ish Haï apporte une belle réponse à cette question
Dans les paroles de Moshé à D. (cf. 1°/), les mots « de Ton Livre » se disent en hébeu « missifré’ha ».
Ce mot peut se séparer en 2 et se lire : « missefer ka », qui se traduit par « du 20eme livre ».    –     מספר ך
La paracha Tétsavé est la 20eme de la Torah …

– Le Rokéa’h explique que le nom de Moshé a été omis de cette paracha traitant des vêtements de la fonction de Cohen, car à l’origine, Moshé était destiné à devenir un Cohen (son refus de se rendre en Egypte pour devenir le chef des Bnei Israël, fît qu’il resta un Lévi et son frère Aaron devint Cohen).

– Après le veau d’or, Moché avait dit à Hachem : « Si tu ne pardonnes pas leur péché, efface mon nom, je t’en supplie, de Ton Livre que Tu as écrit! » (Ki Tissa 32,32).
Les mots : « que Tu as écrit » (achèr katavta – אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ) semblent superflus!
Le verset aurait pu employer plus simplement : « que tu as écrit » (chékatavta – שכתבת).
Cependant, le mot : achèr (que – אֲשֶׁר) a une guématria de 501, qui est la même que : « Tétsavé » (תְּצַוֶּה).
Ainsi, Moché ajoute ce mot supplémentaire afin d’indiquer dans quelle paracha il souhaite ne pas apparaître, puisqu’elle aborde les habits du Cohen Gadol, et peut directement s’adresser à son frère Aharon.
[rav Ovadia Yossef]

– Le rabbi Mordé’haï Kamenetzky enseigne que Moché ne voulait en aucune façon diminuer la gloire de Aharon en apparaissant dans cette paracha qui parle du Cohen Gadol, souhaitant que les projecteurs ne mettent en avant que son frère Aharon et son grand Service pour l’ensemble du peuple juif.

– Selon le rav Schechter, à l’image du Cohen Gadol (cette paracha abordant essentiellement ses habits) qui faisait son Service (avoda) au nom et pour le bénéfice spirituel et matériel de chacun des juifs, de même Moché s’est dévoué totalement pour le bien être du peuple d’Israël au point de s’en effacer lui-même totalement.

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4°/ Dans la paracha Tétsavé, il y a 101 versets, qui est la même guématria que l’ange : « Michaël ».
Quel est le lien entre notre paracha et cet ange?

Le ‘Hanouccat haTorah donne l’explication suivante :
La Torah rapporte qu’après la faute du Veau d’or, Hachem voulait envoyer un ange afin d’accompagner les juifs dans le désert (plutôt que de continuer à le faire Lui-même).
Selon le midrach, l’identité de cet ange était : Michaël.
Cependant, Moché voulait que ce soit uniquement Hachem qui accompagne le peuple : « si ce n’est que Tu nous accompagnes » (Ki Tissa 33,16), et Hachem s’est soumis à cela.
Par la suite, lorsque Moché est mort, cet ange est apparu à Yéhochoua afin de mener le peuple.

Selon le ‘Hanouccat haTorah, on voit d’ici que lorsque Moché est présent, l’ange Michaël n’est pas présent, et inversement.
Puisque Moché est manquant dans cette paracha, « Michaël » a la possibilité d’apparaître au travers les 101 versets qui la composent.

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5°/ Le Méam Loez (Ki Tissa 32,33-34) enseigne :
Avant sa 2e prière, Moché désirait écarter toutes les forces destructives accusant Israël.
Son stratagème fut le suivant :
Il commença par amplifier leur faute : « Ce peuple a commis un grand péché » (v.32,31).
Voyant Moché lui-même avouer la faute du peuple, les forces d’accusation dirent : « Nous n’avons plus besoin d’accuser Israël ».
Par cet expédient, Moché se débarrassa de ces forces et put dire : « Maintenant, si Tu pardonnes leur faute, bien ; sinon, efface-moi du livre que Tu as écrit » (v.32,32).

Les forces accusatrices ne pensaient pas que Moché dénoncerait les juifs. Ceci leur parut inconcevable!
Elles avaient déjà vu Moché prier pour Israël en ces termes : « Ô Hachem! Pourquoi T’emportes-Tu contre Ton peuple? » (v.32,11).

Cependant, lorsque Moché supplia : « Ce peuple a commis un grand péché », elle pensèrent que vu la gravité de la faute, Moché demandait à Hachem de leur pardonner pour le moment et de les punir peu à peu.
Les forces accusatrices se rétractèrent : « Puisque Moché lui-même considère cette faute comme un grave péché, ceci constitue en soi, une accusation. Si Moché prie pour eux plus tard, Hachem n’acceptera pas sa prière car Moché a admis qu’ils ne méritent pas le pardon. »

Ces forces ignoraient que Moché avait principalement pour intention de les écarter. Il ne voulait pas réellement avouer que le peuple avait commis un grave péché.
Une fois ces forces écartées, Moché demanda à Hachem d’avoir pitié et de pardonner aux juifs.

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6°/ Selon nos Sages, le tsadik meurt afin de faire expiation pour sa génération. Sa mort annule le décret néfaste sur le point d’être scellé.
Avant que la calamité ne s’abatte sur le monde, Hachem enlève le tsadik pour lui éviter d’en souffrir.
Certains rapportent les paroles de Moché : « Que Tu leur pardonnes ou pas, Tu dois m’effacer du livre que Tu as écrit. Si Tu pardonnes leur faute, prends ma vie comme expiation pour cette génération. Si tu ne leur pardonnes pas et envisages de les anéantir, tue-moi d’abord afin que je n’assiste pas aux souffrances de mon peuple ».

[d’une certaine façon, Moché demande à disparaître, à mourir de la Torah, comme expiation pour sauver la génération (dor déa).]

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Certes le nom de Moché n’apparaît pas, mais Hachem s’adresse à Moché en disant : « toi ». En effet, justement parce qu’il s’est donné complètement pour obtenir le pardon du peuple, il a été récompensé et a obtenu qu’Hachem ne l’appelle pas par son nom, mais s’adresse à lui en disant : « toi », ce qui est une marque d’affection et de proximité encore plus grande.
[Rabbi de Loubavitch – Likouté Si’hot]

 

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