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"Israël vit les fils de Yossef, et il dit : "Qui sont ceux-là ?" " (Vayé’hi 48,8)

Le ‘Hafets ‘Haïm note que lorsque Yaakov a demandé : "Qui sont ceux-là ?", il les a très probablement reconnus en tant que fils de Yossef.

Mais ce n’était pas suffisant pour qu’il les bénisse.
Il voulait encore savoir ce qu’ils étaient eux-mêmes.
[et non seulement des fils de … ]

Et quand Yossef lui a répondu : "Ce sont mes enfants !", ce n’était pas pour les présenter comme membres de leur famille, car son père les connaissait bien.
Mais c’était pour confirmer que ses fils étaient vertueux, et qu’ils suivaient ses traces.
C’est seulement alors que Yaakov les a appelés pour les bénir.

Quelqu’un demanda une fois au ‘Hafets ‘Haïm une bénédiction pour que ses enfants restent pratiquants.
Le Sage répondit : "Imaginez-vous obtenir cela par une bénédiction ?
Pour y parvenir, il faut déployer de la messirout néfech (abnégation, don de soi) !"

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-> "Israël vit les fils de Yossef et dit : qui sont ceux-là?" (48,8)

Le Ohr ha'Haïm haKadoch objecte : pendant 17 ans, les fils de Yossef se trouvaient chez Yaakov pour étudier la Torah avec lui, donc comment peut-il demander qui ils sont?

Les Sages ont expliqué que Yaakov a vu que devaient sortir d’eux des réchaïm.

Le Ohr ha'Haïm haKadoch écrit : Il est possible que Yaakov ait eu par là l’intention d’éveiller l’amour du père pour son fils avant de les bénir, afin que la bénédiction soit avec le maximum d’amour et de tendresse.
C’est pourquoi il a demandé : "qui sont ceux-là?", pour entendre de la bouche de son fils bien-aimé : "ce sont mes fils".
Alors il aurait un élan de tendresse envers eux, comme dans le verset : "quand je parle de lui, je m’en souviendrai, c’est pourquoi mes entrailles s’émeuvent pour lui et je le prendrai en pitié."

+ "Yaakov vécut dans le pays d’Egypte 17 ans. Les jours de Yaakov, les années de sa vie, furent de 147 ans. Les jours où Israël allait mourir s’approchaient." (Vayé’hi 47, 28-29)

Pourquoi ces versets mentionnent-ils notre Patriarche d’abord par Yaakov, puis par Israël ?

Rabbénou Bé’hayé explique que chacun de ces 2 noms fait allusion à un aspect distinct de l’existence :
-> Yaakov (dont le nom provient de : "et sa main tenait le talon (ékev) de Essav" - Béréchit 25,26), représente la réalité physique ;
-> Israël (qui vient de : "car tu as lutté (sarita) avec D." - Béréchit 32,29), représente la réalité spirituelle.

La caractéristique essentielle est, bien sûr, celle orientée vers le spirituel, mais il est impossible de vivre dans ce monde en faisant abstraction de ses particularités physiques.

Nos Sages ont énoncé (guémara Béra’hot 13a) : "Le nom "Israël" n’est pas destiné à supplanter entièrement celui de Yaakov. Mais Israël sera le nom principal, et Yaakov le secondaire."

Voilà pourquoi, s’agissant de sa durée de vie, qui dépend des conditions physiques, il est appelé par le nom qui figure cette caractéristique de son existence : Yaakov.

Mais, lorsqu’elle décrit sa mort ainsi que les événements qui y mèneront et qui l’entoureront, la Torah emploie le nom Israël, car le côté physique s’efface alors pour ne laisser place qu’au spirituel.

+ Supplément :
Il est écrit dans la guémara (Béra’hot 13a) : "Quiconque désigne Avraham sous son précédent nom d’Avram enfreint un commandement actif de la Torah."

Il en va différemment avec Yaakov, pour lequel la Torah l’appelle Yaakov et Israël (cf.ci-dessus).

Le rav Israël Salanter nous explique pourquoi les 2 noms vont perdurer.

Il note :
-> Yaakov est dérivé d’un mot désignant une tromperie (comme l’a dit Essav : "Il m’a trompé (vayakév’ni) deux fois" - Béréchit 27,36)

La ruse et la tromperie bien qu’elles constituent des traits fondamentalement ignobles, ont néanmoins leur place dans le combat interminable mené par l’homme contre le penchant au mal.

-> Israël (cf. ci-dessus. "car tu as lutté (sarita) avec D. et avec les hommes, et tu l’as emporté"), fait allusion à son ascendant nouvellement acquis sur l’inclination au mal (tu l’as emporté !).

Néanmoins, les facultés de ruse et de tromperie à des fins sacrées ne peuvent jamais être totalement abandonnées.

Elles doivent être gardées en réserve pour des occasions où le penchant au mal redresse la tête avec quelque nouveau plan diabolique.
[à l’image de l’idée, que tant que l’on est en vie, on ne doit pas se croire infaillible devant la faute]

Voilà pourquoi le nom "Yaakov" a dû être retenu, en particulier à ce début d'exil en Egypte (épreuves et tentations futures, ...)

"Yaakov vécut dans le pays d’Egypte pendant 17 ans." (Vayé’hi 47,28)

Le Rav Zalman Sorotzkin de noter que cette paracha, qui relata la mot de Yaakov, est intitulée Vayé’hi (il vécut).
De même, celle qui rend compte de la mort de Sarah est ‘Hayé Sarah (la vie de Sarah), comme pour marquer le fait que la vie et la mort ne constituent pas des notions opposées.

Au contraire, la mort marque le début d’une vie véritable et éternelle, lorsque ceux qui ont pratiqué la vertu pénètrent dans le palais divin après avoir vaillamment franchi le vestibule de l’existence terrestre.

 

Rabbi Arié Lévine a dit : "Lorsqu'un nouveau né vient au monde, tous les gens sont en joie, pourtant le nouveau-né lui pleure.
Lorsque l'âme quitte ce monde, les gens prennent le deuil mais peut-être que l'âme se réjouit ..."

La vérité pendant l’exil

+ La vérité pendant l'exil :

"Yaakov vécut dans le pays d'Egypte 17 années" (Vayé'hi 47,28)

-> Le 'Hidouché Harim écrit que ce verset est une source d'encouragement pour le peuple juif alors que nous sommes coincés dans l'exil au milieu des non juifs, en nous disant que Yaakov a réussi à atteindre un niveau élevé de sainteté même dans la terre très impure d'Egypte.
Même si cette terre était pleine de dépravation, la sainteté de Yaakov a été encore plus forte que l'impureté de l'Egypte.

La Torah est éternelle et nous sommes censés tirer des leçons des Avot et les intégrer dans notre propre vie. Par conséquent, il est évident que chaque juif peut se connecter à la sainteté de Yaakov en s'accrochant à la mida du "émet" (Vérité), qui était le trait caractéristique de Yaakov, comme il est dit : "Donnez le émet à Yaakov" (Mikha 7,20).

En se connectant à Yaakov par le biais de la mida de la Vérité, on peut l'imiter et rester sur un niveau élevé de sainteté, même en endurant un exil sombre.

Le temps de la mort d’Israël approchait et il appela son fils, Yossef, et il lui dit : "S’il te plaît, ne m’enterre pas en Egypte" (Vayé'hi 47,29)

-> Rachi dit que Yaakov ne voulait pas être enterré en Egypte pour éviter la douleur de rouler dans les souterrains que toutes les personnes enterrées hors d'Israël devront traverser au moment de la résurrection des morts.

-> Le séfer Sia'h Sarfé Kodech ('helek 1, p.57) rapporte qu’un homme vint un jour voir le rabbi Mendel de Kotzk et lui dit qu’il voulait déménager en terre d'Israël.
Le rabbi lui demanda : "Pourquoi veux-tu aller en terre d'Israël?"
Il répondit : "Nous voyons que Yaakov voulait être enterré en terre d'Israël pour éviter la douleur de rouler sous terre. Je veux y aller pour la même raison."
Le rabbi lui demanda avec étonnement : "Aimes-tu tant ton corps? Tu t’inquiètes tellement pour lui que tu ne veux pas qu’il ressente la moindre douleur après la mort?"

[on ne doit pas aimer son corps au point qu'il en devienne l'essentiel par rapport à notre spiritualité, à notre âme. ]

Yaakov a souligné l’importance de l’unité

+++ Yaakov a souligné l'importance de l'unité :

"Rassemblez-vous et je vous dirai ce qui vous arrivera à la fin des jours. Regroupez-vous ... et écoutez Israël votre père" (Vayé'hi 49,1)

-> Avant que Yaakov ne commence à donner ses ulitmes bénédictions à ses fils, il leur dit de "se rassembler" et de se "regrouper", insistant sur la notion d'unité.
Les séfarim hakédochim expliquent qu'il soulignait l'importance de se rassembler dans la paix et la fraternité. Yaakov a parlé de ce concept fondamental avant de donner les bénédictions car "Hachem n'a pas trouvé de réceptacle pour contenir la bénédiction d'un juif, sauf la paix" (michna Ouktzin 13,12).
Pour recevoir une bénédiction, la paix doit venir en premier.

-> La date de la guéoula dépend de notre unité :
Le Chla Hakadoch (Déréh 'Haïm To'hakhot Moussar) affirme que Yaakov voulait révéler la date de la guéoula à ses fils (comme l'indique Rachi). C'est pourquoi il leur a demandé de se rassembler, car il n'est pas possible de réaliser la géoula si le peuple juif n'est pas uni.
La destruction du Temple a été causée par la haine gratuite, et tant que cette haine existera parmi nous, nous ne pourrons pas mériter la guéoula finale.

[d'une certaine façon, c'est comme si Hachem nous envoyait le Temple, mais nous n'avons pas de réceptacle pour le recevoir, car nous ne sommes pas assez unis les uns avec les autres.
Hachem peut nous unir en envoyant des malheurs sur le peuple, alors autant précéder cela en s'unissant de nous même, pour se dispenser de terribles malheurs. ]

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+ Yaakov les a mis en garde contre la faute de lachon ara :

-> Le Chla haKadoch ajoute que Yaakov a également réprimandé ses fils sur l'importance de ne pas dire de lachon ara.
Il dit que le mot "hé'asfou" (rassemblez-vous - הֵאָסְפוּ) est une référence au verset (II Mala'him 5,11) : "véassaf amétsora" (et guérissez le lépreux - וְאָסַף). La tsaraat est une punition pour avoir dit lachon ara, et Yaakov faisait donc allusion à cette idée.
Yaakov parlait de cela aux Shévatim (tribus) parce qu'il sentait qu'ils n'étaient pas tout à fait en paix les uns avec les autres depuis que Yossef avait dit du mal de ses frères (Vayéchev 37,2).

C'est dans cet esprit que le Chla haKadoch explique les paroles que les Shévatim ont adressées à Yossef après la mort de Yaakov : "Ils donnèrent l'ordre de dire à Yossef : ton père a donné ordre, avant sa mort, en disant : "Ainsi direz-vous à Yossef : 'De grâce, veuille pardonner à présent l'action malveillante de tes frères et leur faute, car ils t'ont fait du mal'."" (Vayé'hi 50,16-17)
La question qui s'impose est la suivante : quand Yaakov a-t-il dit cela? Où voyons-nous que Yaakov a fait cette demande?
Rachi explique que Yaakov n'a jamais vraiment dit cela, car il savait que Yossef ne gardait pas rancune. Cependant, ils se sont permis de dire cela en son nom pour le bien de la paix.
Cela reste difficile à comprendre. Comment pourrions-nous dire que les saintes Shévatim ont pu dire quelque chose qui n'est pas vraie?
Selon les mots du Chla haKadoch, cependant, nous pouvons comprendre que Yaakov a effectivement dit cela, car c'était son intention lorsqu'il a dit à tous les frères de se rassembler comme un seul homme. Il leur disait d'être en paix et de ne pas dire de lachon ara les uns sur les autres, et certainement pas d'avoir de mauvais sentiments les uns envers les autres.

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+ Comment parvenir à l'unité :

-> Le rav Shimon de Skrenovitz, fils du rav Mena'hem Mendel de Vorka, explique que le mot "hé'asfou" (rassemblez-vous - הֵאָסְפוּ) connote "éfes vé'ayin", le néant.
Il explique que si une personne est humble et se considère comme sans importance (en mettant Hachem au centre de tout), elle peut être unie aux autres.
Une personne orgueilleuse ne peut jamais être en paix avec les autres parce qu'elle est toujours préoccupée par elle-même. Mais celui qui est humble peut s'entendre avec tout le monde.

Quant à moi, je suis venu de Padan : Ra'hel est morte sur moi au pays de Canaan, sur la route, alors qu'elle était encore loin d'arriver à Efrat, et c'est là que je l'ai enterrée, sur le chemin d'Efrat, qui est Beit Lé'hem. (Vayé'hi 48,7)

-> Rachi commente que Yaakov justifie le fait qu'il n'ait pas enterré Ra'hel dans la grotte de Makhpéla parce que c'était pour le bien du peuple juif.
Yaakov dit à Yossef : "Tu dois savoir que, conformément à la parole [d'Hachem], je l'ai enterrée là, afin qu'elle soit utile à ses enfants lorsqu'ils seront exilés par Névouzardan. Lorsqu'ils passeront devant sa tombe, Ra'hel sortira de sa tombe, pleurera et demandera grâce pour eux, comme le dit le prophète : "Une voix se fera entendre à Rama" (Yirmiyahou 31,1). Et Hachem lui répondra : "Ton travail sera récompensé ... et les enfants retourneront dans leurs frontières" (Yirmiyahou 31,1).

-> Personne n'était mieux placé que Ra'hel pour implorer la clémence de ses enfants exilés. Elle a accumulé du mérite lorsqu'elle a fourni les simanim (signes) à sa sœur Léa, ce qui a permis à Léa d'épouser Yaakov.
Le midrach (Eikha rabba Pésichta 24) indique : "Ra'hel dit à Hachem : Quelle faute mes enfants ont-ils commise pour que Tu les punisses? Si c'est parce qu'ils ont adoré des idoles, ce qui s'appelle une tsara [une rivalité avec Toi], n'ai-je pas aimé mon mari Yaakov? Il a travaillé pour moi pendant 7 ans, et finalement, mon père lui a donné ma sœur comme épouse. J'ai surmonté mon amour pour mon mari et j'ai donné les signes (simanim) à ma sœur. Je suis de chair et de sang, et Tu es un Roi miséricordieux ; Tu devrais certainement avoir pitié d'eux.
Hachem lui répondit : "Il y a une récompense pour tes actes : tes fils reviendront du pays de leur ennemi" (Yirmiyahou 31,15)."

=> Pourquoi la volonté de Ra'hel de donner les signes (simanim) à sa sœur était-elle une raison pour qu'Hachem pardonne à ses descendants le péché d'idolâtrie?
La réponse se trouve dans la raison pour laquelle Ra'hel était prête à donner les simanim à Léa.
Ra'hel a compris intuitivement que dans ce monde de division, Yaakov épouserait inévitablement plus d'une femme. En effet, si Yaakov n'avait épousé qu'une seule femme et que les 12 tribus étaient nées d'une seule mère, le peuple juif aurait atteint un état d'unité dès son arrivée en terre d'Israel. Ainsi, la dynastie davidique serait restée indivisée et le peuple serait entré dans l'ère de machia'h sans souffrir de l'Ikvéta déMéchi'ha (les douleurs de l'accouchement du machia'h).
Cependant, l'unité dans ce monde est insaisissable. Il était donc inévitable que Yaakov épouse 2 femmes, ce qui provoqua une division au sein d'Israël. Certaines tribus vivraient sous la dynastie davidique, et d'autres sous les autres rois d'Israël. C'est pourquoi Ra'hel a accepté que Yaakov épouse sa sœur, bien qu'elle soit la première épouse de Yaakov.

Le fait que Ra'hel comprenne que la division est inévitable est à la base de sa demande de pardon à Israël pour les fautes d'idolâtrie.
L'existence de l'idolâtrie dans le monde est le résultat de l'obscurcissement de l'unité d'Hachem, c'est pourquoi ce monde est un monde de division. Ra'hel a donc prié pour que sa compréhension de l'impossibilité de l'unité dans ce monde, et le fait qu'elle ait ensuite permis à sa sœur d'épouser Yaakov et de devenir sa rivale (tsara), lui servent de mérite pour obtenir la même compréhension de la part d'Hachem.
Elle demanda à Hachem de pardonner la déloyauté de ses enfants qui adoraient des idoles (également appelée tsara), car la division inhérente à ce mot était la racine de leur culte des idoles.

Ce n'est qu'à l'arrivée de machia'h qu'il deviendra évident qu'Hachem est le D. unique dans ce monde.
Ainsi, après l'arrivée de machia'h, la nation juive sera unie sous le règne de la dynastie davidique. [machia'h étant un descendant du roi David]
[d'après le Maharal - Gour Aryé]

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-> En résumé :
Ra'hel a donné les simanim à Léa parce qu'elle reconnaissait que dans ce monde de division, il était inévitable que Yaakov épouse plus d'une femme et que le peuple juif soit divisé.
C'est la division dans le monde qui est à l'origine de la faute d'idolâtrie. Ra'hel a prié Hachem de pardonner au peuple juif le péché d'idolâtrie pour le mérite de son don de simanim à sa sœur Léa.

La royauté

"Le sceptre ne se retirera pas de Yéhouda" (Vayé'hi 49,10)

-> Rachi précise que cette prophétie s’applique à partir du roi David.

-> Yaakov bénit Yéhouda et lui accorde la royauté. On peut soulever deux questions sur cette prophétie.
Tout d’abord, nous savons que le premier roi du peuple d’Israël fut Chaoul, qui n’est pas un descendant de Yéhouda, mais de Binyamin. Alors, comment est-ce possible qu’il fût oint par le prophète Chmouel?
Et quand Chmouel réprimanda Chaoul qui n’avait pas obéi à ses instructions, il lui dit : "Et maintenant, ta royauté ne subsistera pas : Hachem s’est choisi un homme selon son cœur et l’a institué chef de son peuple, parce que tu n’as pas respecté Son commandement!" (Chmouel I 13,14).
Les propos de Chmouel sous-entendent que si Chaoul n’avait pas commis cette erreur, son royaume aurait perduré, ce qui semble contredire la prophétie de Yaakov, mentionnée dans le verset précité…

-> Le Ramban propose deux réponses. Il affirme tout d’abord que les descendants de Chaoul auraient pu être rois des tribus issues de Ra’hel – à savoir, Binyamin, Éphraïm et Ménaché. Autre possibilité, les descendants de Chaoul auraient pu être les ministres ou les députés du roi (issu, quant à lui de Yéhouda).

C’est d’ailleurs l’implication des propos de Yonathan (fils de Chaoul) à David : "Ne crains rien, la main de Chaoul, mon père, ne t’atteindra pas ; tu régneras sur Israël et moi, je serai ton second. Chaoul, mon père, le sait bien aussi" (Chmouel I 23,17).
Si Chaoul n’avait pas fauté, cette prédiction se serait réalisée. Yonathan ne savait pas que Chaoul avait manqué à son obligation et pensait donc pouvoir être le second du roi !

-> Le Rama Mipano affirme d’ailleurs que l’âme de Yonathan sera réincarnée en la personne de Machia’h Ben Yossef (et c’est l’allusion que faisait alors Yonathan en parlant à David.)

=> Ce développement nous enseigne à quel point il est important d’accepter son rôle, même quand cela signifie être subordonné ou soumis à quelqu’un d’autre. C’est souvent la clé du succès. Chaoul eut du mal à surmonter ce défi et cela eut des conséquences désastreuses. Yonathan parvint à se montrer digne et bien qu’il mourût précocement, le Rama Mipano nous enseigne qu’en fin de compte, il triomphera.

[d'après le rav Yéhonathan Gefen]

"Il les bénit ce jour-là, en disant : "Par toi Israël bénira, en disant ... "" (Vayé'hi 48,20)

-> Le séfer Tiféret Shmouel demande pourquoi est-il nécessaire de dire que Yaakov les a bénis "ce jour-là" (bayom aou).
Il répond en citant le verset (I Mala'him 2-3) qui rapporte que David a dit à son fils Shlomo : "Je vais sur le chemin de tout le pays".
Le Alchikh haKadoch explique qu'il disait à son fils de se rappeler constamment que le monde est ainsi fait que tout le monde finira par mourir. C'est pourquoi il faut faire bon usage de chaque seconde de la vie.

Ainsi, lorsque le verset dit que Yaakov a béni ses petits-fils (Efraïm et Ménaché) en "ce jour-là", l'intention est qu'il a donné la bénédiction de "ce jour-là", ce qui signifie qu'ils devraient toujours se concentrer sur chaque jour individuellement comme s'il s'agissait de leur seul jour sur terre.
De cette manière, ils seront capables de surmonter le yétser ara et de servir Hachem pleinement et entièrement.

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-> Le rabbi de Kobrin (cité dans Kitvé Ramam) explique ce verset d'une manière légèrement différente. Il dit que Yaakov a béni ses petits-fils en leur disant que chaque jour, ils ne devaient penser qu'à ce jour, sans s'inquiéter de ce qui se passerait demain.

Le rôle individuel de chaque juif

+ Le rôle individuel de chaque juif :

-> L’un des passages principaux de la paracha Vayé'hi concerne les bénédictions accordées par Yaakov à ses fils. Elles décrivent leurs forces (et parfois leurs faiblesses) et leur contribution au peuple juif. À la fin de ce récit, la Torah conclut : "Ce sont toutes les 12 tribus d’Israël, et voici ce que leur père leur dit, il les bénit, chacun selon sa bénédiction, il les bénit" (Vayé'hi 49,28).
Les deux dernières précisions sont difficiles à comprendre. Pourquoi la Torah nous répète-t-elle que Yaakov bénit ses fils, chacun selon sa bénédiction? Et pourquoi répète-t-elle à nouveau, à la fin, que Yaakov les bénit, chose que nous savons déjà?

-> Le Or Ha'haïm haKadoch (49,28) explique que les mots "selon sa bénédiction" signifient que chacun reçut la bénédiction qui lui convenait en fonction de son âme et de ses actions. Parce qu’il faut savoir que l’âme de chacun a son propre niveau et ses qualités.
Certaines personnes ont la qualité de la Kéhouna (prêtrise), d’autres ont la qualité de royauté et d’autres ont la qualité de la "couronne de la Torah". D’autres encore ont la qualité de la force, de la santé ou du succès.
Yaakov voulut, par l’intermédiaire de la prophétie, bénir chaque enfant selon la bénédiction qui lui convenait.

Le Or Ha'haïm haKadoch enseigne donc que Yaakov donna à chaque fils une bénédiction adaptée à ses qualités et à son potentiel uniques. Nous en déduisons que chaque personne a ses propres qualités et doit s’efforcer de réaliser ce potentiel à sa manière.

Le Or Ha'haïm poursuit et explique les termes : "Il les bénit". La Torah parle au pluriel [les], pour montrer que chaque bénédiction aide l’enfant lui-même ainsi que ses frères. Par exemple, quand il bénit le roi et lui souhaite de vaincre ses ennemis, il s’agit d’un bénéfice pour tous les frères.
Ainsi, un enfant qui a une qualité en abondance partagera cette abondance avec tous ses frères ... Le point fort de chaque juif apporte une contribution unique à l’ensemble du peuple juif. [de plus, kol Israël arévim]

-> L’individu n’est pas censé être un Gadol Hador ou le chef de toute la nation juive, mais chacun doit réaliser son potentiel. Et même si le potentiel aurait pu, dans l’absolu, être exploité davantage, cela n’a pas d’importance, parce qu’Hachem ne juge la personne qu’en fonction de ses talents et des circonstances.
Le rav Moché Feinstein (Darké Moché - 'Hayé Sarah) disait souvent, lors d’oraisons funèbres : "La vie de chaque personne est mesurée. Certaines personnes reçoivent un grand récipient et d’autres en reçoivent un petit. Chacun est tenu de remplir son récipient au maximum. Si un "simple Juif" remplit son récipient au maximum, il est plus grand que la personne plus grande qui ne remplit pas son récipient complètement."

-> Dans le même ordre d’idées, le 'Hafets 'Haïm (al haTorah - Vaét'hanan) écrit qu’Hachem exige que chaque personne Le serve selon ses capacités. Tout comme il y a des riches et des pauvres, des forts et des faibles, il y a aussi des personnalités différentes. Certaines personnes peuvent servir Hachem et atteindre un niveau très élevé, et d’autres sont incapables d’atteindre ce même niveau.
C’est pourquoi la Torah exhorte chaque personne à servir Hachem "de tout son cœur et de toute son âme", en mettant l’accent sur le cœur et l’âme de chacun.

-> Le 'Hafets 'Haïm (al haTorah - Réé) souligne également que les différents types de personnes sont essentiels pour la réussite générale du peuple juif.
Un jour, quelqu’un lui demanda pourquoi le monde avait besoin de ’Hassidim et de Mitnagdim, et pourquoi, même chez les ’Hassidim, il existe de nombreux groupes : certains mettent l’accent sur l’étude et d’autres sur la prière, certains chantent beaucoup, tandis que d’autres dansent davantage. Que manquerait-il au monde s’ils priaient d’une même manière?
Le 'Hafets 'Haïm répondit qu’au lieu de poser des questions sur les différents groupes du peuple juif, il devrait demander au tsar russe pourquoi il avait tant de types de soldats différents : l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie, l’armée de l’air et les plongeurs sous-marins. Que manquerait-il à l’armée s’il n’y avait qu’un seul type de soldat, avec un seul type d’arme, et un seul général qui commanderait tout le monde?
La réponse était évidente ; quand nous devons entrer en guerre et vaincre l’ennemi, nous avons besoin de différents types de combattants. Chacun a un avantage sur l’autre : par exemple, l’infanterie peut se battre à l’épée, ce qui n’est pas le cas de la cavalerie. Cette dernière, quant à elle, peut effrayer davantage l’ennemi. Ceux qui tirent avec des canons et diverses autres armes peuvent mener la guerre sur de longues distances, mais ne peuvent pas faire de combat rapproché.
De même, poursuivit le 'Hafets 'Haïm, pour gagner la guerre contre le yétser ara, nous avons besoin des différents types de ’Hassidim ainsi que des Mitnagdim.
Tous sont des soldats de l’armée d’Hachem. Chacun aide à vaincre l’ennemi, l’un avec sa Torah, l’autre avec sa prière, l’autre avec le chant et ainsi de suite.

=> Les bénédictions accordées par Yaakov enseignent que chaque personne a des qualités et un potentiel uniques et exceptionnels, et que si chacun exploite et réalise ce potentiel, alors tout le peuple juif connaîtra un grand succès dans toutes ses saintes entreprises.

[rav Yéhonathan Gefen]