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"Le premier-né d’un âne, tu le rachèteras par un agneau, sinon tu lui briseras la nuque et le premier-né de l’homme, si c’est un de tes fils, tu le rachèteras" (Bo 13,13)

=> Pourquoi l’âne est-il le seul animal impur pour lequel il faut racheter son premier-né?

-> C’est la question posée par la guémara (Békorot 5b) : "Rabbi Hanina a dit : J’ai demandé à Rabbi Elièzer dans la grande salle d’étude : En quoi les ânes premiers-nés sont-ils différents des chevaux et des chameaux premiers-nés (qui ne sont pas racheté)?
Rabbi Elièzer m’a dit : C’est un décret de la Torah. Et de plus, les ânes ont aidé les juifs au moment de leur sortie d’Egypte, car il n’y avait pas un membre d’Israël qui n’ait eu avec lui 90 ânes nubiens, considérés comme de qualité supérieure, chargés de l’argent et l’or des Égyptiens".

-> On peut rapporter quelques commentaires :
1°/ Rachi commente (en s’inspirant des propos de la guémara) : "Et non celle de tout autre animal impur. Il s’agit ici d’un décret de la Torah, les premiers-nés des Egyptiens étant comparés à des ânes (comme il est dit : ‘Leur chair est comme la chair des ânes’ - Ezéchiel 23,20).
[Autre explication] Parce que les ânes ont aidé les Bné Israël lors de la Sortie d’Egypte, car il n’y a pas eu un seul juif qui n’ait pris avec lui plusieurs ânes chargés de l’or et l’argent des Egyptiens."

2°/ Les ânes représentent les biens matériels [à noter que le mot : ‘Hamor (âne - חמור) s’apparente au mot ‘Homer (matière - חומר)]. En les échangeant par des agneaux, qui, comme le Korbane Pessa’h, sont consacrés à Hachem, nous apprenons que nous devons utiliser nos possessions matérielles au Service divin. [rav Shimchon Raphaël Hirsch]

3°/ L’âne représente le yétser ara. En effet, étant un animal impur, il ne peut être utilisé pour le Service divin. Son nom, "’Hamor" souligne sa grossièreté, source des mauvaises pulsions.
L’agneau, par contre, représente le yétser tov, qui lui peut être utilisé dans le Service d'Hachem. Sa graisse est offerte sur l’Autel et sa chair est mangée par les Cohanim. Sa laine est utilisée pour la fabrication des tsitsits et ses cornes sont utilisées pour la fabrication de Chofars. Ses intestins servent à la fabrication des cordes de la harpe et sa peau à la fabrication des tambourins, afin de se réjouir dans l’accomplissement des mitsvot.
Le rachat du premier né de l’âne représente en quelque sorte la réparation (tikoun) du yétser ara. Il est racheté par l’agneau (le yétser tov) qui représente l’action de la téchouva et de la réparation des mauvaises pensées, paroles et actions causées par le yétser ara.
Le Rachat est effectué par le Cohen, qui représente l’Attribut de ‘Hessed, la Bonté et l’Amour. Il peut réparer le Mal grâce à son amour du prochain et sa capacité de le rapprocher de son Créateur [‘Hassidout]. Première ouverture [de matrice] de l’âne.

4°/ Selon le Sforno (verset 14), l’âne symbolise la Sortie d’Égypte car les égyptiens ont tellement pressé les Bné Israël de s’en aller immédiatement, que ceux-ci n’ont pas eu le temps de se procurer suffisamment de chariots pour transporter leurs biens. Ils ont donc dû charger tous leurs bagages sur des ânes qui, en temps normal, n’auraient jamais pu porter des fardeaux aussi lourds. Ils n’y sont parvenus que grâce à un des nombreux miracles de la Sortie d’Egypte ; c’est pourquoi les ânes méritent un traitement privilégié.

-> Hachem ordonne à Moché de transmettre le message suivant à Pharaon : "Hachem, le D. des Hébreux, s’est manifesté à nous. Et maintenant nous voudrions aller à 3 journées de chemin, dans le désert, sacrifier à Hachem, notre D." (Chémot 3,18).

-> Ainsi, fut-il : "Puis, Moché et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent: "Ainsi a parlé Hachem, D. d’Israël : Laisse partir Mon peuple, pour qu’ils célèbrent mon culte (vaya’hogou li - וְיָחֹגּוּ לִי) dans le désert" ... Le D. des Hébreux s’est manifesté à nous. Nous voudrions donc aller à 3 journées de chemin dans le désert et sacrifier à Hachem notre D." (Chémot 5,1-3).

-> A la suite de la plaie des Bêtes sauvages, Pharaon accepte de renvoyer les juifs pour qu’ils servent leur D. : "Allez sacrifier à votre D. dans le pays ... Je vous laisserai partir, pour sacrifier à Hachem votre D. dans le désert ; toutefois, gardez-vous d’aller trop loin" (Vaéra 8,21-24).

-> Cependant, Pharaon veut empêcher les enfants et le bétails de quitter l’Egypte, ce à quoi Moché lui répond: "Nous irons jeunes gens et vieillards; nous irons avec nos fils et nos filles, avec nos brebis et nos boeufs, car nous avons à fêter Hachem (ki ‘hag Hachem lanou - כי חג ה׳ לנו)" (Bo 10,9).

=> De quelle fête s’agissait-il au juste?

On peut citer 3 réponses en relation avec les 3 fêtes de Pèlerinage :

1°/ Pessa’h :
Le Divré Yoël explique qu’à l’origine, les Bné Israël devaient marcher 3 jours dans le désert (le temps minimum pour échapper à l’impureté de l’Egypte) pour offrir leur Korban Pessa’h. Puisque celui-ci devait être offert, comme pour les générations ultérieures, dans l’enceinte du Temple, Hachem allait miraculeusement déraciner le saint lieu du futur Temple pour le rapprocher au-devant des juifs. [voir Targoum Yonathan Ben Ouziel sur Yitro 19,4].
C’est le sens des paroles : "Et maintenant nous voudrions aller à 3 journées de chemin, dans le désert, sacrifier à l’Éternel, notre D." (Chémot 3,18).

2°/ Souccot :
Suite au refus de Pharaon de laisser sortir les Béné Israël et l’urgence de leur libération, D. accéléra miraculeusement leur célébration de Pessa’h : "Hachem transporta sur les nuées de gloire le Peuple jusqu’au lieu du Temple et c’est là qu’ils offrirent, conformément à la Torah, le Korban Pessa’h [puis ils furent ramenés par Hachem en Egypte et mirent la nuit du 15 Nissan, le sang du Korbane Pessah sur les montants et le linteau de leurs porte". [voir Targoum Yonathan Ben Ouziel déjà cité]
Or, nous savons que la mitsva de Soucca rappelle les "nuées de gloire» de la sortie d’Egypte [voir guémara Soucca 11b], aussi, comme l’enseigne le midrach Pliya (rapporté par le Divré Yoël) la "fête à Hachem pour nous" s’identifiait-elle (également) comme la fête de Souccot (à noter que celle-ci est la seule à être désignée par nos Sages par le simple mot : ‘Hag (חג - fête).

3°/ Shavouot :
La raison d’être de la Sortie d’Egypte fut dictée ainsi par D. : "Quand tu auras fait sortir ce peuple de l’Égypte, vous adorerez le Seigneur sur cette montagne même" (Chémot 3,12).
A l’appui de ce verset, Rabbénou Bé’hayé en déduit que la fête que devaient célébrer les Bné Israël était Shavouot. En effet, le premier Pessa’h devait se dérouler en Egypte, et Souccot ne se réfère point à une quelconque montagne.
Cette interprétation est cohérente avec le commentaire du Déguel Ma’hané Efraïm qui nous explique que Pharaon ne connaissant D. qu’en tant que Maitre des forces de la nature, désigné par le nom Elokim (le nom de la Rigueur) dont la valeur numérique est celle du mot "haTéva" (La nature).

Maintenant, avec les prodiges de la sortie d’Egypte, Pharaon allait aussi connaître le nom Y-H-V-H (יהוה - le nom de la Miséricorde) qui désigne la transcendance du divin sur la nature. Aussi, la formule employée par Moché : "ki 'hag Hachem lanou - כי חג ה׳ לנו - Car nous avons à fêter Hachem) porte-t-elle l’allusion suivante : חג (‘Hag) forme les initiales des mots חסד (‘hessed – Bonté, qui se rapporte au nom Y-H-V-H) et גבורה (Guévoura – Sévérité, qui se rapporte au nom Elokim), ces 2 noms étant d’ailleurs exprimés dans les 2 derniers mots de l’expression : ה׳ לנו (Hachem lanou - D. pour nous) : Y-H-V-H et Elokim dont la valeur numérique [86] est curieusement celle du mot לנו (Lanou).
Le dévoilement de l’unification de ces deux noms fut procuré lors du Don la Torah, à Shavouot, comme l’indique le 1er Commandement : "Je suis Hachem ton D. (ה׳ אלקיך) qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une maison d’esclavage" (Yitro 20,2).

Paracha Bo

- "Vous garderez les matsot car en ce jour-là précisèment, J'ai fait sortir vos armées du pays d'Egypte ..." (Bo 12,17).

Rashi commente ce passage : "afin qu'elles ne fermentent pas. Rabbi Yochiya a dit : ne lis pas matsot mais mitsvot. De même qu'on ne doit pas laisser fermenter les matsot, on ne doit pas laisser fermenter les mitsvot. Lorsqu'il se présente à toi l'occasion d'en accomplir une, saisis la immédiatement".

Le Rambam (Guide des égarés) fait remarquer que toutes les mitsvot concernant Pessa'h, transmises dans la paracha Bo, viennent enseigner la leçon de "l'empressement dans les mitsvot".
C'est uniquement au sein d'une telle dynamique (empressement dans la continuité des mitsvot) qu'il est possible de grandir sans cesse pour se rapprocher de D.
A la fin de chaque mitsva, il faut rechercher à en faire une autre afin de maintenir une spirale qui nous fait grandir de niveau en niveau vers D.

- "Il ne sera pas vu chez toi du Hamets et il ne sera vu chez toi du levain dans tout ton territoire" (Bo 13,7).

Le Hamets qui gonfle symbolise l'orgueil.
Le Hida nous enseigne que selon la Torah en ce qui concerne l'orgueil, il n'y a pas à suivre la voie moyenne.

Même la plus infime quantité est à exclure. La matsa est basse et humble.

De même, avec l'orgueil il faut se montrer intransigeant devant la plus infime quantité.

+ Quelques biscuits pour Shabbath :

1°/ "Pour multiplier Mes prodiges en terre d'Egypte" (Bo 11,9)
Rabbi Israël de Schklov raconte sur son maître le Gra qu'il savait découvrir où chacun des grands d'Israël se trouvait en allusion dans la Torah.
En prenant les initiales hébraïques de ce verset ("Rabot Moftaï Beerets Mitsrayim"), on forme le mot Rambam (Moshé ben Maïmon), qui a été le 2e homme prodigieux de la terre d'Egypte après Moshé ("de Moshé de la Torah jusqu'à Moshé ben Maïmon, personne ne s'est levé comme Moshé"),
Le Rambam est mort à Fostat, qui fut la 1ere capitale de l'Egypte.

2°/ Avant que les Bnei Israël sortent d'Egypte, les 4/5e du peuple sont morts durant la plaie de l'obscurité. Quelle est la raison pour laquelle tant de juifs sont morts?
Le Hatam Sofer explique que la mort de ces juifs en Egypte n'était pas un châtiment, mais la miséricorde de D. envers eux afin de laisser en vie seulement les personnes qui resisteraient à la dernière épreuve.
1ere épreuve = lors de la plaie de l'obscurité, les Bnei Israël devaient résister à l'envie de prendre pour salaire de leur esclavage les trésors des égyptiens en profitant du fait qu'ils ne voyaient pas et ne pouvaient pas bouger. Ils devaient se dominer et ne rien prendre!
2e épreuve = lors de la nuit de la plaie des premiers-nés (nuit du séder), il y a eu un grand cri dans toute l'Egypte. Les Bnei Israël ne devaient ni vérifier ce qui se passait, ni contempler la vengeance contre leurs ennemis les égyptiens. Ils devaient rester derrière une porte close!
D. savait que les 4/5e du peuple ne pourraient surmonter cette 2e épreuve. Grâce à Sa miséricorde, Il a préservait ces juifs d'une mort future pour de mauvaises raisons.

3°/ La valeur numérique de la paracha BO (3e paracha du livre de chémot) est de 3. Cela aide à se souvenir qu'elle relate les 3 dernières plaies.