Rabbi Akiva dit : "Bien-aimé est l’homme pour avoir été créé à l’image [d'Hachem] ; c’est un surcroît d’amour que de lui avoir fait savoir qu’il a été créé à l’image [d'Hachem], car il est dit : "Car c’est à l’image d'Hachem qu’Il créa l’homme" (Noa'h 9,6)."
[Pirké Avot 3,14]
=> Pourquoi la michna semble-t-elle répéter deux fois la même idée? Quelle est la différence entre le fait d’avoir été créé à l’image d'Hachem et le fait d’avoir été informé que nous avons été créés à Son image?
b'h, nous allons voir le magnifique commentaire du Zéra Shimshon (dans son Toldot Shimshon).
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+ L’enseignement fondamental du Zohar :
-> Le Zohar (I,191a) révèle une idée cruciale concernant le pouvoir protecteur de l’image divine. Il explique que, puisque l’homme est créé à l’image d'Hachem, les anges destructeurs s’éloignent naturellement de lui.
L’image divine sert de bouclier inhérent qui repousse les forces spirituelles nuisibles.
Cependant, le Zohar ajoute une mise en garde qui donne à réfléchir : lorsqu’une personne faute, elle perd cette image divine. Dans le domaine spirituel, elle n’apparaît plus comme un être créé à l’image d'Hachem (tsélem Elokim), mais plutôt comme un animal. Cette transformation la rend vulnérable aux anges destructeurs mêmes qui, normalement, l’éviteraient.
Le pouvoir protecteur de l’image divine est affaibli, voire entièrement perdu, à cause de la faute.
Cet enseignement établit un principe fondamental : notre protection spirituelle est directement liée à notre état spirituel.
Plus nous sommes proches de notre image divine originelle, plus nous sommes protégés contre les dommages spirituels.
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+ Les perspectives supplémentaires du Yalkout Shimoni :
-> Le Yalkout Shimoni (Téhilim 670) nous présente ce qui semble être des points de vue contradictoires sur la manière dont les juifs sont protégés lorsqu’ils voyagent.
Rabbi Yéhochoua ben Lévi affirme que lorsqu’une personne voyage, des anges marchent devant elle, proclamant à toutes les forces destructrices : "Faites place à celui qui ressemble au Roi!"
Ces anges annoncent en substance le statut élevé de cette personne et exigent qu’on lui témoigne du respect.
En revanche, nos Rabbanan proposent une perspective différente.
Ils disent que lorsqu’un juif voyage, un "masque" est placé devant les anges destructeurs afin de les empêcher de le voir. Plutôt que de proclamer son statut, cette approche le dissimule à tout danger potentiel.
=> À première vue, ces deux approches semblent se contredire. De plus, selon l’enseignement du Zohar selon lequel l’image divine repousse les anges destructeurs, pourquoi l’une ou l’autre de ces protections supplémentaires serait-elle nécessaire?
Si l’image divine constitue une protection suffisante, pourquoi avons-nous besoin d’anges qui font des proclamations ou de masques qui nous dissimulent à la vue?
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+ Comprendre les trois niveaux de protection :
-> La réponse réside dans la reconnaissance qu’il existe en réalité trois niveaux distincts de protection spirituelle, chacun correspondant à des états spirituels différents :
1°/ Premier niveau : la protection inhérente :
Avant qu’une personne ne faute, l’image divine en elle offre une protection complète et inhérente. C’est l’état originel de l’humanité, une condition dans laquelle les anges destructeurs nous évitent naturellement car ils reconnaissent l’image divine que nous portons. Cette protection ne nécessite aucun effort ni intervention supplémentaire ; elle découle directement de notre nature essentielle en tant qu’êtres créés à l’image d'Hachem.
2°/ Deuxième niveau : la protection par les mitsvot :
Une fois qu’une personne a fauté et que l’image divine en elle s’est affaiblie, une autre forme de protection devient nécessaire. C’est là qu’intervient l’enseignement de Rabbi Yéhochoua ben Lévi.
La Michna (Pirké Avot 4,13) nous enseigne que chaque mitsva qu’une personne accomplit crée un ange. Ces anges, nés de nos bonnes actions, nous accompagnent et nous protègent.
Lorsque Rabbi Yéhochoua ben Lévi décrit des anges proclamant "Faites place à celui qui ressemble au Roi", il fait référence à ces anges créés par les mitsvot. Ils agissent en tant qu’avocats (défenseurs) et protecteurs, proclamant notre lien avec Hachem malgré nos fautes.
Ces anges rétablissent essentiellement notre ressemblance avec le Roi grâce à nos actions positives, même lorsque notre image divine originelle a été compromise.
3°/ Troisième niveau : la miséricorde divine envers ceux qui ne la méritent pas :
L’enseignement des Rabbanan concernant le "masque" aborde une situation encore plus complexe : qu’arrive-t-il à quelqu’un qui a fauté et qui n’a pas accompli suffisamment de mitsvot pour se créer des anges protecteurs? Une telle personne serait normalement totalement exposée au danger spirituel.
Pourtant, la miséricorde d'Hachem s’étend même à ces individus.
Lorsqu’il existe un potentiel pour que le bien finisse par émaner d’une personne, lorsqu’il y a un espoir de repentance (téchouva) future et de croissance spirituelle, Hachem lui fournit un "masque" qui la dissimule aux anges destructeurs.
Cette protection ne repose pas sur le mérite, mais sur la miséricorde divine et la possibilité d’une rédemption future.
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+ La signification profonde du Pirké Avot ci-dessus :
-> Nous pouvons désormais comprendre la structure apparemment répétitive du Pirké Avot.
Lorsque Rabbi Akiva affirme d’abord que "l’homme est cher (bien-aimé - 'haviv adam) à Hachem parce qu’il a été créé à Son image", il fait référence à la protection inhérente qui découle de l’être lui-même.
C’est l’amour que Hachem manifeste à l’humanité par le biais de notre création même.
Mais lorsque la michna (Pirké Avot) ajoute que "l’homme a été informé qu’il avait été créé à l’image d'Hachem", elle met en évidence une dimension différente de l’amour divin.
Le fait qu’on nous ait révélé notre image divine signifie que nous pouvons œuvrer activement pour la préserver ou la restaurer par nos actions. Cette connaissance nous permet d’accomplir des mitsvot qui génèrent des anges protecteurs, démontrant ainsi l’amour indéfectible d'Hachem, même envers ceux qui se sont éloignés de leur état originel.
La michna met l’accent sur cette seconde forme d’affection car elle révèle quelque chose de profond sur la relation d'Hachem avec nous. Même lorsque nous fautons et perdons notre image divine inhérente, Hachem continue de nous aimer et nous offre des voies de protection et de rédemption par le biais de nos actions positives.
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+ Pourquoi la Mishna ne mentionne-t-elle pas le troisième niveau? :
-> Il est à noter que la michna n’aborde pas explicitement le troisième niveau de protection : la miséricorde divine accordée à ceux qui n’accomplissent aucune mitsva.
Cette omission est significative et intentionnelle. La michna met l’accent sur l’amour qu'Hachem témoigne à ceux qui s’engagent activement dans la croissance spirituelle et l’accomplissement des mitsvot.
Bien qu'Hachem protège certainement même les fauteurs invétérés par miséricorde et dans l’espoir d’un éventuel repentir de leur part, cette protection ne trouve pas sa source dans la même réalité que celle accordée à ceux qui préservent leur image divine ou s’efforcent de la restaurer par l’accomplissement des mitsvot.
La michna nous enseigne l’affection particulière réservée à ceux qui participent activement à leur développement spirituel.
-> Nous ne sommes pas des bénéficiaires passifs de la protection divine, mais des participants actifs à son maintien et à son renforcement. Plus nous préservons notre "image divine" (tsélem Elokim) en évitant la faute, et plus nous accomplissons de mitsvot pour créer des anges protecteurs, plus notre protection spirituelle devient forte.
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[ => Même si nous avons fauté et que nous nous sentons éloignés de notre image divine originelle, nous ne sommes pas abandonnés. Grâce à une téchouva sincère et à l’accomplissement des mitsvot, nous pouvons créer de nouvelles formes de protection et rétablir notre lien avec Hachem. ]