-> Celui qui sonne le shofar (le baal tokéa) n’est pas seulement le messager d'Hachem chargé de souffler à nouveau notre âme (néchama) en chaque juif ; il est également notre messager auprès d'Hachem.
Lorsque le baal tokéa souffle dans le shofar, nous sommes tous renvoyés à notre essence, notre étincelle de divinité (en nous) vers Hachem. Lorsque notre souffle rencontre celui d'Hachem, nous revenons alors à la Source.
[lorsqu'Hachem créa Adam :"Il souffla dans ses narines le souffle de vie" (Béréchit 2,7). ]
Tout au long de l’année, nous prions, nous prononçons des mots. Plus nous comprenons ce que nous disons et plus nous nous concentrons sur le sens des mots, mieux c’est.
Mais avec le shofar, nous prononçons une sorte de prière que nous ne comprenons pas : nous faisons entendre une voix sans mots.
Nous poussons un cri sans paroles, exprimant notre essence profonde de "nichmat 'haïm", notre néfech Elokit qui est toujours divine et bonne.
Nous communiquons depuis le plus profond de nous-mêmes, là où s’exprime et s’éveille notre désir ardent de retour.
[juste avant de souffler le shofar, le baal tokéa récite le verset : "Elokim bit'roua Hachem békol shofar" (Téhilim 47,6), qui se traduit simplement par "Que D. soit exalté par la téroua, Hachem par le son du shofar".
Le Maguid, cependant, comprend que "Hachem", c’est Hachem Lui-même, qui est "békol shofar", le son du shofar.
À Roch Hachana, Hachem insuffla de Lui-même une néchama en Adam.
Chaque année, Hachem insuffle à nouveau notre néchama en nous par le biais du shofar, et nous la lui renvoyons par le biais du shofar. C’est ainsi que nous nous rencontrons. ]
Nous sommes comme un prince qui s’est égaré depuis si longtemps qu’il a oublié la langue de son père, le roi. Mais nous pouvons crier. Notre Père reconnaîtra toujours notre voix, même si elle est brute et inculte.
Personne ne comprend ce que dit le shofar ; nous, certainement pas.
Le shofar exprime quelque chose que nous ne pouvons pas verbaliser. Nous pouvons parler de ce que nous pensons, savons et ressentons, mais nous ne pouvons pas exprimer la racine même de notre être qui aspire simplement et désire retourner vers Celui d’où nous venons.
Nous laissons donc simplement échapper un son issu de l’essence même de notre être.
Ce son ne peut être compris que par Hachem. Lui seul comprend, entend, perçoit, et est attentif (mévin, oumaazin, mabit, oumakchiv) "à la voix de notre souffle" (lékol tékiaténou).
Hachem est expert dans l’art de discerner l’âme juive. Lui seul peut écouter un son brut et savoir qu’il s’agit de l’appel d’une "partie du D. d'en-Haut" ('helek Eloka mimaal), une néchama qui est une étincelle d'Hachem Lui-même.
Seul Hachem peut distinguer une véritable pierre précieuse de son imitation contrefaite. Il voit qui nous sommes vraiment et qui nous deviendrons.
Les anges se sont opposés à la création d’Adam. Ils ont dit : "L’homme va fauter! Pourquoi devons-nous prendre un tel risque (en le créant)?"
Mais c’est parce qu’il y a quelque chose qu’ils ne comprennent pas : la Elokout (la divinité qui est en tout juif) ...
Les anges ne comprennent pas le secret du shofar, le secret du retour de chaque juif. Hachem, Lui, le comprend ; c’est pourquoi Il nous recrée chaque année.
Chaque année, nous sonnons notre shofar ici-bas, dans ce monde, et cela nous tire, nous attire et nous ramène vers Hachem.
Finalement, Hachem sonnera de Son shofar, le shofar du machia'h, et inondera le monde de téchouva, forçant chaque néchama à revenir vers Lui. Comme le déclare la bénédiction des shofarot : "En ce jour du machia'h, le grand shofar retentira, annonçant le retour définitif de chaque juif (véaya bayom aou yitaka béshofar gadol) ... Ils se prosterneront devant Hachem à Jérusalem" (Yéchayahou 27,13) ...
-> Chaque année, le Satan est effrayé par le son du shofar car il pense qu’il s’agit du shofar du machia'h. Pourquoi le Satan a-t-il peur? N’a-t-il pas entendu le shofar l’année dernière?
Mais chaque année, ce son ressemble davantage au shofar du machia'h, car nous nous rapprochons de l’époque du machia'h (qui n'a jamais été aussi proche), et le Satan pense que c’est enfin le moment.
<--->
+ Shofar - Un moyen de retour pour tout juif :
-> Le baal tokéa du Yisma'h Israël lui demanda de lui révéler les secrets du shofar. Le rabbi repoussa sa demande à maintes reprises jusqu’à ce que, finalement, juste avant Roch Hachana, il lui dise : "Bon, d’accord. Tu veux connaître les secrets du shofar? Je vais te les dire.
"Si tu pries pour que tous les juifs, même ceux dont le parcours n’est pas irréprochable, aient une bonne année et fassent téchouva, très bien, merci beaucoup. Si tu pries pour que même les juifs qui commettent des offenses tout à fait répréhensibles aient une bonne année et reviennent vers Hachem, très bien.
Mais laisse-moi te dire à qui le shofar est vraiment destiné.
Imaginez un poritz (noble) juif, complètement coupé de son peuple et ignorant tout de la culture juive, qui sort et constate que les rues sont désertes. Il se renseigne et apprend que tout le monde est à la synagogue en train de prier, car c’est Yom Kippour.
Éclairé, il rentre chez lui pour informer sa femme de leur sortie imminente à la synagogue, mais elle lui explique qu’aucun repas de fête ne sera prêt après la récitation des prières. Bien informé, il attrape son fusil, enfourche son fidèle cheval de chasse, abat un lapin et le donne à sa femme, qui s’empresse de disposer la carcasse dans la rôtissoire. Enfin, il se rase un peu et part.
C’est ce juif-là, celui qui est capable de tuer et de manger un lapin le jour de Yom Kippour, que vous devriez garder à l’esprit lorsque vous sonnez du shofar, afin que lui aussi ait une année bénie, et que son cœur soit ému à la recherche de son Créateur."
=> Le shofar ne prononce ni mots ni lettres ; il ne module même pas son ton avec grâce. Le shofar émet un son brut, pur, non transformé, exprimant le cri de l'âme (néchama) la moins sophistiquée qui soit, retournant à sa Source.
À retenir : le shofar ramène chaque juif vers notre Source (divine).
[d'après le rav Moché Wolfson]