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L’étude de la Torah comme protection divine

Rabbi Yaakov dit : "Celui qui va en chemin et étudie et interrompt son étude pour dire : "Comme cet arbre est beau, comme ce sillon est beau", l’Écriture le considère comme mettant sa vie en péril (ké'ilou mit'hayev bénafcho)."
[Pirké Avot 3,7]

-> Ainsi, s'interrompt son étude pour s'émerveiller devant la beauté des arbres ou des champs, est considéré comme si on était passible de perdre notre âme. Cela semble être un jugement exceptionnellement sévère pour ce qui apparaît comme une simple observation innocente de la magnifique création d'Hachem.

Le Zéra Shimshon (dans son Toldot Shimshon) s’interroge sur plusieurs aspects de cet enseignement.
Premièrement, pourquoi Rabbi Yaakov mentionne-t-il spécifiquement quelqu’un qui voyage en chemin? Pourquoi pas simplement toute personne qui interrompt son étude (chez lui par exemple)?
Deuxièmement, pourquoi choisit-il précisément l’exemple d’une remarque sur un beau paysage ?
Troisièmement, quel verset implique réellement cette grave responsabilité? Et enfin, que signifie "être passible de perdre son âme" (mettre sa vie en péril)?

-> Le Toldot Shimshon trouve la réponse en reliant 2 enseignements de Rabbi Yaakov : celui qu'on voit dans le Pirké Avot, et un autre dans le midrach (Béréchit raba 10,2).
Là, Rabbi Yaakov explique un principe fondamental concernant la création du monde. Il
enseigne que tant qu'il existait dans le monde l'état de : "tohou va'vohou" (l’état de vide chaotique - תהו ובהו), alors le service d'Hachem ne pouvait être correctement établi ni s’épanouir.
Ce n’est qu’après que le "tohou va'vohou" eut été éliminé et que l’ordre eut été établi que le service divin put véritablement s’imposer.

Le Yéfé Einayim approfondit ce concept : lorsque nous éliminons notre quête de plaisirs purement physiques et de matérialisme, nous créons un espace permettant au service de Hachem de régner en maître dans nos vies. L’élimination du "tohou va'vohou" représente le triomphe du focus spirituel sur la distraction physique.

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+ Pourquoi le voyageur est-il vulnérable?

-> Nous comprenons désormais pourquoi Rabbi Yaakov mentionne spécifiquement un voyageur (quelqu'un en chemin). Lorsqu’une personne voyage, en particulier à travers la campagne et les zones rurales, elle se trouve dans une position de vulnérabilité spirituelle.
La guémara (Yérouchalmi - Béra'hot 4,4) nous enseigne que les forces spirituelles néfastes sont plus présentes dans de tels lieux, et que ces influences destructrices sont englobées dans le concept de "tohou va'vohou".

Cette réalité spirituelle est si bien établie que nos Sages ont institué des mesures pratiques pour y remédier. Ils ont établi une courte prière spéciale à réciter après la Amida le vendredi soir, spécifiquement pour protéger ceux qui pourraient s’attarder dans les champs après la prière (Shabbat 24b, Tossefot Béra'hot 4b).
Cela nous montre que le danger est réel et reconnu par nos Sages.

La protection la plus efficace contre ces forces néfastes est l’immersion totale dans l’étude de la Torah.
Lorsque nous nous plongeons profondément dans la Torah, nous créons un bouclier spirituel qui tient ces influences destructrices à distance. La Torah nous sert d’armure contre le chaos du "tohou va'vohou".

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+ L’erreur tragique :

-> C’est là que réside la tragédie contre laquelle Rabbi Yaakov nous met en garde.
Lorsque le voyageur interrompt son étude de la Torah, même pour ce qui semble être une raison positive, comme louer la beauté de la création de Hachem, il perd immédiatement le pouvoir protecteur que lui procurait son étude de la Torah. À cet instant, il s’expose aux dangers spirituels mêmes que son étude lui évitait.

Cela explique pourquoi Rabbi Yaakov a choisi précisément l’exemple d’un commentaire sur un beau paysage. On pourrait raisonnablement penser : "C’est sûrement une bonne chose de reconnaître et de louer la beauté du monde de Hachem! Comment cela pourrait-il être mauvais?"
Mais Rabbi Yaakov nous enseigne que le contexte a une importance capitale. Dans une situation de vulnérabilité spirituelle, où les forces néfastes sont plus actives, même des activités en apparence positives deviennent dangereuses si elles interrompent notre étude de la Torah.

Le voyageur (celui en chemin) dans la campagne se trouve précisément dans une telle position de vulnérabilité. En choisissant de se concentrer sur la beauté physique plutôt que de poursuivre son étude de la Torah, il renforce les entités spirituelles destructrices qui l’entourent.

En privilégiant le paysage plutôt que la contemplation spirituelle, il "abandonne son âme" dans le sens où il choisit d’affaiblir ses défenses spirituelles et de s’exposer à des forces qui menacent son bien-être spirituel. Il échange la protection de son âme contre un moment de plaisir physique.
[on a vu les termes du Toldot Shimshon : notre étude de Torah = "bouclier spirituel qui tient ces influences destructrices à distance. La Torah nous sert d’armure".]

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[ => Cet enseignement révèle un point fondamental. L’étude de la Torah n’est pas simplement un exercice intellectuel : c’est notre principal moyen de protection spirituelle, en particulier lorsque nous nous trouvons dans des situations de vulnérabilité.
Le pouvoir protecteur de la Torah est si fort que l’interrompre, même pour des raisons apparemment innocentes ou positives, peut nous exposer à un véritable danger spirituel. ]

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