+ La grandeur de rabbi Akiva même comparé à Moché :
-> Dans la Hagada, nous disons : "Et même si nous étions tous des hommes de sagesse, de compréhension, d'expérience et de connaissance de la Torah, il nous incombe toujours de raconter l'Exode d'Égypte" (vaafilou koulanou 'hakhamim koulanou névonim ...).
Pour quelle raison devrions-nous envisager l'idée qu'un érudit, quelqu'un qui connaît très bien la Torah, ne serait pas tenu de s'acquitter de l'obligation de raconter à nouveau la Sortie d'Egypte?
Chaque Juif est tenu d'accomplir toutes les mitsvot applicables de la Torah; alors, pourquoi devons-nous inclure spécifiquement les talmidé 'hakhamim? Pourquoi estimer qu'ils devraient être exemptés de cette mitsva?
-> 'Le Hida aborde cette question dans son interprétation de la Haggada (Sim'hat HaRéguel): le Arizal enseigne que le peuple juif devait être sorti d'Égypte à ce moment précis. S'il était resté là un moment de plus, il serait tombé au point de non-retour. Il serait descendu dans le cinquantième niveau d'impureté, un niveau à partir duquel la Délivrance aurait été impossible.
Pourquoi la Guéoula n'était-elle possible qu'à partir du quarante-neuvième niveau d'impureté, mais impossible à partir du cinquantième? Pour quelle raison le cinquantième niveau était-il considéré comme le point de non-retour?
Le 'Hida explique que lorsque quelqu'un est installé dans l'impureté, il ne peut être sauvé que s'il existe un individu en mesure de le hisser pour le sortir de son état d'impureté
Moché Rabbénou, qui avait été chargé de la mission de sauver le peuple juif d'Égypte, avait atteint le quarante-neuvième niveau de bina, le 49e niveau de sainteté.
La guémara (Roch Hachana 21b) nous rapporte qu'il existe 50 niveaux de Torah, sachant que Moché eut accès à 49 d'entre eux.
Ayant atteint le 49e niveau de Torah, Moché était parfaitement qualifié pour sauver le peuple d'Israël du 49e niveau d'impureté. Cependant, si le peuple d'Israël avait chuté d'un niveau supplémentaire, jusqu'au cinquantième niveau d'impureté, il aurait échappé à la portée de Moché Rabbénou. Il n'aurait pas pu servir de vecteur par lequel la Guéoula se produisit.
Le Arizal révèle de manière étonnante que Rabbi Akiva fut le seul individu à atteindre le 50e niveau de sainteté (kédoucha).
Dans une certaine mesure, il atteignit un niveau de Torah supérieur à celui de Moché Rabbénou.
Si Rabbi Akiva avait été présent en Égypte, il n'y aurait pas eu d'urgence à sauver le peuple juif. Les juifs auraient pu descendre au cinquantième niveau d'impureté, Rabbi Akiva aurait quand même pu les délivrer.
Du point de vue de Rabbi Akiva, les miracles accomplis pour faire sortir d'urgence le peuple juif d'Égypte n'étaient pas nécessaires. S'il avait été présent, ils n'auraient jamais atteint le point de non-retour ; Rabbi Akiva aurait toujours pu les sauver. On pourrait donc penser qu'une personne telle que Rabbi Akiva, quelqu'un ayant atteint le 50e niveau de Torah, n'ait pas besoin de discuter et de relater les miracles s'étant produits pendant la Sortie d'Egypte. Pour lui, ces prodiges n'auraient sans doute pas été essentiels. Alors, pourquoi les évoque?
La Haggada enseigne que même celui qui a atteint le plus haut niveau de Torah, comme Rabbi Akiva, sera toujours obligé de participer à la mitsva de raconter le récit de la sortie d'Egypte.
Le Hida ajoute que, pour cette raison, la Haggada rapporte ensuite une anecdote sur les tsadikim qui ont passé toute la nuit à discuter de la sortie d'Egypte, Rabbi Akiva étant l'un d'eux. L'argument est clair : même Rabbi Akiva, pour qui aucun degré d'impureté n'est au-delà de la Délivrance, est tenu d'investir du temps à raconter les événements miraculeux de l'Exode.
Le 'Hida cite son père, qui employait cette idée pour expliquer l'enseignement de nos Sages selon lequel "chéla'h na béyad tichla'h" (d'envoyer celui que Tu enverras [délivrer la nation juive d'Egypte] - Chémot 4,13) se réfère à Rabbi Akiva.
Il expliquait que c'était justement pour cette raison-là que Moché Rabbénou désirait que Rabbi Akiva soit choisi pour faire sortir le peuple juif d'Egypte. Il avança : "Si je les fais sortir, ce sera avec une grande urgence, de peur que le peuple juif ne glisse au-delà du seuil du sauvetage; que Rabbi Akiva les fasse sortir et il n'y aura aucune pression du temps. Même s'ils chutent au cinquantième niveau d'impureté, Rabbi Akiva pourra encore les sauver."
Ainsi, le 'Hida cite une déclaration de nos Sages interprétant explicitement la demande de Moché, "chéla'h na béyad tichla'h", comme faisant référence à Rabbi Akiva.
Le midrach HaGadol (parachat Chémot) ainsi que le Otiot Divré Akiva (ot dalét) interprètent tous deux "chéla'h na béyad tichla'h" comme se rapportant à Rabbi Akiva.