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Selon le Gaon de Vilna, sans la souffrance, nous ne survivrions pas à ce monde [dans le contexte, il fait référence au monde à Venir].
['Hafets 'Haïm - Chem Olam - Chaar Chemirat Shabbath - chap.3]

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-> Le 'Hafets 'Haïm (Chem Olam) écrit :
"L'idée est que lorsque l'âme s'élève, une sorte de balance apparaît devant elle pour peser ses actions et voir si les mérites l'emportent sur les fautes ou inversement. Elle entend une voix céleste lui annoncer que tous les mérites qu'elle a accumulés au cours de sa vie doivent se rassembler, et cette voix est entendue dans tous les mondes où son âme est enracinée.
Immédiatement, tous les [anges] positifs qui ont été créés à partir des mitzvos se rassemblent et se placent du bon côté de la balance.
Puis une voix céleste se fait entendre pour dire que toutes les fautes qu'il a commises dans sa vie devraient être rassemblés, et alors des masses [d'anges] vêtus et enveloppés de noir se rassemblent, et il y en a une quantité stupéfiante, et la balance penche presque du côté des fautes à cause de leur nombre, et aussi parce que les anges méritants ne sont pas aussi forts, puisque les mitsvot n'ont pas été accomplis avec l'intention ou le désir appropriés, contrairement aux fautes, qu'il a commises avec excitation et désir.
Lorsque la personne voit cela, elle est très inquiète et se demande ce qui va se passer à la fin : ils vont certainement annoncer que je suis méchant, puisque le côté des péchés l'emportera.
C'est alors qu'une voix céleste se fait entendre et annonce : Où sont les souffrances qu'il a eues en ce monde?
Aussitôt, toutes les souffrances qu'il a eues tout au long de sa vie se rassemblent et se précipitent du bon côté, et la balance se décide par une grande marge, parce que par la souffrance, beaucoup de ses fautes sont expiées, et il reste présumé juste …"

-> Note du 'Hafets 'Haïm :
le Séfer 'Harédim écrit une phrase similaire : "Lorsque j'entendrai tous ceux qui me critiquent et me maudissent en public, je placerai une balance à côté de moi, d'un côté mes fautes, de l'autre les malédictions et les critiques, et je verrai que les fautes descendent très bas, je me tairai et validerai mon jugement, et il en sera de même pour chaque type de souffrance en parole ou en action. "
Dans le Séfer 'Hassidim (siman 649), on raconte l'histoire d'un homme pieux à qui l'on demandait : "Comment avez-vous pu vivre si longtemps?" Il répondit : "Je n'ai jamais répondu à quiconque m'a maudit ou blasphémé, mais je l'ai supporté et j'ai pardonné à quiconque m'a opprimé".

Etudier la Torah avec joie

+ Etudier la Torah avec joie :

-> Le commandement principal [de l'étude de la Torah] est de découvrir la vérité et de ressentir du plaisir et de la joie dans ce qu'on étudie, de réjouir son cœur et son esprit.
On ne peut donc pas dire que la mitsva d'étudier la Torah n'a pas été donnée pour en profiter, car au contraire, toute la mitsva est le plaisir et la joie que l'on ressent lorsqu'on comprend ce que l'on a étudié.
[Rabbénou Avraham min Hahar - guémara Nédarim 48b]

-> La principale mitsva de l'étude de la Torah est d'être exalté et plein de joie et de tirer un grand plaisir de l'étude. De cette façon, les mots de la Torah seront absorbés dans le sang, et parce qu'on éprouve du plaisir à étudier la Torah, on devient connecté à la Torah.
[Iglé Tal - dans son introduction]

-> L'étude de la Torah n'est pas simplement une "autre" mitsva. C'est la façon dont nous créons notre relation avec Hachem. Il s'ensuit donc que l'essence de l'étude est d'apprendre avec joie.
Une partie intrinsèque et fondamentale de la construction d'une relation avec quelqu'un est le plaisir d'être avec lui.
Pour que l'étude remplisse son rôle de connexion avec Hachem, elle doit être agréable. Plus vous ressentez de plaisir et d'enthousiasme en étudiant, plus le lien que vous forgez avec Hachem est profond et solide.
[rav Avraham Tabor]

-> A un niveau plus profond, nos Sages affirment que le plaisir et l'enthousiasme que l'on éprouve en étudiant la Torah est en fait le sentiment qui résulte de la connexion de notre âme avec Hachem à travers la Torah qu'elle étudie.
[selon la guémara (Béra'hot 6a), lorsque nous étudions la Torah, même tout seul, Hachem est à nos côtés. ]

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-> "Il est impossible de débarrasser son esprit des pensées pécheresses autrement que par l'agréabilité et la douceur de la connaissance de la Torah".
[Gaon de Vilna - Michlé 2,11]

Etudier la Torah avec enthousiasme et plaisir permet de construire une relation d'amour et de connexion avec Hachem. Si nous sommes connectés et dévoués à Hachem, il n'y a pas de place pour s'intéresser à quoi que ce soit d'autre. Si un homme est profondément amoureux de sa femme, l'idée d'être avec une autre femme ne lui viendrait jamais à l'esprit. Au contraire, il trouverait cette possibilité dégoûtante.
Si vous étudiez la Torah correctement, votre cœur et votre âme sont dévoués à Hachem, et toute autre tentation s'évanouira automatiquement.
[rav Avraham Tabor]

-> Le Zohar affirme que le désir d'avoir des relations interdites est le même que celui qui conduit à la joie dans l'étude. Cette pulsion est l'aspiration de l'âme à un lien authentique et profond avec Hachem par le biais de la Torah. Mal utilisée, elle est canalisée vers des relations interdites (voir le rav Wolbe - Alé Shour - Vol.II, p.332).

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-> Selon la guémara (Kidouchin 30b), Hachem nous dit : "J'ai créé le yétser ara, et j'ai créé la Torah comme son antidote".
Le seul moyen de vaincre le yétser ara est d'étudier la Torah.

Parfois, les gens s'interrogent sur la raison pour laquelle des personnes très érudites souffrent encore de mauvais midot (traits de caractère) et d'un mauvais déré'h érets (savoir vivre) ou sont impliquées dans des fautes. Qu'est-il arrivé à l'antidote de la Torah?

La réponse est que le simple fait d'étudier la Torah n'est pas l'antidote. La Torah ne sauve une personne du yétser ara que lorsqu'elle étudie la Torah dans un état de connexion avec Hachem. [ce qui ce manifeste par de la joie, du plaisir. ]
C'est ce lien avec Hachem qui tient le yétser ara à distance. Etudier sans cela peut conduire une personne à devenir "une personne qui étudie beaucoup, mais qui en réalité n'est pas un 'hakham (sage) ; elle connaît simplement beaucoup d'informations sur la Torah" (Yaavetz - cité dans le Alé Shour).

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-> Dans les dernières années de sa vie, le rav Shach a commencé à perdre la vue. Son petit-fils lui a montré une image informatique d'un passage du Rachba, qui pouvait être considérablement agrandie. Mais le Rav Shach ne voulait pas entendre parler d'étudier à partir de cette image.
Il expliqua : "Lorsque j'étudie, je dois pouvoir serrer le séfer dans mes bras! Et si je ne peux pas le faire, je ne peux pas étudier à partir de lui".

-> Le rav Nathan Tsvi Finkel a un jour observé son grand-oncle, rabbi Leizer Youdel Finkel, entrer tranquillement dans la salle à manger et étendre ses bras sur le Shass dans les étagères, s'inclinant et embrassant les seforim.

"Tant que l'âme ne remplit pas son rôle, son pouvoir s'amenuise"
[Ram'hal - Déré'h Hachem]

[si le corps reste ancré dans les désirs matériels, l'âme est perdante, car elle ne peut pas répandre tout son rayonnement. ]

La mission des juifs dans l'univers est similaire à celle de l'âme dans le corps : insuffler la vie spirituelle à un vide sans vie.
Tout comme l'âme apporte la vitalité au corps tout entier, le peuple juif insuffle la vraie vie à l'univers, [et ce par] la Torah représentée comme l'arbre de vie.
[Sfat Emet - Roch Hachana 5663, 5664]

"Chaque prière est une nouvelle leçon de crainte du Ciel (yirat Chamayim)"
['Hazon Ich]

La prière, que l'on appelle le "service du cœur", permet d'atteindre le cœur de quelqu'un.
Or, le fondement même de la prière est qu'Hachem est celui qui dirige le monde entier.
Plus on ressent qu'Hachem est le Roi (sur nous-même, et sur l’univers tout entier), plus on est conscient de Lui, et plus on a de la crainte du Ciel.

Nitsavim & Roch Hachana – Kippour = la nécessité de développer de la crainte du Ciel

+ Nitsavim & Roch Hachana - Kippour = la nécessité de développer de la crainte du Ciel :

-> Rachi nous rapporte que lorsque le peuple juif a entendu les 98 malédictions qui s'abattraient sur quiconque n'accomplirait pas la Torah, il a été terrifié.
Moché tenta de les rassurer : "Regardez, vous êtes vous êtes ici aujourd'hui (nitsavim ayom), bien que vous ayez mis Hachem en colère à de nombreuses reprises (Devarim, Rachi 29:12)".

Il semble que Moshé essaie d'être rassurant. Cependant, Moché poursuit : "Peut-être y a-t-il parmi vous un homme ou une femme ... dont le coeur se détourne d'être avec Hachem ... et lorsqu'il entendra ces malédictions ... il dira : 'La paix sera avec moi, même si je suis les désirs de mon coeur' ... Hachem ne sera pas disposé à lui pardonner ... et toutes les malédictions de ce Livre viendront sur lui, et Hachem effacera son nom de dessous les cieux ! (Nitsavim 29,17-19)."

=> À qui Moché s'adresse-t-il? La nation entière vient d'entendre les malédictions et tous sont terrifiés. Comment Moché pouvait-il penser qu'il y aurait encore quelqu'un qui pensait pouvoir faire tout ce qu'il voulait sans que rien ne se produise? Qui serait assez fou pour penser cela?

-> Le rav 'Haïm Friedlander explique qu'il existe en effet une personne capable de penser de cette manière : quelqu'un qui est en proie à une taava (un fort désir).
Son désir est si puissant qu'il chasse de son esprit tout sentiment sain de crainte du Ciel. Il est vrai qu'il aurait peur de fauter dans des circonstances normales, mais dans les tourmentes de son fort désir, il oublie toutes les autres préoccupations, aussi terrifiantes soient-elles.

Moché indique clairement qu'une telle personne commet une grave erreur. Pour un tel comportement, Hachem appliquera toutes ces malédictions. De plus, Il punira même les fautes involontaires comme s'ils avaient été commis délibérément (voir Rachi - Nitsavim 29,18). Enfin, le nom du fauteur sera effacé du monde.

=> Cette mesure semble inhabituellement sévère. Après tout, le fauteur peut certainement prétendre qu'il s'est oublié lui-même à ce moment-là (je n'étais plus moi-même!). Il était incapable de penser logiquement. Est-il vraiment si terrible?
Pourtant, l'avertissement de Moché à ce fauteur est que le fait de permettre à à son désir d'écarter Hachem de son esprit est une forme grave de rébellion contre Lui.

Le rav Friedlander note que tout comme la taava (fort désir) repousse la crainte du Ciel, l'inverse est également vrai. La crainte du Ciel éloigne la taava. Par conséquent, il faut essayer d'accroître sa crainte du Ciel pour éloigner la taava.
Aussi souvent que possible, il faut se rappeler que ce monde n'est pas libre (il y a un Maître du monde, il faudra rendre des comptes de tout, ...).
Il ne fait aucun doute que chacun est tenu responsable de sa mauvaise conduite et puni pour cela, que ce soit dans ce monde ou dans l'autre. Ce mode de pensée développe la crainte du Ciel.

[ainsi nous sommes responsable d'avoir en nous de la crainte du Ciel, comme barrière/espace de sécurité pour ne pas en venir à être soumis à nos désirs interdits.
En l'absence, nous sommes responsables d'y être tombés, car nous ne nous en sommes pas prémunis. ]

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-> Le rav Yé'hezkel Lévenstein rappelle que Roch Hachana et Yom Kippour sont connus sous le nom de Yamim Noraïm, littéralement les jours redoutables.
Le Rambam (sur la michna Roch Hachana 4:7) écrit que ce sont des jours où un juif doit craindre le jugement d'Hachem et s'y préparer en se repentant de ses fautes passées.

Pendant les Yamim Noraïm, Rav Levenstein exhortait les gens :
"Hachem nous a donné ces jours pour que nous sachions que nous sommes sur le point d'être jugés, afin que nous nous repentions. Il exige que nous le craignions! Si quelqu'un ne le fait pas maintenant, pendant ces jours uniques, il est certainement coupable de 'suivre les désirs de son cœur et d'ignorer Hachem'."

Le rav Lévenstein avertit ensuite :
"J'hésite à le dire, mais une telle personne peut encourir les punitions que Moché a énumérées dans la paracha Nitsavim, à D. ne plaise.
Il se peut qu'Hachem ne veuille pas pardonner à une telle personne, car même maintenant, avec le spectre du jugement qui se profile devant elle, elle ne ressent rien.
Il observe donc les mitsvot, mais qu'en est-il de la crainte d'Hachem? Pourquoi se comporte-t-il comme s'il n'avait pas à se repentir? Quel est le problème de cette personne?"

-> De même, le rav Israël Salanter (Ohr Israël 7) écrit :
"Ne voyons-nous pas que chaque année, il y a des gens, même jeunes et en bonne santé, qui ne parviennent pas à la fin de l'année? Comment ne pas avoir peur? Il faut au moins qu'un sentiment s'exprime!"

-> Le rav Lévenstein a trouvé cette idée dans le récit de la guémara (Béra'hot 28b) sur la fin de la vie de Rabban Yo'hanan ben Zakaï. Il y est dit qu'alors qu'il était alité, ses élèves vinrent lui rendre visite.
Lorsqu'il les vit, il pleura. Ses élèves lui demandèrent pourquoi il pleurait, après tout, il pouvait certainement s'attendre à une grande récompense dans le monde à venir (au regard de ses incroyables mérites spirituels). Il a répondu que s'il était sur le point de faire face à un juge humain, qui ne pourrait que le condamner à un châtiment dans ce monde, il aurait certainement peur.
Il sera bientôt jugé par Hachem, dont le châtiment est pour l'éternité. Il est évident qu'il serait terrifié dans ce cas!

Le rav Lévenstein commente :
"Il semble, d'après le récit, que Rabban Yo'hanan ben Zakaï ne pleurait pas avant l'arrivée de ses élèves.
Si c'est le cas, pourquoi a-t-il pleuré à ce moment-là ? Ce n'était certainement pas pour montrer sa piété ...
Rabban Yo'hanan ben Zakaï avait plutôt l'intention de transmettre un enseignement à ses élèves.
[A l'approche de Roch Hachana et Kippour,] nous devons imaginer que nous sommes confrontés à un véritable procès. Imaginons que nous soyons convoqués devant un juge humain, qui a le pouvoir de nous punir. Nous aurions certainement peur!
La crainte que nous ressentirions est le minimum absolu que nous devrions ressentir lorsque nous nous trouverons bientôt devant Hachem. Nous devrions nous demander si nous avons au moins aussi peur de Roch Hachana."

-> Ceux qui ont connu le grand de la génération, le rav Elazar Shach ont témoigné qu'il vivait avec une telle peur tout au long de l'année. Tout au long de sa journée, il se disait (et parfois se demandait même à haute voix) : "Serai-je capable d'expliquer pourquoi j'ai agi ainsi lorsque je me tiendrai devant la Cour céleste?"

En particulier à Elloul et pendant les dix jours de repentir, son sentiment de peur était palpable.
Son comportement semblait demander : "Comment puis-je me tenir devant Hachem en jugement ?"
Une fois, pendant le mois d'Elloul, le petit-fils du rav Shach, le rav Isser Zalman Bergman, lui a dit que l'un de ses fils allait bientôt devenir bar mitsva et qu'une réception serait organisée dans quelques jours.
"Une célébration maintenant? Pendant Elloul?" Rav Shach est choqué. "Comment puis-je me rendre à une fête pendant ces jours-ci? Pourriez-vous la reporter après les Yamim Noraim?"

[Roch Hachana et Kippour impliquent de développer en nous une profondeur crainte, frayeur, de la gravité de ce moment (le jugement est de Vérité, avec Rigueur, impitoyable [ex: aucune pensée n'est cachée de D.]). Et ce n'est qu'ensuite qu'on peut y ajouter de la joie, de l'amour, d'avoir papa Hachem comme juge, qui nous aime infiniment, rempli de miséricorde.
On doit respecter cet ordre, car alors l'un (crainte) alimente l'autre (la joie, amour). Plus on a conscience de la gravité de la situation, plus on apprécie la bonté d'Hachem, de L'avoir en permanence s'occupant de nous pour notre mieux éternel. ]

"Chaque fois que le chemin semble plus facile, c'est probablement le yétser ara qui [nous] parle".
[Ram'hal - Messilat Yécharim chap.6]

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[en hébreu le terme "amal" (effort) est composé des mêmes lettres que "méal" (au-delà).
Avancer [spirituellement] dans la vie nécessite des efforts, et si c'est trop facile, c'est que le yétser ara est aux commandes. ]

Le principal pouvoir du yétser ara est de faire oublier à une personne [juive] combien elle est grande, d'oublier qu'elle est un ben Mélé'h (un enfant adoré du Roi des rois - Hachem).
C'est ce qui fait qu'une personne tombe et fait des choses qu'un ben Mélé'h ne ferait jamais.

Lorsque Yossef haTsadik a été confronté à la plus grande épreuve de sa vie, il a dit à la femme de Potifar : "J'ai un lien avec de grandes personnes, les Patriarches. Comment pourrais-je avoir quelque chose à faire avec vous?"
C'est ainsi qu'il a passé cette épreuve, et c'est ainsi que nous devons agir [particulièrement] en Elloul, pour nous élever et rester proches de la vérité : "Ani lédodi védodi li" (Je suis pour mon Bien-aimé, et mon Bien-aimé est pour moi - Chir haChirim 6,3).
Nous sommes très proches d'Hachem. Lorsqu'une personne [juive] se souvient qu'elle est un ben Mélé'h et qu'elle le ressent vraiment, elle agit instinctivement comme une personne différente.
[rav Nathan Wachtfogel - Léket Réchimot]

Les désirs (combat entre matérialité et spiritualité)

+ Les désirs (combat entre matérialité et spiritualité) :

-> Le Ramban (Kédochim 19,2) explique le commandement de la Torah de "kédochim tiyou" (soyez saints). La façon dont nous atteignons la sainteté est de nous abstenir des plaisirs de ce monde. Il nous est ordonné de ne pas être glouton dans nos désirs. Même si la Torah nous autorise à manger tout ce qui est casher, elle attend davantage de nous.
Il est possible pour une personne de courir après ses désirs, qui peuvent même être permis, et d'être engloutie par eux ...

Nous pouvons expliquer ce Ramban (de Kédochim) en nous basant sur un autre Ramban (Nitsavim 29,18), qui explique le fonctionnement des désirs. Plus on les nourrit, plus ils grossissent. C'est le contraire de ce que nous imaginons.
Nous pourrions penser que si nous cédons à nos désirs, nous les apaiserons.
Par exemple, nous pensons que si nous voulons manger un certain aliment, il suffit d'en manger un peu pour que nos désirs disparaissent. C'est le contraire : plus nous y cédons, plus ils deviennent importants et exigeants. Imaginez que vous soyez au régime et que vous ayez devant vous une boîte de biscuits. Vous vous dites : "Je n'en prendrai qu'un seul." Quel que soit le niveau de désir que vous aviez avant de commencer à manger les biscuits, il ne sera rien comparé au désir que vous aurez après en avoir mangé "juste un". En général, ce biscuit se transforme en plusieurs biscuits.

Le Ramban explique qu'il s'agit d'un cycle continu, et que finalement, il deviendra incontrôlable au point que nous devrons étendre nos désirs à des produits non cachers, puisque nous aurons atteint le maximum de nos désirs d'une manière permise.
Plus nous suivons nos désirs, plus nous risquons de transgresser les interdictions.

Cependant, le Ramban ne semble pas dire que c'est là le problème. Il semble, d'après ses mots, qu'il y a un problème à être indiscipliné dans nos désirs. Mais pourquoi?

Nous pouvons peut-être expliquer cette idée en nous basant sur une explication du Ibn Ezra (Nasso 6,7).
Le Ibn Ezra écrit que le plus grand esclave est une personne qui est esclave de ses propres désirs. Lorsque nous suivons nos désirs, nous sommes entre leurs mains, à leur disposition. Lorsque notre yétser ara nous appelle, nous nous mettons au garde-à-vous et répondons : "Hinéni" (me voici!). C'est un véritable esclave.

Le rav Yérou'ham Lévovitz (dans son introduction à Daat 'Hokhma ouMoussar 1,9) écrit qu'il se rend compte qu'il n'est pas sous son propre contrôle ; il est plutôt contrôlé par "les autres" : le yetzer hara.
C'est ainsi que nous pouvons comprendre l'explication du Ramban.
Même si nous ne prenons part qu'à des désirs 100% cachères selon la halakha stricte, nous sommes des esclaves. Chaque fois que le yétser ara nous appelle, nous répondons par l'affirmative, nous avons perdu le contrôle de nous-mêmes.

Le verset nous (Béhar 25,55) dit que nous sommes des serviteurs d'Hachem (éved Hachem). Si c'est vrai, nous ne pouvons pas être esclaves du yétser ara. Soit nous servons Hachem, soit nous servons le yétser ara, nous ne pouvons jamais avoir les deux.
Imaginez un esclave à qui son maître demande de se lever tôt et de lui préparer une tasse de café, et qui résiste parce qu'il a besoin de dormir. Est-il possible qu'il puisse servir son maître s'il a ses propres désirs? Jamais!

Nous devons faire preuve de maîtrise de soi. Ce n'est qu'à cette condition que nous pourrons servir Hachem comme il se doit. La michna écrit : "Annule ta volonté afin de faire la volonté d'Hachem" (batél rétson'ha mipné rétsono - Pirké Avot 2,4).
La clé pour servir correctement Hachem est de contrôler nos désirs.
[au-delà d'une question de halakha, à chaque instant, on a le choix entre soit être au service d'Hachem, soit au service de nos désirs/yétser ara. (la différence peut être très fine, on peut facilement se mentir à soi-même en servant notre propre dieu : notre égo.
Par ailleurs, souvent on peut avoir une intention préalable qui va transformer un acte anodin pour en acte pour Hachem, comme dormir/manger pour mieux le servir.)]

Selon le Or'hot Tsadikim (chaar ahava), notre amour pour quelque chose est parfois préjudiciable. Par exemple, notre amour pour nos enfants peut nous empêcher de les réprimander correctement. Il donne sept exemples de cette idée. Il écrit que le pire de tous est notre amour du luxe.
Une personne qui aime le luxe et qui poursuit constamment ses désirs oubliera Hachem.
C'est l'un ou l'autre!
[Hachem vient là où on Le laisse venir en nous, et si on est déjà rempli par nos "moi je veux", "moi je suis", alors il ne reste plus beaucoup de place pour Hachem.
En ce sens, Hachem dit au sujet d’un orgueilleux : "Moi et Lui, nous ne pouvons pas demeurer ensemble!" (guémara Sotah 5a). ]

De même, le Ohr ha'Haïm haKadoch (Béhar 25,35) écrit que le corps et l'âme sont comme une balançoire à bascule : lorsque nous accordons de l'attention à nos désirs physiques, notre désir de spiritualité diminue, et vice versa.

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-> [chacun doit reconnaître les désirs qui lui sont vraiment nécessaires, de ceux qui sont superflus.
On a vu que plus on nourrit nos désirs, plus on en a envie, et donc plus on s'expose à de la frustration si on n'arrive pas à combler ce manque toujours plus conséquent. ]

-> Le Ohr ha'Haïm haKadoch (Kédochim 19,2) écrit que si notre intention principale dans tous nos désirs est d'accomplir la mitsva et de servir Hachem, et non notre bénéfice personnel, cela n'aura pas d'effet négatif sur nous. Même si, logiquement, la relation devrait attiser nos désirs, Hachem nous protégera si nous avons les bonnes intentions.

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+ Tout commence dans l'esprit :

-> Il est très important de comprendre que le moteur de nos désirs se trouve dans l'esprit.
Rachi (guémara Béra'hot 61a) écrit que le yétser ara nous attaque dans notre processus de pensée.
Même si les yeux alimentent le yétser ara, sans l'esprit, les yeux n'enregistreraient pas ce qu'ils voient. Ce sont nos désirs qui nous poussent à regarder. C'est pourquoi, lorsque la Torah (Chéla'h Lé'ha 15,39) nous met en garde contre les mauvaises pensées, elle dit d'abord : "Ne suivez pas vos cœurs et vos yeux." Si les yeux étaient le déclencheur, la Torah ne commencerait-elle pas par dire "Surveillez vos yeux" avant de parler du cœur?
Les yeux ne sont guidés que par notre esprit. Si nous voulons prendre le contrôle de nos désirs, cela doit commencer par l'esprit, et non par les yeux.

C'est également pour cette raison qu'il nous est enseigné dans Avor déRabbi Nathan (20,1) que quelqu'un qui a des pensées de Torah à l'esprit n'aura pas de pensées pour d'autres désirs.
La seule façon de combattre nos esprits est de les remplir de Torah. [qui d'un côté purifie notre intériorité, mais surtout occupe notre esprit ne le laissant pas disponible à de mauvaises pensées. ]
C'est pourquoi le Rosh (Or'hot 'Haïm 76) écrit qu'une personne ne doit pas séparer son esprit de la Torah ou des pensées de moussar. C'est la seule façon de contrôler nos pensées.
Le Rambam (Issouré Bia 22,21) écrit que seul un esprit vide de Torah verra d'autres pensées y résider. Plus nous remplissons notre esprit de pensées adéquates, plus les pensées inappropriées seront repoussées.

-> Nous disons à la fin du Amida : "A'haré mitsvoté'ha tirdof nafchi" (que mon âme poursuivre Tes mitsvot). Pourquoi ne faisons-nous pas simplement une prière pour pouvoir accomplir les mitsvot? Quel est le but de courrir, de poursuivre les mitsvot?
Courir pour faire les mitsvot montre où se trouve notre cœur (ce qu'on souhaite réellement), et nous prions pour qu'Hachem instille dans nos cœurs le désir de faire les mitsvot, et pas seulement de les accomplir (par obligation/forcé, par habitude).

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-> Selon le rav El'hanan Wasserman, la véritable raison pour laquelle les gens nient la présence d'Hachem est parce qu'ils sont aveuglés par la volonté de suivre leurs désirs et que, pour le faire sans mauvaise conscience, ils "enlèvent Hachem de l'image".

-> Le rav Eliyahou Desser explique que la racine de tout désir est le trait de caractère d'être un preneur (JE veux pour MOI), intéressé par ses propres plaisirs et désirs.
[en ce sens, plus on court après nos désirs matériels, plus on développe notre caractère d'être un preneur. ]

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-> Nos Sages nous enseignent que la source de la méchanceté de la génération était leurs yeux corrompus.

La guémara (Sanhédrin 108a) dit : "La génération du Déluge est devenue hautaine à cause de son globe oculaire".
Rachi explique qu'en raison de leur immense prospérité, ils sont devenus hautains et ont commencé à courir après toutes les convoitises et tous les désirs sur lesquels ils posaient les yeux.

Le Maharcha ajoute que si quelqu'un regarde vers le bas ou loin de choses inappropriées, ses globes oculaires ne peuvent pas être vus par les autres.
Cependant, s'il veut assouvir ses désirs, il relève la tête et ouvre grand les yeux pour regarder autour de lui. De cette manière, ses globes oculaires deviennent visibles par tout le monde.
L'ayin ra qui était grand ouvert et à la recherche de plaisirs et de complaisance les a conduits sur le chemin de la destruction spirituelle.

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+ Le premier péché du monde

Quelle était la source de l'ayin ra dans le monde?

-> Le Chlah haKadoch écrit que la raison pour laquelle Avraham a voulu descendre en Egypte était de purifier et de nettoyer le léger soupçon d'impureté qui subsistait de la faute d'Adam HaRishon.

Hachem avait interdit à Adam et à sa femme, 'Hava, de manger de l'arbre de la Connaissance (éts hadaat). Pourtant, le verset nous dit : "La femme vit que l'arbre était bon à manger et qu'il était un plaisir pour les yeux" (Béréchit 3,6).

Le Kli Yakar explique cela comme suit :
Chaque fois qu'une personne est confrontée à la tentation de fauter, elle subit une lutte entre son yétser ara et son yétser tov. Son yétser tov lui garantit une félicité et un bonheur sans fin dans le monde à venir en récompense de sa résistance à la faute, tandis que le yétser ara le persuade de participer aux plaisirs immédiats de ce monde.
Le yétser ara aveugle la personne avec l'éclat des plaisirs qu'elle peut voir devant elle, lui promettant qu'elle en jouira bien plus que la récompense dans le monde à venir, à propos duquel le pasouk écrit : "L'œil ne les a jamais vus",

Les mots du verset : "Et la femme vit" signifient que 'Hava a accepté l'affirmation du yétser ara selon laquelle les désirs de ce monde, que l'on peut voir avec les yeux, l'emportent sur la récompense inconnue et non encore vue offerte dans le monde à venir.

Le tout premier péché de l'histoire du monde tournait autour de l'ayin ra de l'homme qui suivait ses yeux pour s'adonner à aux désirs.
Et tout acte de désirer nécessite de fermer les yeux sur la présence d'Hachem, car on ne peut pas fauter si l'on sait qu'Hachem nous regarde et qu'il nous punira si nous Lui désobéissons.
C'est ainsi qu'à un degré infiniment petit, Adam est qualifié d'hérétique par nos Sages. À son niveau élevé, il y avait un certain déni de la Présence et du contrôle d'Hachem sur le monde qui a permis à Adam d'ignorer le commandement d'Hachem et de se livrer à la convoitise/désir de ses yeux.

Ce petit défaut est devenu inhérent à l'humanité et s'est manifesté dans les générations du Maboul et de la Tour de Bavél.
C'est ce défaut que le peuple juif a cherché à éradiquer lorsqu'il est entré dans Egypte, la terre de tsarout ayin.

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-> Le rav 'Haïm Friedlander explique que quelqu'un qui est en proie à une taava (un fort désir), alors son désir est si puissant qu'il chasse de son esprit tout sentiment sain de crainte du Ciel.
Il est vrai qu'il aurait peur de fauter dans des circonstances normales, mais dans les tourmentes de son fort désir, il oublie toutes les autres préoccupations, aussi terrifiantes soient-elles.

Le rav Friedlander note que tout comme la taava (fort désir) repousse la crainte du Ciel, l'inverse est également vrai. La crainte du Ciel éloigne la taava.
Par conséquent, il faut essayer d'accroître sa crainte du Ciel pour éloigner la taava. Aussi souvent que possible, il faut se rappeler que ce monde n'est pas libre (il y a un Maître du monde, il faudra rendre des comptes de tout, ...).
Il ne fait aucun doute que chacun est tenu responsable de sa mauvaise conduite et puni pour cela, que ce soit dans ce monde ou dans l'autre. Ce mode de pensée développe la crainte du Ciel.

[ainsi nous sommes responsable d'avoir en nous de la crainte du Ciel, comme barrière/espace de sécurité pour ne pas en venir à être soumis à nos désirs interdits.
En l'absence, nous sommes responsables d'y être tombés, car nous ne nous en sommes pas prémunis. ]

L'obsession réciproque d'Israël et d'Hachem est unique et témoigne de leur relation particulière.
Aucune autre nation n'a jamais développé une telle intimité avec Hachem, et Hachem n'a jamais manifesté une telle affection à une autre nation.
[Sfat Emet - Choftim 5658]

[ Quel honneur et quelle chance d'être juif(ve)!!! ]