Aux délices de la Torah

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"Or, le jour où l’on eut érigé le Michkan" (Béaaloté'ha 9,15)

-> Le Ben Ich 'Haï commente :
De ce verset, Abayé (dans la guémara Shvouot 15b) apprend qu’on ne montait pas le Michkan la nuit mais seulement le jour.
La raison en est que le Mishkan représente une proximité ultime entre Hachem et le peuple d’Israel, et cette proximité ne peut se construire que le jour, car la nuit et l’obscurité représente l’exil et l’emprise des forces du mal tandis que le jour représente la lumière de la guéoula.
Ce verset vient donc aussi nous enseigner de ne pas essayer de provoquer les événements et d’essayer de reconstruire le Temple pendant l’obscurité de l’exil, mais d’attendre la venue de machia'h et la lumière de la guéoula, là où il sera enfin possible de retrouver cette proximité avec Hachem que l’on a eu grâce aux 2 Temples et le Michkan. Très rapidement b'h. Amen!

Les épreuves de la vie sont la Prophétie d’aujourd’hui

+ Les épreuves de la vie sont la Prophétie d'aujourd'hui :

La paracha Tazria décrit plusieurs sortes de négaïm (plaies, affections lépreuses) ainsi que le processus grâce auquel la personne peut en guérir. Depuis la destruction du Beit HaMikdach, les lois de négaïm ne s’appliquent plus.
=> Dans ce cas, en quoi cette paracha nous concerne-t-elle, dans la vie quotidienne?

-> Le Séfer ha’Hinoukh (mitsva 169) répond à cette question. Il écrit que l’impureté du métsora (lépreux) provient de ses fautes. La souffrance endurée n’est pas un hasard : elle vient d’Hachem. Le lépreux doit vivre un isolement très difficile durant lequel il est censé s’introspecter et mettre le doigt sur son erreur.
Cet enseignement est très pertinent dans chaque génération. Nous ne souffrons plus des négaïm, mais nous traversons d’autres sortes d’épreuves. L’impureté de ces plaies nous apprend que nous ne devons pas attribuer ces difficultés au hasard, mais plutôt les considérer comme un moyen utilisé par Hachem pour nous faire passer un message.

Il existe une autre mitsva liée aux négaïm qui nous enseigne également comment réagir et comment ne pas réagir aux souffrances. La Torah nous informe que l’un des négaïm est appelé "nézek". Si quelqu’un trouve un nézek (une teigne) sur son corps, il doit s’isoler puis se faire examiner par un Cohen. Si après une semaine de retranchement, le nézek n’a pas grossi, la personne peut raser la zone qui l’entoure. Il est cependant formellement interdit de raser les cheveux ou les poils qui se trouvent sur le nézek (voir Tazria 13,31-34).

Le Séfer ha’Hinoukh (mitsva 170) nous explique la signification de cette prohibition :
"Cette mitsva nous montre que chacun doit accepter l’épreuve ou la punition qu’Hachem lui envoie ; il ne faut pas se révolter contre elles, ni se croire capable de les supprimer et de les camoufler".
Ces 2 réactions incorrectes que l’on peut avoir face aux souffrances sont symbolisées par le rasage du nézek envoyé par Hachem. Tout d’abord, la personne peut "se révolter" quand elle souffre, remettant en cause la justice Divine. Et même sans critiquer l’épreuve envoyée par Hachem, elle peut adopter une autre conduite, elle aussi incorrecte. Elle peut essayer de supprimer la plaie sans en tirer la bonne leçon. En outre, elle peut être plus concernée par ce que les gens vont penser et tout faire pour dissimuler sa souffrance, plutôt que de l’utiliser pour grandir.

L’interdit d’enlever le nézek nous enseigne qu’il ne faut pas pratiquer la politique de l’autruche lorsque nous sommes confrontés à une difficulté, mais que nous devons utiliser cette dernière pour nous élever.

-> Le rav Avraham Grodzinski (Torat Avraham) écrit que la prophétie avait pour objectif principal de notifier au peuple ses erreurs. Même quand les Bné Israël ne faisaient "rien de mal", le prophète scrutait leurs cœurs et savait mettre le doigt sur les domaines qui leur faisaient défaut.

=> De nos jours, comment Hachem nous communique-t-Il nos erreurs?
Le rav Grodzinski répond que les souffrances remplacent la prophétie. Lorsqu’une personne traverse une épreuve, quelle que soit sa dureté, elle reçoit un message d’Hachem Qui lui montre, par son biais, comment s’améliorer. Les difficultés endurées sont donc un cadeau exceptionnel : elles nous offrent l’opportunité de nous amender.
La guemara (Arakhin 16b) précise que les difficultés dont on parle ne sont pas forcément de grandes afflictions, mais se présentent parfois comme des ennuis mineurs ; elle nous donne l’exemple d’une personne qui veut retirer trois pièces de sa poche et qui n’en sort que deux.
[autre exemple donné : mettre sa chemise dans le mauvais sens de sorte qu'il faut la retirer pour l'enfiler de nouveau ]
Ainsi, Hachem communique constamment avec nous à travers les souffrances (même les petites).

-> Si un homme voit qu'il commence à connaître des souffrances, il doit examiner ses actes et s'efforcer de se repentir. [guémara Béra'hot 5a]
[ b'h, voir à ce sujet : https://todahm.com/2019/07/07/9530-2 ]

-> Nous pouvons nous poser la question suivante. À l’époque du Beit HaMikdach, tout ceci était très simple ; les gens souffraient de négaïm lorsqu’ils commettaient certaines fautes spécifiques, comme le lachon ara (médisance). Mais de nos jours, comment peut-on savoir quel message Hachem veut nous transmettre à travers les souffrances?
Le Torat Cohanim rapporte un principe de nos Sages selon lequel Hachem punit l’individu pour ses fautes, mida kénégued mida (mesure pour mesure).
Par exemple, la guémara (Sota 9b) nous raconte que Chimchon fauta avec ses yeux, et par conséquent, ce sont ses yeux qui furent touchés ; les Pélichtim les lui crevèrent ; Avchalom s’enorgueillissait de sa belle chevelure et ce fut ses cheveux qui entraînèrent sa mort, lorsqu’ils s’entremêlèrent dans les branches d’un arbre.
Il est donc recommandé de rechercher une raison quelque peu liée à la douleur subie.

-> Le rabbi Yéhonathan Gefen commente cela :
Il est toutefois plus important de se mettre à la recherche d’un point faible que de trouver, ou pas, la faute concrètement commise.
L’objectif principal de l’épreuve = s’efforcer de s’améliorer (ex: dire moins de lachon ara).

On a naturellement tendance à rechercher toutes sortes de ségoulot (remèdes spirituels) pour mettre fin à la douleur. Or, cela va à l’encontre de l’enseignement du Séfer ha’Hinoukh, à savoir qu’il ne faut pas simplement essayer de supprimer la souffrance.
Hachem n’envoie pas des souffrances pour que nous trouvions une ségoula appropriée (bien que ce soit un moyen efficace pour neutraliser l’épreuve), mais Il veut plutôt que nous en grandissions.
Cela ne signifie pas que toutes les ségoulot sont négatives, mais il convient de ne pas oublier quel est l’objectif des yissourim – Hachem nous demande de grandir.
[de même, bien que le fait de recevoir des bénédictions de grands rabbanim soit parfaitement acceptable, cela ne doit pas nous distraire du but principal des épreuves. ]

[ nous devons voir chaque souffrance comme une frappe, plus ou moins forte de papa Hachem, nous demandant de se réveiller. Il souffre de nous voir agir ainsi, alors que l'on pourrait faire tellement mieux.
Réveillons-nous dans ce monde, pour se construire un monde éternel qui soit le plus beau possible, où l'on pourra être le plus proche d'Hachem.
Plus vite nous réagissons en s'améliorant dans un domaine (en percevant les petites souffrances), moins Hachem aura besoin de nous frapper encore plus fort pour que l'on se réveille. ]

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-> Dans un autre divré Torah, rabbi Gefen explique :
Hachem peut, dans Sa sagesse infinie, récompenser et "sanctionner" quelqu’un simultanément.
Le fait d’infliger une punition, d’après la Torah, ne consiste pas à causer une souffrance sans raison. Les "punitions" divines sont des "stratégies" par lesquelles Hachem communique avec nous et nous exhorte, de manière allusive, à changer de comportement dans certains domaines.

+ La première nuit de Pessa'h est appelée : "lél chimourim" (une nuit de protection - Bo 12,42).
La protection que génère la nuit du Séder est en réalité suffisante pour durer toute l'année à venir.

L'Afikoman, que nous préservons intacte jusqu'à la fin du Séder plutôt que de la manger avec les autres parts de matsa auparavant dans la soirée, symbolise la continuation de la protection représentée par la matsa (qui est protégée de lever) au-delà de cette seule nuit.
Sans aucun doute, notre capacité à persévérer durant l'année à venir au travers toutes les difficultés de la vie quotidienne découle de cette protection.
[Sfat Emet - 5652]

Le Séder améliore notre relation avec Hachem

+ Le Séder améliore notre relation avec Hachem :

-> "afin que tu racontes aux oreilles de ton fils et du fils de ton fils ... vous reconnaîtrez ainsi que je suis Hachem" (Bo 10,2)
Nous voyons de là que le plus nous racontons le récit de la sortie d'Egypte, le plus nous acquérons une connaissance d'Hachem, ce qui est la réalisation la plus précieuse au monde.
[Sfat Emet - 5635]

-> La phrase : "aré zé méchouba'h" se comprend normalement : le plus on raconte l'histoire de la sortie d'Egypte, le plus nous sommes considérés comme méritants.
Cependant, nous pouvons comprendre cela à la fois comme une promesse et à la fois comme une bénédiction : le plus quelqu'un raconte le récit de la sortie d'Egypte, le plus [il sera béni pour] devenir quelqu'un de méritant et le plus d'améliorations il verra dans son engagement dans la Torah et dans toutes les formes du service Divin.
[Sfat Emet - 5640]

Pessa’h & la guéoula

+ La délivrance finale ne peut pas se produire tant que la signification de la sortie d'Egypte n'est pas pleinement comprise par les juifs.
En trouvant chaque année de nouvelles significations dans le récit de la sortie d'Egypte, nous donnons un ordre à notre compréhension de cette première nuit de notre liberté d'exister en tant que nation, et nous amenons beaucoup plus proche l'arrivée du machia'h et la délivrance finale.

La Torah elle-même nous enseigne l'importance de comprendre la sortie d'Egypte : "Je suis Hachem, votre D., qui vous ai fait sortir de la terre d'Egypte, pour devenir votre D., moi, Hachem votre D." (Chéla'h Lé'ha 15,41) = ce n'est que par cette re-création et cette re-évaluation de notre liberté nationale, que nous appelons un Séder, que nous pouvons atteindre l'objectif de la sortie d'Egypte : faire d'Hachem notre D. et amener la délivrance finale.

Un passage de la Haggada souligne également ce point : "kol yémé 'hayékha léavi limot amachia'h" = [nous devons rapporter le récit de la sortie d'Egypte] tous les jours de notre vie afin d'amener l'époque du machia'h.
[...]

Chaque année, le Séder (ordre) amène réellement un nouvel "ordre" à l'univers ...
Au Séder, nous cherchons à annuler les dégâts résiduels de Amalek en retraçant nos pas qui nous ont menés en dehors de l'Egypte.
En agissant ainsi, nous amenons plus proche de sa réalisation le rêve original d'un monde idéal sous l'autorité claire d'Hachem. En d'autres termes, nous réarrangeons l'univers pour qu'il se conforme davantage aux caractéristiques d'Hachem, lui donnant un nouvel ordre (séder).
Tandis que les dommages d'Amalek ne peuvent pas être annuler tous en une seule fois, l'effet cumulatif année après année de réalisations progressives va au final porter ses fruits comme le prédit la michna : "léavi limot amachia'h" (pour amener l'époque du machia'h).
[Sfat Emet - 5635, 5642]

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-> b'h, voir également : https://todahm.com/2022/03/18/pessah-un-accelerateur-du-machiah

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-> Le fait de mentionner la sortie d'Egypte a le pouvoir de nous inspirer à espérer avec davantage de ferveur à l'ultime délivrance.
[Sfat Emet - 5660]

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-> Le mot : "galout" (exil - גלות) suggère l'objectif de l'exil : "itgualout" (la révélation - התגלות) = la révélation de la vérité intérieure qui est couverte par un aspect en surface trompeur.
En déshabillant la façade extérieure des difficultés, des souffrances et des désespoirs, nous pouvons alors voir la Présence Divine, même pendant les moments d'exil.
[Sfat Emet - 5631]

[plus nous prenons conscience d'un côté de la façade des souffrances de l'esclavage terrible de nos ancêtres, et d'un autre côté de la réalité intérieure d'à quel point Hachem gère tout pour notre bien ultime avec une extrême précision, alors plus nous accomplissons le but de l'exil, et nous provoquons alors la rédemption finale, avec la venue du machia'h]

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-> Les 4 mitsvot du Séder de Pessa'h correspondent aux 4 fautes principales qui ont entraînées la destruction des 2 Temples, et ainsi que des 4 royaumes sous lesquels nous avons été assujettis.
En égorgeant et en offrant l'agneau, qui était un dieu vénéré par les égyptiens, nos ancêtres ont réparé la faute de l'idolâtrie.
En mangeant la matsa, à qui on n'a pas laissé le temps de lever/fermenter, nous expions le fait d'avoir dégradés la mitsva de la procréation en s'engageant dans des relations interdites.
En mangeant du maror, qui a la même valeur numérique que le mot "mavét" (la mort), on se rappelle de l'amertume que nous pouvons causer par le meurtre.
Et enfin, en racontant le récit de la sortie d'Egypte, nous expions pour les fautes dites avec la bouche : le lachon ara et la haine gratuite, qui ont causé la destruction du 2e Temple.
[Sfat Emet - 5662]

[ainsi en réparant les fautes ayant causées la destruction du Temple (1er et 2e), nous rapprochons la venue du 3e Temple avec la venue du machia'h.]

Le Séder – la préparation annuelle au don de la Torah

+ Le Séder - la préparation annuelle au don de la Torah :

-> La sortie d'Egypte était une préparation vitale pour l'acceptation de la Torah sur le mont Sinaï.
Comme Hachem a dit à Moché lorsqu'Il s'est révélé à lui pour la première fois au buisson ardent : "quand tu auras fait sortir ce peuple de l'Égypte, vous servirez D. [le don de la Torah] sur cette montagne" (Chémot 3,12).
Ce processus se renouvelle chaque année.

Lorsque nous reproduisons la sortie d'Egypte au moment du Séder, nous préparons également le terrain pour recevoir la Torah de nouveau et nous revitalisons notre relation avec elle à Shavouot.
Chaque Shavouot, les juifs arrivent à renouveler la signification de la Torah en mettant l'accent sur leurs besoins spécifiques du moment.
Ainsi, si nous utilisons ce "temps de notre liberté" (zman 'hérouténou) annuel [à Pessa'h] afin de véritablement redécouvrir le sens de notre liberté à servir Hachem et à Le louer, alors nous nous préparons également à renouveler nos liens avec la Torah lors du Shavouot à venir.

Nous disons dans le dernier verset du Shéma : "Je suis Hachem, votre D., qui vous a fait sortir de la terre d'Egypte pour être votre D." (Chéla'h Lé'ha 15,41) = en racontant la sortie d'Egypte, nous renouvellement notre engagement à Hachem et à Sa Torah.
[Sfat Emet - 5660]

L’attirance pour l’argent, un esclavage

+ L'attirance pour l'argent, un esclavage :

Hachem parla à Moché en disant : "Ordonne (tsav) à Aharon et à ses fils et dis : ‘Ceci est la loi de la Olah’ " (Tsav 6,1-2)

-> Au début de la paracha Tsav, Hachem demande à Moché de prescrire aux Cohanim les différentes lois concernant le korban Olah (l’holocauste).
Nos Sages attirent l’attention sur l’utilisation du mot "tsav". La Torah aurait pu utiliser la formule habituelle : "Parle à Aharon et à ses fils". Pourquoi emploie-t-elle un terme plus fort, "Ordonne"?
Rachi rapporte le midrach qui note que "tsav" laisse sous-entendre un zèle, un empressement supplémentaire, particulièrement nécessaire pour le korban de Olah.
Rabbi Chimon explique que ce sacrifice implique une certaine perte financière [étant entièrement brûlé, le Cohen ne peut donc en profiter] ; les Cohanim risquent de se montrer hésitants à accomplir cette mitsva. Il fallait donc employer un terme plus fort pour les éveiller à ce zèle additionnel requis pour la Olah.

-> Le rav Yé’hezkel Levinstein zatsal tire une importante leçon de ce midrach.
Le Cohen Gadol était, dans la plupart des cas, l’homme le plus vertueux et le plus saint de la génération. [à l’exception des Cohanim de l’époque du 2e Temple qui obtenaient souvent ce titre par corruption ou grâce à des affiliations politiques.]
La guémara (Yoma 18a) nous informe par ailleurs que pour devenir Cohen Gadol, ce dernier devait obligatoirement être très riche.
=> Compte tenu de la vertu et de l’aisance du Cohen Gadol, pourquoi faut-il se soucier d’un éventuel manque d’empressement à cause d’une perte financière relativement minime!
On déduit de cette remarque que même le Cohen Gadol est enclin au yétser hara de l’argent!

-> A plusieurs reprises, nos Sages mettent l’accent sur la force de l’attrait pour l’argent.
L’un des exemples est la guemara (Baba Batra 165a) qui parle des fautes les plus communément transgressées. Rav Yéhouda dit au nom de Rav : "La plupart des gens [trébuchent] dans le vol ; la minorité, dans l’immoralité".
Selon Rachi, la guemara ne notifie pas que les gens volent de façon éhontée, mais qu’ils trouvent toutes sortes de justifications, dans leurs affaires, pour escroquer de l’argent que d’autres méritent. Elle nous indique que chacun risque d’être incité par le yétser ara de l’argent et tente de légitimer cette attitude malhonnête qui est, d’après la Torah, considérée comme du vol.

-> Les plus grands tsadikim ressentaient la force du yétser ara pour l’argent.
Le rav Israël Salanter rendit un jour visite à un homme très riche. L’hôte dut quitter la pièce quelques instants, et laissa le rav Salanter seul. Quand il revint, le rav Salanter n’était plus là. Il le trouva debout, à l’extérieur de la maison.
Le rav Salanter déclara qu’il y avait dans la salle une grosse somme d’argent qui n’avait pas été comptée et il ne voulait pas rester seul avec ces espèces.
Il s’expliqua en énonçant la guemara précitée. Nous connaissons l’interdit de yi’houd (le fait, pour un homme, de s’isoler avec une femme) de peur qu’il ne parvienne pas à se contrôler et qu’il se livre à la débauche. Le rav Salanter conclut que s’il existe un interdit de yi’houd à cause de l’immoralité, infraction que seule une minorité de gens commet, il devrait y avoir, à plus forte raison, une interdiction de s’isoler avec de l’argent, étant donné qu’une majorité de personnes trébuche dans ce domaine.
Il ne voulut donc pas rester seul, dans la même pièce que cet argent non compté.
[le rav Yérou’ham Leibowitz (Daat ‘Hokhma ouMoussar,) raconte que le rav Salanter ne restait jamais seul avec de l’argent qui n’avait pas été compté. Le rav Leibowitz ajoute qu’il ne voulait même pas être seul avec de l’argent compté, malgré les grands risques d’être pris sur le fait].

-> Rabbi Yéhonathan Gefen enseigne :
Si un homme comme le rav Israël Salanter ressentit un besoin de se surprotéger de l’attrait pour l’argent, chacun doit être très vigilant quant à ce puissant yétser ara.
Cette attention est nécessaire dans plusieurs cas. Tout d’abord, nous apprenons de la paracha Tsav que la crainte de perdre de l’argent ne doit pas affecter l’accomplissement des mitsvot. De nombreux commandements impliquent des dépenses significatives et il faut tenter de garder la même diligence pour exécuter ces mitsvot que celles qui sont moins coûteuses.
Il faut également faire attention à ne pas dépenser beaucoup plus d’argent pour notre confort matériel que pour l’accomplissement des mitsvot. Si l’on débourse de grosses sommes pour les vacances, la maison, la voiture, ..., nous devons manifester le même désir et le même zèle pour les dépenses nécessaires aux mitsvot, de façon générale et à la tsedaka en particulier.

L’attirance pour l’argent peut aussi inciter la personne à "arrondir" les lois de la Torah, et ainsi, entraver sa avodat Hachem. Un homme qui craint D. peut ainsi être tenté de ne pas poser des questions de halakha concernant des affaires d’argent.

Il semble que l’origine de cette tentation pour l’argent soit liée à l’esclavage que nous tentons d’éradiquer à Pessa’h. Les commentateurs soulignent que la liberté ne se limite pas à la capacité de faire ce que bon nous semble. La liberté, selon la Torah, c’est de ne pas être trop attaché au monde matériel. L’attrait pour l’argent est l’une des manifestations principales de cette forme d’ "esclavage", cette quête nuit à notre capacité d’accomplir les mitsvot, parce que l’on a du mal à s’en défaire, même quand la Torah nous y enjoint.

Pessa’h est le moment où l’on met l’accent sur notre liberté, notre indépendance quant à la matérialité. Ceci est symbolisé par la mitsva de manger de la matsa, le soir du Séder.
La matsa est plate et sans ajouts. À Pessa’h, nous revenons à notre essence pure, sans "ajouts" [accessoires], les biens matériels qui nous empêchent de servir Hachem correctement.

"Quiconque faute et a honte de son acte est pardonné de toutes ses fautes"
[Rav - guémara Béra'hot 12b]

-> Le Torat ’Hessed affirme, en citant le Ben Ich 'Haï (Ben Yéhoyada) qu’une seule attitude équivaut vraiment, selon tous les avis, à l’expiation d’un Korban
Preuve en est, quand le roi Chaoul eut honte d’évoquer Nov, la ville de Cohanim qu’il avait anéantie, et que le défunt prophète Chmouël lui apparut (Chmouël I - chap.28), ce dernier lui annonça qu’il mourrait le lendemain et qu’il serait "avec lui", c’est-à-dire aux côtés de Chmouël dans le Olam Haba. Cela montre bien que sa faute lui fut pardonnée, parce qu’il en avait honte.

Le Ben Ich 'Haï (Ben Yéhoyada) rapporte une autre guémara (Baba Métsia 58b) qui enseigne que le fait d’humilier quelqu’un revient à le tuer, parce que son sang quitte sa face et son visage blanchit.
De même, quand un individu a honte de ses propres fautes, il vit la même sensation, et est en un sens, considéré comme s’il avait été tué. Puisque la mort expie toutes les fautes, cette personne est lavée de tous ses péchés, comme si elle était morte. [le Ben Ich 'Haï ajoute que l’individu doit aussi faire téchouva, c’est-à-dire suivre le processus habituel de repentir]
Il est évident que de cette façon, l’expiation de la honte équivaut à l’expiation d’un Korban (sacrifice) qui sert à réaliser que l’on aurait mérité la mort.
[le Ramban (Vayikra 1,9) affirme que l’individu aurait dû mourir à cause de sa faute et l’animal [offert en sacrifice] le "remplace" ; ce processus sert d'expiation pour les fautes de l’homme.]

-> Le Torat ’Hessed précise qu’il ne s’agit évidemment pas d’une honte superficielle, n’importe qui peut être embarrassé par un mauvais comportement. On parle d’une honte qui implique une profonde réalisation du dommage causé par la faute, de la nécessité de se repentir.
Le Chaaré Téchouva (chaar 1,22) explique que celui qui faute ressent la même honte que celui qui est humilié en public. Un tel niveau ne peut être atteint que si l’on réalise vraiment son erreur et que l’on prend conscience que les bienfaits prodigués par Hachem furent transformés en rébellion de notre part.
[plus on s'imagine que Hachem est en face de nous, qu'Il a conscience de la moindre de nos pensées, actions, ... plus on a honte d'agir ainsi en contraste total avec Sa bonté constante envers nous]

-> Le rabbi Yéhonathan Gefen ajoute :
Il s’agit, bien sûr, d’un très haut niveau, très difficile à atteindre. Qui plus est, il y a un risque, dans les générations actuelles, que cette honte productive soit remplacée par un sentiment de culpabilité et de désespoir qui aura des conséquences négatives.
Toutefois, nous apprenons que le fait de réaliser les dommages causés par la faute et d’avoir honte de s’être éloigné du Créateur, peut servir de vecteur à l’expiation des fautes et à l’amélioration de soi.

[on doit avoir des moments dans la journées réservés où l'on fait notre introspection. On prend conscience de la gravité d'avoir fauté, d'à quel point on perd et on abîme à se comporter ainsi, d'à quel point on se révolte envers papa Hachem à agir contre Sa volonté, ...
On doit en être bouleversé de honte jusque dans les profondeurs de notre être. [processus de téchouva et de prières]
Une fois ce moment terminé, on retourne à la vie avec le sourire et plein d'espoir que Hachem nous pardonne et nous aide à ne plus retomber dans la faute, mais au contraire qu'on puisse lui faire plaisir par nos actions. ]

Agir avec exemplarité pour que nos enfants absorbent nos qualités

+ Agir avec exemplarité pour que nos enfants absorbent nos qualités :

-> Le midrach (rabba Vayikra 1,3) raconte que Moché Rabbénou avait 10 noms, chacun mettant en relief sa grandeur ou sa contribution dans le monde. Par exemple, il s’appelait Avigdor, car il était : "Avihem Chel Guédarim" (le père des barrières), en référence aux décrets qu’il appliqua. Il s’appelait également Yéred, parce qu’il fit descendre la Torah du Ciel ...
Hachem lui dit que parmi tous ces noms, Il n’utiliserait que celui que Batya, la fille de Pharaon lui donna : Moché. Elle le nomma ainsi, parce qu’elle le retira des eaux (Chémot 2,10).

Nous savons que le nom d’une personne fait allusion à son essence.
Le rav ’Haïm Chmoulewitz (Si’hot Moussar) pose deux questions sur ce midrach.
Tout d’abord, pourquoi Hachem choisit-Il précisément ce nom parmi tous les autres qui indiquaient sa grandeur? En quoi le prénom "Moché" révèle-t-il davantage son essence que les autres?
Et deuxièmement, les autres noms font l’éloge direct de Moché, tandis que le prénom "Moché" semble chanter les louanges de Batya qui le retira du Nil. Ce prénom n’étant pas intrinsèquement lié à son essence, on comprend mal pourquoi c’est celui qui est utilisé pour le nommer.

Le rav Chmoulewitz répond en rapportant un principe important : quand une certaine Mida (un trait de caractère) est utilisée [de tout cœur] à l’égard de quelqu’un, elle est absorbée en lui.
Batya fit preuve d’un grand don de soi (messirout néfech) pour faire sortir Moché de l’eau. Son père était un véritable dictateur et elle dérogea de manière flagrante à son décret de tuer tout garçon juif. Ce grand don de soi fut "imprégnée" en Moché Rabbénou.
On peut ainsi répondre à la 2e question : certes, Moché est un prénom qui fait l’éloge de Batya, mais il montre également que Moché excella dans ce domaine, parce qu’il fut le réceptacle de cette Mida.
Et pour répondre à la première question, le rav Chmoulewitz affirme que la messirout néfech (abnégation, don de soi) est la plus nécessaire des qualités chez un dirigeant ; elle fut donc considérée comme plus précieuse que toutes les autres Midot ou accomplissements de Moché.

Le rav Chmoulewitz ajoute une preuve au principe mentionné.
La guémara Yérouchalmi (Kidouchin 4,1) affirme que les juifs sont dotés de 3 qualités particulières ; ils sont Ra’hmanim (miséricordieux), Baïchanim (ont honte) et Gomlé ’Hassadim (prodiguent des bienfaits). Le verset rapporté pour évoquer les bienfaits des juifs est : "Hachem ton D. te gardera l’alliance et la bonté" (Ekev 7,12).
Selon le sens simple, ce verset signifie qu’Hachem gardera Sa promesse de prodiguer des bienfaits à l’égard du peuple juif, mais non que les Juifs eux-mêmes se montreront bienveillants. Le rav Chmoulewitz affirme que le principe énoncé s’applique également ici ; quand on fait preuve d’une certaine Mida envers autrui, cette Mida s’imprègne en lui. Donc le fait qu’Hachem prodigua des bienfaits au peuple juif transforma ce dernier en peuple charitable.

Le rav Chmoulewitz estime que même un objet inerte peut être imprégné d’un trait de caractère (voir Si’hot Moussar - maamar 3, qui donne plusieurs preuves).
Il souligne que Noa’h fit de gros efforts, durant une très longue période, pour construire l’arche qui éviterait l’anéantissement total du monde. Par conséquent, le bois de l’arche s’imprégna grandement du "Koa’h Hahatsala" (pouvoir de sauvetage).
Le Yalkout Chimoni précise que cette force se manifesta quand Haman voulut pendre Mordé'haï, il prit une poutre de l’arche pour construire la potence. Or, cette poutre était imprégnée du "pouvoir de sauvetage" de Noa’h, plusieurs siècles auparavant. Ce Koa’h Hahatsala transforma cette poutre et la fit passer d’un élément de destruction du peuple juif à un vecteur de sauvetage.

-> Le rabbi Yéhonathan Gefen conclut :
Ce principe s’applique de diverses façons dans nos vies, mais se fait ressentir surtout dans le domaine de l'éducation des enfants.
On sait que l’enfant suit l’exemple de ses parents, mais l’explication du rav Chmoulewitz va plus loin. Quand un parent agit avec une certaine qualité à l’égard de son enfant, ce dernier prend exemple, mais en plus, il absorbe cette qualité.
Ainsi, celui qui fut élevé avec beaucoup d’amour et d’affection sera probablement un parent aimant et affectueux. Inversement, un enfant maltraité par ses parents a souvent tendance à maltraiter les autres.

[ce concept est valable dans toutes nos relations avec autrui, mais avec nos enfants nous sommes prêts à tout donner pour eux (on s'investit à 1 000%), et cela va permettre une bonne absorption de nos qualités témoignées chez eux.]

Le Temple

+ Le Temple (selon le Sfat Emet) :

-> La Torah dont les juifs bénéficient, n'est qu'un microcosme de toute sa splendeur.
Cette lumière a été cachée par Hachem pendant la Création. Comme nos Sages l'affirment, Hachem a pris la lumière du première jour et l'a préservée pour les tsadikim dans le monde à venir.
Cependant, dans le Temple et spécialement lorsque Aharon allumait la Ménora, cette lumière [spirituelle originelle] était révélée.
[Sfat Emet - Béaaloté'ha 5647]

-> De même que chaque Shabbath, un juif bénéficie d'une influence spirituelle fournit par l'âme supplémentaire (néchama yétéra), de même dans le Temple chaque juif bénéficiait d'une dose de spiritualité supplémentaire (aara yétéra).
[Sfat Emet - Dévarim 5642]

-> Tandis qu'en diaspora, un juif sert Hachem principalement par la peur/crainte, en terre d'Israël et spécialement au Temple, une spiritualité intense et la joie y règnent.
De même, pendant toute la semaine, un juif sert Hachem en mettant l'accent sur la crainte, tandis qu'à Shabbath c'est la joie qui domine.
[Sfat Emet - Nasso 5661]

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-> Le Temple était un lieu qui comprenait les qualités de tous les autres endroits de la terre.
[Sfat Emet - Nasso 5647]

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-> L'objectif de la Torah est d'enseigner aux juifs d'abandonner les passions physiques de leur corps.
Cependant, la terre d'Israël et le Temple permettent aux juifs de sanctifier le domaine physique/matériel.
Ce n'est qu'en terre d'Israël et par le biais du Temple qu'un corps et une âme d'un juif peuvent vraiment fusionner.
Maintenant, en exil (galout) sans le Temple, notre objectif principal guidé par la Torah est d'éliminer autant que possible le matériel de notre vie. [tout ce qui n'est pas nécessaire]
La fonction précédemment jouée par le Temple à sanctifier le corps des juifs est actuellement accomplie par l'exil lui-même.
Toutes les souffrances endurées par les juifs purifient leur corps.
[Sfat Emet - Ki Tavo 5634]

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-> Les juifs profitent le plus des bénédictions d'Hachem lorsqu'ils restent isolés du monde extérieur, comme cela se produisait au Temple.
Même de nos jours, certaines mitsvot comme le Talit, permettent aux juifs de "s'envelopper" afin d'être isolés du monde dans son ensemble.
[Sfat Emet - Ki Tavo 5646]

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+ Reconstruire le Temple :

-> Ce n'est qu'en éradiquant les racines qui ont causé la destruction du Temple que nous pouvons accélérer sa reconstruction.
La haine gratuite (sin'at 'hinam) a mené à la destruction du Temple.
Une atmosphère d'amour maternel et une absence de jalousie sont des prérequis pour rester en terre d'Israël et pour que le Temple puisse continuer d'exister.
[En ce sens,] les juifs ont été comptés et ont reçu leur portion individuelle de la terre d'Israël avant d'y entrer afin de minimiser toute éventuelle jalousie.
[Sfat Emet - Pin'has 5648]

-> Le Temple sera reconstruit par le mérite d'Aharon qui personnifie l'amour.
Dans la mesure où sa destruction a été causée par la faute de la haine gratuite, Aharon sert d'antidote parfait pour cette faute.
[Sfat Emet - Massé 5659]

-> Ce n'est que par l'amour d'un juif envers son prochain (aavat Israël) que le Temple sera reconstruit.
[de même que la haine gratuite l'a détruit, l'amour gratuit entre nous permet de le reconstruire]
[Sfat Emet - Réé 5641]

-> Les actions (mitsvot) et la Torah de chaque génération contribuent à la reconstruction du Temple.
[Sfat Emet - Dévarim 5634]

-> Bien que le Temple a été détruit, une empreinte résiduelle y reste toujours (voir également le fait que la Présence Divine ne quitte jamais le lieu du Temple).
En priant constamment pour la restauration du Temple, cette empreinte résiduelle va être transformée par Hachem en Temple reconstruit.
[Sfat Emet - Réé 5637]