"Ce sera parce que (véaya ékev) vous écouterez ces lois et que vous les garderez et les accomplirez" (Ekev 7,12)
1°/ Accomplir toutes les mitsvot évite de revenir en réincarnation :
-> Le séfer Agra déKallah écrit que ce verset suggère que chaque juif est tenu de rectifier son âme en accomplissant les 613 mitzvot.
Il existe cependant certaines mitzvot que les gens ne peuvent pas accomplir. (par exemple, quelqu'un qui vit en dehors d'Israël ne peut pas réaliser les mitsvot qui ne peuvent être accomplies qu'en terre d'Israël, et quelqu'un qui n'est pas Cohen ne peut pas accomplir les mitsvot qui sont spécifiques aux Cohanim).
Mais si l'on étudie les halakhot de ces mitsvot et si l'on attend avec impatience et aspire au jour où l'on pourra les réaliser, c'est comme si on les avait accomplies.
Cependant, si quelqu'un ignore complètement ces mitsvot, il devra revenir dans ce monde dans une réincarnation (guilgoul) jusqu'à ce qu'il les accomplisse.
Ce verset commence par le mot "véaya", qui évoque toujours la joie. Le verset dit que si quelqu'un écoute toutes les lois de Hachem en les étudiant (tichméoun ét amichpatim aélé), même s'il est incapable de les accomplir, il n'aura pas à revenir dans ce monde dans une réincarnation.
Le verset poursuit en disant qu'on peut aussi "les garder et les accomplir" (ouchmartèm vaassitèm otam), ce qui signifie qu'on peut aspirer au jour où on pourra les accomplir, ce qui est également considéré comme si on avait accompli les mitsvot.
-> Le Chlah haKadoch (Torah Chébikhtav - Vaét'hanan) écrit de manière similaire que les 613 mitsvot que Hachem nous a données complètent et perfectionnent une personne, chaque mitsva correspondant à la perfection de l'un des 248 membres et 365 tendons du corps.
Le Chlah ajoute que même si personne ne peut accomplir les 613 mitzvot, car par exemple celui qui n'est pas Cohen ne peut réaliser les mitsvot spécifiques aux Cohanim et la plupart des gens ne peuvent accomplir les mitsvot de yiboum, 'halitsa ou ma'hzir gérouchato, ... il existe néanmoins un moyen d'être considéré comme ayant accompli toutes les mitsvot.
Il explique cela à l'aide d'une machal (parabole) d'un roi qui écrit toutes les lois du pays dans une lettre qu'il envoie à tous ses citoyens. Tout le monde reçoit la lettre et fait ce qu'il peut. Certains s'engagent dans l'armée et partent faire la guerre, d'autres construisent le palais du roi, et d'autres encore collectent les impôts. Quand quelqu'un fait sa part (agissant au mieux de ses capacités selon les lois du roi), il gagne le titre de "serviteur du roi".
Puisqu'il a fait au maximum de ce qu'il peut faire, il est considéré comme s'il avait tout fait.
De même, Hachem nous dit dans Sa Torah ce qu'Il veut que nous fassions. Nous lisons la Torah et faisons tout ce que nous pouvons. Nous lisons chaque mitsva et voyons lesquelles nous pouvons accomplir, et nous faisons tout ce que nous pouvons.
De cette manière, nous sommes appelés "serviteurs de Hachem", et c'est comme si nous avions accompli toutes les mitsvot de la Torah, car Hachem sait que nous voulons vraiment les accomplir toutes, et Il nous récompense pour nos bonnes intentions comme si nous avions réellement accompli l'action [nos Sages disent qu'Hachem nous compte comme si on l'avait fait de la meilleure façon possible, avec les meilleurs intentions].
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[véaya ékev = le terme "ékev" signifie aussi "talon". Par facilité, on peut avoir tendance à négliger (à fouler du pieds) certaines mitsvot (ex: ou bien de les faire à contre cœur, sans joie) : ce n'est pas pour moi, j'aime pas, c'est d'une autre époque, ... Pourtant "véaya" (terme renvoyant toujours à la joie), nous devons considérer toute mitsva comme une chance, une occasion joyeuse pour nous et pour Hachem, ... ]
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2°/ La joie de suivre le droit chemin avant la venue du machia'h :
-> Le rav Avraham 'Haïm de Zlotchov (séfer Oré'h lé'Haïm) demande pourquoi le verset utilise les mots "véaya ékev"(ce sera parce que), plutôt que de dire simplement : "Si tu obéis à ces lois".
Il répond que le verset utilise le mot "ékev" pour faire allusion à "ikvéta d'méchi'ha", la période qui précède immédiatement l'arrivée du machia'h. A cette époque, le monde sera rempli de mensonges et les gens courront sans vergogne après des désirs vains. Nous serons incapables de protester contre les fauteurs, car ce sont eux qui occuperont les postes de dirigeants.
Si une personne suit le droit chemin même pendant cette période difficile et obéit à toutes les mitsvot de la Torah, elle sera grandement récompensée et sera très appréciée et estimée par Hachem.
C'est pourquoi le verset utilise le terme "véaya" (והיה), qui dénote toujours la joie, car une personne qui suit la Torah même à l'époque de "ékev" procure beaucoup de joie à Hachem.
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3°/ Il est plus facile d'éviter les grandes fautes que les petites :
-> Le mot "ékev" signifie littéralement "talon".
Rachi dit que ce verset parle des "mitsvot mineures que les gens piétinent avec leur talon".
-> Le Beit Aharon de Karlin dit : "Mes enfants, soyez très prudents avec les fautes mineures. Il est plus facile d'éviter les fautes majeures que les fautes mineures. Il faut se concentrer principalement sur les petits fautes."
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+ "... et Hachem, ton D., gardera l'alliance et la bonté qu'Il a promises à tes Pères (avoté'ha)" (Ekev 7,12)
4°/ La bénédiction pour l'avenir :
-> Le verset dit que si nous suivons les lois d'Hachem, nous serons protégés par l'alliance qu'Hachem a conclue avec les Avot (Patriarches). Nous pouvons nous demander : si nous obéissons à la Torah et avons nos propres mérites pour nous protéger, pourquoi avons-nous besoin du mérite des Avot?
Le Maguid de Doubno (séfer Michlé Yaakov) répond à cette question par la parabole d'un homme qui a laissé à son très jeune fils 1000 pièces d'or en héritage. Avant sa mort, le père a demandé à son ami d'élever son fils et de veiller sur sa fortune. L'ami s'est engagé à le faire. Il a accueilli le garçon chez lui et l'a élevé comme son propre enfant. Quand il a grandi, il l'a fait entrer dans son entreprise et lui a versé un salaire chaque mois. Cela a duré plusieurs années.
Un jour, le garçon a découvert que son père lui avait laissé 1000 pièces d'or. Il s'est dit : "Pourquoi dois-je travailler pour quelqu'un d'autre? Pourquoi ne puis-je pas vivre de ma propre fortune?"
Il a dit à son tuteur : "Donne-moi mon argent et je m'occuperai de moi-même à partir de maintenant!"
L'ami du père lui répondit : "Voici ton argent. Prends-le et pars si tu le souhaites. Mais je te conseille de mettre cet argent de côté pour le garder en sécurité et de ne pas l'utiliser. Si tu commences à le dépenser, tu le gaspilleras petit à petit jusqu'à ce qu'il ne te reste plus rien. Il serait dans ton intérêt de continuer à travailler pour moi et à toucher un salaire, et d'économiser ton argent pour le moment où tu en auras vraiment besoin."
Le nimchal est le suivant : les Avot (Patriarches) ont confié leurs mérites à Hachem pour qu'il les garde en sécurité. Ils ont tout mis "à la banque", afin que leurs descendants puissent les utiliser en cas de besoin. Hachem ne nous les donne pas tous en même temps, car nous les gaspillerions et nous nous retrouverions sans rien.
Au lieu de cela, Il nous dit de travailler par nous-mêmes et d'obéir à Sa Torah afin que nous gagnions notre propre "salaire" et que nous puissions conserver l'intégralité des mérites des Avot pour les générations futures.
En conséquence, le verset dit que si nous observons la Torah, Hachem "gardera la brit des Avot (véchamar Hachem ... ét abérit) et préservera leurs mérites pour l'avenir (lorsqu'on en aura véritablement besoin).