Paracha vayigach

"Yossef ne put se retenir davantage devant tous ceux qui l’entouraient" (vayigach 45,1)

[Léka’h Tov] – Midrach Tan’houma (vayigach 5) : « Yossef prit un très grand risque à ce moment (en s’isolant avec ses frères), car si ses frères l’avaient tué, personne n’auraient jamais su qui il était. Pourquoi pria-t-il tout le monde de sortir malgré tout ? Yossef se dit  « il est préférable que je sois tué, plutôt que d’humilier mes frères en présence des égyptiens (Rashi sur ce passage : … ressentent de la honte quand il se ferait reconnaître d’eux). »

On peut apprendre de ce comportement que :

1°/ Pour Yossef, il est préférable de prendre le risque de mourir, de ne pas revoir son père (même après 22 ans de séparation - l’image de son père affligé par le chagrin est l’origine du « ne put se retenir davantage»), d’anéantir l’édifice érigé par les patriarches depuis avraham jusqu’aux 12 tribus, plutôt que d’humilier ses frères.

2°/ Yossef possède une maîtrise totale de soi. Bien que se sentant incapable de se contenir davantage (« ne put se retenir davantage »), il est capable d’attendre que tous les égyptiens présents quittent la salle. Il met de côté son envie pressante de se révéler à ses frères et son risque de mourir, et attend patiemment. Quelle maîtrise de tout son être !!

Pour illustrer l’humilité de Yossef, on peut citer quelques autres exemples.

1.   Midrach Tan’houma (mikets 10) sur le verset : « Yéhouda entra avec ses frères dans la demeure de Yossef (mikets 44,14) » : pourquoi dans la maison de Yossef ? Ce dernier se rendait pourtant chaque jour au tribunal pour juger ! C’est que ce jour-ci, il n’y alla pas. Il s’était dit : « je n’humilierai pas mes frères devant les égyptiens. »

2.  Le midrach, nous apprend également, que pendant les 17 ans que Yaakov vécut en Egypte, Yossef ne vint pas lui rendre visite. En effet, il savait que s’il venait à s’isoler avec son père, celui-ci viendrait inévitablement à l’interroger sur les circonstances l’ayant conduit en Egypte. Il choisit donc de ne pas rendre visite à son père pour ne pas risquer de médire sur ses frères et de les discréditer aux yeux de Yaakov. D’ailleurs, selon nos sages lors de l’unique rencontre à huit clos entre Yossef et son père (sur son lit de mort), les frères furent saisis d’un terrible effroi tant ils craignaient que Yaakov ne soit informé de leur méfait. Ce sentiment de peur, à ce seul moment, prouve bien que jamais avant les frères n’avaient éprouvé une telle appréhension, car Yossef avait sciemment évité tout isolement avec son père.

Cette situation devait être très difficile pour Yossef car :

- ils étaient particulièrement liés (comme le montre le chagrin de Yaakov pendant 22 ans, qui lui a enlevé tout esprit prophétique) ;

- après 22 ans de séparation, ils étaient aussi impatients de se retrouver pour échanger les enseignements de torah qu’ils avaient acquis, et ainsi s’élever à des niveaux spirituels exceptionnels. Yossef décide de se priver de ces merveilleuses opportunités pour le seule raison de ne jamais risquer d’humilier ses frères.

- Traité Kala (chapitre 3) : « pourquoi Yaakov n’embrassa-t-il pas Yossef ? Parce qu’il se disait : « du fait qu’il a vécu en exil, des femmes ont certainement dû le séduire à cause de sa grande beauté.» Et Yossef voulut l’embrasser, mais il ne le laissa pas … »

Yossef a compris qu’il faisait l’objet de soupçons infondés de la part de son père, et aurait pu vouloir s’entretenir avec lui pour s’en expliquer, et remonter dans son estime. Mais, il a mis de côté ses intérêts personnels privilégiant ses frères, pour ne pas risquer de les dénigrer aux yeux de leur père.  Sachons en prendre exemple, et essayons de le vivre au quotidien.

"Il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour l’emmener, et l’esprit de Yaakov leur père revécut (Rashi : la Présence divine reposa sur lui alors qu’elle l’avait quitté durant son chagrin)" (vayigach 45,27)

-> [Léka’h Tov] – Béréchit Rabba 94,3 : « Rabbi Lévi au nom de Rabbit yo’hanan bar Chaoul dit : Yossef avait indiqué à ses frères : « si mon père croit (que je suis encore en vie), tant mieux. Sinon, posez lui cette question : «  lorsque nous avons été séparés, n’étais-je pas absorbé dans le thème de la génisse (égla) à la nuque brisée ? » C’est à ce sujet qu’il est dit : « Il vit les chariots (agala) et l’esprit de Yaakov revécut. Et Yaakov s’écria : c’est beaucoup ! (= grande est la force de mon fils, qui n’a rien perdu de sa piété malgré toutes les épreuves qui l’ont frappé)»

Ainsi, la relation entre agala et égla (même racine en hébreu) rassure Yaakov en lui prouvant que Yossef est en vie et qu’il ne s’est pas débauché.

Le Matanot Kéhouna (au nom de Rashi) donne une autre  version : « lorsque nous avons été séparés, j’étudiais le thème des voitures utilisées pour le (transport du) Tabernacle ».

Rav  yaakov Etlinger (dans son min’hat ani) explique cette dernière version. A l’époque du Tabernacle (mishkan), chaque chef de tribu apportait individuellement un sacrifice d’inauguration. Les charrettes qui assuraient le transport étaient offertes collectivement (une charrette pour 2 chefs). On apprend de là que chaque personne est tenue d’engager toutes ses forces et toutes ses capacités au service de D. (engagement individuel total – responsabilité individuelle), dans le cadre d’un mouvement communautaire (action collective).

Cette version nous montre que Yossef n’a pas perdu sa fidélité en D., et nous ajoute que les chariots sont des preuves symbolisant l’union entre les tribus. Il signifie à son père qu’aucune dissension ne persistait plus entre lui et ses frères (aspect collectif).

Retrouvant son fils baignant dans la torah et l’unité entre ses enfants, "l’esprit de Yaakov revécut  et s’écria : c’est beaucoup!  (Rashi : j’aurai encore beaucoup de joie et de bonheur puisque mon fils Yossef est encore vivant)".

-> Pourquoi particulièrement cette étude?
Rabbi Sim'ha Bounim Berger explique que lorsqu'un voyageur quitte une ville, il y a une mitsva de l'accompagner un peu sur son chemin.
D'ailleurs, si ce même voyageur est retrouvé mort, sa mort est de la responsabilité de ceux qui ne l'ont pas raccompagné.
[Si l'on trouve le cadavre d'une personne assassinée et qu'il n'y a pas de témoin, les anciens de la ville la plus proche doivent procéder à une cérémonie publique au cours de laquelle ils déclarent ne pas être coupables et prient pour que D. pardonne Son peuple.
Selon le Ibn Ezra, les anciens ont une certaine part de responsabilité, car si leur ville n'avait aucune faute à se reprocher, un tel malheur ne se serait pas produit.]
La mitsva de l'Egla aroufa est réalisée, comme conséquence de ce manque d'avoir escorté, et qui a pu entraîner la mort d'une personne.

Lorsque Yaakov a envoyé Yossef à Che'hém pour prendre des nouvelles de ses frères, il a accompagné Yossef puisque c'est une mitsva de le faire. Mais lorsque Yossef n'est pas revenu, Yaakov a ressenti qu'il n'avait surement pas fait convenablement cette mitsva. C'est pourquoi, pendant les 22 années d'absence de Yossef, il pensait que c'était de sa faute s'il était mort, et cela ne lui donné aucun repos.
Cependant, lorsqu'il a vu les chariots envoyés par Yaakov, il a compris le message de son fils : "Papa, je ne t'ai jamais oublié! Tu m'a escorté et tu as même été avec moi en Egypte durant ma captivité. En effet, quand j'ai failli succomber à la femme de Potiphar, c'est ton visage que j'ai vu! Ainsi, tu as fait la mitsva de la Egla aroufa, plus qu'à la perfection!"
Cela a grandement réjoui l'esprit de Yaakov.

-> Le sujet de la génisse à la nuque brisée (Egla aroufa) est abordé à la fin de la paracha Choftim (21,1-9).
Le rav 'Haïm Yossef Kofman dit que l'idée latente est : nous ne pourrons jamais savoir qui a tué cette personne, ("un cadavre gisant dans le champ sans que l'on sache qui l'a frappé" - v.21,1), et c'est uniquement Hachem qui en est au courant (de qui, de pourquoi, ...).
De même, Yossef transmet un message plein de émouna à son père (et à ses frères) : c'est Hachem qui a planifié absolument tout ce qui s'est déroulé, et Lui seul en connaît les raisons en détail, ainsi, il ne sert à rien de se faire des reproches en vain.

-> Lorsque l'on retrouvait une victime d'un meurtre, sans pouvoir identifier le meurtrier, la Torah demande à la ville la plus proche de couper la tête d'un veau eu face des anciens de la ville (c'est la mitsva de la égla aroufa).
Selon le Targoum Yonathan ben Ouziel (Choftim 21,8), à ce moment il sortait du veau une armée de vers, qui allaient se rassembler autour du meurtrier, permettant de l'identifier. Le Beit din le punissait alors.

<--->

-> Le passage de la génisse à la nuque brisée (égla aroufa) vient enseigner que s'il y a un meurtrier dans les environs de la ville, les dirigeants en sont responsables. Qui sait peut-être que s'ils avaient traité autrement le meurtrier ou la victime, cela aurait pu être évité ... "Peut-être que nous l'avons laissé partir sans nourriture", "peut-être que nous l'avons laissé partir sans l'accompagner" (midrach)

C'est de la responsabilité des dirigeants de la ville, car plus quelqu'un est grand, plus sa responsabilités grandit, et elle englobe de plus en plus de choses.
=> Quand Yossef (vice-roi d'Egypte) a voulu annoncer à son père Yaakov que la Torah qu'il avait étudiée était profondément ancrée en lui, et que tous ses actes étaient fonction de cette éducation, il lui a envoyé des chariots, pour lui dire : Tout ce que j'ai fait en Egypte a été en accord avec le passage de la génisse à la nuque brisée, avec une une responsabilité complexe. Tout ce qui était apparemment "étrange" dans ma conduite avec mes frères, tout se trouvait dans le passage de la génisse à la nuque brisée.

=> Quand Yossef a envoyé les chariots à son père, c'est comme s'il avait dit : "Père, le passage de la génisse à la nuque brisée, avec tout son contenu profond et étendu, surtout avec au centre la construction de la communauté d'Israël, j'ai bien appris tout cela et j'ai continué à l'appliquer dans la pratique, jour après jour, heure après heure, comme tu t'en apercevras par tes fils.
[le Birkat Mordé'haï]

 

"Yossef apparut à son père, tomba sur son cou et pleura sur son cou beaucoup" (vayigach 46,29)

-> [Léka’h Tov] – Rashi sur ce passage : « il pleura beaucoup et continua de pleurer plus que d’habitude, mais Yaakov ne tomba pas sur le cou de Yossef et ne l’embrasa pas. Et nos maître ont dit : "c’était parce que Yaakov récitait la prière du Chéma".

Le Steipler (dans son Birkat Pérets) rapporte que la rencontre n’a pas eut lieu à l’heure de la lecture du chéma. Pourquoi alors a-t-il récité le chéma? Il nous fait remarquer que la réaction de Yaakov est à l’opposé de celle des hommes ordinaires. Pour nous, les occupations quotidiennes accaparent la majeure partie de notre emploi du temps et il est bien rare que l’on parvienne à détacher notre esprit de nos activités profanes. Au moment, de la lecture du chéma, nous interrompons notre train-train quotidien et effectuons un important effort de concentration pour extirper les pensées non appropriées de notre esprit. Pour d’autres, il n’y a pas d’interruption de l’acceptation du joug divin.

Yaakov, bien que secoué émotionnellement («il pleura beaucoup… »), se retient (« ne tomba pas sur le cou de Yossef … »), et exprime sa gratitude à l’auteur de ce moment de bonheur. Il profite de ce moment fort pour intensifier davantage son amour et sa crainte de D.

Que D., nous aide à suivre l’attitude de notre patriarche, nous permettant de constamment exprimer notre gratitude, acceptation du joug divin et par là même, contribuer à nous lier toujours davantage à D.

<---->

+ Pourquoi Yaakov a récité le Chéma, et pas Yossef? :

-> Le rabbi 'Haïm de Brisk explique que c’était pour des raisons halakhiques.
En effet, pour Yaakov c'était le moment de lire le Chéma. Alors pourquoi Yossef ne lisait pas le Chéma?
Il explique que le moment de lire le Chéma débuta un peu plus tôt, et Yossef l’avait donc déjà lu.
Cependant, Yaakov ne pouvait pas le faire car Hachem lui avait donné l’ordre de descendre en Egypte, et il était donc occupé à accomplir cette mitsva. De la sorte, il était dispensé des autres mitsvot telle que la lecture du Chema selon le principe que : "celui qui s’occupe d’une mitsva est dispensé des autres mitsvot".
=> Dès qu’il arriva en Egypte, il venait alors d’achever cette mitsva de descendre en Egypte, et il put alors accomplir cette autre mitsva de lire le Chéma. C’est donc bien ce qu’il fit.

-> Le rabbi Mendel de Kotsk explique qu’en voyant Yossef, un grand amour pour son fils si chéri s’éveilla dans son cœur. Yaakov, en tant que fidèle serviteur d’Hachem, prit ce grand amour et décida de l’investir et de le placer pour Hachem, par la lecture du Chema, où on destine tout son amour pour Hachem.
=> Yossef a retiré l’amour qu’il ressentit pour son fils et il a saisi cette occasion pour offrir cet amour à Hachem.
Selon le Yéhoudi Hakadosh de Pchis’ha, Yossef n’avait pas besoin de lire le Chema, même si lui aussi a ressenti un grand amour pour son père, car il a pu destiné ce sentiment puissant pour accomplir la mitsva du respect des parents. Pour lui, le fait d’aimer son père était déjà une grande mitsva.

-> Le Maharil Diskin rapporte que nos Sages disent que lorsqu’on lit le Chéma, il faut penser à donner sa vie et à être prêt à mourir pour sanctifier le Nom d’Hachem.
Mais Yaakov craignait la mort car après avoir perdu son fils Yossef, il pensait qu’il allait sombrer en enfer (cf. Rachi Vayéchev 37,35). Ainsi, quand il lisait le Chéma, il ne pouvait pas avoir toute l’intention d’être prêt à mourir pour Hachem.

Cependant à présent, dès qu’il vit Yossef, il fut rassuré, car il conclut qu’il n’allait pas aller en enfer (cf. Rachi précédant : "J’ai reçu de Hachem un signe m’assurant que si aucun de mes enfants ne meurt de mon vivant, je serai assuré de ne jamais voir l'enfer").
Il put alors lire sereinement le Chéma, avec toute la ferveur et la pensée d’être prêt à mourir pour sanctifier le Nom d’Hachem.

-> Le rabbi de Tchertkov appuie sa réponse sur la guemara (Béra'hot 5a) qui dit que celui qui est menacé par le mauvais penchant devra étudier la Thora. Si cela ne suffit pas, il devra lire le Chéma, et si cela ne suffit pas il devra penser au jour de la mort.
Quand Yaakov arriva en Egypte, la capitale de l’impureté, il a eu très peur de la force du mauvais penchant. Ainsi, il devança et réalisa ces 3 conseils :
- Tout d’abord, il prépara un endroit pour étudier la Torah, comme il est dit : "Il envoya Yéhouda devant lui pour étudier" (Vayigach 46,28), Rachi explique : "pour y établir un lieu d’étude".
- Puis, il lut le Chéma, comme on a pu le voir sur notre verset (Vayigach 46,29).
- Enfin, il dit : "A présent, je peux mourir" (Vayigach 46,30), pour penser au jour de la mort.

-> Le Ktav Sofer explique que toute royauté terrestre ne tire son existence que de la Royauté d’En Haut. C’est Hachem, le Roi des rois, qui dispense la royauté à tout roi.
Lorsque Yaakov vit Yossef en tant que roi d’Egypte, il lut le Chéma, expression de la royauté d’Hachem, car il souhaitait montrer à Yossef qu’il l’honore en tant que roi.
Il lut le Chéma pour lui indiquer que toute sa gloire émane de la Royauté d’Hachem Qui lui a conféré le prestige et non pas parce qu’il a été choisi par Pharaon. C’est Hachem Qui l’a élevé et nul autre!

-> Le 'Hidouché haRim explique que Yossef était capable d’unifier le Nom d’Hachem même en s’occupant d’actions physiques et matérielles.
Pour preuve, il était vice-roi d’Egypte, s’occupant de toute l’économie de ce pays, mais en même temps, il resta totalement attaché à Hachem.
=> Ainsi, Yossef était capable d’embrasser son père et de pleurer à son cou tout en restant lié à Hachem et en unifiant Son Nom. Yossef pouvait réaliser le sens du Chéma par des actions physiques, mais Yaakov, qui était détaché du monde naturel et physique, devait lire le Chéma. Il ne pouvait pas cumuler des actes naturels et physiques avec l’accomplissement de la lecture du Chéma.

-> Le Maharal de Prague (Gour Arié) affirme que ce n'était pas du tout le moment de dire le Shéma.
Mais de façon générale, quand un tsadik éprouve une joie intense ou une grande délivrance, son cœur désire spontanément s'attacher à son Créateur et Le louer pour le bienfait qu'Il lui a prodigué.
Ainsi, lorsque Yaakov vit son fils, disparu depuis tant d'années, son cœur s'emplit de crainte et d'amour pour Hachem, et il se mit à réciter le Shéma.

Pourquoi Yossef n'a-t-il alors pas récité le Shéma, comme le fit son père?
En fait, Yossef se devait d'accomplir la mitsva obligatoire d'honorer son père, alors qu'à ce moment-là, celle de la lecture du Shéma ne l'était pas. Il ne pouvait donc pas se comporter de la même façon que Yaakov, alors que se présentait à lui la mitsva prioritaire à laquelle le soumettait la Torah : honorer ses parents.

C'est ce qu'écrit Rabbénou Bé'hayé ('Hovot haLévavot) : "On ne peut accomplir une mitsva non prioritaire que si l'on s'est déjà acquitté des devoirs auxquels on est soumis."

Rachi (v.46,29) écrit : "il [Yossef] lui apparut" signifie que Yossef se montra à son père.
=> Que vient ajouter Rachi au verset?

Le rav Naphtali Traup répond que Rachi souligne ici le fait que Yossef ne s'était pas rendu à la rencontre de Yaakov pour assouvir son propre sentiment de nostalgie envers son père.
Au contraire, son intention était de se "montrer" à lui pour qu'il le voie et s'en réjouisse.
Autrement dit, la volonté de Yossef était uniquement de satisfaire les sentiments de son père, et accomplir ainsi la mtisva de respect de son père.

[plutôt que de réciter le Shéma, il était toute à sa disposition pour le réjouir, à l'affût de sa volonté ...]

<------------------------>

+ "Je ne mourrai maintenant après avoir vu ta face et que tu es encore vivant" (Vayigach 46,30)

-> Rabbi Yossef Caro fait remarquer que Yaakov était versé dans "la sagesse de lire les visages", et quand il est arrivé en Egypte il a regardé le visage de Yossef, y a vu sa sainteté et sa droiture, et s'est réjoui.
Car les tsadikim sont appelés vivants, alors que les réchaïm sont appelés morts même pendant leur vie.

C'est pourquoi il a dit : "Je mourrai maintenant après avoir vu ta face et que tu es encore vivant", c'est-à-dire que tu es encore dans ta sainteté, ta piété et ta droiture, à savoir "vivant".

Paracha mikets

-          « Ce fut à la fin de 2 ans et Pharaon rêve» (mikets 41,1)

[Léka’h Tov] – Si Yossef n’avait pas manqué de confiance en D. (« Parle de moi à Pharaon »), Pharaon aurait eut ce rêve 2 ans plus tôt (béreshit rabba 89,3). La cause de tous les événements est en réalité un décret d’ordre divin. Les réponses à tous nos problèmes sont déjà en place dans le Ciel. Gardons patience et acceptons toujours sereinement le décret divin. Dans le cas contraire, on n’en sortira jamais gagnant.

D’ailleurs, on remarque par la suite que Yossef a retenu la leçon (verset 41,15-16) :

« ils sortirent Yossef en hâte (de la prison) …

Pharaon : j’ai entendu dire sur toi que tu comprends un rêve pour l’interpréter

Yossef : loin de moi (Rachi : la sagesse n’est pas de moi), D. répondra " (Rachi : il mettra une réponse dans ma bouche).

Ainsi, Yossef répondit de façon instinctive (dans la hâte) qu’aucune force au monde ne fait naître des événements si ce n’est la volonté de D. (on doit juste ouvrir la bouche en sachant l’origine des paroles).

-          « Là-bas était avec nous un jeune hébreu, esclave du chef des bouchers» (mikets 41,12)

[Léka’h Tov] – Tout en se gardant de prononcer des mensonges qui pourraient un jour se retourner contre lui, le chef des échansons dépose dans le cœur de Pharaon l’idée que Yossef était :

« Jeune = sot et qui n’est pas digne de grandeur ;

Hébreu = même notre langue, il ne la connaît pas ;

Esclave = selon les statuts de l’Egypte un esclave ne peut ni régner, ni porter des vêtements de princes » (Rachi sur ce verset 41,12).

La 1ere impression est toujours celle qui se grave le plus profondément dans l’esprit humain. Il est ensuite très difficile de s’en défaire. Ainsi, le fait de médire n’a pas seulement un effet immédiat (un à-priori négatif), il greffe fortement un sentiment négatif qui perdure pendant des années et est très difficile à faire oublier.

Paracha vayeshev

-       Rachi (vayeshev 39, 11) : au moment de cohabiter avec elle « il lui est apparu le visage de son père ».

1° / Leka’h Tov – Rav meïr Shapira de Lublin (dans son Nitsotsé Or haMeïr): différence d’approche sur le rapport du Juif avec l’environnement extérieur.

Yaakov : Juifs = des «hommes intégres, vivant sous la tente » = se maintenir à une distance de sécurité des nations du monde (à l’abri des perturbations, tentations) et éviter toute démarche visant à accroître son assimilation

Yossef : Juifs = le fait de surmonter les épreuvres liées à l’adoption des coutumes des  nations, est un tremplin spirituel considérable.

«Il agissait comme un jeune homme : il arrangeait ses cheveux, il touchait ses yeux afin de paraître beau » (Rachi sur le verset 37,1).

En développant son mauvais penchant, on se donne la possiblité de dominer une épreuve plus dure et par ce biais de servir plus intensement D.

C’est ce comportement qui a pu donner à Potifar la conviction que Yossef pouvait fauter. Ainsi, s’il avait suivi la vision de son père, il autait pu s’épargner une épreuve aussi difficile.

2°/ Leka’h Tov : s’inspirer du comportement des nations

Yaakov : Rashi dans vayisla’h (32,5) = « avec Lavan le méchant j’ai séjourné, mais j’ai gardé les 613 commandements, et je n’ai pas appris de ses mauvaises actions »

Yaakov se reproche de ne pas s’être inspiré du zèle, du dévouement de Lavan pour retrouver ses idoles (Rachi – vayetsé 31,23 : «toute la distance que parcourut Yaakov en 7 jours, Lavan la parcourut en un jour») afin de servir D. avec au moins la même ardeur.

Yossef : Rashi (vayesh 39,11) : « ce fut un jour particulier, un jour de rire, leur jour de fête (idolâtre) où ils allaient tous au Temple d’idolâtrie. Elle dit : « il n’est pas pour moi de jour plus indiqué pour me lier à Yossef que ce jour ». Elle leur dit : « je suis malade et je ne peux aller ».

En pensant à la dévotion religieuse de Potifar (rien ne l’en distrait, pas même sa femme malade), Yossef s’est rappelé du reproche que s’est fait Yaakov.

En suivant le raisonnement de son père, il prend alors exemple sur la dévotion de Potifar, il domine ses passions et surmonte l’épreuve.

3°/ Discours Rav daniel Abdelhak : Yaakov a transmis spécifiquement à Yossef tout ce qu’il a appris à la yeshiva de Caïn et Ever. Or, ils étaient des contemporains d’une époque de débauche très forte (l’avant déluge). Ainsi, il transmit à son fils les clefs pour résister  dans un milieu perverti.

-          « Il s’enfuit et s’élança dehors » (vayeshev 39,12)

=  [Léka’h Tov] - Sforno:

«  « Il s’enfuit » de la pièce, de crainte que son mauvais penchant ne parvienne à le dominer.

« Il s’élança dehors » après être sorti de la pièce, il s’éloigna posément, sans montrer les signes d’une fuite… »

Il ne faut jamais sous-estimer le mauvais penchant, et il faut toujours rester conscient qu’il est en train de nous mener un combat (état de crainte permanent - ne te leurre pas et ne te laisse pas séduire, tiens-toi à l’écart de la tentation).

[leket eliahou] - D’ailleurs au début de la paracha suivante, le rêve de Pharaon va dans ce sens.

« voici 7 autres vaches montent derrière elles du fleuve, laides à voir et maigres, et elles se sont tenues près des premières … et elles dévorèrent les 7 vaches belles à voir et grasses » (Mikets 41,3-4). Hazal nous enseignent que le mauvais penchant se présente au début comme un simple passant (« laides et maigres »). Après cela, il s’invite (« se sont tenues près »), et à la fin il se fait maître des lieux (« elles dévorèrent »).

Pourquoi la fête de Hannoucca dure-t-elle 8 jours et pas 7?

+ Pourquoi la fête dure-t-elle  8 jours et pas 7 (durée non prévue par la fiole pure trouvée)?

  • car il faut faire le 1er pas pour que D. fasse le reste.
  • car tout est miracle dans la vie (D. renouvelle le monde en permanence), bien que par nature, l'homme a une tendance à considérer comme "normal" un miracle qui a lieu fréquemment. Hannoucca permet de prendre conscience de notre aveuglement dans notre au quotidien. Rien ne va de soi, rien n'est du, tout est miracle, don exceptionnel de D. : merci D. de nous donner la santé, la vue, la capacité de réflexion, ...
  • les 8 bougies de hanoucca, sont à rapprocher de Hanna (pour le 1 jour) et ses 7 enfants (7 jours de durée supplémentaire qui sont possibles par l'existence du 1er jour).  Ces bougies sont le symbole de la grandeur, de l'héroïsme de nos ancêtres, qui malgré de terribles souffrances ont donné leur vie pour rester fidèle à D. Ils sont les symboles des milliers de juifs qui ont payé de leur vie pour que nous puissions continuer à pratiquer la torah. Hannoucca nous met face à nos ancêtres et nous fait comprendre qu'on agit comme des enfants gâtés (que valent nos excuses par rapport à ce qu'ils ont fait?). Par respect, pour qu'ils ne soient pas morts en vain, nous nous devons d'accomplir la volonté de D. au maximum de nos capacités.
  • ...

On peut également citer un jeu de mot du rav Yossef Sitruk. Jérusalem se dit aussi tsion. La grèce se dit yavan en hébreu. Ainsi, la différence entre ces 2 mots est la lettre tsadik. Ce qui différencie les 2 peuples, c'est le caractère tsadik (homme juste par rapport à la Torah)!!