Aux délices de la Torah

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Paracha Michpatim

- "Si tu prêtes de l'argent à quelqu'un de mon peuple, au pauvre qui est avec toi, ne sois pas pour lui comme un créancier, ne lui imposez pas d'intérêt" (Michpatim 22,24).

Il est intéressant d'avoir la vision du Or ha'Haïm sur ce verset.

«Si tu prêtes de l’argent à quelqu'un de mon peuple» signifie : si tu vois que tu as de l’argent en surplus de tes besoins personnels, et que tu le prêtes à Mon peuple, sache que ce n’est pas ta part, mais celle du pauvre que D. a déposée chez toi pour te donner l’occasion de pratiquer la mitsva de donner.
C’est pourquoi tu dois lui donner ce qui est à lui, et ne pas être envers lui comme un créancier, car il t’est interdit de te sentir supérieur à lui. En effet, c’est ce qui est à lui que tu lui donnes.

Il est à noter que Rashi explique :

- "A quelqu'un de Mon peuple" par : "Ne te conduis pas envers lui avec mépris quand tu lui prêtes car il est de Mon peuple!".

- "Au pauvre qui est avec toi" par : "considère toi toi-même comme si toi, tu étais le pauvre".

Le Sabba de Kelm expliquait à ce sujet qu'avoir pitié ne suffit pas, la Thora nous demande de ressentir ce que l’autre ressent, lui qui est dans le besoin,  à tel point que l’on puisse « s’observer » dans cette situation délicate.

- "Ne sois pas pour lui comme un créancier" par : "ne lui réclame pas ce qu'il te doit avec violence. Si tu sais qu'il n'a pas de quoi te rembourser ne sois pas envers lui comme si tu lui avais prêté mais plutôt comme si tu ne lui avais pas prêté, c'est-à-dire ne lui fais pas honte".

+ Quelques biscuits pour Shabbath :

1°/ La paracha commence en traitant le cas du voleur qui n'est pas en mesure de rembourser ce qu'il a dérobé. Il est alors vendu par le Beit Din afin de dédommager la victime de son crime, grâce au prix de la vente.
Bien que la Torah le désigne du nom d'esclave, il est interdit à son maître d'employer ce terme pour marquer du mépris. Il a le devoir de le considérer comme un frère.

Voici quelques lois de la Torah qui s'appliquent à l'esclave hébreu :
- il est interdit de lui assigner des tâches dégradantes, telles que de laver les pieds de son maître ou de lui lacer les chaussures (Mekhilta);
- le maître doit partager avec son esclave sa propre nourriture. S'il boit du vin, il ne  peut lui donner de l'eau seulement. S'il jouit d'une bonne literie, il ne doit pas laisser son esclave dormir sur de la paille (Kiddouchin 22a);
- si le maître dispose d'un seul bon pain ou d'une unique coupe de bon vin, il a l'obligation de les donner à son esclave. Et s'il n'a qu'un seul oreiller, le maître doit le lui donner et dormir à même le sol (Yerouchalmi Kiddouchin 22);
- A l'issue de 6 ans de servitude, l'esclave devient automatiquement libre. Si au cours de cette période, il est tombé malade, et que son maître a dû engager de grands frais en sa faveur, il ne lui devra rien au moment de le quitter (Rambam Hilhot Avadim 2,12);
- Si l'esclave est marié lorsqu'il est entré à son service, le maître doit également assumer la charge de son épouse et de ses enfants (Kiddouchin 22a).

-> Rabbi Eliyahou Lopian fait remarquer que si quelqu'un vient dormir dans une maison et qu'il y voit 2 personnes en train de dormir : une sur un lit et une autre par terre, il pourrait penser que le maître est celui sur le lit et son esclave par terre, mais selon la Torah c'est l'exact opposé!

-> La guémara (Nida 47a) rapporte que : "Chmouël vérifia [certains signes de puberté] chez sa servante, puis lui donna 4 zouz pour le prix de la honte infligée, car ... les esclaves sont soumis pour être asservis mais non humiliés."

2°/ Réparations dues en cas de vol :
1- Cas général :
- Si 2 témoins constatent qu'un homme a volé un objet, le voleur devra rendre l'objet à son propriétaire et y ajouter l'argent équivalent à sa valeur. S'il n'est plus possible de rendre l'objet volé, il doit rembourser une somme équivalente au double de sa valeur (Mekhilta).
- Lorsqu'un voleur agit au vu et au su de tous (non secrètement comme précédemment), il doit uniquement rendre l'objet volé.
Pourquoi cette différence de traitement? Le 1er cas (voler secrètement) est plus grave que le 2e car en agissant ainsi, le voleur a prouvé qu'il ne craignait que les hommes et non le regard de D. auquel rien n'est caché (Baba Batra 79b).

2- Cas particulier : le vol d'un bœuf et le vol d'un mouton
= puni plus sévèrement par la Torah car ceux-ci constituent pour le paysan un bien d'importance vitale, sans lequel ses moyens d'existence sont en péril (Torah Temima).
- si un homme a volé un bœuf, puis l'a égorgé et vendu, il doit rendre la valeur de 5 bœufs;
- s'il agit de même avec un agneau, il doit en rendre 4 (Cf. verset 21,37 de la paracha).
Pourquoi cette différence? Rashi en donne la réponse en citant la guémara Baba Kama 79 :
- Des 2 animaux, le bœuf est celui dont la valeur est la plus importante, car il travaille pour son maître, ce qui n'est pas le cas de l'agneau ;
- D. nous apprend qu'il faut se préoccuper de l'honneur de tout être humain, fut-il un voleur. En effet, pour voler un agneau, il a dû s'abaisser à le porter sur ses épaules. En revanche, on conduit facilement un bœuf dehors.
D. considère la honte subie par le voleur, et diminue son remboursement.

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-> "Si un homme vole un bœuf ou un agneau ... il paiera 5 pièces de gros bétail à la place du bœuf et 4 pièces de menu bétail à la place du mouton" (Michpatim 21,37)

Rabbi Yéhouda dit que les Bné Israël ont dit à Hachem : "Parce que nous avons volé un bœuf Yossef et fabriqué un Veau, nous avons payé 5 fois : 5 de nos Pères sont morts dans le désert (Moché, Aharon, Myriam, Nadav et Avihou) ; "4 fois pour un petit bétail" correspond aux quatre royaumes qui nous ont dominés (Babylonie, Médie, Grèce et Rome) ; et parce que nous avons volé Yossef, nous avons été asservis en Egypte pendant quatre cents ans."
(midrach Chémot Rabba)

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+ Qu'est-ce qui dissuade les voleurs de dérober selon la Torah?

-> Le rav Yosef Shalom Eliachiv souligne la singularité que présente le traitement réservé au juif ayant transgressé l’interdit du vol.
Dans tous les pays du monde où le système judiciaire a été établi par des non-juifs, de lourdes sanctions ont été prévues pour les voleurs. Souvent, ils ne sont jugés qu’à partir de simples estimations ou suite au témoignage d’un seul témoin, qui peut être un proche parent ou une personne ayant un intérêt personnel à témoigner. La facilité avec laquelle la sanction est appliquée trouve sa source dans la logique élémentaire selon laquelle, en l’absence d’une telle sévérité, "les hommes se dévoreraient vivants".

Pourtant, la Torah a une tout autre approche du sujet. Le voleur ne doit rembourser l’objet de son larcin que si deux individus l’ayant surpris en flagrant délit viennent le témoigner. Mais, s’il les précède en avouant lui-même son forfait, il est exempt de la pénalité. En outre, même dans le cas où il a été accusé et doit rembourser ce qu’il a volé, s’il n’en a pas les moyens, il sera vendu comme esclave. Le cas échéant, non seulement il est ainsi acquitté de ce remboursement, mais, en plus, il a droit à un certain confort : son maître doit lui donner la même nourriture que lui, des vêtements de la même qualité que les siens, tandis qu’il est soustrait au joug du gagne-pain.

=> Une question évidente apparaît : dans de telles conditions, qu’est-ce qui va réfréner la tendance au vol? Comment assurer l’ordre et la justice dans le monde? De nombreuses personnes déroberont sciemment, afin d’être vendues comme esclaves et de jouir de ce statut privilégié.

-> Le Rav Eliachiv en tire une lumineuse conclusion :
"La Torah nous enseigne, par ce biais, une leçon édifiante : nous ne devons pas penser que la multiplicité des sanctions constitue une menace efficace prévenant le vol. En effet, elle n’est pas à même d’empêcher les voleurs de poursuivre dans leur mauvaise voie. Ce qui les éloigne de leur tendance répréhensible est, au contraire, la bonne conduite qu’on adoptera envers eux, les égards et la finesse qu’on leur témoignera.
Un tel traitement, conjugué aux vertus qu’ils constateront dans la maison de leur maître, constitueront la base de leur fidélité aux voies de la Torah et de la foi en D., et seront les garants du maintien et du respect de l’ordre planétaire, avec la diminution du nombre de voleurs."

La conception de la Torah, s’opposant radicalement à l’opinion commune, prône pour une conduite vertueuse. Le statut de l’esclave hébreu en est la plus éloquente illustration.

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=> Pourquoi le voleur (ganav) manque-t-il de considération envers son Créateur, ce qui justifie la sévérité de la Torah à son égard?

-> Le Maharcha (guémara Baba Batra 79b) dit :
Le voleur en cachette, avec discrétion (ganav), en volant en cachette les gens, craint la sanction des tribunaux terrestres, mais ne croit pas à celle des Tribunaux célestes.
Ainsi, il nie la Providence Divine, et il nie la récompense et la sanction du Ciel.
Par contre, celui qui vole en public, au vu et au su de sa victime (gazlane), ni le principe de récompense et sanction, mais il considère à tort, que le gain réalisé par son vol est supérieur à la perte qu'il subirait par une sanction ici-bas et dans le Ciel.

-> Rachi (guémara Baba Batra 79b) écrit :
Le voleur en cachette (ganav) craint les gens, et c'est pourquoi, il ne veut pas être vu par eux lorsqu'il vole, alors qu'il ne craint pas d'être vu par le Créateur qu'il déconsidère donc.

-> Le Ben Ich 'Haï rapporte :
- Le ganav peut être amené à jurer si la victime le soupçonne de ce vol, et il pourrait faire un faux serment pour ne pas avoir honte.
Ce faux serment est un manque de respect pour son Créateur.
Par contre, le gazlane, qui a volé au su et au vu de la victime, ne sera pas amené à jurer s'il nie, car alors 2 témoins qui auraient assisté à ce vol (guézel) viendront le confondre. C'est pourquoi la Torah a été plus sévère avec le ganav.
- Le ganav peut récidiver plusieurs fois, car il a agi en secret et nul ne le sait, tandis que le gazlane qui a agi en public ne pourra pas commettre son méfait de nombreuses fois, car il sera repéré par ses victimes et la chose se saura.

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=> Comment comprendre que le ganav (voleur en cachette) ait agi comme si le Créateur ne voyait pas et n'entendait pas?

-> Le Ben Ich 'Haï explique :
Le Créateur voit tout et entend tout. Cependant le ganav ne craint pas cela : il vole à l'insu de sa victime, comme si "l'œil d'en haut" du Créateur ne le voyait pas.
De plus, la victime de ce vol, opprimée, va adresser une plainte à Hachem qui va "l'entendre" et la venger, selon ce verset : "S'il élève sa plainte vers Moi, J'entendrai sa plainte" (Michpatim 22,22).
Le ganav ne tient pas compte non plus de la plainte que la victime du vol élève vers Hachem, comme si "l'Oreille d'en haut" n'entendait pas les plaintes de la victime.
Ainsi, le ganav renie "l'Oeil" et "l'Oreille" du Créateur.

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-> Bien que le ganav soit un racha et bien qu'il ait transgressé le commandement de la Torah : lo tignov (ne vole pas), la Torah a allégé la sanction du vol de l'agneau par rapport à celle du vol du bœuf parce qu'il a dû, malgré lui, le transporter sur ses épaules et a ainsi dédaigné sa respectabilité.
Ainsi, ce rabaissement de sa dignité est pris en compte dans la sanction de ce ganav, ce qui prouve l'importance qu'Hachem accorde au respect des gens.
[Malbim]

Les agounot

Celui qui libère une agouna, lui permettant de se remarier, c’est comme s’il avait reconstruit l’une des ruines de Jérusalem.
[le Shout Ba’h ha'Hadachot - 64]

-> Le Shout Shevout Yaakov (1:14) [1670-1733] permet à un Beth Din de recevoir le témoignage, durant Chabbat, d’un individu dangereux (איש מסוכן) afin de libérer une agouna, sans même attendre la sortie de Shabbat.
En effet, il n’y a pas en effet de plus grande urgence et de circonstances atténuantes (שעת הדחק) que cela. Comme le pikoua’h nefech, il ne faut surtout pas prendre cela à la légère.

De même, le Beth Yossef (Shout Beth Yossef sur Even Ha-ezer, Dinei Goy Mésia’h Léfi Toumo, 10) considère la libération d’une agouna comme une question relevant des dinei néfachot.

-> Chaque année, la famille de rav Ovadia Yossef se rassemble pour rappeler la mémoire de leur mère le jour anniversaire de son décès. Une année, il ne vint pas, sans que nul ne sache pourquoi. Le frère de rav Ovadia, Rav Naim, le chercha le matin suivant et s’enquit de la raison de son absence lors de la hazkara de leur mère.
Le rav répondit qu’il cherchait par tous les moyens à libérer une agouna pour lui permettre de se remarier. Il resta éveillé toute la nuit pour trouver une solution qu’il découvrit à 4 heures du matin!
"Certainement, cela contribua à l’élévation de l’âme de notre mère bien plus que toute cérémonie mémorielle!"

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-> Après la 1ère guerre mondiale, rabbi Shlomo David Kahana (1869-1953) établit une section spéciale à Varsovie pour traiter des problèmes d’agounot, formant à cette fin, un vaste réseau d’informations dans les plus grandes villes européennes. Cela rendit possible le remariage de milliers d’agounot.

En 2019, un registre consignant les actes du Beth Din de Bergen-Belsen après la Libération, fut découvert. Ce registre, contenant plus de 100 pages d’une petite écriture manuscrite, fut le 1er document avec des témoignages de survivantes de l’Holocauste sur leurs époux, assassinés par les Nazis, afin d’être libérées de leur statut d’agounot.
Ce registre, intitulé “Protocole du Beth Din de Bergen-Belsen” fut écrit sur un feuillet ayant d’abord appartenu aux Nazis. Les Rabbanim listèrent les noms des survivants et des témoignages sur l’assassinat de leurs conjoints pendant l’ Holocauste. Le nom de chaque survivant de l’Holocauste avait sa propre page dans le registre, suivi par le témoignage au sujet de la mort de son époux, signé par le(s) témoin(s). Sous le témoignage, et sur la base de ces derniers, les Rabbanim écrivaient leur heter avec leurs signatures pour un remariage. Selon le registre, le Beth Din délivra 85 heterim permettant des remariages. Les Rabbanim de ce Beth Din étaient Rav Yoel Halperin, Rav Ysrael Aryeh Zalmanovitz, Rav Yssakhar Berish Rubin et Rav Yts’hak Glickman, tous survivants de l’Holocauste. Ils travaillèrent de concert avec Rav Shlomo David Kahana, extrêmement actif dans la libération d’agounot. Il rédigea un “heter agounot” standard pouvant servir dans la majorité des cas, et collecta des témoignages pour libérer les agounot après l’Holocauste. Il estima avoir délivré environ 3,000 héterim à des agounot après l’Holocauste sans jamais être pris à défaut par un mari qui aurait encore été vivant.

-> En 1973 eut lieu la tragique guerre de Yom Kippour. Plus de 960 corps restaient non identifiés, manquants ou non immédiatement récupérables.
[la halakha insiste sur le fait d’être capable d’identifier le corps dans les 3 jours suivant le décès afin de reconnaître le visage, or beaucoup de ces dépouilles furent trouvées et restituées seulement plus tard.]
En conséquence, leurs veuves étaient agounot et ne pouvaient se remarier faute d’identification du corps de leurs maris. Le Grand-Rabbin de l’Armée, Rav Mordé’khai Piron et son assistant Rav Gad Navon demandèrent à rav Ovadia Yossef un an de présidence d’un Beth Din ad hoc pour traiter de tous les cas de agounot suite à la guerre de Kippour, permettant aux jeunes femmes d’être libérées de ce statut et de refaire leur vie suite à la mort de leurs époux. (Yabia Omer, volume 6, Even Ha-ezer 3)
Rav Ovadia prit ce temps par dessus tous ses horaires d’études. Ce Beth Din spécialisé se rassembla tout au long de l’année 1974, passant au crible tous les dossiers. Certains cas étaient clairement tranchés, d’autres impliquaient de voyager à l’étranger, d’interroger les soldats; Dans de nombreux cas, il versa des larmes sur les dossiers. En dépit de sérieuses difficultés halakhiques, 2 ans plus tard, le Beth Din de rav Ovadia avait libéré toutes les veuves de guerre agounot.

-> En 1945, âge de 25 ans, Rav Ovadia Yossef fut nommé dayan par le Grand-Rabbin séfarade Rav Bentsion Ouziel. Sur les 9,000 agounot que Rav Ovadia autorisa à se remarier, aucun mari ne refit jamais surface.

-> Dans Yabia Omer 8, ‘Hochen Michpat 7 est une réponse halakhique de cette époque (datée du 2 Shevat 5734, 1974) à la question d’une communauté séfarade. Le rav Ovadia écrivit qu’il était trop occupé avec les agounot de la guerre de Yom Kippour pour répondre aux autres questions. Mais puisqu’ils l’avaient interrogé plusieurs fois et pour maintenir la paix entre les différentes factions du Peuple juif, il prendrait plus tard le temps de répondre.

De même, dans Yabia Omer 6, Yoré Déa 1, datant de l’année 1974, le rav Ovadia écrit au Chef rabbinique de la shekhita que les difficultés extrêmes de la guerre l’empêche de répondre dans les délais habituels.

-> Les responsa Yabia Omer volume 6, Even Ha-ezer 3 écrites en Janvier 1974 consacrent une explication halakhique des principes par lesquels Rav Ovadia libéra presque 1,000 agounot, se basant sur des preuves nombreuses et variées quant au décès de leur conjoint. Ce volume discute des composants halakhiques de cas dans lesquels des corps de soldats furent identifiés sur la base d’étiquettes d’identification, de documents et d’objets personnels, de photographies de corps ou d’empreintes digitales.

-> Il y a une approbation écrite de Rav Ovadia Yossef donnant la permission à une dame devenue aguona suite aux attaques terroristes des Tours Jumelles du 11 Septembre 2001, de se remarier (Yabia Omer, volume 10, Even Ha-ezer 18).

Paracha Yitro

- "Le peuple se tenait devant Moshé du matin jusqu'au soir" (Yitro 18,13)

Le Rabbi Yossef Haïm de Bagdad (Od Yossef Haï) apporte un très beau commentaire sur ce passage.
La différence entre le matin (boker= valeur numérique de 302) et le soir (érev= valeur numérique 272) est de 30, comme la lettre lamèd, qui signifie : apprendre ou enseigner.

C'est la lettre la plus haute, comme l'étude de la Torah est supérieure à tous les autres commandements.
Cette lettre a la forme de 3 vav superposés (2 verticalement et 1 horizontalement), et rappelle ainsi qu'on a besoin de 3 éléments indispensables pour s'élever au niveau le plus haut de l'étude : son compagnon d'étude (Haver), son maître (Rav), et son élève (Talmid). D'ailleurs, en prenant les initiales de ces 3 personnes, on arrive au mot "Harot" qui signifie : gravé. Ainsi, la Torah se grave dans l'esprit grâce à ces 3 aides.
On apprend ici que les Bnei Israël de la génération du désert étaient privilégiés car ils apprenaient la Torah de Moshé (qui l'avait reçue directement de D.), sans avoir besoin des 2 autres éléments.

A notre niveau, on voit bien que tous les jours (du matin jusqu'au soir), il faut lamed (30), c'est-à-dire apprendre (avec son haver et son rav) et enseigner (à "son élève") afin de graver le maximum de Torah dans notre esprit.

- "Ils voyagèrent depuis Réfidim, ils arrivèrent au désert du Sinaï, ils campèrent dans le désert. Israël campa là-bas face à la montagne" (Yitro 19,2)

Rashi commente le passage "Israël campa là-bas" : "comme un seul homme, avec un seul coeur; mais tous les autres campements se déroulaient avec des plaintes et de la dispute".

Comment l'union s'est-elle fait au sein du Peuple d'Israël à ce moment?
- les Bnei Israël constatèrent que le mois de Sivan en hébreu possède la même valeur numérique (126) que le mot Anav qui signifie "modeste";
- ils virent Moshé, un homme d'une extrême humilité;
- ils comprirent que si le mont Sinaï avait été choisi par D. comme le lieu du don de la Torah c'était précisément parce qu'il était le plus bas et le plus modeste de tous les sommets montagneux de la région.
Tous ses éléments firent comprendre au peuple d'Israël que chacun devait reduire son égo afin de laisser la place à l'unité ("comme un seul homme avec un seul cœur!") .  [Nahal Kedoumim Hida]

Dans notre quotidien, il faut essayer de se tourner vers une direction, un objectif commun à tous les juifs. Arrêtons de nous regarder le nombril et ayons une perspective plus haute, regardons "la  montagne" ...

[Od Yossef Haï] - Les expressions "ils campèrent dans le désert" et "face à la montagne" sont inutiles. Étant dans le désert de Sinaï, leur campement était nécessairement face au mont Sinaï.
"ils campèrent dans le désert" = bien que sortis d'Égypte par l'aide de D., ils campèrent ensuite dans le désert, plein d'humilité.
"face à la montagne" = ils n'ont pas abandonné complétement leur fierté, car une pointe d'orgueil est bénéfique et nécessaire à l'apprentissage de la Torah.

+ Quelques biscuits pour Shabbath :

1°/ Yitro proposa de désigner en tout 78 600 juges (sur un peuple de 600 000 personnes) pour répondre aux questions de hala'ha afin de réduire la charge de travail de Moshé, de Aharon et des 70 Anciens. Moshé écouta le bon conseil de son beau père.
Pourquoi Moshé n'a-t-il jamais pensé lui-même à cette solution apparemment simple?
En vérité, Moshé avait reçu de D. l'ordre de désigner des juges. Mais par la suite, il l'avait oublié, afin que Yitro ait le mérite de voir cette paracha rapportée en son nom (Sifri).

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2°/ L'origine du nom  du désert Sinaï :
La lettre youd a été ajoutée au mot sné (= buisson) dans lequel D. S'est révélé à Moshé à cause des 10 commandements qui devaient y être énoncés. Le buisson était situé sur l'une des montagnes de ce désert (qui a 5 noms dans la Torah : Horev, Sinaï, Tsin, Kadesh, Kedemot et Paran).
[Rokéa'h]

Dans la guémara (Shabbath 89a), rabbi Yossé ben 'Hanina enseigne que le désert du Sinaï portait 5 noms :
- le désert de Tsin = parce que c'était l'endroit où les juifs reçurent l'ordre (tsava) d'observer la Torah ;
- le désert de Kadéch = puisque c'était là que les juifs furent sanctifiés (kadach) et devinrent saints (kadoch) ;
- le désert de Kédémot = du fait que c'était le lieu où fut donnée la Torah qui précéda (kadma) le monde de 2 000 ans ;
- le désert de Sinaï à cause de la haine (sina) qui naquit après le don de la Torah, entre Israël et les autres nations.
Ceci était en partie dû au fait que les autres nations avaient refusé la Torah.
- le désert de Paran = appelé ainsi parce que les juifs devinrent fertiles (para) dès qu'ils consentirent à observer la Torah.
En effet, selon le Méam Loez (Yitro 20,1) chaque femme présente au Sinaï eut un garçon cette année-là. Ainsi, dans l'année qui suivit la révélation au Sinaï, 600 000 garçons juifs naquirent.

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3°/ D. convoqua Moshé au sommet de la montagne et lui donna les instructions suivantes, concernant la façon de préparer les Bnei Israël à la réception de la Torah : "Parle aux femmes avant de parler aux hommes. Adresse-toi à elles avec douceur et donne-leur des directives générales. Mais aux hommes, il faut enseigner de manière ferme : ils doivent être versés dans les détails de la hala'ha" (Mekhilta).
Pourquoi D. a-t-il ordonné de donner les instructions concernant le don de la Torah d'abord aux femmes et ensuite seulement aux hommes ?
- de même que les femmes ont l'obligation d'observer les mitsvot dès l'âge de 12 ans, un an plus tôt que les hommes, de même elles ont reçu les mitsvot plus tôt, au moment du don de la Torah;
- puisque les femmes ont été distinguées de cette manière, elles allaient s'efforcer, davantage encore, de fournir à leurs enfants une éducation conforme à la Torah;
- D. dit : "lorsque J'ai donné la 1ere mitsva à Adam et non pas à Hava, elle a fauté par la suite. Maintenant, Je m'adresserai aux femmes en 1er lieu, afin qu'elles ne s'imaginent pas que leurs transgressions sont moins graves que celles des hommes" (Chémot Raba 28,2);
- c'est un honneur pour les femmes car c'est grâce au mérite des femmes justes que les Bnei Israël ont été libérés d'Égypte (Rokéa'h).

4°/ Avant le don de la Torah, D. guérit tous les défauts physiques des Bnei Israël. Ils étaient ainsi tous en possession de toutes leurs facultés pour pouvoir accepter la Torah de façon parfaite, car si certains d'entre eux n'avaient pas vu ou entendu la présence de D., leur expérience du don de la Torah aurait été incomplète.

5°/ Le don de la Torah :
Depuis 36 générations (création d'Adam), D. attendait de transmettre la précieuse Torah qui avait précédé la création de l'univers (Pirkei de Rabbi Eliezer 41).
Il a eu lieu le shabath matin, le 6 Sivan 2488 (Shabath 88).
Les Bnei Israël furent réveillés par le tonnerre et les éclairs sur le Har Sinaï et par Moshé qui les appelait : "le hatan attend que la kalla vienne sous la houppa!". Moshé conduisit le peuple au Har Sinaï comme on conduit la kalla à son mariage (Pirkei de Rabbi Eliezer 41).
Le peuple juif qui était assemblé au pied de la montagne, hommes et femmes séparément, fut rejoint par les millions d'âmes à naître de leurs descendants, et par les âmes des futurs convertis qui allaient accepter la Torah dans les générations futures (Chémot Raba 28,4).

Lorsque D. descendit sur le Har Sinaï dans une explosion de feu, entouré par une armée de 22 000 anges, la terre trembla, et il y eut le tonnerre et les éclairs (Chémot Raba 29,2).
Les Bnei Israël entendirent le son du shofar qui devenait de plus en plus fort, jusqu'à atteindre la plus forte intensité que le peuple pût supporter. Le feu sur le Har Sinaï monta jusqu'aux cieux même, et la montagne fuma comme une fournaise (Mekhilta). Le peuple trembla de crainte.
Puis D. prit le Har Sinaï et le suspendit au dessus du peuple, pour leur indiquer : "Si vous acceptez la Torah, tant mieux, sinon, vous serez enterrés sous cette montagne!". D. força ainsi le peuple à accepter la Torah, bien qu'il l'ait déjà acceptée volontairement (ils acceptèrent ainsi en plus de la Torah écrite, la Torah orale - Shabbath 88a).
Un épais nuage enveloppait la montagne, D. courba les cieux jusqu'à ce qu'ils atteignent le Har Sinaï, et Son kissé hakavod descendit sur la montagne (Mekhilta).
D. apparut dans l'obscurité et le feu, car Il savait que 40 jours après, les Bnei Israël feraient le veau d'or.
Chaque commandement qui quittait la "bouche" de D. se déplaçait à travers tout le camp, puis revenait vers chaque juif individuellement, et lui demandait : "Acceptes-tu ce commandement avec toutes les hala'hot qui s'y rattachent?". Chaque juif répondait "oui" après chaque commandement. Puis la substance ardente (émanant de la "bouche" de D.) qu'ils avaient vue allait se graver sur les Tables de la loi (Midrash Hazit).

Chaque individu percevait la Voix Divine en fonction de sa capacité propre à ressentir la présence de D. (Chémot Raba 29,5).
D. prononça d'abord les 10 Commandements simultanément. Aucun être humain, ni aucun démon ou ange ne pouvait accomplir un tel miracle (Rokea'h). Puis, il répéta chaque commandement séparément.
Dès que D. prononça "ano'hi", la création se tut. L'univers entier était silencieux lorsque la Voix Divine retentit, prouvant que rien n'existe en dehors de Lui (Chémot Raba 29,9).
Les 10 Commandements contenaient en tout 620 lettres car Ils représentent l'essence de la Torah (= 613 misvot + 7 autres mitsvot que les sages ont institué).
Les Bnei Israël entendirent non seulement les 10 Commandements mais ils perçurent aussi les myriades de détails les concernant, tous les midrashim qui se rapportaient à chaque commandement, chaque hala'ha, kal va'homer et guezera chava qu'ils contenaient (Mekhilta 9,15 Ynaamenou).

Paracha Bechala’h

- "... Israël vit les égyptiens morts sur le rivage de la mer. Israël vit la main puissante ..." (Bechala'h 14,30-31)

[Od Yossef Haï] – Au moment où les Bnei Israël virent de leurs propres yeux leurs ennemis morts, ils virent en image tous les miracles qui avaient jalonné le processus de leur délivrance.
Ils virent notamment, "la grande main", le fait que la main de la fille de Pharaon s'était allongée pour atteindre le berceau dans lequel Moshé avait été caché. Sans cette intervention de D., le libérateur d'Israël aurait été tué, et la délivrance remise en question.

Cela nous donne une leçon de vie!! Dans tout ce qui nous arrive dans la vie, il faut être profondément persuadé que cela vient de D. et que c'est ce qu'il y a de mieux pour moi.
Arrêtons de dire à D. ce qu'Il doit faire de notre vie ("D., heureusement que je suis là pour te signaler tes erreurs. T'aurais du faire ça ..."). Qui sommes-nous pour vouloir remettre en cause une décision de D.?

- Le saviez vous?

1°/ Une des raisons d'éviter le pays des Pelishtim était afin d'épargner aux Bnei Israël le spectacle des ossements de leurs frères de la tribu d'Ephraïm assassinés et disséminés sur les routes (Chémot Raba 20,10).
En effet, de très nombreuses familles de la tribu d'Ephraïm avait quitté l'Egypte 30 ans auparavant, car elles s'étaient trompées dans le calcul de la date de la délivrance (comptant les 410 ans à partir de l'alliance de D. avec Avraham - brit ben abetarim -  au lieu de partir de la naissance d'Itshak).
Ils s'évadèrent d'Egypte, mais en arrivant dans le pays des Pelichtim, ils furent attaqués par ses habitants, et       300 000 personnes de la tribu d'Ephraïm furent tués (Chémot Raba 20,9).
Pourquoi D. ne les a pas sauvé? car ils ont violé le serment de partir avec les ossements de Yossef, et car ils ont nié les paroles des sages de cette époque qui proclamaient que le temps de la délivrance n'était pas encore venu.

2°/ Lorsque les Bnei Israël traversèrent la mer morte, D. accomplit pour eux 10 miracles :
- l'eau se fendit
- pour les protéger, elle forma un toit au-dessus d'eux
- elle se fendit en 12 passages, un pour chaque tribu
- le sol était parfaitement sec sous les pieds
- le sol était comme de l'argile sous les pieds des égyptiens
- l'eau devint dure comme de la pierre
- l'eau solidifiée formait des murs de mosaïques décoratives
- ces murs étaient transparants, et permettaient à chaque tribu de voir les autres traverser (sentiment de sécurité)
- si un juif avait soif, il n'avait qu'à tendre la main, et le mur fondait, produisant une eau potable
- dès qu'il avait étanché sa soif, le mur redevenait une masse solide.

Paracha Bo

- "Vous garderez les matsot car en ce jour-là précisèment, J'ai fait sortir vos armées du pays d'Egypte ..." (Bo 12,17).

Rashi commente ce passage : "afin qu'elles ne fermentent pas. Rabbi Yochiya a dit : ne lis pas matsot mais mitsvot. De même qu'on ne doit pas laisser fermenter les matsot, on ne doit pas laisser fermenter les mitsvot. Lorsqu'il se présente à toi l'occasion d'en accomplir une, saisis la immédiatement".

Le Rambam (Guide des égarés) fait remarquer que toutes les mitsvot concernant Pessa'h, transmises dans la paracha Bo, viennent enseigner la leçon de "l'empressement dans les mitsvot".
C'est uniquement au sein d'une telle dynamique (empressement dans la continuité des mitsvot) qu'il est possible de grandir sans cesse pour se rapprocher de D.
A la fin de chaque mitsva, il faut rechercher à en faire une autre afin de maintenir une spirale qui nous fait grandir de niveau en niveau vers D.

- "Il ne sera pas vu chez toi du Hamets et il ne sera vu chez toi du levain dans tout ton territoire" (Bo 13,7).

Le Hamets qui gonfle symbolise l'orgueil.
Le Hida nous enseigne que selon la Torah en ce qui concerne l'orgueil, il n'y a pas à suivre la voie moyenne.

Même la plus infime quantité est à exclure. La matsa est basse et humble.

De même, avec l'orgueil il faut se montrer intransigeant devant la plus infime quantité.

+ Quelques biscuits pour Shabbath :

1°/ "Pour multiplier Mes prodiges en terre d'Egypte" (Bo 11,9)
Rabbi Israël de Schklov raconte sur son maître le Gra qu'il savait découvrir où chacun des grands d'Israël se trouvait en allusion dans la Torah.
En prenant les initiales hébraïques de ce verset ("Rabot Moftaï Beerets Mitsrayim"), on forme le mot Rambam (Moshé ben Maïmon), qui a été le 2e homme prodigieux de la terre d'Egypte après Moshé ("de Moshé de la Torah jusqu'à Moshé ben Maïmon, personne ne s'est levé comme Moshé"),
Le Rambam est mort à Fostat, qui fut la 1ere capitale de l'Egypte.

2°/ Avant que les Bnei Israël sortent d'Egypte, les 4/5e du peuple sont morts durant la plaie de l'obscurité. Quelle est la raison pour laquelle tant de juifs sont morts?
Le Hatam Sofer explique que la mort de ces juifs en Egypte n'était pas un châtiment, mais la miséricorde de D. envers eux afin de laisser en vie seulement les personnes qui resisteraient à la dernière épreuve.
1ere épreuve = lors de la plaie de l'obscurité, les Bnei Israël devaient résister à l'envie de prendre pour salaire de leur esclavage les trésors des égyptiens en profitant du fait qu'ils ne voyaient pas et ne pouvaient pas bouger. Ils devaient se dominer et ne rien prendre!
2e épreuve = lors de la nuit de la plaie des premiers-nés (nuit du séder), il y a eu un grand cri dans toute l'Egypte. Les Bnei Israël ne devaient ni vérifier ce qui se passait, ni contempler la vengeance contre leurs ennemis les égyptiens. Ils devaient rester derrière une porte close!
D. savait que les 4/5e du peuple ne pourraient surmonter cette 2e épreuve. Grâce à Sa miséricorde, Il a préservait ces juifs d'une mort future pour de mauvaises raisons.

3°/ La valeur numérique de la paracha BO (3e paracha du livre de chémot) est de 3. Cela aide à se souvenir qu'elle relate les 3 dernières plaies.

Paracha Vaéra

- "Je suis apparu à Avraham, à Itshak et à Yaakov ..." (Chémot 6,3)

Rashi sur ce passage = "aux Patriarches" (= les avoth en hébreu).
Que vient nous ajouter Rashi? Ne savons nous pas que Avraham, Itshak et Yaakov sont les Patriarches?

1°/ [Léket Eliaou] -  Le Rabbi Méir de Prémischlan explique ce Rashi, en disant que chaque Patriarche a peiné et s'est donné corps et âme afin de devenir un Père du peuple juif, par son mérite (sans se contenter d'être uniquement un fils de tsadik).

2°/ [Léket Eliaou] - Le Hatam Sofer nous rapporte que la racine "av" du mot avoth a plusieurs signification autres que "père", et peut aussi être traduite par "vouloir", ce qui fait que avoth (les Pères) peut aussi signifier "ceux qui veulent".
Ainsi, D. ne se monte qu'à ceux qui veulent Le voir!

D'une façon générale, Rashi constate que dans les versets, on rencontre parfois l'expression "Moshé et Aaron", parfois "Aaron et Moshé". Il explique qu'ils étaient tous les 2 d'un même niveau.
Mais, Moshé n'était-il pas le maître de tous les prophètes?
Le Rambam (rapporté dans Alénou léchabéa'h), nous enseigne qu'Aaron œuvra au maximum de ses possibilités et de ses potentiels. Il accomplit pleinement ce que D. attendait de lui, selon son niveau. Chacun des frères utilisa pleinement ses potentiels, et Aaron fut ainsi comparé à Moshé, le plus grand des prophètes.
D. juge le travail accompli en fonction de notre potentiel, et non en fonction du niveau atteint. Ainsi, chacun à son niveau, on peut devenir comme Moshé et Aaron, comme Aaron et Moshé.

- “Prends ton bâton, lance-le devant Pharaon et il deviendra un serpent» (Chémot 7, 9)

Rabbi Méïr Shapira de Lublin y voyait une allusion au fait que l'entourage a beaucoup d'influence sur l'homme, pour le meilleur et pour le pire.

Ainsi, même le bâton de D. sur lequel le Tétragramme était gravé, si on le lance devant Pharaon, dans un environnement criminel et dépravé, deviendra un serpent, une bête féroce. Mais ce serpent vénimeux se transformera de nouveau en bâton de D. si ce sont les mains de Moshé qui le tiennent.
De même, Moshé fait comprendre à Pharaon que le peuple juif, lorsqu'il sera coupé de l'influence néfaste de l'Egypte, pourra s'éléver à des sommets de spiritualité.

- "Aaron étendit sa main sur les eaux d'Egypte; la grenouille monta et couvrit le pays d'Egypte" (Chémot 8,2)

Rashi sur "la grenouille monta" = c'était une seule grenouille ; on la frappait et elle faisait jaillir de nombreux essaims de grenouilles.

[Rav David Pitoun] - A partir de ce Rashi, le Rabbi Yaakov Israël Kaniewski (le Steipler) fait remarquer que nous pouvons tirer une grande leçon de morale à ce sujet.
La logique = si chaque coup produit davantage de grenouilles, il faut cesser les coups immédiatement afin de ne pas aggraver la situation.
Que dit la colère ? = puisque nous continuons à lui donner des coups et qu'elle continue à produire, il est donc plus évident qu'il faut se venger d'elle et continuer à la frapper encore et encore!
C'est pourquoi, autant qu'elle continua à produire des grenouilles, leur colère augmenta en eux, et les égyptiens continuèrent à la frapper jusqu'à ce que toute l'Egypte fut recouverte de grenouilles.

Le Steipler explique que c'est en réalité le même phénomène et la même réaction qui se produit lorsque des gens se disputent. Ils savent parfaitement qu'en répondant aux attaques, ils aggravent la situation! Ils rajoutent de l'huile sur le feu (de la dispute) ... Il conclut ainsi, qu'il est préférable d'acquiescer une offense et de ne pas rétorquer.

Les 7 premières plaies :

  1. 1ere plaie : le sang

  • Pourquoi l'eau a-t-elle été frappée la première, et par le sang? Parce que Pharaon et les égyptiens idolâtraient le Nil, D. dit : "Je vais frapper leur D. en premier et ensuite son peuple" (Chémot Rabba 9,8). D'ailleurs, les eaux du Nil avaient une odeur de charogne, ce qui humilia grandement les égyptiens et Pharaon qui virent leur dieu ainsi frappé (Midrash Hagadol 7,17)
  • Pourquoi ont-ils été frappés de la plaie du sang? Parce qu'ils avaient jeté les bébés des enfants d'Israël à l'eau et qu'ils ont fait couler le sang des Bnei Israël comme de l'eau (Midrash Tanhouma Vaéra 12). Une autre raison est qu'ils avaient empêché les femmes juives de s'immerger dans les eaux du mikvé (bain rituel qui rend une femme permise à son mari) afin qu'elles ne puissent pas enfanter (Midrash Hagadol 7,17).
  • "... il y aura du sang dans tout le pays d'Egypte, et dans les bois et dans les pierres" (chémot 7,19).  Comment "dans les arbres et dans les pierres"? Le sang perçait depuis l'intérieur des arbres et des pierres et coulait au dehors. Lorsqu'une femme pétrissait la pâte et l'enfournait, le sang sortait du bois et éteignait le feu. Il mouraient ainsi de faim. Le sang coulait même de leurs idoles en bois et en pierre. Même les fruits des arbres contenaient du sang et lorsque, assoiffés, ils essayaient de presser des fruits, du sang en coulait (Midrash Hagadol Vaéra 7,21). Même leur salive fut transformée en sang (Midrash Tanhouma Vaéra 11).
  • S'ils buvaient avec un juif du même verre, l'eau se transformait en sang dans leurs bouches. Lorsqu'ils s'asseyaient sur leur lits ou sur un rocher, ils abîmaient leurs habits qui s'imprégnaient de sang (Chémot Rabba 9,11).
  • Pourquoi est-ce que Pharaon ne fut pas touché par la plaie du sang? Pour 3 raisons :

1°/ il allait peut-être se repentir;

2°/ il avait élevé Moshé dans sa maison.

Pharaon avait déjà investi une partie de son argent dans l'éducation de Moshé, il avait déjà payé l'argent qui revenait aux Bnei Israël, puisqu'il avait élevé leur chef. Ainsi, contrairement aux égyptiens, il n'avait pas à acheter de l'eau aux Bnei Israël.

Dans le verset, il est écrit : "Pharaon s'en retourna, alla vers sa maison et ne se préoccupa pas de cela aussi" (Chémot 7,23). On observe que Pharaon, n'étant pas personnellement concerné, il ne partagea pas la souffrance de son peuple ("ne se préoccupa pas de cela").

D'ailleurs, il est à noter que lorsqu'un égyptien venait voir un juif et lui demandait de lui vendre de l'eau, tant qu'il ne donnait pas la somme adéquate, l'eau se transformait en sang. Ainsi, chaque égyptien recevait une punition personnalisée (prix d'achat unique) en fonction de l'importance de la cruauté qu'il avait eu envers les esclaves juifs.

3°/ afin d'élever Pharaon aux yeux des égyptiens puis de le frapper
Mais, il n'y prêta pas attention (Midrash Hagadol 7,23).

  1. 2eme plaie : les grenouilles

  • Pourquoi cette plaie leur fut-elle envoyée? Parce qu'ils demandaient aux enfants d'Israël de sortir leur capturer des reptiles et toutes sortes d'animaux impurs pour leur amusement. D. leur envoya donc les grenouilles que l'on pouvait même entendre croasser depuis leurs ventres (Eliaou Rabba 7).
    - Cette plaie fut envoyée aussi parce qu'ils réveillaient les enfants d'Israël au milieu de la nuit afin de leur imposer des travaux forçés. Les grenouilles leurs criaient à présent aux oreilles le jour et la nuit (Midrash Léka'h Tov).
    - Les femmes juives devaient étouffer leurs cris au moment d'accoucher afin de ne pas se faire arracher leurs nouveaux-nés, c'est pour cela que D. leur envoya des grenouilles qui criaient dans leurs oreilles du matin au soir (ce qui était d'ailleurs l'aspect de la plaie le plus difficile à supporter) - (Agadath Zéva'h Pessa'h P112).
  • Cette plaie toucha en premier lieu Pharaon qui fut ainsi puni d'avoir éprouvé de l'orgueil pour ne pas avoir été touché par la plaie du sang. Comme il y est fait allusion dans le verset "par toi et par ton peuple", toi avant ton peuple seras touché par cette plaie des grenouilles (Midrash Hagadol Vaera 7,29).
  • A la fin de cette plaie, toutes les grenouilles moururent, dans les maisons, dans les champs, dans les cours. Cependant, celles qui avaient donné leurs vies en entrant vivantes dans les fours afin d'élever le Nom de D. sortirent vivantes des fours et rentrèrent dans le Nil (Midash Téhilim 28).
  • Les égyptiens qui s'élevaient tels des dieux au-dessus de leurs esclaves, apprirent ainsi que même l'un des plus petits animaux au monde, si craintif habituellement, avait perdu tout respect et toute peur à leur égard (Rav Shimshon Raphaël Hirsh).
  1. 3eme plaie : les poux

  • Pourquoi les égyptiens furent-ils frappés par cette plaie? Parce qu'ils obligeaient les enfants d'Israël à balayer les maisons, les cours, les champs et les rues. D. transforma donc toute la poussière d'Egypte en vermine (Eliaou Rabba 7).
    - C'est également parce qu'ils empêchaient les enfants d'Israël de se laver et que la vermine les faisait souffrir qu'ils furent frappés par cette plaie (Midrash Léka'h Tov).
    - Les égyptiens forcèrent les juifs à travailler la terre et à fabriquer des briques, ainsi toute la terre se transforma en vermine (Midrash Hagadol Vaera 7,14).
  • D. envoya 14 sortes de poux lors de cette plaie, dont certains mesuraient la taille d'un oeuf d'oie (Eliaou Rabba 7).
  • Les égyptiens se grattaient si fort contre les murs que cela leur arrachait la peau (Midrash Hagadol 8,12).
  1. 4eme plaie : les animaux sauvages

  • Pourquoi les égyptiens furent-ils frappés par cette plaie? Parce qu'ils demandaient aux enfants d'Israël d'aller leur capturer des ours, des lions ou des tigres afin de les faire souffrir (selon le Midrash Rabba) ou bien afin de se divertir en leur faisant faire des combats dans les cirques.
    Leur intention en les envoyant dans le lointain désert était aussi de les empêcher de rentrer chez eux et d'avoir des enfants (Eliaou Rabba 7).
  • Même les animaux domestiques s'attaquèrent aux égyptiens (Midrash Hagadol Vaera 8,17).
  1. 5eme plaie : la peste

  • Pourquoi le bétail des égyptiens fut-il frappé par la peste? Parce qu'ils envoaient les Bnei Israël dans les collines et le désert pour faire paître leur bétail afin de les empêcher d'avoir des enfants (Chémot Rabba 11,6).
    Par ailleurs, les égyptiens attelaient des hébreux aux charrues à la place de leurs bêtes afin de ménager ces dernières (Agadath Zéva'h Pessa'h p112).
  • 90% des bêtes des égyptiens moururent à cause de cette plaie (Séfer Hayachar p287).
  1. 6eme plaie : les ulcères

  • Pourquoi les égyptiens furent-ils frappés par cette plaie? Parce qu'ils demandaient aux Bnei Israël de leur chauffer ou de leur refroidir les eaux de leurs maisons de bain. A présent qu'ils étaient remplis d'ulcères, ils ne pouvaient plus toucher ni eau froide, ni eau chaude (Eliaou Rabba 7).
    Par ailleurs, les égyptiens faisaient travailler les hébreux jusqu'à tard dans la nuit et les empêchaient ainsi d'avoir une vie normale avec leurs familles. Cette plaie, qui les faisait souffrir nuit et jour, leur a donc été envoyée afin de les empêcher eux aussi de vivre une vie normale (Midrash Vaera 7,14).
  • En plus des ulcères qui recouvraient tout leur corps, les égyptiens furent frappés par la peste (Chémot Rabba 1,6).
  • Les magiciens égyptiens souffrirent de ces ulcères jusqu'à la fin de leur vie (Yalkout Méam Loèz Vaera 14,10).
  • C'est à la fin de cette plaie que l'esclavage prit définitivement fin (Vaéra 9,17).
  1. 7eme plaie : la grêle

  • Pourquoi les égyptiens furent-ils frappés par cette plaie? Cette plaie détruisit tous les plants des arbres des égyptiens pour les punir d'avoir obligé les Bnei Israël à planter des jardins et des potagers (Eliaou Rabba 7).
    Les Bnei Israël furent frappés sans pitié, la grêle a frappé les égyptiens sans pitié (Midrash Vaera 7,14).
    Les égyptiens qui craignaient la parole de D. firent s'enfuir leurs serviteurs et leur bétail vers les maisons, et ne furent pas exterminés par la grêle (Vaera 9,20).
  • "Il y eut la grêle et un feu qui se mêlait au sein de la grêle ..." (vaéra 9,24)
    Sur ce passage, Rashi écrit qu'il se produisit un miracle au sein  d'un miracle : le feu et la grêle se sont mélangés, bien que la grêle soit de l'eau (ces 2 éléments complétement opposés auraient dû s'annuler l'une l'autre, le feu aurait dû faire fondre la grêle et l'eau éteindre le feu). Malgré cela, afin d'accomplir la volonté de leur Créateur, ils firent la paix ensemble.

Base des midrachim concernant les plaies : le Léket Eliaou d'Eliaou Hassan.

Paracha Chémot

- "Et voici les noms des enfants d'Israël qui sont venus en Egypte ..." (chémot 1,1)

Rashi sur ce verset : "bien qu'Il les ait comptés de leur vivant, par leur noms, Il les a recomptés, après leur mort, pour faire savoir son amour pour eux, car ils sont comparés aux étoiles".
1°/ La thora recompte les noms des enfants d'Israël pour montrer combien D. nous aime et comment D. s'occupe et se soucie de chacun de nous.
2°/ Le Sfat Emet ajoute que de même que D. a créé les étoiles pour éclairer l'obscurité de la nuit, D. a créé le peuple juif pour répandre la lumière divine même dans les lieux les plus obscurs spirituellement parlant.

3°/ Dans la Guemara Houlim 60b, il est dit qu'à la création de la terre, D. a créé 2 luminaires égaux. Mais la lune a été rapetissée car elle s'était plainte à D. en disant : "Il n'est pas possible à 2 rois de partager la même couronne!". Pour apaiser son chagrin, D. lui a adjoint une armée d'étoiles.
Ainsi, à l'image des étoiles, le rôle de l'existence d'Israël est comme l'a souligné rabbi Akiva : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

4°/ Ce verset est une louange aux Bnei Israël qui même en exil dans un pays étranger, n'ont pas modifié leur nom, mais au contraire, l'ont porté fièrement.
D'ailleurs, les juifs se distinguèrent des égyptiens dans 4 domaines (Chémot Raba 1,33) : aucun enfant ne reçut de nom non-juif, ils continuèrent à parler en hébreu, ils ne s'habillèrent pas à la façon égyptienne et ils agissaient avec bonté les uns envers les autres, et ne dénonçaient pas de juif aux égyptiens.

5°/Le rav de Bendin disait sur ce verset que les dernières lettres des 5 premiers mots en hébreu ("vééle shémot Bneï Israël abaïm") forment le mot Téhilim. C'est une allusion au fait que dans les difficultés et les douleurs comme en Egypte, il faut utiliser le livre des Psaumes, et c'est ainsi que viendra le salut.

6°/ [Leket Eliaou] - Le rav yéhouda Leïb Feïn demande pourquoi il est écrit  "voici les noms des enfants d'Israël" et pas directement "voici les enfants d'Israël"?

Hazal nous enseignent : "Il n'y a pas d'homme plus libre que celui qui s'adonne à l'étude de la Torah".

Le rav nous apprend qu'un juif en exil qui se dévoue à l'étude de la Torah sera toujours un homme libre. A l'image de nos ancêtres, notre corps est en exil mais notre esprit reste libre.

- "La fille de Pharaon ouvrit, elle le vit, l'enfant; et voici un garçon pleure. Elle eut pitié de lui et dit : "c'est un des enfants des hébreux" " (Chémot 2,6).

Rashi sur "et voici un garçon qui pleure" = sa voix était comme celle d'un grand garçon (jeune homme).

Pourquoi une voix de jeune homme? Moshé ne pleurait pas sur son sort (= avoir été abandonné par sa mère) mais sur le sort des autres (= les souffrances du peuple d'Israël). Dès sa naissance, il pleura pour son peuple.

- "Le roi d'Egypte mourut, et le enfants d'Israël gémirent à cause de l'esclavage; ils crièrent. Leur cri monta vers D. à cause de l'esclavage" (Chémot 2, 23)

Pourquoi les Bnei Israël prennent-ils conscience de la sévérité de l'exil et de l'esclavage maintenant, au moment de la mort du roi d'Egypte?
= ils avaient envie de prier et de crier auparavant, mais les égyptiens dans leur méchanceté les observaient, parce qu'ils savaient qu'Israël serait sauvé par la prière. Lorsque le roi est mort, les juifs ont profité de l'occasion pour dire aux égyptiens qu'ils pleuraient la mort de leur roi et se lamentaient avec eux, alors que la véritable raison de leurs pleurs et de leurs prières était l'esclavage et la douleur.

D. a discerné leurs intentions et a entendu leurs cris.

- "Moshé dit : S'il Te plaît, mon Maître envoie, je T'en prie par qui tu voudras envoyer" (Chémot 4,13)

Rashi sur ce verset = " Par la main de celui que Tu as l'habitude d'envoyer, et c'est Aaron ou (autre explication) par la main d'un autre que Tu voudras envoyer; je ne suis pas destiné à les faire entrer dans la terre d'Israël et être leur sauveur dans le futur; Tu as de nombreux autres émissaires ".

Il y a en Egypte des millions de juifs en esclavage, et Moshé refuse?
Le rav Chakh en tire un grand principe. Moshé savait qu'il n'était pas possible qu'une chose bonne comme la délivrance du peuple d'Israël découle du fait que quelqu'un qui n'aurait pas dû être blessé, soit blessé.
Rabbi Sholom Mordechai Schwadron (le Maharsham) a dit à ce sujet : "J'ai reçu de mes saints maîtres que si quelqu'un court pour construire le Temple, et que cette course cause un dommage à quelqu'un, il vaut mieux qu'il reste à la maison et ne construise pas le Temple!". Ainsi, nous ne sommes pas responsables d'amener la délivrance si c'est lié à une mauvaise action.
D'ailleurs, D. n'a pas contredit Moshé, et lui a dit : "Aaron te verra et se réjouira dans son cœur" (Chémot 4,15).
Rashi sur ce passage : " non pas comme tu penses qu’il t’en voudrait car tu accèdes à la grandeur; et de là Aaron mérita les ornements du pectoral qui est placé sur le cœur du Grand-Prêtre ".

+ Quelques biscuits pour Shabbath :

1°/ Yoheved était agée de 130 ans à la naissance de Moshé. Contrairement à Sarah (qui a enfanté à 90 ans), on n'en parle pas dans la Torah car les miracles étaient fréquents à cette époque.
On apprend, par exemple, que les femmes juives mettaient au monde des sextuplés, tous forts et en bonne santé (chemot Raba 1,7).

2°/ Bénies soient les femmes juives !!!
Bien que l'esclavage s'était intensifié, les femmes juives ne s'avouèrent pas vaincues.
Elles se faufilaient dans les champs de travail pour laver leurs maris, les nourrir, leurs apporter des paroles de réconfort et les consoler ("D. nous libérera !").
Grâce à leur confiance en D., les Bnei Israël continuèrent à avoir des enfants (Yalkout Chimoni 1,163).

Le Méam Loez (Chémot 1,14) enseigne : "Hachem vit leurs bonnes intentions, et par divers moyens détournés, commença à aider ces femmes vertueuses.
De petits poissons se mirent à se multiplier dans leurs puits, facilement pêchés lorsque l'on allait puiser de l'eau ... Souvent, lorsque les femmes puisaient de l'eau, le sceau remontait à moitié plein de poissons."

3°/ Les 2 sages femmes juives.
Selon l'explication de Rashi (chémot 1,15), il y avait :
- Chifra = Yoheved (=mère de Moshé). Elle se faisait appeler Chifra car elle rendait beau le nourisson (le lavait et le nettoyait).
- Pou'ah = Myriam (=soeur de Moshé). Elle portait ce nom car elle calmait les nouveaux nés qui pleuraient (Rashi : "elle crie, parle et murmure au nourisson à la façon des femmes qui apaisent le bébé qui pleure").

Myriam avait 5 ans et était aussi habile qu'une adulte (chémot Rabba 1,17).
Après l'ordre de Pharaon de tuer les nouveaux nés juifs mâles, elles adressaient une prière à D. pour que l'enfant naisse en bonne santé et que la mère ne meurt pas lors de l'accouchement. Elles voulaient, ainsi, montrer clairement qu'elles écoutaient D. plutôt qu'un roi de chair, au péril d'être passible de mort.
D. accepta leurs prières.

4°/ Moché naquit circoncis, signe qui indiquait qu'il allait être un tsadik (chémot Raba 1,23).
Par ailleurs, Rachi cite la guémara (Sotah 12) : "quand Moché naquit toute la maison s'est emplie de lumière (de la présence divine)" (chémot 2,2).

Le Méam Loez (Chémot 2,2) enseigne : "L'enfant (Moché) n'était âgé que de quelques heures qu'il commença à parler. Le jour de sa naissance, Moché parla avec son père et sa mère".

5°/ Batia, la fille de Pharaon, avait rejeté depuis longtemps le culte des égyptiens et avait prit sur elle les lois de la nation juive (Pirkei de Rabbi Eliezer 48).
D'ailleurs, selon une opinion, elle s'est rendue auprès du Nil pour faire la tévila (immersion qui n'a pas de raison logique) pour devenir une convertie au judaisme (Rashi, Sota 12).

Elle l'appela Moshé (="retiré des eaux").
Malgré le fait qu'il avait déjà 10 noms (dont celui choisit par ses parents = Yekoutiel = qui enseigne aux Bnei Israël de placer leur espoir et leur confiance en D.), la Torah a retenu celui donné par Batia. Cela montre la grande récompense qui attend ceux qui font du hessed (service désintéressé rendu à son prochain).

6°/ Ne restons pas insensible aux difficultés d'autrui.
Dès que Moshé apprit ses origines juives, il quittait chaque jour le palais pour aller rendre visite à ses frères dans les champs de travail. Il portait des lourds fardeaux avec les Bnei Israël et pleurait et se lamentait : " Votre torture me fait mal à moi aussi ; si seulement je pouvais mourir pour vous !" (chémot Raba 1,32).

D'ailleurs Rachi illustre très bien l'attitude de Moshé : "il dirigea ses yeux et son cœur pour avoir de la peine pour eux" (chémot 2,11).
Le rav Its’hak Berkovits explique qu’il regarda d’abord l’expression de leurs visages et perçut leur malheur. Puis, il "focalisa son cœur", tentant de ressentir leur douleur.
[de même, quand nous entendons qu’une personne est en difficulté, nous devons tout d’abord observer l’expression de son visage pour que son épreuve soit concrète à nos yeux. Nous devons ensuite essayer d’imaginer ce que cela fait de vivre la même chose, pour ressentir sa peine.]

-> Le midrach (Chémot rabba 1,27) commente à ce sujet :
"Que signifient ces mots? Moché les voyait et en pleurait.
Il disait : "Combien de chagrin me suscitez-vous! Qui me laisserait mourir à votre place?" ...
Il n'hésita pas à prêter son épaule et à aider chacun d'eux. [...]
Hachem dit : "Tu as délaissé tes propres occupations pour aller voir la souffrance des juifs, te comportant ainsi comme un frère, Je jure de délaisser les Mondes supérieurs et les mondes inférieurs pour venir te parler"."

7°/ Moshé se maria à Tsipora (fils de Yitro) à l'âge de 77 ans.

8°/ Moshé demanda : "Il est vrai que les Bnei Israël seront délivrés dans le futur mais qu'adviendra t-il de tous ces enfants qui sont maintenant cimentés dans les murs?"
D. répondit : "Si tu es inquiet au sujet des enfants qui meurent dans les murs, tu peux sauver l'un d'entre eux. Tu comprendras alors que ces enfants, s'ils avaient vécu, seraient devenus complétement pervers. Je ne fais qu'éloigner les épines du sein des Bnei Israël".
Moshé sauva l'un de ces enfants, un garçon de nom de Mikha. C'est lui, qui va aider le erev rav (égyptiens qui se sont joints au peuple juif lors de la sortie d'Egypte) à former le veau d'or, et qui au temps des Juges va ériger une idole en Erets Israël (Sanhedrin 101 Rashi).

Paracha vaye’hi

-         « Les yeux seront pétillants de vin, les dents toutes blanches de lait » (vaye’hi 49,12)

[Léka’h Tov] – Talmud Kétouvot 111b : « Rabbi Yo’hanan dit : celui qui révèle la blancheur de ses dents (par un sourire) à son ami est supérieur à celui qui lui offre du lait à boire, comme il est écrit : « les dents toutes blanches de lait ». Ne lis pas des « dents blanches » mais plutôt la « blancheur (l’éclat) des dents. »

Avot déRabbi Nathan 13,4 : « Accueille toute personne avec un visage lumineux. Comme cela ? Cela nous enseigne que même si un homme donnait à son prochain tous les bienfaits de la terre, mais avec une mine affligée, le verset considère qu’il ne lui a rien offert. En revanche, celui qui accueille son prochain avec un visage lumineux, bien qu’il ne lui ait rien donné, le verset considère qu’il lui a offert tous les présents du monde ».

Selon le Méïri, le devoir d’accueillir tout homme avec un visage lumineux reste de vigueur même lorsque l’on n’éprouve aucune affection particulière pour notre interlocuteur. De plus, même si sa conduite devait nous déplaire, même si sa manière de penser nous était étrangère, ou encore si sa compagnie devait ronger notre patience, il conviendrait malgré tout de l’accueillir avec bienveillance.

-         « Yossef partit ensevelir son père» (vaye’hi 50,7)

[Léka’h Tov] – Sota 13a : « Lorsqu’ils arrivèrent à la grotte de Ma’hpéla, Essav se manifesta et s’opposa à l’enterrement. Il leur dit : « … cette part est à moi ». Ses neveux lui répondirent : « tu l’as vendue à notre père ». Essav reprit : « si j’ai vendu ma double part d’aînesse, ai-je pour autant vendu la première part, qui me revient en ma qualité de simple frère ? » Ils rétorquèrent : « oui ! Comme il est écrit : « le sépulcre que j’ai acquis dans le pays de cana’an » (vaye’hi 50,5 - Rashi sur ce verset : Yaakov prit tout l'argent et l'or qu'il avait apporté de la maison de lavan, en fit un tas et dit à essav : "prends cela en échange de ta part dans le caveau - de ma'hpela"). Essav reprit : « montrez moi alors le contrat de vente ». Les frères lui répondirent : « il se trouve en Egypte. Qui ira donc le chercher ? Naftali qui est rapide comme la gazelle ».

Houchim, le fils de dan, se trouvait sur les lieux, et il était malentendant. Il demanda : « que se passe-t-il ? » On lui dit : « cet homme empêche l’enterrement jusqu’à ce que naftali revienne d’Egypte. » Houchim s’exclama alors : « et jusque-là, l’honneur de mon grand-père sera ainsi bafoué ! » Saisissant un bâton, il frappa essav vigoureusement sur le crâne (qui mourut sur le coup) ».

Le rav hayim Chmoulevitz (Qovets Si’hot 5731, p.165) demande pourquoi seul houchim eut-il à cœur de réagir pour l’honneur de son grand-père pendant que ses oncles patientaient sans protester ?

Il explique que ce texte constitue un exemple probant du phénomène d’accoutumance. Nous tolérons au final des choses auxquelles nous n’aurions jamais adhéré en temps normal. De même, les enfants de yaakov, au fil du débat contre leur oncle essav, ils pensent gagner du terrain et se persuadent que dans un instant encore, ils pourront enfin enterrer leur père. Mais après chaque nouvelle réplique, la discussion  reprend de plus belle. Sans qu’ils ne s’en aperçoivent, les pourparlers s’étendent en longueur et entre-temps, la dépouille de yaakov reste indignement négligée. Mais houchim du fait de sa surdité, perçut les informations d’une toute autre manière. N’ayant pas suivi le fil des délibérations, la situation se manifesta à lui soudainement, dans toute sa réalité : « l’honneur de mon grand-père est bafoué ! » Sans hésitation, il saisit aussitôt un bâton et met un terme à ce manège. Parce qu’il ne se laissa pas rattraper par l’accoutumance à la situation, il se préserva d’une patience malvenue et coupa court à une situation inacceptable.

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-> Rivka avait prophétisé : "Pourquoi devrai-je vous perdre ensemble le même jour" (Béréchit 27,45)

Cependant, il ne moururent pas le même jour, puisque la mort de Yaakov s'était produite 77 jours avant celle d'Essav.
La prophétie de Rivka concernait leur enterrement simultané.
La tête d'Essav fut enterrée près du caveau de Ma'hpéla, et son corps au mont Séir.
[...]

Les saints enterrés dans le caveau de Ma'hpéla ne sont pas considérés comme morts. Il est même interdit de dire qu'ils sont décédés.
Il sont comme de leur vivant, mais ils vivent au sein de la terre.
Même de nos jours, ils ne sont pas différents de ce qu'ils furent lors de leur décès. (Zohar - Térouma)
[...]

[D'après le Zohar,] lorsqu'un juif vertueux vient à mourir, son âme se dirige vers le caveau de Ma'hpéla. Les Patriarches le voient et se réjouissent de leur postérité.
[Méam Loez - Vayé'hi 50,13]

Paracha vayigach

"Yossef ne put se retenir davantage devant tous ceux qui l’entouraient" (vayigach 45,1)

[Léka’h Tov] – Midrach Tan’houma (vayigach 5) : « Yossef prit un très grand risque à ce moment (en s’isolant avec ses frères), car si ses frères l’avaient tué, personne n’auraient jamais su qui il était. Pourquoi pria-t-il tout le monde de sortir malgré tout ? Yossef se dit  « il est préférable que je sois tué, plutôt que d’humilier mes frères en présence des égyptiens (Rashi sur ce passage : … ressentent de la honte quand il se ferait reconnaître d’eux). »

On peut apprendre de ce comportement que :

1°/ Pour Yossef, il est préférable de prendre le risque de mourir, de ne pas revoir son père (même après 22 ans de séparation - l’image de son père affligé par le chagrin est l’origine du « ne put se retenir davantage»), d’anéantir l’édifice érigé par les patriarches depuis avraham jusqu’aux 12 tribus, plutôt que d’humilier ses frères.

2°/ Yossef possède une maîtrise totale de soi. Bien que se sentant incapable de se contenir davantage (« ne put se retenir davantage »), il est capable d’attendre que tous les égyptiens présents quittent la salle. Il met de côté son envie pressante de se révéler à ses frères et son risque de mourir, et attend patiemment. Quelle maîtrise de tout son être !!

Pour illustrer l’humilité de Yossef, on peut citer quelques autres exemples.

1.   Midrach Tan’houma (mikets 10) sur le verset : « Yéhouda entra avec ses frères dans la demeure de Yossef (mikets 44,14) » : pourquoi dans la maison de Yossef ? Ce dernier se rendait pourtant chaque jour au tribunal pour juger ! C’est que ce jour-ci, il n’y alla pas. Il s’était dit : « je n’humilierai pas mes frères devant les égyptiens. »

2.  Le midrach, nous apprend également, que pendant les 17 ans que Yaakov vécut en Egypte, Yossef ne vint pas lui rendre visite. En effet, il savait que s’il venait à s’isoler avec son père, celui-ci viendrait inévitablement à l’interroger sur les circonstances l’ayant conduit en Egypte. Il choisit donc de ne pas rendre visite à son père pour ne pas risquer de médire sur ses frères et de les discréditer aux yeux de Yaakov. D’ailleurs, selon nos sages lors de l’unique rencontre à huit clos entre Yossef et son père (sur son lit de mort), les frères furent saisis d’un terrible effroi tant ils craignaient que Yaakov ne soit informé de leur méfait. Ce sentiment de peur, à ce seul moment, prouve bien que jamais avant les frères n’avaient éprouvé une telle appréhension, car Yossef avait sciemment évité tout isolement avec son père.

Cette situation devait être très difficile pour Yossef car :

- ils étaient particulièrement liés (comme le montre le chagrin de Yaakov pendant 22 ans, qui lui a enlevé tout esprit prophétique) ;

- après 22 ans de séparation, ils étaient aussi impatients de se retrouver pour échanger les enseignements de torah qu’ils avaient acquis, et ainsi s’élever à des niveaux spirituels exceptionnels. Yossef décide de se priver de ces merveilleuses opportunités pour le seule raison de ne jamais risquer d’humilier ses frères.

- Traité Kala (chapitre 3) : « pourquoi Yaakov n’embrassa-t-il pas Yossef ? Parce qu’il se disait : « du fait qu’il a vécu en exil, des femmes ont certainement dû le séduire à cause de sa grande beauté.» Et Yossef voulut l’embrasser, mais il ne le laissa pas … »

Yossef a compris qu’il faisait l’objet de soupçons infondés de la part de son père, et aurait pu vouloir s’entretenir avec lui pour s’en expliquer, et remonter dans son estime. Mais, il a mis de côté ses intérêts personnels privilégiant ses frères, pour ne pas risquer de les dénigrer aux yeux de leur père.  Sachons en prendre exemple, et essayons de le vivre au quotidien.

"Il vit les chariots que Yossef avait envoyés pour l’emmener, et l’esprit de Yaakov leur père revécut (Rashi : la Présence divine reposa sur lui alors qu’elle l’avait quitté durant son chagrin)" (vayigach 45,27)

-> [Léka’h Tov] – Béréchit Rabba 94,3 : « Rabbi Lévi au nom de Rabbit yo’hanan bar Chaoul dit : Yossef avait indiqué à ses frères : « si mon père croit (que je suis encore en vie), tant mieux. Sinon, posez lui cette question : «  lorsque nous avons été séparés, n’étais-je pas absorbé dans le thème de la génisse (égla) à la nuque brisée ? » C’est à ce sujet qu’il est dit : « Il vit les chariots (agala) et l’esprit de Yaakov revécut. Et Yaakov s’écria : c’est beaucoup ! (= grande est la force de mon fils, qui n’a rien perdu de sa piété malgré toutes les épreuves qui l’ont frappé)»

Ainsi, la relation entre agala et égla (même racine en hébreu) rassure Yaakov en lui prouvant que Yossef est en vie et qu’il ne s’est pas débauché.

Le Matanot Kéhouna (au nom de Rashi) donne une autre  version : « lorsque nous avons été séparés, j’étudiais le thème des voitures utilisées pour le (transport du) Tabernacle ».

Rav  yaakov Etlinger (dans son min’hat ani) explique cette dernière version. A l’époque du Tabernacle (mishkan), chaque chef de tribu apportait individuellement un sacrifice d’inauguration. Les charrettes qui assuraient le transport étaient offertes collectivement (une charrette pour 2 chefs). On apprend de là que chaque personne est tenue d’engager toutes ses forces et toutes ses capacités au service de D. (engagement individuel total – responsabilité individuelle), dans le cadre d’un mouvement communautaire (action collective).

Cette version nous montre que Yossef n’a pas perdu sa fidélité en D., et nous ajoute que les chariots sont des preuves symbolisant l’union entre les tribus. Il signifie à son père qu’aucune dissension ne persistait plus entre lui et ses frères (aspect collectif).

Retrouvant son fils baignant dans la torah et l’unité entre ses enfants, "l’esprit de Yaakov revécut  et s’écria : c’est beaucoup!  (Rashi : j’aurai encore beaucoup de joie et de bonheur puisque mon fils Yossef est encore vivant)".

-> Pourquoi particulièrement cette étude?
Rabbi Sim'ha Bounim Berger explique que lorsqu'un voyageur quitte une ville, il y a une mitsva de l'accompagner un peu sur son chemin.
D'ailleurs, si ce même voyageur est retrouvé mort, sa mort est de la responsabilité de ceux qui ne l'ont pas raccompagné.
[Si l'on trouve le cadavre d'une personne assassinée et qu'il n'y a pas de témoin, les anciens de la ville la plus proche doivent procéder à une cérémonie publique au cours de laquelle ils déclarent ne pas être coupables et prient pour que D. pardonne Son peuple.
Selon le Ibn Ezra, les anciens ont une certaine part de responsabilité, car si leur ville n'avait aucune faute à se reprocher, un tel malheur ne se serait pas produit.]
La mitsva de l'Egla aroufa est réalisée, comme conséquence de ce manque d'avoir escorté, et qui a pu entraîner la mort d'une personne.

Lorsque Yaakov a envoyé Yossef à Che'hém pour prendre des nouvelles de ses frères, il a accompagné Yossef puisque c'est une mitsva de le faire. Mais lorsque Yossef n'est pas revenu, Yaakov a ressenti qu'il n'avait surement pas fait convenablement cette mitsva. C'est pourquoi, pendant les 22 années d'absence de Yossef, il pensait que c'était de sa faute s'il était mort, et cela ne lui donné aucun repos.
Cependant, lorsqu'il a vu les chariots envoyés par Yaakov, il a compris le message de son fils : "Papa, je ne t'ai jamais oublié! Tu m'a escorté et tu as même été avec moi en Egypte durant ma captivité. En effet, quand j'ai failli succomber à la femme de Potiphar, c'est ton visage que j'ai vu! Ainsi, tu as fait la mitsva de la Egla aroufa, plus qu'à la perfection!"
Cela a grandement réjoui l'esprit de Yaakov.

-> Le sujet de la génisse à la nuque brisée (Egla aroufa) est abordé à la fin de la paracha Choftim (21,1-9).
Le rav 'Haïm Yossef Kofman dit que l'idée latente est : nous ne pourrons jamais savoir qui a tué cette personne, ("un cadavre gisant dans le champ sans que l'on sache qui l'a frappé" - v.21,1), et c'est uniquement Hachem qui en est au courant (de qui, de pourquoi, ...).
De même, Yossef transmet un message plein de émouna à son père (et à ses frères) : c'est Hachem qui a planifié absolument tout ce qui s'est déroulé, et Lui seul en connaît les raisons en détail, ainsi, il ne sert à rien de se faire des reproches en vain.

-> Par l'envoi des charrettes tirées par des génisses, Yossef voulait dire qu'il était sain et sauf et que son père ne devait pas se blâmer pour sa disparition.
En effet, Yaakov l'avait accompagné comme la loi juive (halakha) le demande (pour empêcher une situation nécessitant la procédure de la égla aroufa).
['Hatam Sofer]

-> Lorsque l'on retrouvait une victime d'un meurtre, sans pouvoir identifier le meurtrier, la Torah demande à la ville la plus proche de couper la tête d'un veau eu face des anciens de la ville (c'est la mitsva de la égla aroufa).
Selon le Targoum Yonathan ben Ouziel (Choftim 21,8), à ce moment il sortait du veau une armée de vers, qui allaient se rassembler autour du meurtrier, permettant de l'identifier. Le Beit din le punissait alors.

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-> Le passage de la génisse à la nuque brisée (égla aroufa) vient enseigner que s'il y a un meurtrier dans les environs de la ville, les dirigeants en sont responsables. Qui sait peut-être que s'ils avaient traité autrement le meurtrier ou la victime, cela aurait pu être évité ... "Peut-être que nous l'avons laissé partir sans nourriture", "peut-être que nous l'avons laissé partir sans l'accompagner" (midrach)

C'est de la responsabilité des dirigeants de la ville, car plus quelqu'un est grand, plus sa responsabilités grandit, et elle englobe de plus en plus de choses.
=> Quand Yossef (vice-roi d'Egypte) a voulu annoncer à son père Yaakov que la Torah qu'il avait étudiée était profondément ancrée en lui, et que tous ses actes étaient fonction de cette éducation, il lui a envoyé des chariots, pour lui dire : Tout ce que j'ai fait en Egypte a été en accord avec le passage de la génisse à la nuque brisée, avec une une responsabilité complexe. Tout ce qui était apparemment "étrange" dans ma conduite avec mes frères, tout se trouvait dans le passage de la génisse à la nuque brisée.

=> Quand Yossef a envoyé les chariots à son père, c'est comme s'il avait dit : "Père, le passage de la génisse à la nuque brisée, avec tout son contenu profond et étendu, surtout avec au centre la construction de la communauté d'Israël, j'ai bien appris tout cela et j'ai continué à l'appliquer dans la pratique, jour après jour, heure après heure, comme tu t'en apercevras par tes fils.
[le Birkat Mordé'haï]

 

"Yossef apparut à son père, tomba sur son cou et pleura sur son cou beaucoup" (vayigach 46,29)

-> [Léka’h Tov] – Rashi sur ce passage : « il pleura beaucoup et continua de pleurer plus que d’habitude, mais Yaakov ne tomba pas sur le cou de Yossef et ne l’embrasa pas. Et nos maître ont dit : "c’était parce que Yaakov récitait la prière du Chéma".

Le Steipler (dans son Birkat Pérets) rapporte que la rencontre n’a pas eut lieu à l’heure de la lecture du chéma. Pourquoi alors a-t-il récité le chéma? Il nous fait remarquer que la réaction de Yaakov est à l’opposé de celle des hommes ordinaires. Pour nous, les occupations quotidiennes accaparent la majeure partie de notre emploi du temps et il est bien rare que l’on parvienne à détacher notre esprit de nos activités profanes. Au moment, de la lecture du chéma, nous interrompons notre train-train quotidien et effectuons un important effort de concentration pour extirper les pensées non appropriées de notre esprit. Pour d’autres, il n’y a pas d’interruption de l’acceptation du joug divin.

Yaakov, bien que secoué émotionnellement («il pleura beaucoup… »), se retient (« ne tomba pas sur le cou de Yossef … »), et exprime sa gratitude à l’auteur de ce moment de bonheur. Il profite de ce moment fort pour intensifier davantage son amour et sa crainte de D.

Que D., nous aide à suivre l’attitude de notre patriarche, nous permettant de constamment exprimer notre gratitude, acceptation du joug divin et par là même, contribuer à nous lier toujours davantage à D.

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+ Pourquoi Yaakov a récité le Chéma, et pas Yossef? :

-> Le rabbi 'Haïm de Brisk explique que c’était pour des raisons halakhiques.
En effet, pour Yaakov c'était le moment de lire le Chéma. Alors pourquoi Yossef ne lisait pas le Chéma?
Il explique que le moment de lire le Chéma débuta un peu plus tôt, et Yossef l’avait donc déjà lu.
Cependant, Yaakov ne pouvait pas le faire car Hachem lui avait donné l’ordre de descendre en Egypte, et il était donc occupé à accomplir cette mitsva. De la sorte, il était dispensé des autres mitsvot telle que la lecture du Chema selon le principe que : "celui qui s’occupe d’une mitsva est dispensé des autres mitsvot".
=> Dès qu’il arriva en Egypte, il venait alors d’achever cette mitsva de descendre en Egypte, et il put alors accomplir cette autre mitsva de lire le Chéma. C’est donc bien ce qu’il fit.

-> Le rabbi Mendel de Kotsk explique qu’en voyant Yossef, un grand amour pour son fils si chéri s’éveilla dans son cœur. Yaakov, en tant que fidèle serviteur d’Hachem, prit ce grand amour et décida de l’investir et de le placer pour Hachem, par la lecture du Chema, où on destine tout son amour pour Hachem.
=> Yossef a retiré l’amour qu’il ressentit pour son fils et il a saisi cette occasion pour offrir cet amour à Hachem.
Selon le Yéhoudi Hakadosh de Pchis’ha, Yossef n’avait pas besoin de lire le Chema, même si lui aussi a ressenti un grand amour pour son père, car il a pu destiné ce sentiment puissant pour accomplir la mitsva du respect des parents. Pour lui, le fait d’aimer son père était déjà une grande mitsva.

-> Le Maharil Diskin rapporte que nos Sages disent que lorsqu’on lit le Chéma, il faut penser à donner sa vie et à être prêt à mourir pour sanctifier le Nom d’Hachem.
Mais Yaakov craignait la mort car après avoir perdu son fils Yossef, il pensait qu’il allait sombrer en enfer (cf. Rachi Vayéchev 37,35). Ainsi, quand il lisait le Chéma, il ne pouvait pas avoir toute l’intention d’être prêt à mourir pour Hachem.

Cependant à présent, dès qu’il vit Yossef, il fut rassuré, car il conclut qu’il n’allait pas aller en enfer (cf. Rachi précédant : "J’ai reçu de Hachem un signe m’assurant que si aucun de mes enfants ne meurt de mon vivant, je serai assuré de ne jamais voir l'enfer").
Il put alors lire sereinement le Chéma, avec toute la ferveur et la pensée d’être prêt à mourir pour sanctifier le Nom d’Hachem.

-> Le rabbi de Tchertkov appuie sa réponse sur la guemara (Béra'hot 5a) qui dit que celui qui est menacé par le mauvais penchant devra étudier la Thora. Si cela ne suffit pas, il devra lire le Chéma, et si cela ne suffit pas il devra penser au jour de la mort.
Quand Yaakov arriva en Egypte, la capitale de l’impureté, il a eu très peur de la force du mauvais penchant. Ainsi, il devança et réalisa ces 3 conseils :
- Tout d’abord, il prépara un endroit pour étudier la Torah, comme il est dit : "Il envoya Yéhouda devant lui pour étudier" (Vayigach 46,28), Rachi explique : "pour y établir un lieu d’étude".
- Puis, il lut le Chéma, comme on a pu le voir sur notre verset (Vayigach 46,29).
- Enfin, il dit : "A présent, je peux mourir" (Vayigach 46,30), pour penser au jour de la mort.

-> Le Ktav Sofer explique que toute royauté terrestre ne tire son existence que de la Royauté d’En Haut. C’est Hachem, le Roi des rois, qui dispense la royauté à tout roi.
Lorsque Yaakov vit Yossef en tant que roi d’Egypte, il lut le Chéma, expression de la royauté d’Hachem, car il souhaitait montrer à Yossef qu’il l’honore en tant que roi.
Il lut le Chéma pour lui indiquer que toute sa gloire émane de la Royauté d’Hachem Qui lui a conféré le prestige et non pas parce qu’il a été choisi par Pharaon. C’est Hachem Qui l’a élevé et nul autre!

-> Le 'Hidouché haRim explique que Yossef était capable d’unifier le Nom d’Hachem même en s’occupant d’actions physiques et matérielles.
Pour preuve, il était vice-roi d’Egypte, s’occupant de toute l’économie de ce pays, mais en même temps, il resta totalement attaché à Hachem.
=> Ainsi, Yossef était capable d’embrasser son père et de pleurer à son cou tout en restant lié à Hachem et en unifiant Son Nom. Yossef pouvait réaliser le sens du Chéma par des actions physiques, mais Yaakov, qui était détaché du monde naturel et physique, devait lire le Chéma. Il ne pouvait pas cumuler des actes naturels et physiques avec l’accomplissement de la lecture du Chéma.

-> Le Maharal de Prague (Gour Arié) affirme que ce n'était pas du tout le moment de dire le Shéma.
Mais de façon générale, quand un tsadik éprouve une joie intense ou une grande délivrance, son cœur désire spontanément s'attacher à son Créateur et Le louer pour le bienfait qu'Il lui a prodigué.
Ainsi, lorsque Yaakov vit son fils, disparu depuis tant d'années, son cœur s'emplit de crainte et d'amour pour Hachem, et il se mit à réciter le Shéma.
[Au lieu de se focaliser sur la joie de retrouver son fils, Yaakov voulut axer tout son ravissement vers un amour plus parfait pour Hachem. Il sélectionna ce texte du Shéma parce que l’on y reconnaît que tout ce qu’Hachem fait est pour le bien. En outre, il contient la Kabbalat Ol Malkhout Chamaïm (littéralement : "Acceptation du joug de la royauté d’Hachem"), à savoir que cette reconnaissance nous mène à une soumission totale à Sa volonté.
Même en ce moment d’intense émotion, il souhaita montrer sa soumission à Hachem et en faire dépendre son bonheur.]

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=> Pourquoi Yossef n'a-t-il alors pas récité le Shéma, comme le fit son père?
En fait, Yossef se devait d'accomplir la mitsva obligatoire d'honorer son père, alors qu'à ce moment-là, celle de la lecture du Shéma ne l'était pas. Il ne pouvait donc pas se comporter de la même façon que Yaakov, alors que se présentait à lui la mitsva prioritaire à laquelle le soumettait la Torah : honorer ses parents.

C'est ce qu'écrit Rabbénou Bé'hayé ('Hovot haLévavot) : "On ne peut accomplir une mitsva non prioritaire que si l'on s'est déjà acquitté des devoirs auxquels on est soumis."

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-> "(Yossef) monta au devant d'Israël son père ... et se fit voir à lui" (Vayigach 46,29)

=> On peut s'interroger sur l'expression "il se fit voir à lui", qui paraît un peu étrange. D'autant que Rachi insiste dans son commentaire et souligne : "Yossef se fit voir à son père"!
Que vient ajouter Rachi au verset?

-> Le rav Naftali Tropp explique qu'en fait Yosseph n'est pas monté voir son père parce qu'il le languissait et désirait le revoir après tant d'années de séparation. Il ne voulait pas combler un manque personnel, une envie d'intérêt personnel et se réjouir de voir ce père bien-aimé qui lui a tant manqué. Mais il cherchait plutôt à "se faire voir par son père", pour qu'il voie son fils, se réjouisse et de retrouver celui qu'il aimait tant et qu'il croyait mort.
La Torah veut attester que Yossef avait comme unique intention de réjouir son père et ainsi accomplir dignement la mitsva de respecter son père. Il cherchait à accomplir cette mitsva de la façon la plus pure et la plus désintéressée. Ainsi, il ne voulait pas mêler dans l'accomplissement de cette mitsva son plaisir personnel de voir son père, bien que cela aurait été une joie naturelle qui n'aurait en soi rien de mal. Au contraire, tout le monde comprendrait une telle réaction. Mais Yossef voulait que sa mitsva soit la plus pure, et pour cela il écarta tout profit et tout plaisir personnels. Il ne se concentra que sur le fait de procurer plaisir et satisfaction à son père, pour ainsi accomplir cette mitsva de la façon la plus parfaite.

=> Il arrive souvent que l'on trouve un intérêt personnel et humain dans des mitsvot que l'on accomplit. Malgré tout, pour que notre mitsva soit encore plus élevée, il conviendrait de se concentrer que sur la Mitsva elle-même, et écarter notre intérêt et profit personnels, qui ont pour effet d'atténuer et de diminuer la grandeur de la mitsva.
Le simple fait de penser à l'intention de la mitsva elle-même au moment de son accomplissement, chose qui peut être très facile à faire, lui accorde une dimension bien plus élevée. Encore plus, si on pense à ne pas chercher son plaisir personnel dans une mitsva qui nous procure plaisir et profit, cela nous accorderait une élévation sans aucune commune mesure.

-> Juste auparavant, on s'est demandé : Pourquoi Yossef n'a-t-il alors pas récité le Shéma, comme le fit son père?
On peut apporter une explication avec ce qu'on vient de voir :
Yossef ne s'est pas rendu à la rencontre de Yaakov pour assouvir son propre sentiment de nostalgie envers son père. Au contraire, son intention était de se "montrer" à lui pour qu'il le voie et s'en réjouisse.
Sa volonté était uniquement de satisfaire les sentiments de son père, et d'accomplir ainsi la mitsva de respect de son père de la meilleure manière possible.
Ainsi, plutôt que de réciter le Shéma, il était toute à sa disposition pour le réjouir, à l'affût de sa moindre volonté ...

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-> La Torah nous raconte que Yossef agit très différemment lors de la réunion (Yaakov récitant le Shéma).
"Yossef attela son char et monta à la rencontre d’Israël, son père, à Gocheb ; il lui apparut, tomba à son cou et pleura abondamment" (Vayigach 46,29).
Le Ramban (Vayigach 46,29) note que les mots "Il lui apparut" semblent superflus : si Yossef tomba au cou de Yaakov, il est évident qu’il lui est précédemment apparu.
Le rav ’Haïm Chmoulévitz (Si’hot Moussar - Maamar 25) explique que bien que Yossef fut très heureux à l’idée de revoir son vénéré père après tant d’années, son but était de réjouir Yaakov au maximum. Il mit de côté son désir personnel et fit l’effort d’apparaître, de se faire remarquer par son père lors de la rencontre.

-> Le rav Yéhonathan Gefen dit : Les considérations des 2 tsadikim étaient donc différentes. Yaakov se focalisait entièrement sur son lien avec Hachem tandis que Yossef pensait à accomplir au mieux la mitsva de Kiboud Av Vaèm (le respect dû aux parents). Le dénominateur commun dans leur intention fut de vouloir faire ce qu’ils pensaient être la volonté d’Hachem à cet instant. Ceci nous montre leur niveau exceptionnel de proximité avec D.

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+ "Je ne mourrai maintenant après avoir vu ta face et que tu es encore vivant" (Vayigach 46,30)

-> Rabbi Yossef Caro fait remarquer que Yaakov était versé dans "la sagesse de lire les visages", et quand il est arrivé en Egypte il a regardé le visage de Yossef, y a vu sa sainteté et sa droiture, et s'est réjoui.
Car les tsadikim sont appelés vivants, alors que les réchaïm sont appelés morts même pendant leur vie.

C'est pourquoi il a dit : "Je mourrai maintenant après avoir vu ta face et que tu es encore vivant", c'est-à-dire que tu es encore dans ta sainteté, ta piété et ta droiture, à savoir "vivant".

Paracha mikets

-          « Ce fut à la fin de 2 ans et Pharaon rêve» (mikets 41,1)

[Léka’h Tov] – Si Yossef n’avait pas manqué de confiance en D. (« Parle de moi à Pharaon »), Pharaon aurait eut ce rêve 2 ans plus tôt (béreshit rabba 89,3). La cause de tous les événements est en réalité un décret d’ordre divin. Les réponses à tous nos problèmes sont déjà en place dans le Ciel. Gardons patience et acceptons toujours sereinement le décret divin. Dans le cas contraire, on n’en sortira jamais gagnant.

D’ailleurs, on remarque par la suite que Yossef a retenu la leçon (verset 41,15-16) :

« ils sortirent Yossef en hâte (de la prison) …

Pharaon : j’ai entendu dire sur toi que tu comprends un rêve pour l’interpréter

Yossef : loin de moi (Rachi : la sagesse n’est pas de moi), D. répondra " (Rachi : il mettra une réponse dans ma bouche).

Ainsi, Yossef répondit de façon instinctive (dans la hâte) qu’aucune force au monde ne fait naître des événements si ce n’est la volonté de D. (on doit juste ouvrir la bouche en sachant l’origine des paroles).

-          « Là-bas était avec nous un jeune hébreu, esclave du chef des bouchers» (mikets 41,12)

[Léka’h Tov] – Tout en se gardant de prononcer des mensonges qui pourraient un jour se retourner contre lui, le chef des échansons dépose dans le cœur de Pharaon l’idée que Yossef était :

« Jeune = sot et qui n’est pas digne de grandeur ;

Hébreu = même notre langue, il ne la connaît pas ;

Esclave = selon les statuts de l’Egypte un esclave ne peut ni régner, ni porter des vêtements de princes » (Rachi sur ce verset 41,12).

La 1ere impression est toujours celle qui se grave le plus profondément dans l’esprit humain. Il est ensuite très difficile de s’en défaire. Ainsi, le fait de médire n’a pas seulement un effet immédiat (un à-priori négatif), il greffe fortement un sentiment négatif qui perdure pendant des années et est très difficile à faire oublier.