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Etre ivre à Pourim

+ Etre ivre à Pourim :

-> La guémara (Méguila 7b) dit : "À Pourim, une personne est obligée de boire jusqu'à ne plus faire la différence entre "Béni soit Mordé'hai" et "Maudit soit Haman"." [ad délo yada]

Du point de vue halakhique, certains disent que nous sommes obligés de boire du vin jusqu'à l'ivresse. D'autres disent que l'obligation est de boire plus que d'habitude, puis de faire une sieste afin de perdre conscience pendant le sommeil. [Choulkhan Aroukh OC 695,2 ; Rama ad loc. ]

La caractéristique la plus importante de l'être humain, celle qui nous permet de faire des choix moraux, est notre "daat", notre discernement, notreconscience mûre, rationnelle et consciente. Tous nos efforts et toutes nos aspirations visent à acquérir toujours plus de daat.
Alors pourquoi sommes-nous obligés d'atteindre un état de "lo yada", d'ignorance, de perte de daat à Pourim?

La séfira la plus élevée est Kéter (une séfira est un attribut ou une émanation par laquelle Hachem interagit avec le monde). La réalité de cette séfira est si élevée qu'elle appartient au futur, au olam aba (monde à Venir), au yom shékoulo shabbath. Par conséquent, lorsqu'elle fait irruption dans notre monde, nous ne pouvons tout simplement pas l'absorber.

Il y a une limite à ce que nous pouvons supporter (ex: en raison de lien actuellement avec la matérialité, le physique étant limité), certains degrés de sensation sont tout simplement trop forts. Mais nous avons besoin du Kéter (cette émanation divine la plus puissante) pour nous sauver à Pourim.
[alors que le Kéter est là par moment à Kippour, il est présent toute la journée de Pourim. ]
Que fait donc le médecin lorsque le patient a besoin d'un traitement trop douloureux pour lui? Il l'endort.

C'est pourquoi nous renonçons à notre daat à Pourim. Nous savons que la conscience rationnelle et consciente empêchera simplement les lumières de Pourim de faire ce qu'elles doivent faire.
Nous abandonnons notre esprit à Hachem afin qu'Il puisse faire briller à travers nous les lumières les plus élevées et les plus puissantes de la réalité du Kéter, irradier nos âmes de ses rayons guérisseurs et nous guérir au plus profond de notre être.

Des choses amusantes se produisent lorsque Kéter touche le sol à Pourim.
Nous ne pouvons tolérer le goût de ce remède intense, il est donc masqué par des arômes sucrés. Le saint des saints de Kéter est recouvert de clowneries, de bruit et de chaos qui rendent tout le monde (même les soi-disant "sobres", comme nos rabbanim, nos anges vivant dans ce monde) ivre en ce jour.
Les petits enfants, tous dissimulés sous leurs costumes, sont ceux qui nous disent ce qu'est Pourim : une fête où tout le monde se déguise.

[c'est pourquoi les miracles de Pourim sont cachés dans la nature et pourquoi le nom d'Hachem est absent de la méguila. La racine d'où vient Pourim ne peut être "révélée" à notre époque, que lorsqu'elle est "dissimulée".
Le Maharal (Ohr 'Hadach - Hakdama) explique de manière similaire que les miracles provenant d'au-delà de ce monde doivent être cachés, tout comme tout ce qui est d'une grande sainteté. ]

En fait, Pourim ne peut tout simplement pas se manifester là où il y a une révélation d'Hachem. C'est pourquoi il n'y a pas un Pourim identique à Jérusalem, lieu où la Chékhina est davantage dévoilée, mais uniquement un Shoushan Pourim.
Ce n'est que dans la dissimulation que nous pouvons avoir pleinement Pourim.

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-> Le rabbi Naftali Katz d'Amsterdam dit : "A Pourim, ce que nous accomplissons habituellement par des prières larmoyantes, nous l'accomplissons à Pourim par des festins et des danses". [voir le Divré Shmouël]

-> Le 'Hidouché HaRim (Sifté Tsadik - Pourim 53) explique ainsi : une personne a accompli un acte très noble et a reçu le pouvoir de voir toutes ses bénédictions se réaliser. Cependant, on ne pouvait lui faire confiance avec ce pouvoir, car il aurait béni tout le monde pour tout. C'est pourquoi Hachem l'a rendu ivre.
De même, nous avons un pouvoir de prière énorme à Pourim (étant dans la réalité élevée du Kéter). C'est pourquoi nous sommes rendus ivres.

En réponse, un 'hassid demanda : "Rabbi, peut-être ne devrions-nous pas boire?"
Il lui répondit : "Si vous ne vous enivrez pas, ce ne sera pas Pourim pour vous".
Pourim est tout simplement trop grand pour que nous puissions l'absorber de manière consciente et responsable (notre état en ne buvant pas).
[l'alcool ne doit pas être utilisé pour lâcher prise animalement, mais plutôt spirituellement. On endort notre aspect animal, pour laisser la main à l'incroyable puissance divine de ce jour, de pouvoir nous impacter le plus possible. ]

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-> A Pourim, un objectif est de tendre vers un état où l'on est ivre. Or en temps normal, il n'y a rien de plus dégoûtant, de plus méprisant pour nos Sages que la personne qui se noie dans le vomi de son ivresse.
Quel est le sens de se représenter à Pourim dans un tel état?

Nous symbolisons le type de juif pour lequel Pourim a été créé : les plus bas (spirituellement parlant), ceux qui n'ont aucun mérite pour se présenter devant leur Créateur, qui ne peuvent tirer leur encouragement que du domaine de Kéter où se révèle la yé'hida.
[même un juif qui fait les pires choses garde intact (pure) en lui cette partie d'âme. Puisqu'il y a toujours en nous une part de divinité (prenant racine dans la plus haute sphère céleste, dans le kéter, ce qui n'est pas le cas pour les anges, les non juifs), on peut toujours reconstruire, on est toujours aimé et important auprès d'Hachem.
Selon nos Sages, il y a certes une diminution du niveau spirituel après chaque génération, mais il y a une augmentation de la 'taille' de la yé'hida en nous. L'idée est que plus nous sommes faibles, plus nous sommes dans un monde obscur spirituellement, alors le plus Hachem se doit d'être toujours à nos côtés pour notre bien.
Ainsi dans l'histoire, il n'y a jamais eu au sein de tout juif autant de divinité (âme) qui reste pure quoiqu'on puisse faire.
Pourim est un jour où l'influence de la séfira la plus élevée (kéter) est constamment là ; nous prenons du vin pour anesthésier et laisser ressortir cette yé'hida (la racine, le niveau le plus élevé des 5 niveaux de l'âme juive).
(Dans le monde de Kéterse trouve également la yé'hida, la racine insondable de l'âme juive où nous sommes fusionnés dans un lien avec notre Créateur.)
Alors qu'en temps normal nous semblons être une personne ordinaire, simple (voir remplie de fautes), à Pourim nous réalisons que cela est un déguisement que nous vend notre yétser ara, car en réalité tout juif est une partie d'Hachem (restant toujours pure). Nous sommes sublimes, brillants, et si magnifiques aux yeux d'Hachem. ]

Plus un tsadik est grand, plus il est sensible à la lumière, à la joie et au plaisir du Shabbat. Plus le niveau spirituel d'une personne est élevé, plus elle tire profit de Pessa'h, de Shavouot et de Souccot. Mais les personnes vertueuses tirent très peu de profit de Pourim.
Pour Pourim, il faut être bas, abattu et brisé. Plus nous nous sentez rejeté, expulsé et éloigné de la sainteté, plus nous profitons de Pourim. Moins nous nous sentons digne, plus nous ressentons profondément l'amour inconditionnel de Hachem.

A Pourim, nous découvrons une autre dimension du "vé'nahafo'h hou" (et cela s’est inversé ; le contraire s'est produit) : plus un juif semble petit, plus il devient grand à Pourim.
Pourim consiste à atteindre un point où tout se confond. Nous ne pouvons plus discerner la différence entre Mordé'haï et Haman, notre daat a disparu. C'est alors, nous accédons enfin au yé'hida, le point central de notre âme où rien de ce que nous faisons ou sommes ne fait de différence ; nous sommes simplement les enfants bien-aimés d'Hachem.
[c'est comme si on enlevait tous nos déguisements/masques de l'année, qu'on se mettait à nu en remontant à la source première d'un juif : c'est un enfant adoré de papa Hachem, dont son âme provient de la réalité la plus élevée, la plus intime de la divinité. ]

-> La valeur numérique : "Arour Haman" (ארור המן) est de 502, soit la même que : "Barou'h Mordé'haï" (ברוך מרדכי).
Dans un sens plus profond est que ces 2 expressions symbolisent que même si un juif est tombé si bas qu'extérieurement personne ne peut faire la différence entre lui et Haman, au cœur de la yé'hida, on peut dire qu'un juif est un juif.

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-> "Quelle grande nation a un D. qui lui est proche, comme l'est Hachem, notre D., chaque fois que nous l'invoquons?" (Vaét'hanan 4,7)
De même : "Hachem est proche de tous ceux qui L'appellent avec sincérité" (Téhilim 145,18).
[d'une certaine façon, en ce jour où l'on est dans la réalité la plus élevée (Kéter), où notre âme est davantage épanouie, le fait d'être ivre peut faire tomber le masque de tout ce qui normalement nous inhibe, nous empêche de vider notre intériorité à Hachem.
On se rend compte que le juif qui est plutôt "Arour Haman" comme celui qui est plutôt "Barou'h Mordé'haï", les deux sont autant écoutés et proches d'Hachem lorsqu'ils L'invoquent avec une total sincérité. ]

-> A Pourim, nous ne nous réjouissons pas de notre Torah, de notre prière ou de notre tsédaka. Nous ne tirons pas de satisfaction de nos accomplissements spirituels.
Aveuglés par la lumière de la grandeur de nos propres âmes (qui se dévoilent en ce jour), nous exultons : "Nous sommes juifs!"
Le grand secret révélé par le vin de Pourim est la bonté infinie de l'âme juive.
[par exemple, extérieurement on a un habit qui est identique à un non juif (ex: une bouche, des yeux), mais à l'intérieur nous avons une âme qui provient d'une racine beaucoup plus élevée (du sommet, de la couronne des séfirot), faisant que nous avons des capacités et un impact dans les mondes Supérieurs énorme à chaque seconde.
Nous nous réjouissons de la grandeur, de l'honneur d'être juif, et le vin facilite cet aspect festif, tout en endormant la responsabilité qui va avec, le stress d'être à la hauteur dans notre comportement.
A Pourim, dans le "Chochanat Yaakov", nous louons : "Mordé'haï haYéhoudi" (Mordé'haï le juif).
Le rabbi de Klausenbourg (dans son Shéfa 'Haïm) dit : 'haYéhoudi = "considérez le fait que Mordé'haï ne reçoit pas le titre de nassi, gaon ou tsadik, mais simplement celui de juif ; car c'est le titre le plus grand et le plus important de tous".

En effet, la plus grande louange pour un être humain est d'être juif(ve).
En ce sens, selon rabbi Na'hman de Breslev : "si un juif savait ce que c'est ["simplement" le fait] d'être juif, il serait joyeux et il danserait [non-stop sur ce que cela implique] jusqu'à ses 120 ans (im yéhoudi aya yodéa ...)".
(si nous avions réellement conscience de ce qu'implique le fait d'être juif, nous aurions besoin de nos 120 ans de vie, pour fêter cela, tellement c'est un cadeau énorme! )
Le Zohar dit que la plus grande joie est celle de savoir que nous sommes juifs. ]

-> A partir de cet état d'ivresse, nous pouvons nous réconcilier avec Hachem. Comme l'ont expliqué les Rabbanim de Slonim : imaginez quelqu'un qui a fait du tort à son meilleur ami, créant un fossé dans leur relation, mais qui se sent mal à l'aise de lui présenter ses excuses.
Il boit donc, relâchant ses inhibitions, et peut alors s'étreindre en pleurant : "Oh, comme je t'aime! Je suis tellement désolé! Soyons à nouveau les meilleurs amis!"
Le passé est le passé. Nous repartons à zéro à partir d'aujourd'hui. À Pourim, nous nous "réconcilions" avec notre Créateur.

[d'après le rav Moché Wolfson ]

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