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"Nous ferons et nous comprendrons" (Nassé véNichma - Michpatim 24,7)

-> Certains commentateurs voient dans ce verset en allusion une ligne de conduite pour celui qui s'adonne à l'étude de la Torah.
Il est dit : "nous ferons et nous comprendrons", et non l'inverse afin d'évoquer que le moment venu d'étudier, un juif ne doit pas se perdre dans des préparations superflues. Il doit sans tarder se mettre à étudier.
C'est pourquoi la Torah donne la préséance à l'action (nous ferons), car seulement alors il pourra réfléchir avec raison (nous comprendrons).

A quoi cela ressemble-t-il?

A quelqu'un qui viendrait rénover sa maison en la dotant de tout le luxe "dernier cri".
Il prendra son temps afin d'agencer méticuleusement chaque détail avant d'entreprendre les travaux.
En revanche, lorsqu'un incendie se déclarera dans sa maison, il ne perdra pas une seconde pour prévoir dans quel ordre agir.
Mais on le verra courir sans relâche afin de sauver ce qui peut l'être de biens et à plus forte raison de vies humaines.
Il en va de même pour la manière d'aborder l'étude de la Torah.
Dès qu'arrive le moment où il doit étudier, un juif s'imaginera que les flammes du yétser ara menacent de le déloger de la maison d'étude et qu'il n'a d'autre choix que de se jeter dans le feu de la Torah sans plus attendre.
[rav Elimélé'h Biderman]

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-> Les personnes pieuses des générations précédentes se préparaient pendant une heure avant de prier afin de pouvoir diriger leur cœur à leur Père au Ciel. [guémara Béra’hot 30b]

Le 'Hidouché haRim note que cela n'est rapporté que pour la prière. Mais il n'est pas dit qu'ils attendaient pendant une heure avant de commencer à étudier la Torah.
La raison est que nous ne devons jamais repousser une possibilité d'étudier la Torah, mais plutôt le faire immédiatement.

[on a toujours de bonnes excuses : je suis trop fatigué, je n'ai pas assez de temps pour bien étudier, ce n'est pas le bon endroit, demain cela sera mieux, ...
Naassé = si tu peux étudier même une minute, alors fais-le!
Nichma = tu verras qu'ensuite tu seras fier d'avoir agi ainsi.
Le "Tu comprendras" ne peut venir qu'après un "tu feras", car avant le yétser ara te brouille, t'anesthésie, l'esprit!]

"Pour celui qui n'aura pas prémédité et dont D. a guidé la main, Je te réserverai un endroit où il s'enfuir" (Michpatim 21,13)

-> Lorsqu'une personne subit une mésaventure, un dommage ou une perte, il devra être convaincu qu'Hachem avait une bonne raison d'agir ainsi à son égard et que tout est le fruit de la Providence Divine.
De cette façon, on peut être certain que Hachem nous aidera à sortir des ténèbres.

C'est ce qu'exprime le verset en allusion :
- "Celui qui n'aura pas prémédité (vaassèr lo tsada (צָדָה))" [jeu de de mot avec le terme צד qui signifie à la fois : "préméditer", et également : "chasser, chercher une proie"] = il ne recherchera pas une proie, un coupable duquel faire dépendre son épreuve, mais il sera au contraire convaincu que "C'est D. qui a guidé ma main".
- Sil agit ainsi, Hachem dira en retour : "S'il fait dépendre la chose de Moi, alors Moi aussi, "Je te réserverai un endroit où il s'enfuira" = Je le mettrai à l'abri de tout ce qui lui cause du tort et tout rentrera dans l'ordre."

=> La Torah enseigne qu'une fois que nos malheurs se sont produits, nous ne devons pas rechercher des responsables, mais plutôt se tourner vers Hachem, qui est l'auteur de tout ce qui se déroule.
En acceptant que rien ne peut se produire sans un décret de sa part, que tout est pour le plus grand bien, alors nous permettons à Hachem de nous sortir de cette situation, de nous couvrir de Son infinie bonté.
[rav Elimélé'h Biderman]

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-> Le 'Hozé de lublin écrit :
"Il faut se garder de la colère, garder à l'esprit que tout provient du Créateur comme la guémara ('Houlin 7b) le rapporte : "Un homme ne se cogne pas le doigt si cela n'a été décrété sur lui En-Haut".
Et cela demeure vrai même si le préjudice a été causé par un être qui possède le libre arbitre."

[on peut avoir tendance à penser que tout provient d'un décret d'Hachem, mais cependant lorsqu'une personne nous dérange nous en venons néanmoins à penser : "Il a un libre-arbitre, et il a choisi de me faire du mal. Si ce n'était à cause de lui, rien de mal ne me serait arrivé!"
Lorsque nous tombons, que c'est de notre faute, nous affirmons que c'est la volonté de D.
Mais qu'en est-il lorsque quelqu'un nous frappe, nous dérange, est-ce que c'est de la même manière à 100% d'Hachem? ]

-> Le 'Hafets 'Haïm enseigne que même s'il semble à l'homme que c'est un tel qui l'a frappé, il doit savoir, qu'en vérité, le coup ne provient pas du tout d’une main humaine. Car l’homme ne possède aucun pouvoir de causer un quelconque dommage si cela n'a pas été décrété auparavant En-Haut. C’est donc bien Hachem qui l'a frappé.
Il fallait donc pour cela que la Torah donne explicitement l'autorisation de guérir.
C'est pourquoi la Torah a besoin d'apprendre d'un verset que malgré tout il est permis au médecin de le soigner.
[cf. la guémara (Baba Kama 85a) : "la permission a été donnée aux médecins de guérir" (se basant sur : "soigner elle la soignera" - Michpatim 21,18-19).
Rachi commente : "On ne s'opposera pas en disant : "C'est D. qui lui a infligé (ce mal) et lui (le médecin) se permet de guérir!"]

-> Le Ohr ha'Haïm haKadoch (Michpatim 22,6) écrit : "Il n'y a pas une heure ou même un seul instant où Hachem ne fait pas quelque chose pour une personne, à la fois pour son corps et pour ses besoins."

[d'une certaine façon de même que sans Hachem pendant une seule seconde nous n'existons plus, de même plus largement rien ne peut exister, se passer dans notre vie, sans qu'Hahem ne le permette.]

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-> "Personne ne peut rien prendre de la portion réservée à un autre, fût-ce l’épaisseur d’un cheveu" (guémara Yoma 38b)

-> "Tous les gains d’une personne sont prédéterminés d’un Roch Hachana à l’autre" (guémara Beitsa 16a)

Le Amoud haAvoda écrit également :
La plupart des gens pense que ce qu’ils ont acquis grâce à leur travail et qu’ils possèdent à présent leur appartient. Dès lors, lorsqu’ils perdent de l’argent, ils se lamentent et s’en plaignent.
En réalité, il est très possible que, même si cet argent se trouve en leur possession, il ne fasse pas partie de ce qui leur a été octroyé par le Ciel.
C’est pourquoi, le moment venu, ils le perdent.
Si tout le monde en était convaincu, les lois relatives aux préjudices deviendraient inutiles puisque personne ne revendiquerait une créance, sachant qu’il est impossible d’augmenter ou de diminuer ce qui lui a été fixé.
Seulement, la Torah ne s’exprime (à travers toutes les lois relatives aux préjudices financiers) que contre le yétser Hara qui aveugle les yeux de la raison et poussent l’homme à considérer avec son regard humain qu’un tel lui a causé une perte.

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"Si un homme prémédite contre son prochain pour le tuer avec ruse depuis Mon Mizbéa'h (autel de sacrifice) tu le prendras pour le mettre à mort" (Michpatim 21,14)

=> Pourquoi ce verset évoque particulièrement le fait de le prendre du Mizbéa'h? Que vient faire le Mizbéa'h avec le fait de condamner à mort un tueur avec préméditation?

-> Rachi explique que ce verset vient signifier que même si le criminel est un Cohen qui s'apprête à servir dans le Temple, on le fera cesser son service pour l'exécuter.
Cette explication se base sur la guemara qui dit que même si c'est le seul Cohen qui peut apporter le sacrifice quotidien (sacrifice de Tamid), et que si on le fait cesser ce service, on n'apportera pas ce sacrifice ce jour-là, malgré tout, il faudra le prendre depuis le Mizbéa'h et l'empêcher d'apporter ce sacrifice pour lui appliquer la peine capitale.
L'explication que l'on peut apporter à cela est que le service du Temple permet de se rapprocher d'Hachem. Or, cet homme qui a tué s'est ainsi radicalement séparé et éloigné du Créateur. On l'arrachera donc du service pour lui appliquer sa punition.

-> Le 'Hida cite les Sages Achkénazes qui expliquent qu'un tueur volontaire pourrait argumenter devant le tribunal que l'homme qu'il a tué était peut-être de toutes les façons destiné à mourir du fait d'une maladie interne.
Or, la règle est que celui qui tue une personne qui est doté d'une maladie interne le vouant à la mort dans les 12 mois, même si ce crime est extrêmement grave, mais on ne peut pas le condamner à mort.
Ainsi, un homme qui tue son prochain "avec ruse" en rusant par le fait d'émettre l'hypothèse que sa victime était dotée d'une telle maladie, pour se dispenser de la condamnation à la peine capitale, à cela, la Torah dit qu'on le prendra de l'autel pour l'exécuter. En effet, une bête qui a une maladie mortelle que l'on sacrifie, cette offrande n'est pas valable.
Pourtant, la Torah enjoint d'apporter des sacrifices, même si rien ne nous assure que la bête n'a pas une telle maladie.
Cela prouve que la Torah préconise de suivre la majorité, or la majorité des bêtes sont viables. On apprend donc de l'autel et des sacrifices qu'on y offre que l'on doit suivre la majorité. Et ce même argument nous permettra aussi de décréter que l'homme qui a été tué appartenait aussi certainement à la majorité des gens, qui sont également viables. De ce fait on apprendra de là que ce tueur a certainement tué une personne viable et on pourra ainsi le condamner.
"De Mon Mizbéa'h tu le prendras (ou "tu l'apprendras") pour le mettre à mort".

-> Le Kerem Tsvi rapporte une guémara qui dit qu'un homme qui est né sous l'influence astrale de Mars, aura des tendances à verser le sang. Il risquera donc d'être un criminel, D. Préserve. Malgré tout, il aura les moyens de dépasser cette fatalité en sublimant cette tendance. Il pourra ainsi devenir abatteur rituel.
Ainsi, si un homme tue son prochain avec ruse, en arguant qu'il est né sous Mars et est donc contraint de verser le sang et n'est donc pas responsable de ce crime.
A cet argument, on répondra qu'il avait néanmoins le choix. Il aurait pu verser le sang dans le cadre d'une mitsva. Il aurait pu devenir abatteur rituel et abattre des animaux sur l'autel dans le cadre des sacrifices (à l'époque du Temple).

"De Mon Mizbéa'h tu le prendras pour le mettre à mort", en argumentant qu'il aurait pu abattre des animaux pour le Mizbéa'h. De cette façon, il avait le moyen d'échapper à son destin de criminel. Il est donc entièrement responsable et condamnable pour son crime.

-> Le Apiryon rapporte l'enseignement de nos Sages sur la juxtaposition du dernier passage de Yitro et le premier verset de Michpatim. La paracha de Yitro se termine par l'ordre de ne pas mettre des marches pour monter sur le Mizbéa'h (l'autel), mais d'y mettre une rampe. En effet, les marches contraindraient le Cohen à procéder à de plus grands pas pour monter sur le Mizbéa'h. Alors qu'avec une rampe, les pas pourront être plus petits (et ne feront pas apparaître la peau du Cohen).
Et juste après, commence la paracha de Michpatim qui parle de la justice. La juxtaposition de ces 2 sujets vient enseigner que le juge aussi ne doit pas réaliser de "grands pas" dans la justice. Il ne devra pas aller trop vite et se dépêcher à rendre le verdict. Mais il prendra son temps pour analyser l'affaire avec patience, de sorte à ne pas se tromper dans son verdict.
Notre verset s'inscrit dans le prolongement de cette explication. Même si à première vue se présente à toi une affaire de meurtre où il semble évident que l'accusé a tué avec préméditation, malgré tout ne te dépêche pas de le condamner trop hâtivement. Apprends du Mizbéa'h qui devait avoir une rampe et non des marches pour pouvoir faire des petits pas et applique cela à la justice. Ainsi, sois patient avant de le condamner, et seulement après avoir pris tout le temps nécessaire selon le message du Mizbéa'h, seulement après, "tu le prendras pour le mettre à mort".

"Mon ange marchera devant toi et t’amènera vers le Emori ... et Je l'éliminerai" (Michpatim 23,22)

-> Après l'entrée des juifs [du désert] en Israël, Hachem éliminera les nations qui y vivent.
Mais on peut expliquer qu'Hachem les éliminera justement par le fait même de la venue des Bné Israël dans ce pays. En effet, l'impureté contient toujours une parcelle de sainteté qui lui permet d'exister. Cette parcelle est parfois infime. Et quand de la sainteté se manifeste à l'endroit de cette impureté, alors la sainteté attire et aspire vers elle comme un aimant la parcelle sainte qui se trouve dans l'impureté et qui la fait exister. Et dès lors que l'impureté est vidée de cette parcelle sainte, elle disparaît.

Ainsi, quand les juifs, qui sont emplis de sainteté, entreront en Canaan, lieu de grande impureté, la sainteté du peuple d'Israël aspirera les parcelles de sainteté qui vivifient cette impureté, et c'est ainsi que ces nations impures seront éliminées. C'est par le fait même qu'il "t'amènera" dans le pays, que "Je l'éliminerai".
[Ohr ha'Haïm haKadoch]

"Moché resta sur la montagne 40 jours et 40 nuits" (Michpatim 24,18).

-> Le rav David Pinto (Pa’had David) demande : Que sont ces 40 jours?

Ils correspondent à la Torah qui a été donnée en 40 jours (guémara Ména’hot 99), et comme 6 de ces jours étaient des jours de préparation à recevoir la Torah, il reste 34 jours (soit : לד), ce qui correspond à dal (pauvre - דל), l’abaissement, pour nous dire en allusion que tout homme doit accepter la Torah comme un pauvre.
En effet, la Torah ne subsiste que chez celui qui est humble, car il doit s’incliner et s’annuler devant elle.

"Si le voleur est découvert en train de creuser" (Michpatim 22,1)

-> L’un des meilleurs disciples du rabbi Mendel de Kotzk lui dit : "J’ai réfléchi ce matin au verset "si le voleur est découvert en train de creuser", et je voudrais l’expliquer de la façon suivante : Si quelqu’un creuse dans son intériorité et dans les profondeurs de son âme, "le voleur sera découvert", on peut être certain qu’il trouvera le voleur qui s’y cache, et qui n’est autre que le mauvais penchant, qui aspire sans cesse à le faire tomber dans ses filets."

Le rabbi de Kotzk le félicita et fit remarquer : "C’est exactement ce que j’avais envie d’entendre aujourd’hui, et ces choses sont dignes d’êtres dites par vous tous les jours"

"Tout ce qu’a prononcé Hachem, nous ferons et nous écouterons" (Michpatim 24,7)

-> Rabbi Aharon Zakaï (Torat haParacha) demande pourquoi cette déclaration a été faite au pluriel. Comment pouvaient-ils savoir ce que leur prochain ressentait?
Il aurait semblé plus logique que chacun déclare "je ferai et j’écouterai".

Le Rabbi de Pchis’ha l’explique à l’aide de l’exemple suivant : des prisonniers sont assis dans la même cellule d’une prison. En pleine journée d’été, alors que la chaleur est étouffante, un homme entre dans la cellule pour proposer aux détenus de l’eau. D’une seule voix, ils répondent tous par l’affirmative : "Nous voulons boire !"
Sans devoir se consulter, ils savent tous que chacun éprouve la même envie.

De même, les Bné Israël avaient une grande soif de Torah. C’est pourquoi, certain que leur prochain ressentait ce même désir, chacun put affirmer au nom de tous : "Nous ferons et nous écouterons".

"S’il se relève et qu’il puisse sortir appuyé sur son bâton, l’auteur de la blessure sera absous. Toutefois, il paiera le chômage et les frais de la guérison" (Michpatim 21,19)

-> Le Kéren haTsvi s’interroge : si l’auteur de la blessure paie le chômage et les frais de la guérison, qui remboursera la perte de Torah causée au blessé ?

Il répond que c’est effectivement l’auteur de la blessure qui est responsable de la perte de Torah causée au blessé, mais ceci uniquement dans la mesure où ce dernier étudiait la Torah avant d’avoir été blessé et où il retourne à son étude aussitôt après sa guérison.
Par contre, "s’il se relève et qu’il puisse sortir" = cela signifie que, non seulement il n’éprouve pas de peine pour le temps perdu, mais en plus utilise celui dont il dispose à présent pour sortir. Le cas échéant, l’auteur de la blessure n’est pas du tout responsable de la perte d'étude de Torah dont il "sera absous" et il n’aura qu’à payer "le chômage et les frais de la guérison".

"Vous servirez uniquement Hachem votre D. ; et Il bénira ton pain" (Michpatim 23,25)

-> Quel est le service effectué par le cœur?
Selon nos Sages, il s’agit de la prière.

Le Baal haTourim explique le glissement de notre verset du pluriel au singulier :
- "Vous servirez" est écrit au pluriel, en référence à la prière en public, jamais repoussée ;
- "Il bénira ton pain" est au singulier, Hachem adressant à chacun une bénédiction personnelle, en fonction de ses propres besoins.

D’après le ‘Hatam Sofer, la prière récitée en public est toujours agréée, parce que, par ce rassemblement, chacun des fidèles protège les autres et leur apporte une expiation.
[b'h, à ce sujet : https://todahm.com/2016/12/27/prier-avec-la-communaute ]

Le Maharcha (Baba Métsia 107b) interprète "vous servirez" comme se rapportant au respect des mitsvot, pour lesquelles tous les juifs sont solidaires, d’où l’emploi du pluriel.
Par contre, seule une élite d’individus est capable de se contenter de pain et d’eau ; aussi, notre verset se conclut-il par un singulier.

"Je comblerai la mesure de tes jours. Je mettrai tous tes ennemis en fuite devant toi" (Michpatim 23,26-27)

-> Le grand-père du Gaon de Vilna (rabbi Moché Kremer) explique ainsi :
Nous trouvons dans la guémara (Méguila 28a) que celui qui regarde le visage d’un idolâtre raccourcit ses jours, et au contraire celui qui fait attention à ne pas regarder le visage d’un idolâtre est épargné par cela.
Or quand on va à la guerre, apparemment les combattants sont obligés de regarder le visage des idolâtres, ils peuvent donc en arriver à voir leur vie raccourcie.
C’est pourquoi Hachem a promis que les ennemis tourneraient la tête, donc on ne verrait pas leur visage, et la Torah dit à proximité "Je comblerai la mesure de tes jours", ceci parce qu’il n’y aura aucun besoin de regarder le visage de l’ennemi ni d’en arriver à un raccourcissement des jours.

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-> "J’ai 120 ans aujourd’hui" (Vayélé'h 31,1-2)

-> Rachi explique ces paroles de Moché : "Aujourd’hui mes jours et mes années ont été remplis ; en ce jour je suis né et en ce jour je vais mourir."

-> La guémara (Kidouchin 38a) dit : "Cela nous enseigne que D. remplit les jours des Justes jusqu’au jour et au mois, comme il est écrit : "Je remplirai le nombre de tes jours" (אֶת מִסְפַּר יָמֶיךָ אֲמַלֵּא - ét mispar yamé'ha amalé - Michpatim 23,26).

-> Le Zohar enseigne qu’en accomplissant chaque jour une mitsva, le tsadik confectionne une "vêtement" spirituel pour sa Néchama, grâce auquel il peut jouir du "rayon de la Chékhina" dans le Gan Eden. Hachem comble ainsi les "vêtements" du tsadik avec la Lumière Divine (à noter que le mot מִסְפַּר – Mispar [nombre] – s’apparente au mot ספיר Saphir – une pierre lumineuse), afin qu’il puisse recevoir le Dévoilement Divin, la Crainte et l’Amour Supérieurs dans son âme.
[Torah Ohr]

Naassé véNichma (Michatim 24,7)

-> Rabbi Simlaï a enseigné : au moment où les Bné Israël ont fait devancer le Naassé (nous ferons) au Nichma (nous comprendrons), 600 000 anges sont venus et ont attaché à chacun des Bné Israël 2 couronnes sur leurs têtes : une pour le Naassé et l’autre pour le Nichma.
Après que les Bné Israël aient fauté par le Veau d’or, 1 200 000 anges de destruction sont descendus et les leur ont enlevées…
Reich Lakich a enseigné : Hachem, à la fin des temps, nous remettra ces couronnes...
[guémara Shabbath 88a]

-> L’engagement du Naassé fait référence à l’acceptation des mitsvot, l’engagement du Nichma fait référence à l’étude de la Torah.
[Zoahr 'Hadach 77a]

-> Le Beit haLévi (Michpatim) ércit :
Il existe 2 sortes d’étude de Torah : l’une consiste à étudier pour savoir comment appliquer la halakha (loi juive) car si l’homme ne connaît pas parfaitement tous les détails halakhiques dans chaque domaine, comment pourrait-il réaliser correctement les mitsvot. Cette étude-là n’est pas une mistva à part entière de Limoud (étude) mais simplement une préparation aux mitsvot.

Le Beit Yossef écrit (chap.47) d’ailleurs que même les femmes qui sont dispensées de l’étude de la Torah ont par contre l’obligation d’étudier les halakhot qui les concernent (c’est une obligation d’étudier qui est incluse dans l’obligation d’accomplir les mitsvot).

Il existe cependant une autre mitsva, à part entière, d’étudier la Torah à chaque instant du jour et de la nuit et la connaître parfaitement, et ce sans aucun lien avec la pratique ...
Cette mitsva-là concerne n’importe quelle étude même une étude qui en pratique n’est pas applicable et seuls les hommes y sont astreints à chaque instant du jour et de la nuit où ils le peuvent.

Si les Bné Israël avaient dit : "Nichma véNaassé (nous étudierons et nous ferons)" dans ce sens-là : cela aurait sous-entendu que toute leur étude n’aurait pour but que le simple fait qu’ils appliquent les mitsvot, ce qui reviendrait finalement à n’accepter qu’un seul joug : celui des mitsvot.
C’est pourquoi ils ont fait devancer le Naassé au Nichma (nous appliquerons et nous étudierons) pour sous-entendre que même après avoir appliqué toute la Torah, les Bné Israël continueront encore à étudier : simplement pour la mitsva de l’étude en tant que telle (sans lien avec la pratique).

C’est donc grâce à cette inversion que les Bné Israël ont pu recevoir 2 couronnes : celle de la pratique par le Naassé et celle de l’étude par le Nichma (au lieu d’une seule couronne).

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-> Le Gaon de Vilna (Adéret Eliyahou) enseigne :
"L’homme est composé de 2 parties, le corps qui est fait de terre et l’âme qui est faite à partir d’éléments célestes et spirituels.
Parallèlement, Hachem nous a transmis la Torah dans laquelle il y a 2 parties : l’étude, qui convient à l'âme (c’est-à-dire à toute la partie Divine de l’homme) et l’application des mitsvot dans la matière qui est adéquate au corps qui est fait de matière.
C’est donc par l’étude de la Torah et l’application des mitsvot que l’homme peut s’accomplir et se parfaire : respectivement dans son âme et dans son corps.
Grâce à l’union de l’étude et de la pratique, l’homme peut même entraîner l’unification du Ciel et de la terre."

-> Rabbi 'Haïm de Volozhin (Néfech ha'Haïm 4,30) écrit :
"La Torah est lumière, sa sainteté (kédoucha) est plus grande que toutes les mitsvot ; et voici que même si un homme accomplit les 613 mitsvot entièrement, de façon parfaite, en tenant compte de tous leurs détails halakhiques, avec kavana et pureté comme il se doit : quand bien même cet homme deviendrait kadoch (élevé, saint) dans tous ses membres et dans tout son être et que la sainteté des mitsvot résiderait sur lui, il n’en reste pas moins que cette kédoucha serait sans aucune commune mesure avec la kédoucha et la lumière de la Torah, qui nous est accessible par l’étude.
En effet, la racine de la Torah est extrêmement élevée ; sa lumière et sa kédoucha sont transcendantes bien au-delà des actes matériels des mitsvot.
Ce principe, nous le trouvons dans la gémara (Yerouchalmi Péa 1,1) : "toutes les mitsvot réunies n’ont pas la force équivalente à un mot d’étude de Torah"."

-> Le Ram'hal (Dérekh Hachem 4,2) dit :
"La Torah c’est Le flux céleste qu’Hachem nous donne de Lui-même : de Son honneur et de Sa Splendeur, pour Ses créatures.
Ce flux est à l’image de Son authenticité et de Sa grandeur et Hachem a attaché ce flux dans la Torah."

=> Nous comprenons mieux l’importance d’avoir fait devancer le Naassé (nous ferons) au Nichma (nous étudierons/comprendrons).
Si nous avions dit ‘’nichma vénaassé’’ (nous étudierons, pour ensuite appliquer), toute notre étude aurait eu comme seul but d’accomplir les mitsvot qui elles sont matérielles ; ceci aurait donné à notre Torah une vocation terrestre et aurait anéanti sa suprématie.
Au contraire toute la grandeur de la Torah et sa toute puissance lui viennent de son origine céleste, de son essence Divine, et donc de sa supériorité sur la matière.

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-> "Tout celui dont la sagesse est plus grande que ses actions, sa sagesse ne se maintiendra pas ... Celui dont les actions sont plus grandes et nombreuses que sa sagesse, sa sagesse se maintiendra" (Pirké Avot 3,22)

Rabbi 'Haïm de Volozhin (Néfech ha'Haïm 4,30) écrit :
"Il est évident que celui qui étudie la Torah sans accomplir les mitsvot n’aura même pas de Torah, comme l’enseigne la guémara (Yebamot 109b) : ‘’celui qui dit : je n’ai que l’étude n’a même pas l’étude ...’’, car sans l’accomplissement des mitsvot, la lumière de la Torah n’a pas où se poser, s’attacher ou se maintenir ; à l’image d’une flamme qui n’a ni mèche ni bougie.
C’est pourquoi le roi Shlomo a dit : "car la mitsva est bougie et la Torah (en) est la lumière (ki ner mitsva vé Torah or )"."

-> Le Rav Eyezik 'Haver explique que l’homme est constitué de plusieurs parties, certaines sont d’ordre matériel, d’autres sont spirituelles ou morales. Si l’homme accepte la Torah seulement avec sa partie spirituelle et intellectuelle, il est évident qu’elle ne pourra pas se maintenir en lui.
Cela ressemble à un homme qui possède seulement le haut de son corps : la tête, la bouche… mais ne possède pas le bas du corps ou de jambes ; il est évident qu’aussi intelligent qu’il soit, il ne pourra pas aller bien loin et réussir sa vie.

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-> "L’étude est grande car elle mène à la pratique" (guémara Kidouchin 40b)

-> Le Saba de Slabodka dit :
"La mitsva d’un homme qui ne connaît pas la Torah est un simple acte matériel, mais la mitsva d’un talmid 'hakham (érudit) qui connaît parfaitement tous les coins et recoins de la halakha qu’il va appliquer, a totalement une autre dimension.
Sa mitsva elle-même ressemble à un séfer Torah, à un objet de Torah.
C’est ce que signifie : ‘’grande est l’étude car elle mène à la pratique’’ ; non pas qu’elle soit un simple moyen pour arriver à la pratique, mais grande est l’étude qui peut rendre chacune de nos actions un objet de Torah.
L’homme aura donc un Sefer Torah dans sa pensée qui sera constamment dans l’étude, un séfer Torah dans sa parole (lo yamouch séfer haTorah azé mipi'ha), mais également de nombreux séfer Torah qui seront créés par chacune de ses actions débordantes de connaissances de Torah."

-> Le rav Dessler écrit :
"Lorsqu’un homme est collé (davouk) à la Torah il a le mérite que la lumière de la Torah se répande dans chacune de ses actions : sa mitsva devient elle-même Torah."

-> Le Zohar (III 28b) écrit :
"La Torah ressemble à de la lumière (ki Torah or) : c’est pourquoi la faute peut éteindre une mitsva mais ne peut pas éteindre la Torah ; car la mitsva n’est qu’une bougie mais la Torah est lumière et ne s’éteint jamais.
Cependant, les mitsvot qu’accomplissent les Talmidé 'hakhamim sont Torah, elles sont lumineuses et ne s’éteignent jamais"

=> C’est pour cette raison que c’est un seul et même ange qui est venu poser sur nos têtes les 2 couronnes du Naassé et du Nichma.
En effet, la grandeur de ces 2 engagements a en réalité une racine commune : la kédoucha et la lumière immense de la Torah qui viendra se poser dans nos esprits : par l’étude et dans nos actes : par la pratique des mitsvot.
Cependant lorsque les Vné israël ont perdu leurs couronnes par la faute du Veau d'or, 2 anges distincts sont venus pour les punir de leurs différents manquements. En l’occurrence ils avaient doublement fauté : par l’esprit et dans les actes.
Vu que la racine de leurs fautes n’était pas commune, cela a nécessité un ange différent pour chacune de leurs erreurs.

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-> Le Targoum Onkelos traduit "Naassé véNichma" par les mots : ‘’nous ferons et nous recevrons sur nous’’ (naavid vénékabel).

-> Le Rav de Birsk explique ainsi :
Lorsque les Bné Israël ont répondu seulement ‘’Naassé’’, cela constituait une acceptation de réaliser la volonté d’Hachem pleinement.
Le Nichma qu’ils ont ajouté dans la paracha Michpatim constitue une acceptation d’entrer dans le brit (l’alliance).
Cet brit revient à accepter d’être attaché à Hachem par des liens serrés, étroits et indéfectibles ; (il a donc été scellé par une aspersion de sang).
Naassé véNichma signifie donc : nous ferons les mitsvot et nous rentrerons dans l’alliance ; comme l’a traduit Onkelos.

-> Qu’est-ce qu’une brit (une alliance) exactement?
Le Gaon de Vilna explique (Séfer haYétsira 1,8) :
"Lorsqu’un homme aime intensément quelqu’un d’autre et qu’il ne veut pas se séparer de lui et désire qu’ils soient unis pour l’éternité, il peut alors lui donner la chose la plus chère qu’il possède.
Certes, il devra se séparer de cet objet mais dans la mesure où ce sera son ami qui l’aura, cela les unira forcément en toutes situations et permettra à leur lien de durer et de perdurer puisque chacun pensera à l’autre en permanence à cause de cet objet précieux.
C’est là la brit : c’est un moyen de s’assurer qu’il n’y aura jamais de séparation ou de distance entre les 2 parties qui veulent se joindre au brit.
[Le Gaon de Vilna ajoute] la Torah et la brit mila (circoncision) sont 2 brit que nous avons faits avec Hachem et qui nous permettent d’être constamment attachés à Lui, quand bien même nous ne pouvons pas Le voir ou Lui parler distinctement, comme nous le faisions dans le monde futur d’où nous venons."

=> C'est par le don de la Torah, objet le plus cher et le plus précieux qui existe aux yeux d’Hachem, qu’a pu être créé ce lien indéfectible entre nous et Hachem.
Ce lien s’appelle le Brit et est inclus dans le mot : ‘’véNichma’’.

Le rav de Brisk explique :
"Si les Bné Israël avaient prononcé Nichma véNaassé, cela aurait signifié : "nichma" : nous rentrerons dans l’alliance ; "vénaassé" : et nous ferons les mitsvot
A quoi cela ressemble : à 2 associés qui acceptent de s’associer selon toutes sortes de conditions et de lois qu’ils devront respecter après avoir signé le contrat d’association.
S’il en avait été ainsi, toute notre obligation d’accomplir la Torah et les mitsvot aurait découlé de notre acceptation du brit et donc de notre volonté personnelle d’accepter ce ‘’contrat’’.
Les Bné Israël souhaitaient s’unir à Hachem au-delà même de leur volonté afin que ce lien soit transcendant, éternel et indéfectible ; ils ont donc dit : ‘’Naassé véNichma (Nous ferons et nous rentrerons dans l’alliance)’’, c’est-à-dire nous allons accomplir les mitsvot car c’est la volonté d’Hachem et nous allons également rentrer dans l’alliance aussi parce qu’il s’agit de la volonté d’Hachem et non parce que c’est notre volonté personnelle.
=> En faisant devancer le naassé au nichma, les Bné Israël ont réussi à faire en sorte que leur acceptation des mitsvot et de l’alliance ne dépende pas de leur propre volonté et ne soit assortie d’aucune condition ; à ce titre, ils ressemblent aux anges d’Hachem qui s’annulent totalement pour faire la volonté d’Hachem sans qu’il y ait aucune condition à la chose."

[d’après le Néféch Yéhoudi – Yitro (5776)]

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-> Il est dit dans le Talmud de Jérusalem (Roch Hachana ch.4 halakhah 8) que Rav Mecharchia a dit au nom de Rabbi Eidi : "A propos de tous les sacrifices, le mot "faute" est écrit, et dans celui de Shavouot, le mot "faute" n’est pas écrit. Hachem leur a dit: "Parce que vous avez pris sur vous le joug de la Torah, Je vous le compte comme si vous n’aviez jamais péché de votre vie"."

Les commentateurs expliquent : Dans les sacrifices des moussafim des fêtes, il est écrit : "Et un bouc pour la faute", "Un bouc pour racheter la faute", à l’exception de Shavouot où il est écrit : "Un bouc pour vous racheter" (Bamidbar 28,30).
Hachem leur a dit: "Comme vous avez pris sur vous le joug de la Torah, et que chaque année Shavouot est comme le jour où vous vous êtes tenus devant Moi au mont Sinaï pour recevoir la Torah de nouveau, ce jour ne porte pas l’évocation de la faute, parce que la Torah vous rachète".

=> C’est cela : Nichma véNaassé, nous ferons et nous entendrons, c’est-à-dire que l’homme qui a décidé intérieurement d’un cœur fidèle d’observer la Torah et tout ce qu’on lui enseignera, à partir de ce jour-là obtient une récompense pour toutes les mitsvot et acquiert un mérite pour ce qui lui est révélé et aussi ce qui lui est caché.

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-> b'h, également à ce sujet : https://todahm.com/2017/07/10/nous-ferons-et-nous-comprendrons