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La jalousie

"Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, son esclave, sa servante, son bœuf et son âme et tout ce qui appartient à ton prochain." (Yitro 20,14)

La Torah mentionne dans le détail tout ce que l'homme ne peut pas convoiter.
Pourquoi conclut-elle de façon générale par : "tout ce qui est à ton prochain"?

D'un autre côté, s'il est interdit de convoiter tout ce que son prochain possède, pourquoi énumérer : "son bœuf, son âme ..." ?

A cette question, un des Admourim répondit :
"Si tu convoites quelque chose qui appartient à ton prochain, sa belle voiture par exemple, et que tes yeux sortent de leur orbite, songe que tu dois prendre aussi, en même temps, tout son "paquet" : ses malheurs, ses difficultés, ses épreuves, "tout ce qui est à ton prochain!"
Es-tu prêt à cela? "

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-> Le Ibn Ezra enseigne :
"Il incombe à tout homme doué de bon sens de savoir que l'argent n'est le fruit ni de sa sagesse ni de ses capacités, mais seulement de ce qu'Hachem lui a octroyé.
Le Roi Salomon a dit à ce sujet : "Et c'est à celui qui n'a pas peiné pour elle qu’Hachem donnera sa part" (Kohélet 2,21), et nos Sages ont enseigné (guémara Moed Katan 28a) : "Les enfants, la vie et la subsistance ne dépendent pas du mérite mais du Mazal (du signe sous lequel le Ciel a décidé qu'il naisse)".
Ainsi, l'homme intelligent ne convoitera ni n'enviera son prochain ... et se réjouira de sa propre part.
Il ne se laissera pas aller à convoiter ou envier ce qui ne lui appartient pas, sachant qu’il ne pourra jamais s’emparer ni de force, ni par son intelligence, ni par ses ruses de ce qu'Hachem n'a pas voulu lui octroyer. C'est pourquoi il sera pleinement confiant que son Créateur subvient à ses besoins selon ce qu'Il en a décidé."

-> Selon le Ibn Ezra apporte la parabole suivante :
De même qu’un paysan ne convoite pas une fille de roi, sachant qu’il n’existe aucune possibilité au monde d’être uni à elle, de même celui qui possède la émouna que le Créateur dirige toutes Ses créatures ne convoitera pas ce qui ne lui appartient pas car il sait que cela n’est pas à sa portée. Personne ne peut s’approprier ce qui n’a pas été décrété pour lui.
De même, il ne convoiterait pas les ailes d’un oiseau sachant très bien combien il serait utopique de penser en acquérir.

-> Si un homme a un bita'hon ferme, il sait que tout ce qu'il a (ex: sa maison, sa famille, sa santé, son travail ou son commerce) est fait sur mesure pour lui. Il sait qu'Hachem lui a donné les meilleures conditions pour atteindre son potentiel dans la vie. Eprouver de l'envie pour les conditions de quelqu'un d'autre, c'est comme désirer un beau costume qui n'est pas à sa taille.

Le Ibn Ezra demande comment la Torah peut interdire la réaction naturelle qu'est l'envie/jalousie. Si une personne aime ce que possède quelqu'un d'autre, comment la Torah peut-elle lui ordonner de ne pas le vouloir?
Le Ibn Ezra répond qu'un homme ne désire pas une chose totalement hors de sa portée et c'est ainsi que nous devons considérer les biens d'autrui. Il faut les considérer comme totalement "interdits d'accès", hors du domaine de nos possibilités. Les bénédictions dont jouissent nos semblables n'ont rien à voir avec nous, parce que chaque personne est différente et reçoit exactement ce qu'Hachem sait qu'elle doit avoir.
[Hachem peut tout, Il a à l'infini en stock, il n'y a donc pas de manque (si autrui a quelque chose, cela n'est pas à mes dépends, mais parce que Hachem n'a, pour le moment, pas jugé que cela m'est nécessaire dans le cadre de ma mission sur terre). ]

Si nous vivons avec cette foi (émouna) et cette clairvoyance, nous serons protégés des effets destructifs de la jalousie. Nous vivrons dans la joie, tirerons le meilleur parti de notre potentiel et deviendrons les personnes que nous devons être.
[rav David Sutton]

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-> Le Bné Yissa'har écrit :
"On sait que toute la Torah est contenue dans les 10 Commandements et que les 10 Commandements sont eux-mêmes contenus dans le dernier d'entre eux : "Ne convoite pas".
Cela consiste pour une personne à accepter d'Hachem qu'il lui refuse un bienfait alors qu'Il l'accorde à un autre.
Celle-ci devra penser que D. Seul sait ce qui est bon et correspond à chacun et elle se gardera de la jalouser ...
De même, lorsqu'Hachem lui prodiguera un bienfait, elle veillera à ne pas s'en servir pour assouvir ses plaisirs ni s'en enorgueillir.
Au contraire, elle sera soumise à son Créateur et pensera que cela est uniquement le fruit de la Bonté Divine."

[grâce à la émouna, nous devons admettre que les bienfaits dont jouit notre prochain ne sont en rien à notre détriment (Hachem peut donner l'infini à une infinité de personnes, et il lui restera toujours l'infini!)
En effet, nos Sages (guémara Yoma 38b) affirment par exemple que : "Personne ne peut rien prendre de la portion réservée à un autre, fût-ce l’épaisseur d’un cheveu"]

Le Bné Yissa'har développe cela dans un autre livre (Déré'h Pikoudé'ha) :
"Car s'il avait foi dans la Providence Divine et dans Son omniscience, il n'aurait aucune raison de convoiter, à l'image un homme qui ne convoite pas de posséder 4 pattes comme un animal pour la bonne raison que cela ne correspond pas à sa nature ...
De la même manière, celui qui convoite ce que possède son prochain témoigne d'un manque de émouna.
Il montre par là qu'il ne croit pas réellement que Hachem l'a créé avec sagesse et ne lui apporte que ce qui est le meilleur pour lui et que tout ce qu'il n'obtient pas n'est pas bon pour lui."

[convoiter c'est comme dire à Hachem qu'Il a fait des erreurs, qu'il y a de l'injustice (pourquoi lui il a et pas moi!), ...
C'est se croire supérieur à D., puisque venant lui dire ce qui ne va pas!

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-> Seule la jalousie qui nous pousse à s'améliorer spirituellement est positive. Elle s'oppose d'une jalousie qui est purement extérieure à nous.
[ex: selon la guémara : kinat sofrim tarbé 'hokhma = la jalousie des érudits accroit la sagesse]

A ce sujet le rav Elimélé'h Biderman dit :
Un taureau observait un jour le vol d'un aigle. L'envie le saisit de vouloir lui aussi voler dans les airs. Dans sa stupidité, il grimpa sur un toit et attendit le moment propice où un vent puissant soufflerait.
Il pourrait ainsi, pensa-t-il, se jeter dans le vide et continuer à planer grâce au vent (puis, il poursuivrait son vol ensuite par ses moyens. Car en quoi était-il différent de cet aigle?)
Inutile de préciser que dès qu'il entreprit son "vol", il se fracassa les os dans une chute fatale.
Que fait le taureau intelligent?
Il prend exemple de l'aigle en pensant : "Si l'aigle exploite la force de ses ailes, moi aussi je suis capable de mettre à profit la corne que m'a donnée le Créateur pour combattre mes agresseurs".

Il en est de même en ce qui nous concerne. Si quelqu'un envie les capacités de son prochain, il ne pourra que chuter comme ce taureau stupide qui perdit de tous les côtés.
Si au contraire, il apprend à réveiller en lui ses propres capacités en observant la réussite de ceux qui l'entourent, il parviendra ainsi aux sommets de ce dont il est capable.

"Il est préférable de rendre l'âme plutôt que de proférer un seul mensonge."

[Rabbi Pin'has de Koritz]

+ "Reste à distance du mensonge." (Chémot - Michpatim 23 ;7)

Rabbi Zoussia note que bien que toutes les autres interdictions soient exprimées sous la forme "ne fais pas ceci", seulement en qui concerne le mensonge, la Torah nous ordonne de rester à distance.

La vérité est la base fondatrice du mode de vie de la Torah.
Sans elle, tout le reste est vide de sens.

Il ne suffit pas de s’abstenir de mentir.
Nous devons faire extrêmement attention à éviter tout ce qui pourrait, d’une manière ou d’une autre, contribuer au mensonge.

La bonne ligne de conduite à adopter est de se poser la question suivante : "Existe-t-il une éventualité qui me pousserait à nier avoir fait ce que je suis sur le point de faire ? "
Si la réponse est "Oui", alors ne le faites pas.

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-> La Torah nous met en garde : "Tu t’écarteras de toute parole mensongère".

Le ‘Hafets ‘Haïm (dans son Sfat Tamim - chap.7) écrit :
"Combien est grande la vertu de la vérité, qui est l’un des piliers sur lesquels repose le monde, comme le disent nos Sages. Quiconque se renforce dans ce domaine est considéré comme faisant subsister le monde, auquel il apporte une bénédiction, comme l’indique le midrach (Yalkout Téhilim, chap.5) sur le verset “la vérité germera de la terre” : "lorsqu’il y a la vérité sur terre, Hachem dispense Ses bienfaits aux créatures et leur permet d’échapper aux châtiments."

Et cette vertu amènera l’homme à faire tout ce qui est bien et à s’écarter de tout mal."

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+ Suppléments :

-> "Le sceau de D., c'est la vérité."
[guémara Shabbath 55a - Rabbi 'Hanina]

-> "Rabbi Zeira recommande de ne pas manquer à la promesse de faire un cadeau à un enfant pour ne pas lui apprendre à mentir, comme il est dit : "Ils ont appris à leur langue à parler faussement" (Yirmiyahou 9,4). "
[guémara Soucca 46b]

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-> Concernant l'interdition du mensonge, le Pélé Yoets écrit :
"Il est dit : "Celui qui débite des mensonges ne subsistera pas devant Mes yeux" (Téhilim 101,7), car le menteur fait partie des 4 catégories d'hommes qui n'accueilleront jamais la présence divine.
Nos Sages disent à cet égard : "Celui qui ment est semblable à celui qui s'adonne à l'idolâtrie" ...
La vérité constitue d'ailleurs l'une des vertus principales du peuple juif, comme il est écrit : "Les survivants d'Israël ne commettent pas d'injustice, ils ne profèrent pas de mensonge, on ne surprendra dans leur bouche aucun langage trompeur" (Tséfania 3,13).
Mais celui qui est plein de mensonges, hormis le fait qu'il transgresse l'interdit de la Torah de "s'éloigner des paroles mensongères", est passible d'une punition terrible, et pour preuve, aucune autre interdiction de la Torah n'exige qu'on "s'éloigne" de la faute comme le mensonge.
[...]
L'homme de foi, même s'il sait que la vérité risque de lui attirer une gêne ou une humiliation, ne se retiendra pas pour autant de la dire. Parce qu'en tenant compte de la gravité du mensonge et de l'importance de sa punition, il est assurément préférable de subir un outrage dans ce monde-ci plutôt que de connaître une extrême humiliation publique dans le monde futur.
Cette qualité l'incitera à ne faire que ce qui est bien et à s’abstenir de tout mal ...
Il s'avère que la vérité est le fondement de tout édifice : celui qui en fait sa règle de conduite trouvera grâce et bienveillance aux yeux de Hachem et des hommes.
Le mensonge en revanche est mauvais pour le Ciel et mauvais pour les hommes, il est néfaste dans ce monde-ci comme dans le monde futur."

-> De son côté le Chné Lou'hot haBrit écrit :
"La règle d'or du père qui éduque son fils, pour qu'il ait de l'assurance que ce dernier suive le droit chemin même dans l'intimité lorsque son père ne l'observe pas, sera de lui inculquer par tous les moyens la vertu de la vérité."

Il rapporte dans la suite l'exemple d'un grand tsadik de Jérusalem, qui lorsque ses enfants venaient le voir après s'être chamaillés, il leur disait : "Mes fils! Si le coupable avoue son méfait et qu'il me dit la vérité, je serai alors prêt à lui pardonner à la condition qu'il s'engage dorénavant à ne pas recommencer.
Mais s'il refuse d'avouer, sachez que je vais vérifier et examiner minutieusement ce qui s'est passé et si je découvre qu'il a menti, sa punition sera décuplée!"
Il agissait ainsi, en donnant même quelques pièces d'argent à celui qui avouait pour le féliciter de son courage à dire la vérité. Et celui qui mentait, il le punissait par de terribles punitions.
Par cette attitude, ce père de famille réussit à enraciner dans le cœur de ses enfants la vertu de vérité, et la terreur du mensonge.

[la transmission se fait également beaucoup par l'exemple. En étant exemplaire à ne dire personnellement que la vérité, cela va fortement impacter nos enfants.]

"Je suis Hachem, ton D." (Yitro 20,2)

Ce verset est exprimé au singulier.
La relation qu'entretient chaque personne avec D. est extrêmement personnelle.

Le service consacré à D. réclame un engagement et une conviction personnelle.
Même si ce que l'on fait est correct, il ne faut pas l'accomplir par souci de conformité ou pour imiter les autres.

"Ils (les juifs) ne purent boire des eaux de Mara parce qu’elles étaient amères. " (Chémot - Béchala'h - 15,23)

Le Baal Chem Tov disait que le pronom : "elles" ne se rapporte pas en fait aux eaux, mais aux juifs eux-mêmes.

Lorsque je ressens de la colère et du ressentiment envers le monde extérieur, je considère souvent qu’il est injuste.
Les injustices que je perçois dans le monde extérieur n’existent parfois que dans mon esprit et non dans la réalité, parce que je l’appréhende qu’à travers mes perceptions sensorielles, qui sont souvent complètement subjectives et relatives.

Ainsi, pour les bné Israël aigris, même l’eau douce avait un goût d’amertume.

=> Avant de juger sévèrement les autres, nous ferions bien de prendre du recul, de soumettre nos impressions à quelqu’un de plus objectif, …

Combien de fois avons-nous pensé du mal des autres pour découvrir par la suite que nous avions fait erreur ?

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-> "Lorsque les gens se sont plaints qu'il n'y avait pas d'eau douce à Mara, "Hachem montra à Moché un bois, Moché le jeta dans l'eau et l'eau s'adoucit" (Béchala'h 15,25).
Bien que l'écorce du bois était très amère, cela a entraîné un adoucissement de l'eau amère.
Le midrach explique que Hachem utilise ce qui est amer pour adoucir l’amertume. En effet, il en est ainsi de la nature humaine : lorsqu'une personne est déprimée et d'humeur amère, le fait de voir quelqu'un d'autre dans une situation pire que la sienne, va lui permettre de réaliser que sa vie n'est pas aussi mauvaise qu'elle ne le pense.
[Ktav Sofer]

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[quoique nous puissions avoir, la nature humaine est de se focaliser sur ce qu'autrui a et que nous n'avons pas, cela venant réduire à néant l'appréciation de ce que l'on a déjà.
Par exemple, Haman avait une richesse phénoménale, la position sociale la plus haute (après le roi), tout le royaume qui se prosternait à son passage, ... mais cela n'avait aucune valeur à ses yeux car un vieux juif du nom de Mordé'haï refusait de le faire.
En terme de matérialité la Torah veut que l'on tape avec un bâton (vers le bas) pour se réveiller de ce délire, et pour comprendre que nous devons regarder vers les bas, vers ceux qui ont moins que nous, afin de pleinement apprécier ce que l'on a déjà.
Par exemple, va faire un tour dans un hôpital (je suis en bonne santé!), dans un cimetière (je suis en vie!), ...
Par contre en terme de spiritualité, nous devons regarder l'échelon du dessus, pour ne pas s'endormir sur nos lauriers, et toujours tendre vers le meilleur service Divin possible.]

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-> "Elle était amère (mar), c’est pourquoi on nomma ce lieu Mara" (15,23)

Rien n’aurait été plus beau que de nommer cet endroit "Doux" au nom du miracle qui a transformé les eaux amères en eaux douces.
Le Rabbi Shlomo de Tchorkatov explique "qu’on nomma ce lieu Mara" afin d’immortaliser la grandeur de ce miracle : l’eau amère n’a pas été remplacée par une autres eau qui aurait été douce, mais c’est la même eau qui s’est adoucie.
Le but était donc de transmettre aux générations de ne désespérer dans aucune situation, puisque même une chose amère peut devenir douce.

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-> Pourquoi cet endroit fut-il appelé : "Mara" du nom de l'amertume? Pourtant après le grand miracle qui se produisit à leur sujet, il aurait été plus convenable de le dénommer : "douceur" (métouka).

L'Admour de Kozmir explique que lorsque les juifs burent de ces eaux, ils sentirent leur amertume et se rendirent compte qu'elles étaient imbuvables, ils se mirent à crier vers le Ciel en suppliant : "Notre Père qui est dans les Cieux, envoie-nous de l'eau douce pour abreuver un peuple aussi nombreux!"
Dans le même temps, ils imaginèrent les grands miracles que Hachem s'apprêtait certainement à accomplir afin de leur procurer l'eau potable qu'ils demandaient.
Cependant, une seule chose ne leur vinrent pas à l'esprit : que Hachem transforme les eaux amères elles-mêmes en eaux douces et que de ces propres eaux, ils allaient se désaltérer.
[il est écrit : "Car la bonté réside auprès d’Hachem, et auprès de Lui abonde le salut" (Téhilim 130,7), le rav Lefkowitz explique : Hachem possède de nombreux moyens pour sauver Son peuple des épreuves. (on peut facilement en venir à désespérer en ne voyant plus aucun de moyen d'être libéré de nos soucis, mais la réalité est qu'Hachem peut tout, et on a plutôt intérêt à mettre toute notre confiance en Lui. )]

Il en est de même pour chaque épreuve ou souffrance qu'un juif traverse : Hachem est en mesure de la transformer en un instant et de lui montrer ainsi comment elle était elle-même bienfaisante.

-> Nous Sages enseignent que plus nous faisons preuve de bita'hon, que rien ne vient par hasard sans décret d'Hachem, plus nous avons le pouvoir de transformer la Rigueur en Miséricorde, l'amertume en douceur.
[ par exemple : https://todahm.com/2021/01/21/30362 & autres dans la catégorie : confiance en D. de ce site]

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-> Les Bné Israël dans le Cantique de la mer Rouge chantèrent [de joie et de reconnaissance] : "L'ennemi [les égyptiens] s'est dit : je les poursuivrai et je les atteindrai, je me repaitrai de leur butin, je dégainerai mon glaive et je les anéantirai" (Béchala'h 15,9).

=> On peut se demander que vient faire ce verset rappelant l'épreuve qui précéda le miracle au beau milieu de ce cantique entièrement consacré à rendre hommage au prodige qui eut lieu.

Le rav Elimélé'h Biderman rapporte que certains de nos Sages expliquent qu'à cet instant les Bné Israël s'élevèrent à un degré spirituel tel qu'ils prirent conscience que même l'exil et l'amertume étaient un bienfait d'Hachem et ils inclurent dans la louange de la délivrance les menaces de leurs ennemis.
Car en réalité, nul mal ne peut émaner d'Hachem.

[il en sera de même avec nous dans le futur, où nous exploserons de joie en comprenant à quel point ce qu'on a cru être un malheur, une punition, était en réalité une bénédiction, une bonté d'Hachem, qui nous a tant apporté!]

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-> Il est également dit dans le Cantique de la mer Rouge : "Hachem régnera à tout jamais" (Hachem yimlo'h léolam va"d - Béchala'h 15,18)

Ce verset est écrit au futur, et aborde l'époque future de machia'h où Hachem sera pleinement révélé comme Roi sur le monde.
Cependant, Onkelos traduit ce verset au présent : "La royauté d'Hachem est pour toujours" (ה מלכותיה קאם לעלם).

Le rabbi de Kozhnitz explique que les gens pensent souvent que Hachem va être Roi dans le futur.
Actuellement, il apparaît devant nos yeux tellement d'injustices, de malheurs et difficultés, et ce même chez des tsadikim, chez les juifs, ... donc c'est forcément que Hachem n'est pas vraiment Roi.
Cependant, Hachem est pleinement Roi, même maintenant.
La réalité est que rien ne peut se passer sans un décret de Sa part, et tout ce qui arrive est pour le bien.
C'est nous qui n'arrivons pas pour le moment à comprendre les raisons et les objectifs de nos difficultés, humiliation, de la pauvreté, ...
Un jour nous verrons que tout a été pour le bien (nous n'aurons pas pu faire mieux!), et à quel point Hachem était déjà pleinement Roi à tout moment.

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-> Nous récitons, à la fin de la prière Aleinou, le verset suivant : "Hachem sera Roi sur toute la terre. En ce jour-là, Hachem sera Un, et son nom Un" (Zé'harya 14,9).
La guémara (Pessa’him 50a) se demande : "Mais n’est-il pas déjà Un aujourd’hui?

Rabbi A’ha bar ‘Hanina répond : « Le Monde à venir n’est pas comme celui-ci.
Ici-bas, nous disons pour une bonne nouvelle : « Béni est le Bon, qui fait le bien! » (Barou’h atov véamétiv), et pour une mauvaise : « Béni est le Juge de vérité! » (Barou’h dayan aémet).

Tandis que dans le Monde à venir, nous ne dirons plus que : "Béni est le bon, qui fait le bien!""

Nous reconnaîtrons rétrospectivement à ce moment-là que tout ce qui nous semblait mauvais venait effectivement de Lui et était bon en réalité.

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-> "Et le peuple vit Hachem" (Béchala'h 14,31).
Nos Sages enseignent (Mékhilta, Béchala'h 15,2) : "Même une servante a vu à la Mer Rouge ce que le prophète Ye’hezkel ben Bouzi n’a pas réussi à voir".
Le peuple eut une vision prophétique tellement nette d'Hachem qu’ils pointèrent tous du doigt et s’écrièrent: "c'est mon D. (zé Eli), je veux Le glorifier".

Le Nétsiv explique pourquoi nos Sages affirment que même les servantes ont pu dire ce verset, et non uniquement les tsadikim.
Le terme : "zé" (ce - זה) implique qu'ils louaient Hachem pour "ce" miracle à la mer Rouge. Ils ne réalisaient pas qu'on doit louer Hachem pour tout ce qui nous arrive.
Un juif [tsadik] doit louer Hachem pour tout (que ça lui semble bon ou mal), car il est persuadé que tout est pour le bien.
Pas uniquement ce "zé", ces moments qui nous semblent clairement bons, miraculeux, agréables, ... à nos yeux.

C'est ainsi que nos Sages ont conclu que même les servantes ont dit ce verset car même une personne sans beaucoup de émouna remercierait Hachem pour les miracles incroyables de la traversée de la mer Rouge.

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-> Rien ne peut nous arriver sans que Hachem ne le décrète, et ce n'est qu'au final que nous nous rendrons pleinement compte de toute l'énormité de biens dont Hachem souhaitait nous gratifier.
Actuellement cette réalité nous est dissimulée (libre arbitre oblige!), mais si nous faisons l'effort de se convaincre que tout ce que nous vivons est pour notre bien ultime, alors dès à présent les "eaux amères" de notre vie perdent de leur terrible amertume et s'adoucissent immédiatement.

-> "Demain, vous vous lamenterez des choses qui vous font rire aujourd’hui.
Et demain, vous vous réjouirez de ce qui vous a fait pleurer aujourd’hui!"
[le Gaon de Vilna – dans une de ses lettres]

=> Cela illustre l'idée que ce qui nous paraît actuellement amer sera ce qui aura le meilleur goût dans le monde à venir. Et si nous vivons déjà dans ce monde éphémère avec la réalité éternelle du monde à venir, alors l'amer devient douceur!

[nos Sages enseignent également l'idée que : qui sème dans les larmes [de prières à Hachem], alors il récoltera [des bénédictions] dans des larmes de joie.
De même : toutes l'amertume de nos transpirations d'efforts pour étudier, faire des mitsvot, travailler ses midot, ... va engendrer de bénéficier des meilleures douceurs dans notre monde à venir.]

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-> "Celui qui a confiance en D. sera entouré de bonté (abotéa’h b’Hachem ‘hessed yéssovévénou - Téhilim 32,10)

Le 'Hafets 'Haïm dit que celui qui met sa confiance en Hachem, tous les problèmes semblent alors tellement petits.
[ne dit pas à quel point tes soucis sont grands, mais plutôt à quel point ton papa Hachem est infiniment grand et miséricordieux!]

Le 'Hafets 'Haïm compare cela à un médicament qui est très amer, mais qui a autour une capsule au goût agréable.
De même pour notre bien, nous devons passer par des situations désagréables, mais lorsque l'on a confiance en Hachem alors nous sommes entourés de douceur, et c'est beaucoup plus agréable à les "avaler" (au point même où l'on peut trouver un médicament qui a un bon goût, comme un bonbon!).

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-> "Les eaux s’adoucirent" (15,25)

"Maïm marim" (l’eau amère) a la valeur numérique de 380.
Hachem lui a dit d’ajouter "ets" (un morceau de bois), qui a la valeur de 160, ensemble cela fait 540, et c’est devenu "matok" (doux), qui a la valeur numérique de 540.
[Pniné Kédem - au nom de rabbi Yaakov Méïr Schechter]

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-> Le Rékanati rapporte au nom du Zohar que Hachem amena les enfants d'Israël à Mara, où les eaux étaient amères et où ils ne purent se désaltérer. C'est fort étrange. Pourquoi les conduire à un endroit où il est impossible de boire, juste à leur sortie d'Egypte?

Le Zohar explique que lorsque les enfants d'Israël sortirent d'Egypte, les égyptiens leur disaient que leurs enfants n'étaient pas les leurs. Que fit Hachem?
Il les conduisit à Mara, où les eaux s'apparentaient à l'eau de la Sota pour vérifier leur lignée. Pour boire, ils devaient inscrire sur du bois le même nom écrit pour la Sota. Moché jeta le bois avec le nom inscrit dessus dans l'eau, pour vérifier l'ascendance de chaque enfant d'Israël.

[nos Sages disent que par le mérite de 4 attitudes, les Bné Israël furent délivrés d'Egypte : durant 210 ans d'esclavages, ils ne changèrent pas leur nom, leur façon de parler, leur façon de se vêtir et ils étaient tous irréprochables dans leurs moeurs. ]

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-> Lorsqu'ils trouvèrent à Mara de l'eau qu'ils ne purent boire, ils furent pris de désespoir.
Sans alternative, ils comprirent qu'ils devaient prier d'être aidés et leur prière fut immédiatement agréée.
Ceci renforça leur foi, les amenant au niveau nécessaire pour mériter de recevoir la Torah.
[...]

Les eaux de Mara avaient toujours été douces et potables. Elles devinrent amères lors de l'arrivée des juifs afin que ceux-ci discernassent que Hachem pouvait utiliser l'amer pour adoucir l'amer. [l'écorce du bois était très amère]
[...]

Pour calomnier les juifs, les égyptiens prétendirent avoir eu des relations adultères avec leurs épouses.
Les juifs craignirent que cette redoutable accusation ne contînt une certaine mesure de vérité.
Hachem soumit donc les juifs à l'épreuve des eaux amères renfermant Son nom explicite (chèm améforach), comme dans le cas d'une femme soupçonnée d'adultère (une sotah).
Si un mari suspecte sa femme d'adultère, la Torah prescrit une épreuve particulière d'eaux amères pour tester son innocence (cf. Bamidbar 5,12-23). Si la femme a fauté, l'eau la fait enfler et mourir.
Si par contre, elle est innocente, l'eau lui est bénéfique (cf. Bamidbar 5,27-28).

L'épreuve prouva qu'aucun juif n'avait commis d'adultère.
Une des raisons de la libération des juifs d'Egypte était d'ailleurs leur pureté.
Dès lors les hommes furent certains que leurs femmes étaient restées parfaitement pures.

La Torah dit donc que "D. les mit à l'épreuve" = Il les mit à l'épreuve par les eaux amères comme l'est une femme soupçonnée d'adultère. Les hommes, comme les femmes, furent mis à l'épreuve pour savoir s'ils s'étaient rendus coupables d'adultère avec les égyptiens.
[Méam Loez - Béchala'h 15,26]

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"Ils arrivèrent à Elim et là-bas, étaient 12 sources d'eau et 70 palmiers" (Béchala'h 15,27)

-> Selon la Mékhilta, ces sources et ces arbres avaient été préparés depuis la Création en prévision de cette escale des 12 tribus avec ses 70 chefs, et c'est un hommage individuel rendu à chacun d'eux.
[Rabbénou Bé'hayé]

-> Les 12 sources n'offraient que juste assez d'eau pour les palmiers.
Malgré cela, lorsque les juifs y arrivèrent, ils eurent, malgré leur nombre, assez d'eau à boire pendant 3 jours.
[Méam Loez - Béchala'h 15,27]

-> Les juifs étaient à Mara pendant un jour, et tout de suite après à Elim durant 20 jours.
A Mara, ils ne pouvaient pas boire l'eau car elle était amère, et ils s'en sont terriblement plaints.
S'ils avaient su qu'ils n'y resteraient seulement un jour, et que 12 sources d'eau les attendaient ensuite, alors ils ne se seraient pas plaints.
Ceci est une des faiblesses de la nature humaine : les gens ont trop tendance à se focaliser sur le présent et à se plaindre, plutôt que d'envisager que ce n'est que passager, et que de belles choses vont arriver très rapidement dans leur vie.
['Hafets 'Haïm ; Ibn Ezra]

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-> Le verset dit que Hachem a montré un conseil (éts -> étsa), pour ceux qui trouvent les eaux de la Torah amères (l'eau renvoie à la Torah - en mayim élla Torah).
Le conseil est de se jeter dans les eaux de la Torah = se forcer à étudier, sans penser à quel point c'est amer ou cela sera amer.
Il faut se forcer à étudier la Torah, peut-être pendant 1 heure ou plus, et ensuite la Torah devient douce et agréable.
[ il faut se mettre à étudier même sans en ressentir aucun goût, car celui-ci finira par venir, comme cela est évoqué par la Torah elle-même : "et les eaux devinrent douces" pour signifier que les portes de la saveur dans l’étude finiront par s’ouvrir. ]
[rav Elimélé'h Biderman]

-> Le Séfer ha’hinoukh (mitsva 17) écrit :
"L’homme est influencé par ses actions. Son coeur et ses pensées suivent toujours ses actes en bien comme en mal.
Même un racha dont les pensées fomentent le mal toute la journée, qui dès son réveil, ferait des efforts assidus pour étudier la Torah et accomplir les mitsvot, bien qu’étant motivé par un intérêt personnel, tendra vers le bien, et d’une telle étude il en viendra à une étude désintéressée.
Grâce à ses actions, il tuera son mauvais penchant, car le coeur est entraîné par les actes".

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=> A quoi font allusion les 70 âmes de la maison de Yaakov réparties en 12 tribus?

-> On a vu que selon rabbénou Bé'hayé, les 12 sources d'eau alimentaient les 70 palmiers (Béchala'h 15,27). C'est l'image des 12 tribus d'Israël appelées à alimenter les 70 nations du monde qui se reflètent dans les 70 membres de la famille du Patriarche Yaakov, comme le souligne Rachi (Haazinou 32,8) : "C'est d'après le nombre de 70 des enfants d'Israël qui sont descendus en Egypte que Hachem fixa les limites des peuples de la Terre en 70 nations et langues".

-> Its'hak Arama enseigne :
Le campement d'Israël dans le désert était organisé en 4 directions (est, ouest, nord, sud) et dans chaque direction campaient 3 tribus, comme la rose des vents où chacun des 4 points cardinaux se subdivise en 3 secteurs.
C'est depuis ce camp qu'émanait l'énergie spirituelle vers les 70 nation du monde, afin de les inspirer.
Si la Torah a précisé le nombre total de 70 âmes réparties en 12 tribus au moment du début de l'exil d'Israël, c'est pour rappeler la vocation historique éternelle des Bné Israël parmi les 70 nations.

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+ La datte symbolise la Torah dans son intégralité :

-> Les enfants d'Israël passèrent dans le désert par un endroit qui s'appelait "Eilim".
La Torah en parle : "Ils arrivèrent à Eilim, là étaient 12 sources d'eau et 70 palmiers" (Béchala'h 15,27).

Le rav Zalman Sototskin, dans son commentaire Oznaim LaTorah, nous enseigne que le peuple d'Israël s'y attarda longtemps, car il y avait de l'eau en abondance. Durant cette période, ils se nourrirent principalement de dattes. C'est la raison pour laquelle la Torah a mentionné les soixante-dix palmiers. Il est rapporté dans la Mékhilta que selon les lois de la nature, ces dattes ne suffisaient pas à sustenter de si nombreuses personnes. Pourtant, ils en mangèrent durant trois jours. Hachem leur fit ce miracle, car ils avaient besoin de prodiges pour renforcer leur confiance en Lui.

Il reste à comprendre : pourquoi fallait-il 70 palmiers? Qu'est-ce que ce chiffre revêt de particulier ?

Le Targoum de Jérusalem nous révèle que ces 70 palmiers correspondent aux soixante-dix anciens.

La Torah établit un parallèle entre les juges et les dattes, nous allons analyser quel rapport existe entre eux.
Lorsque la Torah ordonne de prendre les Arbaat Haminim (les 4 espèces à Souccot), il est
écrit dans le verset : "Vous prendrez le premier jour, du fruit de l'arbre Hadar, des branches de palmier" (Emor 23,40). Le Baal Hatourim explique que les branches de palmier sont le Loulav.

Nos Sages nous enseignent dans le midrach (Vayikra rabba 30,10) que le Loulav incarne la Torah. Les branches de palmier représentent les enfants d'Israël. La datte a du goût, mais n'a pas d'odeur, ainsi les enfants d'Israël ont la Torah, mais n'ont pas de commandements positifs à leur actif.

-> Le Rokéa'h explique (Parachat Emor) que le Loulav symbolise la Torah, car la Torah commence par la lettre « Bet », comme il est écrit :
« Béréchit Bara » et se termine par la lettre « Lamed » : « Lééné Kol
Israël ». Les prophètes commencent par la lettre « Vav » 0o. 1 ; 1) :
« Vayéhi A'haré Mot Moché » et les hagiographes se terminent par la lettre « Lamed » (II Divré Hayamim 36,23) : « Hachem Elokav Imo Véyaal. » Le Loulav équivaut à toute la Torah.

Au moment de prendre le Loulav, nous avons pris l'habitude de faire trois liens. Le Maté Moché explique que le Loulav a pour valeur numérique soixante-huit et en ajoutant les trois liens, on obtient soixante et onze, qui correspondent aux soixante et onze Sages du Sanhédrin.

À Mara, ces Sages furent nommés, c'est ce que commente Rachi sur le verset : "C'est alors qu'Il lui imposa un principe et une loi, c'est alors qu'll le mit à l'épreuve" (Béchala'h 15,25) : c'est dans cet endroit que les juges furent nommés.

C'est pourquoi, lorsque les enfants d'Israël continuèrent leur périple à partir d'Eilim, la Torah écrit qu'ils trouvèrent "soixante-dix palmiers", car le Loulav symbolise le Sanhédrin.
Le Sanhédrin représente la connaissance en Torah Orale et Ecrite. Aucun autre fruit y fait allusion.

-> Nos Sages nous dévoilent (Pessa'him 87b) que la raison pour laquelle Hachem exila les enfants d'Israël précisément à Babel est parce qu'il y avait là-bas énormément de palmiers. Les dattes incitent le cœur à étudier la Torah. Le Talmud de Babel fut entièrement rédigé à Babel !
De plus, la Torah ésotérique est aussi liée à Babel !
Elle vit le jour dans la grotte où Rabbi Chimon bar Yo'hai et son fils
Rabbi Elazar se cachèrent des Romains. Le Talmud nous raconte (Chabbat 33b) que Hachem fit pousser pour eux un caroubier et une source d'eau.

-> Le midrach Talpiot (siman 8, Hessed) nous révèle un secret délivré par Rabbi Chimon bar Yo'haï lui-même, de bouche à oreille. Chaque veille de Chabbat, le caroubier se transformait en palmier et à la sortie de Chabbat, il redevenait un caroubier. Durant toute la semaine, ils se nourrissaient de caroubes, car pour étudier le Zohar, il faut priver son corps des plaisirs terrestres. Mais pendant Chabbat, ils recevaient ce "bonus": de délicieuses dattes.

Une question se pose : quel est le secret de la datte, qui apporte tant de Torah au monde?

Le midrach Talpiot (Dékél) rapporte qu'un Sage étudia dans le midrach que le palmier ne pousse pas et ne puise pas ses forces de la terre, comme les autres arbres. Il puise ses forces d'en haut.
L'abondance descend vers les racines pour qu'il se maintienne au sol.

-> Nos Sages nous expliquent encore (Bamidbar Rabba, Paracha 3, signe 1) de même que le cœur de la datte est dirigé vers le haut, ainsi le cœur des enfants d'Israël est orienté vers leur Père, qui est au Ciel, comme il est écrit (Ps. 25; 15) : « Constamment mes yeux se dirigent vers Hachem, car c'est Lui qui dégage mes pieds du filet. » Une autre explication: la datte excite l'envie et les justes aussi en ont une : celle de se coller à Hachem.

-> Dans le livre Nétiv Bina sur le Pérek Chira sont cités les propos du midrach :
Chaque être humain a des envies, des aspirations et des désirs. Il ne vit pas dans l'unique but d'accomplir la Volonté du Créateur. Mais les justes ont un seul et unique objectif : réaliser la volonté de Hachem.
De même que le palmier a un seul cœur et une unique aspiration et de même qu'il se tient bien droit, ainsi les justes servent Hachem par désir et non par obligation. Ils possèdent une volonté farouche et exclusive d'obéir à Hachem. Ils se tiennent debout droits et ne se soumettent à rien d'autre. Ils réalisent les désirs de Hachem dans n'importe quelle situation. Ils ressemblent donc au palmier.

"Et tu te souviendras de D. car c'est Lui qui t'a donné la capacité d'accomplir des choses." (Dévarim - Ekev - 8,18)

Rabbi Lévi Yits'hak de Berditchev traversait la place du marché et observait la foule animée et occupée par ses activités commerciales.

Le Rabbi grimpa au sommet d'un pilier qui se trouvait au centre de la place et se mit à interpeller les passants :
"Mes chers enfants! Peuple saint de D.!
Vous êtes tous très occupés à vos affaires et chacun d'entre vous sait exactement ce qu'il fait ici, dans ce marché.
Mais vous oubliez pourquoi vous êtes ici, dans ce monde, tout d'abord, et ce que vous êtes réellement censés accomplir avec votre existence."

Nous sommes si absorbés par ce que nous sommes en train de faire que nous oublions pourquoi nous sommes là tous ensemble.

"Et maintenant, pardonnez donc mon péché, rien que cette fois, et implorez Hachem votre D., qu'Il enlève de sur moi seulement cette mort-ci" (Bo 10,17)

Pourquoi Pharaon a-t-il mentionné précisément cette plaie (celle des sauterelles) comme étant : "la mort" ?

Le rav Yossef Dov Soloveitchik (Roch yéchiva de Brisk) cite la réponse ironique proposée par un rabbin.

Le Baal haTourim (verset 10,14) nous apprend que les sauterelles, après s'être gavées de nourriture pendant toute la semaine, se sont reposées le Shabbath.
En d'autres termes, c'était une "plaie religieuse", plus que Pharaon ne pouvait en supporter!

Par ailleurs, le Midrach (Chémot Rabba 10,2) rapporte que les grenouilles avaient sauté dans les fours pour sanctifier le Nom de D.
Elles ont donc été tout autant une "plaie religieuse!"

[Selon Rav 'Haïm Kanievsky, les égyptiens ne forçaient pas les juifs à travailler le Shabbath (midrach Chémot rabba 5,18), c'est pourquoi en ce jour elles se reposaient également.]

Comment se fait-il que Pharaon a mieux supportée cette plaie des grenouilles (ne la caractérisant pas de : la mort)?

Une différence profonde distingue ces 2 fléaux.
Pharaon n'avaient pas lieu de redouter que de nombreuses personnes imitent le comportement "religieux" des grenouilles en sautant dans les fours.

En revanche, il avait de bonnes raisons de craindre que des multitudes suivent l'exemple des sauterelles qui se sont reposées le Shabbath.

Cette forme de "religiosité" risquait de faire beaucoup d'adeptes !

Source (b"h) : issu du "Talelei Orot" du rav Yissa'har Dov Rubin

De la gratitude : même envers les animaux …

-> De la gratitude : même envers les animaux ...

"Et contre tous les enfants d'Israël, aucun chien n'a aiguisé sa langue, de l'homme jusqu'à l'animal, afin que vous sachiez que D. a fait une différence entre les Égyptiens et les enfants d'Israël." (Bo 11,7)

Il est écrit (guémara Baba Kama 60b) : "Lorsque le prophète Eliyahou arrive dans une ville, les chiens se mettent à jouer gaiement, mais quand vient l'ange de la mort, ils poussent des cris plaintifs".

Rachi sur ce verset : "Je suis Hachem, Je ferai cela Moi-même, et non par l'intermédiaire d'un messager".
Le 'Hatem Sofer de commenter que le silence des chiens a attesté de la présence de D. en Egypte cette nuit-là, et a confirmé le fait qu'Il a Lui-même tué les premiers-nés de ce pays.

Par ailleurs, la Torah fait ici l'éloge des chiens en nous enseignant d'être reconnaissant du fait qu'ils n'ont pas aboyé.
En effet, Rachi dit sur le verset (Chémot - Michpatim - 22,10 - "au chien vous la jetterez") : "Au moment de la sortie d'Egypte, les chiens n'ont pas aboyé ; lorsque les circonstances le permettent, nous leur témoignons de la reconnaissance en leur jetant la viande qu'il nous est interdit de consommer."

Le Da'at Zékénim (des Baalé Tossfot) mentionne un autre de leurs mérites : "comme le chien met sa vie en danger pour protéger le troupeau face au loup, sois-lui reconnaissant.
Lorsqu'une bête est déchirée ( =tréfa = la viande étant alors interdite à la consommation) donne-la au chien en récompense de sa garde."

Un midrach nous enseigne :
Il est dit à propos des chiens en Egypte : "Aucun chien n'a aiguisé sa langue".
Pour cette raison, les chiens ont mérité que leurs excréments soient utilisés pour la préparation [le tannage] des parchemins des rouleaux de la Torah, des téfilines et des mézouzot.

=> Ce passage du midrach nous renseigne sur la dimension de la reconnaissance.
Même un animal qui n'a rien fait d'autre que de s'abstenir d'aboyer a mérité de grandes récompenses.

La Torah nous parle aussi d'un mérite qui échut à d'autres animaux : les ânes.
Parce qu'ils ont porté les bagages des enfants d'Israël à leur sortie d'Egypte, nous avons l'obligation d'accomplir la mitsva de : pétèr 'hamor ( =le rachat du 1er né de l'âne).

Ainsi, bien que l'âne soit un animal impur, son premier-né est consacré à D. et ne peut être utilisé à un usage profane que si on le rachète en offrant un agneau ( =animal pur) à sa place.

=> La récompense des ânes est supérieure à celle des chiens.
Celle des chiens est matérielle car on lui jette de la viande alors que celle des ânes est spirituelle, leurs premiers-nés sont sanctifiés!

Quelle en est la raison?

Rabbi Yossef 'Haïm Sonnenfeld répond à cette question en soulignant qu'une bonne action passive (les chiens n'ayant pas aboyé) est moindre qu'une démarche active.
Les ânes, en effet, ont apporté une aide effective en transportant leurs bagages.

Par ailleurs, quel rapport y a-t-il entre le silence des chiens et le fait que leurs excréments soient utilisés pour la préparation de saints parchemins?
Comment est-il possible de produire des objets saints à l'aide de matières fécales?

Nos Sages disent sur le verset parlant des téfilines (Chémot 13) : "Afin que la loi de D. soit dans ta bouche", qu'elles doivent être confectionnées d'une matière permise à ta bouche, c'est-à-dire la peau d'un animal pur.

La matière elle-même doit provenir d'un animal pur mais, pour la travailler, on utilisera les excréments du chien, un animal impur.

Les chiens ont gardé leur langue ("aucun chien n'a aiguisé sa langue"), leur bouche, acte contre nature pour un chien, afin d'obéir à la volonté de D.
En récompense, ils seront mêlés à la confection d'objets les plus saints.

==> Cela nous apprend qu'à plus forte raison en sera-t-il d'un homme qui, même pécheur et impur, se domine et garde sa langue, en s'abstenant de proférer des paroles contraires à la volonté divine.
Cela demande, certes, de la force, du sacrifice mais sa récompense sera immense.

["Quiconque garde sa bouche et sa langue se protège des malheurs."]

Source (b"h) : compilation personnelle issue du "Binéoth Déché" du Rav David Chaoul Greenfeld

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+ Quant l'animal instruit l'homme :

-> La Chounamit (une femme qui habitait la ville de Chounam) avait l'habitude de recevoir chez elle Elicha et son serviteur Gué'hazi, elle complimenta le prophète (en son absence) devant son époux :
"C'est un homme saint".

Nos Sages de commenter :
"Comment le savait-elle? Rav et Chmouel : l'un d'entre eux explique : parce qu'elle n'a jamais vu une mouche passer sur sa table".
[guémara Béra'hot 10b]

Rabbi 'Haïm Chmoulévitch (Si'ha 48) enseigne que nous pouvons affirmer que les mouches ont le pouvoir de ressentir naturellement la sainteté d'un homme, ce que même une personne importante et sensible à la sainteté (comme la Chounamit) n'a pu déceler.

=> Ainsi, certains animaux ressentent des choses que même des grands hommes (ou grandes femmes) ne ressentent pas, et peuvent ainsi nous instruire.

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-> "Lorsque les chiens pleurent, (c'est un signe que) l'ange de la mort arrive dans la ville.
Lorsque les chiens rient (c'est un signe que) Eliyahou hanavi arrive dans la ville."
[guémara Baba Kama 60b]

=> Ainsi, les chiens sont doués d'un flair exceptionnel, que l'homme ne possède pas, permettant de ressentir l'existence de l'ange de la mort ou du prophète Eliyahou dans la ville, et par leur réaction nous instruire.

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-> "Même les oiseaux reconnaissent les gens mesquins (avares)"
[guémara Sotah 38b]

Rachi d'expliquer :
"Ils (les oiseaux) reconnaissent les gens avares (à "l’œil étroit") : et ne mangent pas chez eux.
Car c'est en vain qu'il (le chasseur) déploie ses filets : c'est ainsi l'habitude des chasseurs (d'oiseaux) de jeter des graines de blé ou d'orge dans leurs filets afin que les oiseaux viennent les manger (et se faire piéger).
Et ces (chasseurs) avares, c'est en vain qu'ils gaspillent de la nourriture qu'ils jettent dans leurs filets devant les oiseaux, car ces derniers reconnaissent (leur avarice) et refusent de tirer profit de leur nourriture (graines)."

=> Certains animaux possèdent dans leur nature un flair et un pouvoir de ressentir les qualités et les défauts de individus.

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-> "Si la Torah ne nous avait pas été donnée, nous aurions appris la pudeur à partir du chat, le vol (interdit) à partir de la fourmi, les unions interdites à partir de la colombe et le 'déré'h érets' à partir du coq"
[guémara Erouvin 100b]

-> "Va vers la fourmi paresseux, observe sa façon d'agir et deviens sage"
[Michlé 6,6]

Le midrach (Dévarim rabba 5,2) de commenter :
"Que signifie : 'Observe sa façon d'agir et deviens sage'?
Observe le savoir-vivre de la fourmi qui fuit le vol.
Rabbi Chimon ben Halafta rapporte le cas d'une fourmi qui a fait tomber un grain de blé.
Toutes les autres fourmis arrivèrent, sentirent ce grain et aucune d'entre elles ne le prit.
La fourmi (qui avait perdu son grain) arriva et le récupéra bien qu'elle n'ait 'ni maître, ni surveillant, ni supérieur'."

=> Ces animaux ont naturellement ces qualités, mais l'homme doit investir des efforts afin de les acquérir.

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-> Les chiens ont été récompensés pour ne pas avoir aboyés lorsque les juifs ont quitté l'Egypte (on doit par exemple leur donner de la viande tréfa - Mékhilta Chémot 22,30).
Les grenouilles ont fait un sacrifice bien plus grand en se jetant dans des fours brûlants.
Pourquoi n'ont-elles pas eu une récompense à l'image des chiens?

Rav 'Haïm Kanievsky répond que c'est plus facile de se jeter dans une fournaise que de rester silencieux!

"Vous vous attachez à D. et vous êtes tous vivants en ce jour. " (Dévarim - Vaét'hanan - 4 ;4)

Le Rabbi Elimélé’h  de Lizhensk (le Noam Elimélé'h) demande : "Quelle est la signification des mots : "en ce jour" ?

Et de répondre : "Ils sont là pour nous enseigner que bien que nous soyons convaincus d’avoir vécu correctement cette journée d’aujourd’hui, nous ne devons pas être trop sûrs d’en faire de même demain.
Chaque jour a ses propres défis.
Nous devons, chaque jour, renouveler notre effort pour bien faire."

Les êtres humains s’inscrivent dans une routine et nous avons tendance à penser qu’une situation de statu quo va durer.

Rabbi Elimélé’h nous enseigne que la répétition des séquences de notre vie peut induire un sentiment de sécurité dangereux et trompeur.
Il faut être constamment en alerte, être reconnaissant envers D. pour la journée passée, et prier pour qu’Il continue à nous guider le jour suivant.

Chaque jour est une nouvelle opportunité, mais également un nouveau défi.

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-> Le 'Hafets 'Haïm nous dit :
" "Tu aimeras Hachem ton D. de tout ton cœur". Comment feras-tu pour y parvenir?

"Ces paroles que Je te prescris aujourd'hui seront sur ton cœur" = aie toujours présent dans ton cœur "ces paroles" que tu étudies, sans penser à tout le reste ; considère que D. te les prescrit à toi seul et à aucun autre juif, et apprends-les "aujourd'hui" comme si c'était le dernier jour de ta vie.

-> "Ces paroles que Je te prescris aujourd'hui seront sur ton cœur".
Pourquoi doivent-elles être sur notre cœur?
Rabbi Ména'hem Mendel de Kotzk répond pour qu'au moment où ton cœur va être grand ouvert elles puisent y pénétrer!

 

"Aharon jeta son bâton devant Pharaon et devant ses serviteurs et il devint un serpent. Pharaon aussi fit appeler les sages et les sorciers et eux aussi, les devins d'Egypte, firent de même avec leurs sortilèges. Ils jetèrent chacun son bâton et ils se transformèrent en serpent et le bâton d'Aharon engloutit leurs bâtons." (Vaéra 7,10-12)

Dans la paracha Lé'h Lé'ha (15,13), D. dit à Avraham : "Sache bien que ta descendance sera étrangère dans un pays qui n'est pas le leur ; ils les asserviront et opprimeront 400 ans".

Si c'est ainsi, pourquoi les Égyptiens ont-ils été punis pour avoir accomplis ce que D. avait décrété qu'il arrive?

Le Rambam ('Hilkot Téchouva 6,5) de nous expliquer que D. avait décrété l'esclavage des juifs, mais Il n'a pas forcé chaque Égyptien individuellement d'y prendre part, chacun ayant gardé son libre arbitre de choisir que faire.
Ainsi, chaque Égyptien qui a opprimé un juif a été puni pour cela.

Le Ramban n'est pas d'accord avec cette explication.
Pour lui, du fait que c'était un décret de D., chaque Égyptien qui applique ce décret réalise une mitsva!

Le Ramban de conclure qu'ils ont été punis car ils sont allés très au-delà du décret (asservir et opprimer), et que s'ils n'avaient agi ainsi, ils n'auraient certainement jamais été punis.

[verset suivant (Lé'h Lé'ha 15,14) : "Le peuple qu'ils serviront, Je [le] jugerai ensuite"
=> c'est leur attitude qui a conduit à leur punition]

Le Bé'er Yossef utilise cette approche du Ramban pour expliquer un Midrach concernant la 1ere rencontre entre Moché, Aharon et Pharaon.
Lorsque D. a demandé à Aharon de jeter le bâton de Moché au sol, il s'est transformé en serpent.
Nullement impressionné par ce tour, Pharaon a demandé à ses sorciers, à sa femme et même à des enfants de 4-5 ans de jeter leur bâton au sol, et tous les bâtons se sont aussi transformés en serpent.

=> Pourquoi D. a-t-il demandé à Aharon de réaliser un miracle que l'on pouvait reproduire si facilement?
Quel message D. souhaite-Il transmettre?

En se basant sur les mots du Ramban (ci-dessus), D. est en train de signifier que si les Égyptiens n'avaient été que comme un bâton dans les mains de son maître, alors ils n'auraient pas été punis, car un bâton est inanimé, et ne fait de mal qu'en fonction de la force avec laquelle son maître souhaite frapper, et ce, sans ajouter aucune force supplémentaire.

Si les Égyptiens n'avaient agi que selon ce que D. souhaitait, ne frappant exactement que selon le décret (asservir et opprimer), alors ils auraient reçu une récompense pour cela.

Cependant, ils se sont comportés comme des serpents vicieux, utilisant leur propre venin pour faire mal aux juifs largement au-delà de ce que D. avait dit à Avraham (le décret).

=> C'est pour cela que D. a demandé à Aharon de transformer le bâton en serpent, afin de montrer avec exactitude aux Égyptiens pourquoi ils étaient sur le point de se faire punir.

[ Rabbénou Bé'hayé de dire que ce miracle présage de l'ouverture de la Mer Rouge, où D. "engloutira" Pharaon et ses troupes dans la mer. ]

Source (b"h) : traduction personnelle issue d'un dvar Torah du Rabbi Moché Kormornick

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-> b'h, voir également : https://todahm.com/2018/03/04/6277

"La fille de Pharaon … vit l’enfant et voici qu’un jeune pleurait. Elle eut pitié de lui et dit : "C’est un des enfants hébreux. " " (Chémot 2,6)

+ Prier en silence pour se faire entendre par D. ...

Nous confondons parfois décibels et profondeur du contenu, et nous pensons que plus notre propos sera énoncé à voix forte, plus il aura d'impact.

La réalité se situe exactement à l'opposé.
Un argument recevable peut être dit à voix basse.
Crier n'est utile que lorsque le raisonnement est faible.

La Torah dit que lorsque la fille de Pharaon a trouvé le bébé Moché dans les joncs, elle a ouvert le panier dans lequel il se situait et elle a vu l'enfant qui pleurait.
Elle a alors affirmé : "Ce doit être un enfant des juifs" (Chémot 2,6)

Il aurait été plus approprié de dire qu'elle a entendu l'enfant pleurer?

Rabbi Bounim d'Otwoczk de dire : "Un juif peut pleurer silencieusement.
Elle a vu l'enfant pleurer mais ne l'a pas entendu et, par conséquent, elle en a déduit qu'il s'agissait d'un enfant juif."

=> Notre prière silencieuse, à l'image de la Amida, est parfaitement perceptible par D..
Bien que nous semblons extérieurement "normal", nous pouvons hurler à pleins poumons sans pour autant être entendus par autrui.

Nous juifs, Moché Rabbénou nous montre à quel point D. entend nos voix silencieuses qui viennent du cœur, alors profitons-en! 🙂

Source (b"h) : issu d'un dvar Torah du rav Avraham Twerski

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"Elle dit : "C'est un des enfants hébreux"." (Chémot 2,6)
La fille de Pharaon (Batya) n'aurait-elle pas du dire simplement : "c'est un enfant Hébreu", au lieu de : "c'est un des enfants Hébreux"?
Rabbi Bogomilsky rapporte qu'une fois un roi d'Autriche a émis un décret très dur envers la communauté juive.
Après de nombreuses demandes, le roi a été d'accord pour recevoir une délégation de rabbins.
Durant cette rencontre, un des rabbins a commencé à crier.
Le roi le regarda sévèrement et dit : "Ne sais-tu pas qu'en présence du roi, une personne doit parler calmement et ne pas crier?"
Le rabbin s'excusa en répondant : "Votre Majesté, ce n'est pas moi qui crie. La forte voix que vous avez entendu est celle des milliers de juifs qui sont en grand danger à cause de votre décret."
Lorsque la fille de Pharaon a ouvert le panier du bébé, elle a été surprise de constater que ce tout petit bébé (3 mois!), avait une voix aussi puissante et forte, comme celle d'un jeune homme.
Connaissant le décret de son père, dont le but était de tuer les enfants juifs, elle réalisa que la voix qu'elle entendait, n'était pas uniquement celle de Moché, mais aussi celle de tous les autres enfants juifs criant par son intermédiaire.
[Malgré le fait que le cri de Moché était celui de tous les enfants juifs, elle dit en le voyant : "C'est un des enfants hébreux" ... ]

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+ "La fille de Pharaon ... vit l'enfant et voici qu'un jeune pleurait. Elle eut pitié de lui et dit : "C'est un des enfants hébreux." " (Chémot 2,6)

-> Rav Méïr Schwartzman (Méïr Einei Yécharim) dit que Myriam a été surprise par l'intensité des pleurs de ce bébé (Moché), et Myriam lui est venue en aide en expliquant que c'est : "un des enfants hébreux" (v.2,6) = ce n'est pas une voix individuelle, mais le pleur collectif de tous les bébés juifs qui ont été condamnés à la noyade.

[La guémara (Méguila 14a) compte Myriam parmi les 7 prophétesses, et ainsi (guémara Sotah 12b-13a) elle savait par prophétie que sa mère allait donner naissance au libérateur du peuple juif.
C'est pourquoi elle était certaine que Moché sera sauvé, et elle voulait uniquement savoir : comment?, comme il est écrit : "sa sœur se tint à distance pour savoir ce qui lui arriverait" (v.2,4) ]

-> Rabbi Mordé'haï de Slonim enseigne :
"Comment la fille de Pharaon a-t-elle pu savoir que l'enfant qu'elle a retiré du fleuve était juif, et ce rien qu'en l'entendant?
C'est parce qu'un pleur juif est unique : c'est un mélange de détresse avec de l'espoir.
En effet un juif est toujours optimiste, même lorsqu'il pleure."

-> "voici qu'un jeune pleurait" : le Baal haTourim écrit qu'en réalité il s'agit de Aharon qui pleurait se préoccupant du bien être du bébé, son frère.
En effet, la guématria de : "un jeune pleurait" (naar bo'hé - נער בכה) est la même que : "c'est Aharon le Cohen" (zé Aharon haCohen - זה אהרן הכהן).

-> "Elle l'ouvrit, elle y vit l'enfant" (v.2,6)
Rachi commente : Qui a-t-elle vu ? L’enfant, tel est le sens littéral. Selon le midrach, elle a vu la présence divine auprès de lui.

-> "La fille de Pharaon descendit se baigner au fleuve et ses demoiselles allaient le long du fleuve" (v.2,5)
La guémara (Sotah 12b) enseigne : "Ses demoiselles de compagnie lui dirent : "Majesté, l'usage du monde veut que lorsqu'un roi promulgue un décret, même si personne ne lui obéit, tout au moins ses enfants et les gens de sa maisons s'y conforment. Et vous, vous transgresseriez le décret de votre propre père (Pharaon)?"
L'ange Gavriel apparut et les fit s’effondrer (les tuant en les frappant à la tête)."

Selon le midrach (Chémot rabba) : "Au moment où la princesse passait, l'ange Gavriel pinça l'enfant pour le faire crier. La princesse entendit le son et vit alors la boîte flottant sur l'eau...
Lorsque la fille de Pharaon vit l'enfant, elle sentit qu'il rayonnait d'un éclat Divin, c'était l'émanation de la Présence Divine qui accompagnait Moché."

[c'est également l'ange Gavriel qui va plus tard pousser la main de l'enfant Moché (qui avait ôté la couronne de Pharaon) vers les braises et non le monceau d'or, pour le sauver de la cruauté de Pharaon.]

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-> Il est écrit : "Cette femme (Yo'héved) conçut et enfanta un fils (Moché). Elle vit qu’il était Bon טוֹב (Tov) et le tint caché pendant 3 mois" (Chémot 2,2).
Que signifie "qu’il était Bon טוֹב (Tov)"?
Au sens le plus simple cela signifie qu’il était "beau et même agréable".
Cependant, puisqu’il est écrit littéralement : "Elle vit qu’il était Bon, Lui הוּא (Hou)", cela signifie plus profondément que la Présence Divine était visible avec Moché (le mot הוּא - Hou désigne D., comme il est dit : "C’est Lui (הוּא) qui nous a faits ; nous sommes à Lui" - Téhilim 100,3) [voir rabbénou Bé’hayé].

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"La fille de Pharaon descendit se baigner au fleuve ... et voici qu'un jeune (naar - נַעַר) pleurait" (Chémot 2,5-6)

-> 1er explication : Rachi : Sa voix était celle d’un jeune garçon (naar).
Le rav Méïr Shapiro explique que les bébés et les jeunes garçons pleurent, mais la différence entre les 2, est qu'un petit enfant ne pleure que sur sa propre peine (pour des raisons égoïstes - ex: il a faim, il veut être changé, ...), tandis qu'un enfant plus âgé peut également verser des larmes sur la souffrances d'autrui.
La fille de Pharaon a pris le bébé et l'a réconforté (comblant sa douleur d'être laissé tout seul), et malgré cela il a continué à pleurer, révélant qu'en réalité il ne pleurait par pour lui mais pour ses frères juifs. [il ressentait la douleur de ses frères dans l'esclavage, et c'est pourquoi il pleurait!]
Moché a alors prouvé qu'il était émotionnellement beaucoup plus développé que son âge, partageant la souffrance des autres comme un jeune garçon (naar).

[en entendant la douleur de l’un de ses ‘Hassidim, le Rabbi dit : "Quelle grande tragédie. Je n’ai pas de réponses pour toi mais je peux pleurer avec toi." ]

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-> 2e explication : Rachi : Sa voix était celle d’un jeune garçon (naar).
Le roi Salomon écrit : "Éduque ton jeune garçon (naar) selon son chemin" (Michlé 22,6).
A partir de quel âge un enfant est-il considéré comme : un naar?

Le Rambam (Hilkhot Chévissat Assor 2,10) fixe que la mitsva d'éduquer un enfant, au moins en ce qui concerne le jeûne de Kippour, commence à l'âge de 9 ans.
Ainsi, on peut considérer qu'un enfant est considéré comme "naar" à partir de ses 9 ans.

=> Sachant que Moché était âgé de 3 mois au moment de sa rencontre avec Batya (v.2,2), en quoi sa voix était celle d'un garçon de 9 ans?

Le Yi'houd béChidoud apporte la réponse suivante.

La guémara (Béra'hot 54b) enseigne que Moché était beaucoup plus grand que la moyenne, et qu'il avait une taille de 10 coudées (équivalent à environ 5 mètres).

Dans la guémara (Yoma 31a), en abordant l'immersion dans l'eau du mikvé, nos Sages parlent d'une profondeur de 3 coudées, comme suffisante pour recouvrir la totalité d'une personne.
=> Il en découle que Moché était : 3,333 fois plus grand que la moyenne (10/3).

La guémara (Nédarim 38a) ajoute que Moché n'était pas uniquement plus grand, mais qu'il était également proportionnellement plus large et plus épais que la moyenne dans les mêmes dimensions.
=> D'un point de vue volumétrique, Moché avait : 3,333 d'hauteur en plus * 3,333 de largeur en plus * 3,333 d'épaisseur en plus = soit un total de : 37 fois plus volumineux que la moyenne.

-> Le midrach Tan'houma (9) explique que Moché n'a pas acquis une taille imposante d'en seul coup, mais qu'au contraire il a grandi proportionnellement (en gardant ce ratio le différenciant par rapport à la moyenne).

Ceci explique pourquoi : "elle [la mère de Moché] le cacha pendant 3 mois, mais elle ne put le cacher plus longtemps" (Chémot 2,2-3), parce qu'il avait une taille globale 37 fois plus importante qu'un autre bébé de 3 mois!

-> Si l'on multiplie : 3 mois par ce facteur 37, on arrive à un équivalent en âge de : 111 mois. Ainsi, à 3 mois, Moché avait l'apparence d'un enfant de 9 ans et 3 mois.
Cependant, puisqu'il y a 7 années dans lesquelles nous rajoutons un mois supplémentaire (Adar 2) dans chaque cycle du calendrier de 19 années, il en découle que sur une période de 9 ans, il y a 3 années dans lesquelles nous devons rajouter un mois d'Adar.

=> Nous devons retirer ces 3 mois afin d'arriver au véritable âge qui prend en compte ces mois supplémentaires. On arrive alors à la conclusion que Moché était âgé tout juste de 9 ans, justifiant son appellation de "naar" (jeune garçon) par Batya.

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"La fille de Pharaon … vit l’enfant et voici qu’un jeune pleurait. Elle eut pitié de lui et dit : "C’est un des enfants hébreux. " " (Chémot 2,6)

-> Comment est-il concevable que Pharaon, le dirigeant sans cœur qui tua impitoyablement des milliers d'enfants juifs pour se baigner dans leur sang, ait pu avoir une fille vertueuse dont la compassion est née avec les pleurs d'un bébé juif?

Le rabbi Shalom Rokéa'h de Belz (Dover Shalom) répond à cette question :
Lorsqu'elle ouvrit le panier et fit face à Moché, elle fit l'expérience d'une transformation spirituelle qui alluma dans son cœur le sens de la compassion.
En effet, la simple vue du comportement d'un Tsadik insipire celui qui aspire à faire le bien.

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-> Le Zohar rapporte :
Rabbi Yéhouda a dit que toutes les choses de ce monde dépendent du repentir et des prières que nous adressons à D.
A plus forte raison, aucune porte ne reste fermée face aux larmes qu'une personne verse en priant Hachem, comme il est dit : "Elle l'ouvrit, elle y vit l'enfant : c'était un garçon qui pleurait" (v.2,6).

"Elle l'ouvrit" = il s'agit de la Présence Divine, qui est pour Israël ce qu'une mère est pour ses enfants et qui se positionne en faveur d'Israël. Puisqu'elle a ouvert ses portes, "elle y vit l'enfant" = qui représente le peuple d'Israël, nomme "enfant choyé".
En effet, les juifs fautent devant leur Maître puis se repentent en suppliant et en implorant Hachem tel un fils qui pleure devant son père.
Dès lors, tous les mauvais décrets du monde disparaissent, comme il est dit : "Elle eut pitié de lui" = l'attribut de miséricorde [de la Présence Divine] s'est éveillé et elle a eu pitié de lui.

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-> "Voici qu'un jeune garçon pleurait" (Chémot 2,6)

Selon le midrach Aggada, elle s'est exprimée de manière prophétique.
Le mot : "naar" (jeune garçon - נַעַר) est l’acrostiche de :
- noun pour "nééman" (fidèle), comme il est dit : "Il est fidèle dans toute Ma résidence" ;
- ayin pour "anav (humble), comme il est dit : "Moché était un homme très humble" ;
- et réch pour "roé" (berger), comme il est dit : "Moché était berger."

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-> "Voici un jeune homme qui pleurait" (Chémot 2,6)

-> Quand la fille de Pharaon descendit dans le Nil pour faire sa toilette, elle entendit les pleurs d'un bébé et le sauva. Le midrach s'interroge de savoir pourquoi le Texte dit : "Voici un jeune homme qui pleurait", alors qu'il s'agissait d'un nouveau-né.
L'une des réponses consiste à dire qu'Hachem envoya un ange qui vint frapper Moché dans le panier pour qu'il se mette à pleurer afin que la fille de Pharaon puisse entendre ses cris et vienne le sauver. Seulement, pour que les cris puissent être entendus, l'ange frappa un peu fort. C'est pourquoi, le bébé se mit à crier particulièrement fort, plus fort que les cris habituels d'un bébé.
C'est pourquoi, il est dit qu'elle entendit les cris d'un ''jeune homme''. Il criait fort, comme un jeune homme, non comme un bébé. Ce Midrash nous apprend une leçon importante dans nos vies. Parfois, il peut arriver des événements éprouvants, comme si on avait l'impression que la vie nous donnait des claques. On sent des difficultés et cela peut paraître douloureux. Alors, on peut s'interroger sur le sens de tout cela.
=> Pourquoi Hachem nous envoie t-Il ces épreuves? Pourquoi frappe-t-Il ainsi? N'est-Il pas Bon et Clément!

Ce midrach vient apporter un certain éclairage, qui pourra servir de soutien dans ce genre de situation. Hachem a envoyé un ange frapper Moché ... Celui-ci n'a rien demandé, il était tranquillement en train de se reposer dans son panier, sur les flots du Nil. Et voilà que soudain, il reçoit un coup particulièrement fort et douloureux.
Et là, il se met à crier très fort, comme un jeune-homme. Il ne comprend pas ce qui lui arrive, pourquoi on l'a frappé. Mais après coup, il s'est avéré que cela a été la plus belle chose qui ait pu lui arriver. Car c'est par ces cris que la fille de Pharaon, a pu l'entendre et est venue le sauver.
Ce bébé a ensuite était élevé dans le palais du roi et a pu grandir, sous la Protection Divine, jusqu'à devenir le libérateur d'Israël. Tout cela, lui et le peuple tout entier le doivent à cette claque qu'il a reçu dans ce panier.

=> Cela doit servir de message d'espoir dans des moments où on peut sentir qu'Hachem est en train de donner des "claques". Peut-être est-Il en train de préparer notre plus grand bien. On ne le sait pas encore ni on peut le comprendre. Mais Hachem sait ce qu'Il fait. Et peut-être que l'avenir montrera que notre réussite future n'aura été possible que parce que l'on est passé par là.
[rapporté par le rav Mikaël Mouyal]