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La relation entre Moché et son frère Aharon …

-> La relation entre Moché et son frère Aharon ...

"Le courroux de D. s'enflamma contre Moché et Il dit : "Eh bien! c'est Aharon ton frère, le Lévite, que je désigne! Oui, c'est lui qui parlera! Déjà même il s'avance à ta rencontre et à ta vue il se réjouira dans son cœur." " (Chémot 4,14)

Ce verset relate la colère de D., s'enflammant envers Moché, après que celui-ci ait passé 7 jours à dialoguer avec D. pour justifier qu'il n'était pas la bonne personne pour conduire les juifs en dehors d'Egypte (comme le dit Rachi 4,10 & l'idée : comment la délivrance de tout un peuple souffrant atrocement peut-elle se faire au détriment d'un risque de vexer une personne? Comment Moché pouvait-il prendre le risque de se placer au-dessus de son frère aîné : Aharon, prophète lui aussi?).

Dans la guémara (Zéva'him 102a), Rabbi Yéhochoua ben Karcha enseigne que chaque fois que la Torah relate que D. se met en colère, il y a toujours une punition, avec une seule exception : notre verset, où Moché n'en a jamais reçu.

Cependant, Rabbi Chimon Ben Yochaï de dire : "ici aussi, Moché va recevoir une punition, comme il est écrit : "Eh bien! c'est Aharon ton frère, le Lévite, que je désigne!"
Comment la Torah peut appeler Aharon un Lévi, alors qu'il était un Cohen?
Par ces mots, D. dit à Moché : "J'avais l'intention au début de te faire Cohen, mais maintenant, tu seras Lévi, et il sera Cohen." ".

On peut noter que même Rabbi Yéhochoua ben Karcha est d'accord sur le fait que cette punition a bien eu lieu, car dans Divré Hayamim (I, 23,13-14) les rôles de chacun sont exposés explicitement.
De plus, le Midrach Rabba (Vayikra 11,6) dit même que puisque Moché n'a pas été puni les 7 jours durant lesquels il a argumenté avec D., mesure pour mesure, il a été Cohen Gadol pendant 7 jours.

Ainsi, pourquoi Rabbi Yéhochoua a-t-il déclaré que Moché n'a souffert d'aucune punition?

Rabbi Chaïm Chmoulevitz de dire que la réponse se trouve dans le midrach suivant :
"Lorsque Moché a vu l'huile s'écouler sur la barbe d'Aharon, il était aussi joyeux que si elle était en train de s'écouler sur sa propre barbe." [Midrach Rabba Vayikra 3,6]

On apprend d'ici que la joie de Moché lors de l'intronisation de son frère en tant que Cohen Gadol était si importante pour lui, que c'était comme s'il accédait lui-aussi à cette position.
Cela signifie que si Moché serait devenu Cohen Gadol, il n'aurait été nullement plus joyeux (même d'une miette!), à tel point il était content pour la réussite de son frère.

On comprend alors parfaitement l'avis de Rabbi Yéhochoua ben Karcha.
= Bien que Moché a perdu le droit de devenir Cohen au détriment de Aharon, cela n'était pas considéré comme une punition, car sa joie concernant la nomination d'Aharon était si importante, que c'était comme s'il était nommé lui-même Cohen Gadol.

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-> Le rav ’Haïm Chmoulevitz (Si'hot Moussar - maamar 51) cite également les versets de Téhilim (133,1-2) : "Cantique des degrés de David : Voici comme il est bon et comme il est doux à des frères de vivre dans une étroite union. C’est comme l’huile parfumée sur la tête, qui découle sur la barbe, la barbe d’Aharon, et humecte le bord de sa tunique".
Le midrach (Vayikra Raba 3,6) précise que le roi David fait référence aux 2 frères : Moché et Aharon.
Il explique que la répétition du mot "barbe" indique que lorsque l’huile coula sur la barbe d’Aharon, c’était comme si elle avait coulé aussi sur celle de Moché, parce que celui-ci ne faisait qu’un avec son frère. Donc, Moché considérait la joie d’Aharon comme la sienne.

-> Moché et Aharon atteignirent un niveau incroyablement élevé de joie et de non-jalousie devant le succès et la gloire d’autrui.
On pourrait penser que c'est une mesure de piété ne s'appliquant pas à nous. Cependant le Rambam estime qu’il s’agit de l’obligation fondamentale de "d’aimer son prochain comme soi-même" (véaavta léréakha kamokha). En effet, il tranche que l’essence de cette mitsva consiste à souhaiter le meilleur pour l’autre et à éliminer tout vestige de jalousie devant sa réussite.
[Hachem peut donner l'infini à chaque personne ; tous les juifs sont liés les uns aux autres, ainsi si mon prochain va bien alors par ricochet je vais bien aussi]
Moché et Aharon nous servent d'exemple de cette mitsva, que nous puissions b'h suivre leur exemple.

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+ Supplément : le point de vu d'Aharon ...

Le verset dit : "[Aharon] se réjouira dans son cœur."
Rachi de commenter : "Contrairement à ce que tu penses, Aharon ne prendra pas ombrage de ta grandeur mais s'en réjouira sincèrement."

-> "Il (Aharon) se réjouira : dans son cœur, plus que par sa bouche" (Yalkout Chimoni 172)
-> "La joie dans son coeur était supérieure à celle qu'il pouvait exprimer (à son frère Moché) par sa bouche" (le Magen Avraham)
Ainsi, Aharon était si heureux pour son frère, qui avait le mérite de recevoir cette dignité, que son cœur débordait de joie, au point que sa bouche n'aurait pas pu l'exprimer.

On peut aussi rapporter le midrach qui souligne la noble attitude d'Aharon et ajoute que, si ce dernier avait su que la Torah mentionnerait sa joie en apprenant la réussite de Moché ( =s'il avait su que la joie fraternelle spontanée éprouvée à ce moment serait si précieuse aux yeux de D. au point qu'Il l'évoquerait dans la Torah afin d'inspirer les générations futures), il aurait accueilli son frère avec des tambourins et des danses.

Le Midrach conlut : "Quant à nous, sachons qu'aucun acte méritoire ne reste ignoré de D.
Le prophète Elie le consigne par écrit, et ce compte-rendu est scellé par D. et par le Machia'h."

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+ Supplément du supplément : Un œil bienveillant 🙂

+ "Le pectoral orné de pierres précieuses qui faisait partie du vêtement sacerdotal fut donné à Aharon comme récompense pour s'être réjoui lorsque Moché revint en Egypte."
[guémara Shabbath 139a]

Aharon avait 3 ans de plus que Moché, et il était celui des 2 qui s'exprimait le mieux.
Pourtant lorsque Moché fut chargé par D. de devenir le dirigeant du peuple juif, il n'y eut pas la moindre trace de jalousie dans le coeur d'Aharon.
La Torah témoigne qu'Aharon était sincèrement heureux du rôle si important confié à son frère.

Ce n'est pas un petit exploit que de se réjouir sincèrement de la réussite d'un tiers.
De nombreuses personnes ressentent, pour le moins, un soupçon d'envie et parfois, bien plus que cela.

L'un des traits de caractère que le Talmud valorise le plus est ce qu'on appelle : "un oeil bienveillant" (Pirké Avot 2,13)
Cela signifie : prendre plaisir à la bonne fortune de quelqu'un d'autre, basée sur la foi profonde que tout ce qui est destiné à entrer en ma possession le sera.
Personne ne peut empiéter sur ce qui m'a été prédestiné.

(comme le dit la guémara Yoma (38b) : "Personne ne peut toucher, fut-ce d’un millimètre, à ce qui est destiné à son prochain.")

=> Un œil bienveillant indique un véritable sentiment d'amour et de compréhension pour l'autre qui n'est pas seulement louable en tant que trait interpersonnel, mais qui procure également un degré de sérénité qui serait, sans cela, inatteignable.

[Vivre juif, c'est vivre mieux ... 🙂 ]

Source (b"h) : traduction personnelle issue d'un dvar Torah du Rabbi Moché Kormornick (+ pour le supplément : issu du 'Houmach Artscroll + pour le supplément du supplément : d'un dvar Torah du rav Avraham Twerski)

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-> Le Ben Ich 'Haï commente d'une façon allusive le verset : "il t’a vu et s’est réjoui dans son cœur".
Le complément du mot "lev" (לב) lorsqu'on écrit pleinement ses lettres donne :
- pour le lamed (למד), soit 2 lettres intérieures, supplémentaires : le mém et le dalét (מד).
- pour le beit (בית), soit 2 lettres : youd et tav (ית)
=> Ces 4 lettres complémentaires du mot "lév" (cœur) ont la même valeur numérique que :"tamid" (constamment).
Aharon a mérité que le Pectoral soit "constamment sur son cœur".

[en effet, selon le midrach : le cœur qui s’est réjoui de la grandeur de son frère portera les Ourim et Toumim (Pectoral), ainsi qu’il est dit : "Il sera constamment sur le cœur d’Aharon."]

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-> b'h, voir également : https://todahm.com/2018/08/08/6882-2

"Et Pharaon dit : "Qui est D. pour que je Lui obéisse?
Je ne reconnais pas D." " (Chémot 5,2)

Le Rabbi de Kotzk disait : "Certaines personnes se qualifient elles-mêmes de non-croyants.
C’est ridicule ! A la moindre migraine, vous les trouverez qui se confondent en prière devant l’Arche de la Torah.

Pharaon, lui, était un non-croyant : les miracles se représentaient devant ses yeux, les châtiments se succédaient et il niait toujours l’existence de D. "

Il y a des gens qui professent qu’ils ne croient pas en D.
Si vous voulez savoir en quoi ils croient réellement, observez ce qu’ils font quand ils sont dans la détresse.

C’est un moment où les gens arrêtent de se bercer d’illusions et de s’imaginer qu’ils n’ont pas de foi.
Le Rabbi de Kotzk avait raison : tous les juifs sont des croyants.

Source (b"h) : un dvar Torah du rav Avraham Twerski

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+ L'arrivée de Moché et Aharon au palais :
Le palais royal [de Pharaon] était immense et rigoureusement gardé. Il devint vite évident à Moché et Aharon qu'ils n'auraient aucun moyen d'entrer dans le palais pour parler à Pharon.
Soudain, l'ange Gavriel apparut et les transporta à l'intérieur.

Ayant entendu du bruit confus, Pharaon fit une enquête et apprit que 2 étrangers étaient soudain apparus sans autorisation au palais. Il s'emporta contre les gardes au point d'en exécuter plusieurs immédiatement ...

Une fois dans le palais, Moché et Aharon devaient trouver accès à la salle du trône.
Cette chambre était gardée par 2 énormes lions, prêts à déchirer toute personne non-autorisée s'en approchant.

Dans le palais royal, tous les vestibules importants étaient gardés par des lions, des loups et d'autres bêtes féroces.
Avant que quiconque ne puisse passer, les gardiens de ces animaux devaient les distraire en leur donnant de la viande fraîche.
Parcourant le palais, Moché effleurait ces animaux de son bâton, les rendant aussi dociles que des agneaux.
Au fur et à mesure que Moché avançait à travers le palais, les bêtes sauvages lui emboîtèrent le pas comme des chiens dressés.
C'est ainsi qu'à son arrivé dans la salle du trône, Moché était accompagné d'une longue "garde d'honneur" composée de bêtes sauvages à l'allure majestueuse.
[...]

Le bâton que Moché tenait en min, sur lequel était gravé le Nom Divin, était terrifiant.
Lorsque Aharon parla, ce fut avec tant de majesté et d'autorité que tous ceux qui l'entendirent en frémirent.
[c'était un jour d'une importante fête égyptienne, et des rois/émissaires du monde entier venaient apporter des cadeaux et témoigner leur soumission à Pharaon]

Impressionnés par Moché et Aharon, tous les rois ôtèrent leur couronne en signe d'obéissance et se prosternèrent à terre.
Pharaon fut si troublé qu'il dut se précipiter aux toilettes, et alors qu'il y était assis, des rats se mirent à l'attaquer, le mordant et grignotant ses orteils. Ses cris résonnèrent à travers tous le palais.
[Méam Loez - Chémot 5,1-2]

"Fais en sorte que le nom de D. soit aimé à travers toi."

[guémara Yoma 6 - expliquant le verset : "Tu aimeras Hachem, ton D." ]

=> Lorsque l'on s'habitue à marcher dans les voies de justice et d'intégrité, le nom de D. est sanctifié car tous diront : "Celui-ci qui a étudié la Torah, voyez combien ses voies sont agréables, combien sont douces ses actions!"

Par contre, lorsqu'une personne s'approchant du chemin de la Torah adopte des attitudes répréhensibles (ex : la querelle, la débauche, ...), c'est là une grave profanation du nom de D., car tous diront : "Voyez comme les actes de cet homme qui a étudié sont déplaisants, comme ses voies sont répulsives!"

"Hachem parla à Moché et à Aharon, Il leur donna des ordres pour les enfants d'Israël et pour Pharaon, roi d'Egypte, afin de faire sortir les enfants d'Israël du pays d'Egypte." (Vaéra 6,13)

Selon la guémara (Yérouchalmi Roch Hachana 3,5), D. a communiqué ici au peuple juif les lois sur l'esclavage.

Cette affirmation est très étonnante.
Pourquoi enseigner à des êtres assujettis dans les conditions les plus barbares comment traiter leurs propres serviteurs?
Cela ne paraît-il pas dérisoire?

Le Mikdach Mordé'haï explique que les lois en question dictent la façon de traiter humainement ses esclaves, toute une approche que nos Sages définissent en une phrase (guémara Kiddouchin 20a) : "Qui acquiert un serviteur juif s'acquiert un maître!"

Les hommes sont cependant naturellement portés, en raison de leur tendance dominatrice, à brimer leurs esclaves, à ne leur témoigner aucune pitié, et à se considérer comme les maîtres de leur corps autant que de leur âme.

=> Voilà pourquoi D. a choisi ce moment, où les enfants d'Israël sentaient eux-mêmes le goût amer de la servitude, pour leur apprendre à se comporter convenablement avec des esclaves.

C'est à cette condition que D. espérait leur inculquer une compréhension plus profonde de ces lois, dont ils se souviendraient plus tard, quand eux-mêmes auraient recouvré leur liberté.

Source (b"h) : le "tal'lei Oroth" du rav Yissa'har Dov Rubin

"Les fils de Réouven, premier-né d'Israël : 'Hanokh et Fallou, 'Hètsron et Karmi, voilà les familles de Réouven.
Et les fils de Chim'on : Yemouel et Yamin et Ohad et Yakhin et Tso'har, et Chaoul, fils de la Cananéenne, voilà les familles de Chim'on.
Et ceux-ci sont les noms des fils de Lévi selon leur génération : Guerchon et Kéhat et Mérari ; et les années de la vie de Lévi furent de 137 ans." (Vaéra 6,14-16)

Le Chlah haKadoch met en relief la différence qui oppose le 1er de ces versets au dernier.
Dans le cas des enfants de Révouen et Chim'on, la Torah indique simplement : "les fils de Réouven" et : "les fils de Chim'on".
Pour Lévi, en revanche, elle précise : "Et ceux-ci sont les noms des fils de Lévi".
Que signifie cet ajout?

Ce grand Maître, explique que ce passage de la Torah souligne ici un élément tout à fait spécifique aux noms des enfants de Lévi.

Ayant pressenti par inspiration divine, que ses descendants ne seraient pas soumis aux travaux forcés, celui-ci a cependant voulu marquer sa solidarité avec les enfants d'Israël.

Aussi a-t-il tenu à mettre l'accent sur leurs souffrances par le choix du nom de ses fils :
-> Guerchon = parce que le peuple juif était composé de guérim ("étranger") au pays d'Egypte ;
-> Kéhat = parce que leur dents kahou ("ont pourri") sous l'effet de la souffrance ;
-> Mérari = parce que les Egyptiens mérarou ("ont rendu amères") leurs vies.

=> Bien que les tourments des Bnei Israël aient épargné sa propre tribu (les Lévi'im pouvant rester tranquillement étudier la Torah en terre de Gochèn), l'importance de sa solidarité avec ses propres frères et des liens bienveillants qui l'unissaient à eux a occupé une large place dans l'esprit de Lévi, assez grande pour guider son choix quant au nom de ses enfants.
[A chaque mention d'un de ses enfants, Lévi pouvait se souvenir de l'atroce souffrance que subissait le restant du peuple.
Si mon frère juif (que je dois aimer comme moi-même!) ne va pas bien, je ne peux pas être pleinement heureux.]

Source (b"h) : le "tal'lei Oroth" du rav Yissa'har Dov Rubin

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-> Le Chla haKadoch en déduit notre obligation de partager la peine de la communauté, même si nous ne sommes pas directement touchés.
Hachem nous en montre d'ailleurs l'exemple à travers les mots : "Je serai qui Je serai" = promesse qu'Il sera aux côtés de Ses enfants dans l'exil égyptien comme Il le sera lors des suivants.

"Rassemblez-vous, et je vous raconterai ce qui vous arrivera à la fin des jours." (Vayé’hi 49,1)

Selon le Likoutei Ramal, dans ses dernières instructions avant de mourir, Yaakov transmet le message suivant :
Contre les malheurs qui vous atteindront à la fin des temps :
-> "rassemblez-vous" = Réunissez-vous !
[le Likouei Mégadim de dire : Il ne peut y avoir d’unité authentique que s’ils se pardonnent.]

-> "je vous raconterai" (véaguida la’hèm) = Formez un seul groupe (agouda) car cette unification sera pour vous une planche de salut !

=> le conseil de Yaakov pour traverser avec succès l'exil = bien que chaque juif soit unique (chaque fils de Yaakov représentant une tribu), chacun se doit de tout faire pour rester membre d'un seul bloc, d'un seul peuple uni vers la réalisation de la volonté de D.

Par ailleurs, le mot employé ici pour : "arrivera" (yikré) comporte une connotation de hasard de coïncidence (mikré).

Le Baal Chem Tov y voit une allusion au principe rapporté dans la guémara (Sanhédrin 97a) selon lequel, le Machia’h viendra, subitement, sans aucun avertissement préalable, comme le déclare le prophète (Mala’hi 3,1) : "Le maître dont vous souhaitez la venue entrera soudain dans son sanctuaire, et le messager de l’alliance que vous appelez de vos vœux, le voici qui vient."

"Israël vit les fils de Yossef, et il dit : "Qui sont ceux-là ?" " (Vayé’hi 48,8)

Le ‘Hafets ‘Haïm note que lorsque Yaakov a demandé : "Qui sont ceux-là ?", il les a très probablement reconnus en tant que fils de Yossef.

Mais ce n’était pas suffisant pour qu’il les bénisse.
Il voulait encore savoir ce qu’ils étaient eux-mêmes.
[et non seulement des fils de … ]

Et quand Yossef lui a répondu : "Ce sont mes enfants !", ce n’était pas pour les présenter comme membres de leur famille, car son père les connaissait bien.
Mais c’était pour confirmer que ses fils étaient vertueux, et qu’ils suivaient ses traces.
C’est seulement alors que Yaakov les a appelés pour les bénir.

Quelqu’un demanda une fois au ‘Hafets ‘Haïm une bénédiction pour que ses enfants restent pratiquants.
Le Sage répondit : "Imaginez-vous obtenir cela par une bénédiction ?
Pour y parvenir, il faut déployer de la messirout néfech (abnégation, don de soi) !"

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-> "Israël vit les fils de Yossef et dit : qui sont ceux-là?" (48,8)

Le Ohr ha'Haïm haKadoch objecte : pendant 17 ans, les fils de Yossef se trouvaient chez Yaakov pour étudier la Torah avec lui, donc comment peut-il demander qui ils sont?

Les Sages ont expliqué que Yaakov a vu que devaient sortir d’eux des réchaïm.

Le Ohr ha'Haïm haKadoch écrit : Il est possible que Yaakov ait eu par là l’intention d’éveiller l’amour du père pour son fils avant de les bénir, afin que la bénédiction soit avec le maximum d’amour et de tendresse.
C’est pourquoi il a demandé : "qui sont ceux-là?", pour entendre de la bouche de son fils bien-aimé : "ce sont mes fils".
Alors il aurait un élan de tendresse envers eux, comme dans le verset : "quand je parle de lui, je m’en souviendrai, c’est pourquoi mes entrailles s’émeuvent pour lui et je le prendrai en pitié."

+ "Yaakov vécut dans le pays d’Egypte 17 ans. Les jours de Yaakov, les années de sa vie, furent de 147 ans. Les jours où Israël allait mourir s’approchaient." (Vayé’hi 47, 28-29)

Pourquoi ces versets mentionnent-ils notre Patriarche d’abord par Yaakov, puis par Israël ?

Rabbénou Bé’hayé explique que chacun de ces 2 noms fait allusion à un aspect distinct de l’existence :
-> Yaakov (dont le nom provient de : "et sa main tenait le talon (ékev) de Essav" - Béréchit 25,26), représente la réalité physique ;
-> Israël (qui vient de : "car tu as lutté (sarita) avec D." - Béréchit 32,29), représente la réalité spirituelle.

La caractéristique essentielle est, bien sûr, celle orientée vers le spirituel, mais il est impossible de vivre dans ce monde en faisant abstraction de ses particularités physiques.

Nos Sages ont énoncé (guémara Béra’hot 13a) : "Le nom "Israël" n’est pas destiné à supplanter entièrement celui de Yaakov. Mais Israël sera le nom principal, et Yaakov le secondaire."

Voilà pourquoi, s’agissant de sa durée de vie, qui dépend des conditions physiques, il est appelé par le nom qui figure cette caractéristique de son existence : Yaakov.

Mais, lorsqu’elle décrit sa mort ainsi que les événements qui y mèneront et qui l’entoureront, la Torah emploie le nom Israël, car le côté physique s’efface alors pour ne laisser place qu’au spirituel.

+ Supplément :
Il est écrit dans la guémara (Béra’hot 13a) : "Quiconque désigne Avraham sous son précédent nom d’Avram enfreint un commandement actif de la Torah."

Il en va différemment avec Yaakov, pour lequel la Torah l’appelle Yaakov et Israël (cf.ci-dessus).

Le rav Israël Salanter nous explique pourquoi les 2 noms vont perdurer.

Il note :
-> Yaakov est dérivé d’un mot désignant une tromperie (comme l’a dit Essav : "Il m’a trompé (vayakév’ni) deux fois" - Béréchit 27,36)

La ruse et la tromperie bien qu’elles constituent des traits fondamentalement ignobles, ont néanmoins leur place dans le combat interminable mené par l’homme contre le penchant au mal.

-> Israël (cf. ci-dessus. "car tu as lutté (sarita) avec D. et avec les hommes, et tu l’as emporté"), fait allusion à son ascendant nouvellement acquis sur l’inclination au mal (tu l’as emporté !).

Néanmoins, les facultés de ruse et de tromperie à des fins sacrées ne peuvent jamais être totalement abandonnées.

Elles doivent être gardées en réserve pour des occasions où le penchant au mal redresse la tête avec quelque nouveau plan diabolique.
[à l’image de l’idée, que tant que l’on est en vie, on ne doit pas se croire infaillible devant la faute]

Voilà pourquoi le nom "Yaakov" a dû être retenu, en particulier à ce début d'exil en Egypte (épreuves et tentations futures, ...)

"Yaakov vécut dans le pays d’Egypte pendant 17 ans." (Vayé’hi 47,28)

Le Rav Zalman Sorotzkin de noter que cette paracha, qui relata la mot de Yaakov, est intitulée Vayé’hi (il vécut).
De même, celle qui rend compte de la mort de Sarah est ‘Hayé Sarah (la vie de Sarah), comme pour marquer le fait que la vie et la mort ne constituent pas des notions opposées.

Au contraire, la mort marque le début d’une vie véritable et éternelle, lorsque ceux qui ont pratiqué la vertu pénètrent dans le palais divin après avoir vaillamment franchi le vestibule de l’existence terrestre.

 

Rabbi Arié Lévine a dit : "Lorsqu'un nouveau né vient au monde, tous les gens sont en joie, pourtant le nouveau-né lui pleure.
Lorsque l'âme quitte ce monde, les gens prennent le deuil mais peut-être que l'âme se réjouit ..."

+ "Et les fils de Binyamin : Béla et Bé’hèr et Achbel, Guéra et Na’aman, E’hi et Roch, Moupim et ‘Houpim et Ard." (Vayigach 46,21)

-> La guémara (Sota 36b) nous enseigne que les noms de ‘Houpim et Moupim rappelaient l’absence de Yossef et de Binyamin à leur mariage (‘houpa) respectif.

-> Le Rav ‘Haïm Chmoulevitz commente qu’on comprend aisément la douleur de celui qui doit se marier sans la présence d’un frère.
Celle de ne pouvoir assister au mariage de son proche semble moins évidente.
Le rav Chmoulévitz écrit : "Nous voyons ici que le fait de ne pas pouvoir participer à une sim'ha de son frère est une tragédie importante au point de nommer un de ses enfants en fonction de cela!"

-> On raconte l’anecdote suivante sur le Rav Avraham Grodzinsky, le dirigeant spirituel de la yéchiva de Slabodka.

Un jour, en visite chez la famille à Varsovie, il regarda sa montre au beau milieu de la conversation, et se mit à chanter, puis à sautiller et à danser.
Cela durant pendant une heure, sous les yeux stupéfaits de son entourage.
A la fin, il se rassit et expliqua en disant : "En ce moment même, un de mes élèves se marie à Slabodka.
Je n’ai pu, malheureusement, assister à sa fête et réjouir son cœur.
Mais je peux me réjouir moi-même pour cet heureux événement qui le concerne car, somme toute, sa fête est aussi la mienne !"