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"Tu réprimanderas ton prochain et ne porteras pas de faute à cause de lui" (Kédochim 19,17)

-> Si un sage en Torah (talmid hakham) est bien-aimé par les habitants de sa ville, ce n'est pas en raison de sa supériorité [en sagesse], mais plutôt parce qu'il ne leur fait pas de remontrance dans les sujets du Ciel.
[il est bien-aimé car il n'est pas strict avec eux au sujet de leur observance des mitsvot]
[Abbayé - guémara Kétoubot 105b]

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-> Un rav dont la communauté ne souhaite pas le départ n’est pas un rav.
Et un rav qui a été renvoyé par sa communauté n’est pas un homme."
[Rav Chakh au nom du Maharil Diskin]

[Habituellement, les gens n’aiment pas recevoir de remontrances, et c’est pour cela qu’ils préfèrent avoir un rav de communauté qui les laisse "tranquilles" dans leurs agissements.]

-> Le Ohr ha'Haïm commente :
"La réprimande réveille souvent un sentiment d'hostilité. Néanmoins, cela ne doit pas décourager un rav/rabbi de protester contre de mauvaises actions.

Il est mauvais que le rav/rabbi reste silencieux et se dise : "Pourquoi ai-je besoin de cet embarras? Pourquoi devrais-je créer de l'animosité et des différends dans ma communauté?"

Il doit avoir confiance dans la bonne volonté des gens et il devrait se dire à lui-même : "Je vais les réprimander comme il le faut, et je suis persuadé qu'ils sont assez honnêtes pour accepter la vérité sans garder de rancune à mon égard"."

[il faut agir avec beaucoup de sagesse pour s'assurer que la remontrance porte, b"h, des fruits positifs.]

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+ b'h, quelques autres divré Torah sur le sujet de la réprimande :
-> https://todahm.com/2016/10/18/la-remontrance

-> https://todahm.com/2015/03/17/reprimander-autrui

-> https://todahm.com/2014/11/19/le-reproche

-> https://todahm.com/2018/05/30/6468

-> https://todahm.com/2018/08/08/6972

-> https://todahm.com/2018/01/02/5918

-> https://todahm.com/2014/05/18/1429

-> et aussi : https://todahm.com/2021/09/10/la-reprimande

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-> Le déluge à l'époque de Noa'h est appelé : "les eaux de Noa'h" (Yéchayahou 54,9), car le déluge aurait pu être évité si Noa'h avait réprimandé sa génération.
[Imré Séfer]

-> Tout celui qui néglige de réprimander son prochain, porte ses fautes avec lui.

Tous les juifs partagent un compte commun, dans lequel chacun des membres se partage la responsabilité du comportement moral les uns des autres.
Il faut prendre cela au sérieux à l'image d'un emprunt collectif, car si nous ne nous assurons pas qu'autrui paie bien sa part, alors nous la paierons à sa place.
[Kli Yakar - Kédochim]

[tous les juifs sont liés les uns aux autres, et le comportement de chacun impacte par ricochet la collectivité et chaque juif individuellement.
Par ailleurs, la mitsva d'aimer son prochain comme soi-même, et celle d'aimer Hachem (tsélem élokim = l'âme), nous obligent à désirer que notre prochain puisse avoir le meilleur monde à venir, en se comportant au mieux dans ce monde, et cela passe par la nécessité de le réprimander.
Comment rester insensible lorsqu'un de nos frères/sœur juif détruit son monde futur par ses actions?]

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-> Lorsqu'une personne fait une remontrance à autrui d'une manière pleine de miséricorde, témoignant de la préoccupation pour l'âme de son prochain, cela amène du plaisir à Hachem.
A la fois l'émetteur et le receveur de la réprimande sont bénis.
[midrach Tana déBé Eliyahou rabba - chap.3]

-> Une personne qui accepte avec amour les remontrances, démontre qu'elle est humble, et la Présence Divine réside alors sur elle.
[Rav Pinh'as de Koretz - dans le Ménorat Téhora]

-> De nombreux tsadikim comme le Maharcha, le Gaon de Vilna et le Baal haTanya, avaient des professionnels pour les réprimander.
D'ailleurs, selon Rabbénou Bé'hayé (Nitsavim) le fait d'être content [et d'avoir de la gratitude] lorsque l'on nous fait remarquer des points à améliorer, c'est un signe de bons traits de caractère.

[nous devons apprécier tout particulièrement ceux qui nous font des reproches constructifs, car ils nous permettent de prétendre au meilleur dans l'éternité du monde à venir.]

Le Rosh (Or'hot 'haïm 45) enseigne que nous devons nous réjouir lorsque des reproches positifs nous sont adressés.
[certes, une critique n'est pas agréable sur le moment, mais il nous sera bien plus honteux d'avoir des défauts pour l'éternité dans le monde à venir.
Plutôt que de faire toute sa vie d'une mauvaise façon, aucun la modifier est agir d'une façon bénéfique sans forcément plus d'effort de notre part, juste la bonne habitude qui se met en place!]

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-> Toute personne qui fait une remontrance devra toujours faire bien attention à ne pas dépasser la fine ligne menant à émettre une critique contre les juifs [en général].
[le 'Hida - Dvach léPhi]

-> Le rav Eliyahou Lopian (Lev Eliyahou), lorsque ses enfants ou ses étudiants ne se comportaient pas comme il le fallait, il ne les disciplinait pas immédiatement par peur que la réprimande ne soit salie/polluée par de la colère.

C'est uniquement lorsqu'il était certain que sa colère avait totalement disparu qu'il agissait.
Une fois, il a attendu 2 semaines avant de faire une remarque à l'un de ses enfants, sur sur mauvais comportement.

-> Le rabbi 'Haïm Friedlander compare une personne à un diamant.
Pour retirer la poussière d'un diamant, on ne doit pas utiliser une brosse dure qui va créer de minuscules rayures (des critiques), mais plutôt essuyer la pierre avec une brosse très douce (des encouragements et de la bienveillance). Alors, le diamant brillera plus fortement qu'auparavant.

-> L'Alter de Kelm fait remarquer que lorsqu'un élève est réprimandé 2 ou 3 fois et que l'on ne constate pas d'amélioration, on ne doit pas se mettre en colère.
A la place, il faut se demander : "Ai-je réussi à corriger mes défauts en 2 ou 3 essais?"

[de même que nous sommes tolérant envers nous-même, de même dans nos attentes avec autrui]

-> Lorsqu'un professeur de la yéchiva de Sochatchov avait besoin d'être réprimandé, le rav Kowalsky exprimait des louanges sur les actions de l'enseignant jusqu'au point où son visage rayonnait de joie.
Il délivrait alors rapidement son reproche, en disant à quel point il était dommage qu'une situation si parfaite puisse être entachée par un problème si facilement modifiable.

Le 'Hatam Sofer agissait également en ce sens, où à l'image d'un sandwich, il enrobait habilement sa réprimande de plusieurs couches de tranches de louanges.

-> Le Kédouchat Lévi ('Houkat) décrivait la personne en des termes agréables, rappelant son origine Divine (l'âme) et sa grandeur inhérente, et la joie que Hachem tire de ses bonnes actions.
Il tirait le cœur du fauteur vers Son Père au Ciel.

De même, l'Alter de Slabodka insistait sur la grandeur de l'homme, qui est créé à l'image de Hachem.

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-> Personne n'aime qu'on lui dise quoi faire.

Une réprimande (tokhakha - תוֹכָחָה) provient du même mot que : une preuve (hokhakha - הוֹכָחָה).
Il faut donc amener autrui à se rendre compte lui-même de la vérité, ce qui va éliminer sa réaction naturelle d'auto-défense.
La nécessité de changer devient un choix personnel dans l'intimité, et non imposé (donc potentiellement rejeté par orgueil personnelle : je fais ce que je veux!).

-> Le Ben Ich 'Haï dit que l'on peut préserver sa dignité en employant une parabole, une histoire de quelqu'un d'autre dans la même situation, ...
Puisqu'il n'est pas visé directement, il va être beaucoup plus ouvert (non sur la défensive) pour être réceptif au message.

-> Le risque de la remontrance est d'installer l'idée suivante : c'est un fauteur, tandis que moi je suis davantage parfait, meilleur que lui!
Il peut être bien d'admettre que nous avons également fauté, et que du coup nous ne faisons que partager des conseils d'ami pour lutter contre le yétser ara.
[traitement entre amis, d'égal à égal dans la faute!]

-> Rabbi Aharon Kotler fait remarquer que les actions peuvent parler davantage que les mots dans un but d'influencer les autres. Ainsi, le fait de donner un bon exemple est également une forme de remontrance (si lui agit d'une si belle façon, alors pourquoi pas moi!).

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-> La guémara Baba Métsia (31a) affirme : "Réprimande-le même 100 fois, s’il le faut!"

Selon le Saba de Kelm, il ne faut pas émettre une remontrance d'un coup, en une fois, mais plutôt la morceler, et l'adresser par petites doses.

Le Ralbag dit qu'en voulant trop donner d'un coup, au final il n'arrivera à rien digérer. Il faut y aller étape par étape en fonction de ce qui est raisonnable et acceptable pour cette personne.

Le 'Hafets 'Haïm compare cela à une prescription de médicaments, qui se prend par de nombreuses petites doses sur une certaine période.

[nous devons prendre en compte l'état actuel de la personne (fatiguée? heureux dans sa vie? ...), sa réaction aux reproches, la taille de la remontrance à ses yeux, ... et en fonction de tous les paramètres nous devons établir une prescription de médicaments (avec plein de sucre autour pour dissiper le goût amer) pour qu'il guérisse, qu'il prenne conscience de son mauvais comportement.]

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-> "Une personne voit tous les défauts, à l’exception des siens" [michna Négaïm 2,5]

-> "Se trouve-t-il un seul individu, dans cette génération, qui soit apte à faire des remontrances?
Il voit la paille dans l’œil du voisin, et ne voit pas la poutre dans le sien!"
[Rabbi Tarfon - guémara Arakhin 16b]

-> Selon le Malbim, il y a 3 conditions qui sont nécessaires chez celui qui souhaite corriger son prochain : avoir un comportement irréprochable ; avoir un état d'esprit irréprochable ; et avoir une façon de réprimander qui ne fait pas honte à autrui en public.

-> La rabbanite Feldbrand écrit qu'avant de faire un reproche, on doit se demander :
- est-ce que cela doit être dit (parfois il vaut mieux se taire)?
- est-ce que je dois être celui qui le dit?
- à qui vaut-il mieux le dire?
- quelle est la meilleure manière/approche pour le dire?
- où et quand le dire?
Elle conclut que le plus important est au préalable de prier Hachem pour y réussir.

-> Le Mé haChiloa'h affirme que si l'on pense que notre réprimande n'aura pas d'effet positif, il vaut mieux s'engager dans une démarche de juger positivement autrui.

-> Rabbi Na'hman de Breslev (Likouté Moharan 2,8) nous enseigne que si celui qui émet des reproches n'est pas à un bon niveau spirituel, alors sa remontrance n'atteindra pas un effet positif, et au contraire à la place elle peut causer des dommages spirituels.

-> Selon le rav Yéhouda Zev Segal, lorsque nous voyons notre prochain fauter, cela doit nous pousser à le réprimander comme si nous sauvons un proche de la noyade.
Mais cela n'est possible que si l'on traite déjà soi-même cette faute dans sa vie personnelle avec la plus grande des sévérités.

[il faut avoir à l'esprit que nous avons tous une tendance accrue à fauter dans des domaines différents. Ce qui est facile pour moi, peut être très dur pour autrui, et je dois en tenir compte!]

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-> "Reprends et corrige ton prochain, et tu n’assumeras pas de péché à cause de lui" (hokhéa'h tokhia'h ét amité'ha, vélo tissa alav 'hét - Kédochim 19,17)

-> Le Ben Ich 'Haï commente :
Du dédoublement du terme "hokhéa'h tokhia'h" on apprend beaucoup de bonnes conduites, ici nous voyons qu’il faut avant de reprendre ou de corriger notre prochain, se demander si, nous même ne sommes pas en défaut envers notre Créateur bien plus que notre prochain envers nous. Et alors qu’Hachem nous tolère, nous supporte et nous pardonne, comment pourrions-nous nous emporter contre le méfait que nous venons de subir?
Et donc si nous nous remettons en question (le premier "hokhéa'h") avant d’accuser (le deuxième "tokhia'h") notre prochain, alors nous ne lui tiendrons pas rigueur pour sa faute (c’est le "lo tissa alav 'hét").
Et là il nous deviens également possible d’accomplir le verset suivant: "Ne te venge ni ne garde rancune aux enfants de ton peuple" (לֹא-תִקֹּם וְלֹא-תִטֹּר אֶת-בְּנֵי עַמֶּךָ) et même la suite: "mais aime ton prochain comme toi-même" (וְאָהַבְתָּ לְרֵעֲךָ כָּמוֹךָ).

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-> -> Le Ben Ich 'Haï (sur le verset Bamidbar 1,2) écrit :
L’idée de toujours garder un œil bienveillant sur le juif qui s’égare, de lui chercher une défense plutôt que d’accuser et primordiale et même quand il y a une mistva de parler durement à quelqu’un pour l’aider à se ressaisir, cela doit être superficiel, mais au fond de soi et surtout envers le Créateur, on se doit de n’être que de bons avocats pour nos frères.

La remontrance

+ La remontrance (par le Rabbi 'Haïm Chmoulevitch)

-> "Réprimande ton prochain et tu n'assumeras pas de péché à cause de lui" (Kédochim 19,17)

-> "Voici les paroles (de remontrances) que Moché adressa à tout le peuple d'Israël" (Dévarim 1,1)

Rachi sur ce verset : "Puisque ce sont des paroles de reproche, Moché a énuméré ici tous les endroits où les enfants d'Israël ont irrité Hachem et a dissimulé les faits reprochés en les rappelant par simple allusion, par égard pour le peuple d'Israël"

Moché prend soin de ne pas rappeler explicitement les fautes, dans un souci de ne pas offenser, déshonorer, tellement est important l'honneur dû à autrui.

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1°/ L'essence d'une remontrance :

Lorsque Yossef, 22 ans après avoir été vendu par ses frères, se fait reconnaître à eux, il est écrit :
-> "Il dit à ses frères : "Je suis Yossef" (Béréchit 45,3)
Rachi : "Ils étaient stupéfaits devant lui : de honte"

-> Rabbi Chimon ben Elazar dit : "Malheur à nous au jour du jugement (divin), malheur à nous au jour de la remontrance.

Si déjà les frères de Yossef n'ont pas pu répondre à leur jeune frère, tant ils étaient consternés (par sa réprimande), à plus forte raison pour chacun d'entre nous, lorsque D. viendra nous réprimander selon nos actions (au jour du jugement) seront-nous consternés"
[Yalkout Chimoni - Vayigach 152]

=> Faire une remontrance, ce n'est pas réprimander par des paroles sévères, c'est essentiellement placer le fauteur devant son erreur afin qu'il la reconnaisse et regrette son attitude.
C'est pourquoi, l'expression est concise : "Je suis Yossef".

-> "Hachem viendra réprimander chacun de nous selon ses actions"
[Yalkout Vayigach 152]

On peut imaginer notre réaction, lorsque dans le monde de vérité, tout nous apparaîtra clairement, et que nous seront placés face à nos erreurs de jugement et d'attitude.
Quelle souffrance énorme!

Lorsque Its'hak prend conscience de son erreur de jugement depuis de nombreuses années sur le caractère de Essav, il ressent une remontrance de D., un instant de vérité lui est révélé.
Il écrit : "Its'hak fut saisi d'une immense frayeur" (Béréchit 27,33)

Au point que nos Sages disent : "Cette frayeur était supérieure à celle qu'il avait ressentie lorsqu'il avait été lié sur l'autel" (midrach Béréchit rabba 7,2)

La frayeur de la remontrance est plus importante que celle face à sa mort, où attaché, il voyait les anges pleurer.

=> Il n'y a pas plus grande déception que de voir tout l'édifice et toute l'oeuvre d'une vie, basée sur des idées fausses, s'écrouler.

Se réprimander ou réprimander autrui, c'est donner une claque de vérité, et ça peut faire très mal!
On se doit de tout faire pour qu'il en résulte de la téchouva, une amélioration de la personne, et non l'effet contraire.

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2°/ Risque en cas de non écoute :

-> "Lorsque Elicha a réprimandé les enfants d'Israël et qu'ils ne se sont pas repentis de leur mauvaise voie, leurs ennemis vinrent les tuer et c'est comme si c'était lui (Elicha) qui les avait fait mourir, car ils furent davantage sanctionnés après qu'il les ait prévenus (réprimandés) que s'il ne les avait pas prévenus."
[le Radak - Méla'him I 19,17]

=> Faire une réprimande à une personne qui n'est pas prête à l'entendre lui cause du tort, car elle voit sa sanction aggravée.

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-> Yaakov lui dit : "Réouven mon fils, je vais te dire pourquoi je ne t'ai pas adressé de réprimande pendant toutes ces années (précédentes) : c'est que je craignais que tu me délaisses pour aller t'attacher à mon frère Essav" (Rachi - Dévarim 1,3)

Lorsqu'une personne est fortement perturbée et déçue, découragée ou désespérée, le yétser ara a le pouvoir de la faire basculer en un court instant, directement, depuis le sommet au fond du trou.

Si Réouven avait reçu la réprimande de son père juste après son action répréhensible, il aurait été fortement troublé et désemparé d'avoir perdu son monde futur.
Il aurait été alors en danger spirituel, et le yétser aurait pu accentuer ce désespoir et le faire basculer en un instant jusqu'à abandonner son père et ses valeurs pour s'attacher à Essav et son impiété.

=> Faire une réprimande, même par amour de l'autre, nécessite de peser ses mots et de savoir attendre la bonne occasion pour le faire.

A l'image d'un médicament, il faut mettre beaucoup de sucres (paroles positives) pour une faible dose de médicament amer (la réprimande), et s'assurer que la personne pourra l'avaler (parler au bon moment, garder l'honneur de l'autre intact, ...).

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+ Sur ce sujet, b"h, à lire aussi : https://todahm.com/2015/03/17/reprimander-autrui

Une réprimande constructive

+ Une réprimande constructive :

"Tu réprimanderas ton prochain" (Kédochim 19,17)

-> A partir de la double formulation du verset, "o'héakh to'héa'kh (ét amité'ha)" [ הוֹכֵחַ תּוֹכִיחַ], la guémara en déduit (Baba Métsia 31a) qu’une personne est tenue de réprimander une autre personne, même jusqu’à 100 fois.

Le Zéra Shimshon explique la formulation de ce commandement d’une autre manière.
La plupart du temps, un fauteur qui est réprimandé n’abandonne pas immédiatement ses mauvaises habitudes. Au contraire, la première réprimande qu’il entend émeut un peu son âme et le pousse à réfléchir à la manière d’améliorer sa conduite. Finalement, après avoir été réprimandé à de nombreuses reprises, il finit par changer ses habitudes.

Cependant, la manière dont le fauteur accepte la réprimande est un indicateur de la façon dont il acceptera les réprimandes futures et, par ailleurs, de la nécessité pour la personne de continuer à le réprimander jusqu’à ce qu’il change de comportement.

La différence réside dans l’attitude du fauteur envers celui qui le réprimande. Si la réprimande n’a fait que créer de l’animosité entre les deux, alors celui qui réprimande doit cesser de donner davantage de moussar, car il a désormais l’obligation de se taire et de ne pas dire quelque chose qui sera simplement ignoré (Yébamot 65b).

Cependant, si le fauteur comprend que la réprimande est motivée par l’amour (ce qui dépend souvent à la fois de la personne qui réprimande, et de la manière dont elle le fait, et également du caractère de celui qui est réprimandé), qu’il l’apprécie mais reste incapable de vaincre son yétser ara, alors celui qui réprimande doit continuer à le réprimander jusqu’à ce qu’il se repente.

Il semble que le Zéra Shimshon relise le verset comme suit : o'héakh (הוֹכֵחַ) = tu dois réprimander, mais pour décider si tu dois continuer à réprimander, cela dépend de "to'héa'kh ét amité'ha" (תּוֹכִיחַ אֶת-עֲמִיתֶךָ), tu dois réprimander ton prochain (quelqu'un que tu considère comme proche, importante, aimée, ... dans ton cœur), et si malgré la réprimande elle reste ton prochain, alors tu peux continuer à la réprimander.
[il ne suffit pas de vider son cœur en disant des réprimandes (c'est bon j'ai fait mon devoir!), nous devons être vigilant à l'état de l'autre, et s'assurer que notre réprimande ne lui est pas mal perçue, trop douloureuse, contre productive, ... ]

Sur cette base, le Zéra Shimshon explique un verset de Michlé d’une manière pédagogique et perspicace.
Le verset dit :"Celui qui méprise la réprimande hait son âme, et celui qui y prête attention acquiert un cœur" (Michlé 15,32).
Le Zéra Shimshon dit que la première partie du verset se comprend simplement : celui qui méprise la réprimande hait son âme.
Cependant, la deuxième partie fait référence à celui qui est disposé à écouter et à intérioriser le moussar (d’où le mot "prêter attention" dans le verset), même s’il ne peut pas se repentir immédiatement. Lorsque vous avez affaire à une telle personne, le Zéra Shimshon dit de ne pas perdre espoir et de ne pas abandonner, même s’il n’y a pas de changement immédiat, car tant que vous voyez que le moussar est accepté, sachez qu’un jour cette personne se repentira sans aucun doute. En attendant, chaque élément de moussar accepté l’aide à retrouver son cœur.

Ne pas critiquer le peuple juif

+ Ne pas critiquer le peuple juif :

-> Aucune personne vertueuse n’a le droit d’accuser le peuple juif ni de tenir des propos négatifs à son égard, même si ce peuple est véritablement racha. Hachem ne s’intéresse pas à ceux qui l’accusent, car qui est plus grand que Moché Rabbénou?
Il avait décrit le peuple juif comme "un groupe de fauteurs" (anachim 'hata'im - Matot 32,14), et malgré sa grandeur, Hachem considéra sa remarque comme une faute (midrach Tan'houma - Vaét'hanan siman 6).

Bien que Moché eût dit la vérité, Hachem ne souhaitait pas qu’il critique le peuple juif.
De même, Eliyahou a dit : "Les Bné Israël ont abandonné Ton alliance" (Méla'him I 19,14). Par la suite, Hachem dit à Éliyahou : "Oins plutôt Élicha comme prophète", car Hachem ne souhaite pas d’un prophète qui accuse le peuple juif.

Puisque le peuple juif est le peuple d'Hachem, la bouche qui souhaite l’accuser auprès d'Hachem devrait plutôt prier Hachem pour qu’il se repente, comme nous le trouvons dans la guémara (Béra'hot 10a - Rabbi Méïr était profondément troublé par les rebelles qui vivaient dans sa communauté. Il souhaitait prier pour qu’ils meurent, mais sa femme, Brouria, lui suggéra plutôt de prier pour qu’ils se repentent. Il l’écouta et ses prières furent exaucées. ]
Par conséquent, Hachem souhaite que nous réprimandions les fauteurs [en leur parlant], et que nous priions Hachem pour qu’ils reviennent sur le droit chemin.
[rabbi Yaakov Abou'hatséra - Pitou'hé 'Hotam - Kédochim 19,16-17]

Réprimander autrui …

+ Réprimander autrui …

Il y a plus de 2000 ans, nos Sages ont dit (guémara Arakhin 16) :
"Rabbi Tarfon déclara : Je serais étonné qu’existe dans notre génération un homme qui accepte la réprimande.
Et Rabbi El’azar ben Azaria d’ajouter : Je serais étonné qu’existe dans notre génération un homme qui sait comment réprimander. "

[Rabbi Na'hman de Breslev a dit : "à plus forte raison dans notre génération"]

Une autre guémara (Yébamot 65b) ajoute :
"De la même façon qu’il y a une mitsva de dire ce qui peut être accepté par notre prochain, il y a une mitsva de ne point dire quelque chose qui serait irrecevable.
Rabbi Abba précise que tout ceci doit être considéré comme une obligation. "

Le livre Or’hot ‘Haïm (Kéter Roch) spécifie qu’il ne faut pas prononcer des mots durs, sévères, qui sont inacceptables mais s’exprimer avec douceur.
Celui qui, de par sa nature, en est incapable, sera exempt d’accomplir la mitsva de réprimander.

Même quand on s’exprime avec délicatesse, le Rambam nous avertit de ne point tomber dans une persécution verbale : "Je donne mon avis une, deux ou trois fois. S’il m’écoute, tant mieux. Autrement, je n’insiste plus ; je le laisse dans sa sottise. Telle est toujours mon attitude. " (Iguéret haRambam).

=> Le 'Hazon Ich publia cette décision : "Puisqu'on ne sait plus réprimander à notre époque, nous devons seulement manifester de l'amour."

Lorsque l'on comble d’amour autrui, on ouvre en lui des sentiments positifs (je suis quelqu’un de bien, d’important, d’apprécier), lui redonnant confiance, goût et force à la vie.
Etant plus ouvert/plus à l’écoute et ayant une dette de gratitude (plus ou moins consciente), il est alors dans des conditions optimales pour se changer en fonction de ce qui compte aux yeux de celui qui l’a comblé d’amour.

L'idée de changer est perçue comme un potentiel de devenir encore meilleur (c'est pour mon bien!)
A l'inverse, la critique va braquer autrui (besoin de préserver son honneur, sa dignité) et il risque de percevoir négativement l'idée de changer (si je suis quelqu'un d'aussi mauvais à quoi ça sert de m'améliorer?).

Si on est sincèrement motivé par le bien d'autrui, et non par notre orgueil, il faut généralement éviter la critique sans des tonnes et des tonnes d'amour autour ...

=> Combler d’amour autrui, c’est le meilleur moyen pour l’aimer et lui permettre avec le temps d'accepter nos judicieuses remontrances.

+ Supplément :
-> "Il est plus facile de donner un conseil aux autres, qu’à soi-même."
(Rabbi Na’hman de Breslev)

-> "Critiquer les autres, c’est du temps perdu que l’on aurait pu utiliser pour s’arranger soi-même."
(‘Hovot Halevavot)

-> "Corrige-toi en premier et ensuite tu pourras corriger les autres."
(guémara Baba Métsia 107b)

Le reproche …

+++ Le reproche ...

--> Le Rabbi Yossef Its'hak de Loubavitch disait :
"Avant d'opérer un malade, D. nous en préserve, on anesthésie le membre afin de réduire au maximum la douleur.
Et bien, il en va de même pour l'opération de l'âme - le reproche : il faut épargner autant que possible la souffrance."

Le Rabbi a aussi écrit :
"Le reproche, c'est une injection.
Avant de l'administrer, il faut stériliser soigneusement la seringue, l'aiguille et la région à piquer.
Et après l'avoir administré, effacer toute trace de blessure.
Mesures vitales, faute de quoi on risque d'introduire un microbe ou un corps étranger et provoquer d'autres maladies."

--> "L'art du reproche, c'est feindre de l'adresser à la mauvaise personne (qui ne s'en formalisera pas) en présence de celui qu'il vise réellement.
Ainsi, on aura atteint sa cible sans humilier qui que ce soit."
[Le Tséma'h Tsédék]

--> "Tu vois ton ami pécher?
Assure-toi d'abord que tu ne commets pas toi-même ce péché."
[Rabbi Yaakov de Polnau]

--> "Il est difficile de réprimander, mais bien plus de se taire."
[Rabbi Yossef Its'hak de Loubavitch]

--> "Aime la critique, car elle te ramène à ton juste rang."
[Rabbi Chalom Dov Ber de Loubavitch]

 "Ne hais pas ton frère en ton cœur. Tu réprimanderas le membre de ton peuple, et tu ne porteras pas de faute à cause de lui." (Kédochim 19;17)


-> Selon le Kanféi Nécharim :
Nos Sages enseignent : "Corrige-toi, et ensuite, corrige les autres."
C'est ce que dit ici le verset : "Tu réprimanderas le membre de ton peuple", mais veille à "ne pas porter la faute" = au moment où tu lui fais des reproches, ne sois pas toi-même coupable de la faute, que tu l'as vu commettre.

-> Le Sfat Emet donne une interprétation sublime ...
Réprimande-toi au moment où tu réprimandes ton prochain, car sache qu'en toi aussi se trouve une partie de la faute de chaque juif (kol Israël arévim!).

"Et tu ne porteras pas de faute à cause de lui" = ne lui impute pas toute la faute.
==> Si tu te sens associé à sa faute, ta réprimande porteras et lui aussi se repentira.

D'ailleurs, le rav Moché Yéhoshua Heshel (dans son Yam haTalmud) donne une explication allant dans ce sens.
- Rachi (Kédochim 19;18) = "Rabbi Akiva dit : "[Tu aimeras ton prochain comme toi-même] est un grand principe de la Torah."
- Guémara Shabbath 31 = "ce que tu détestes, ne le fais pas à ton prochain, c'est là toute la Torah, et les détails, va les étudier."
Le rav Heshel se demande comment peut-on dire : c'est là toute la Torah?
En effet, de nombreux commandements entre l'homme et son Créateur n'ont aucun rapport avec celui-ci!
==> Nous savons que "tout le peuple est responsable l'un de l'autre."
Ainsi, quand un juif commet une faute, bien qu'il soit le seul à avoir tiré un profit, les autres sont punis à cause de lui.

On devrait tous réfléchir et comprendre qu'à cause de la faute que l'on commet par intérêt personnel, des personnes innocentes souffriront à cause de nous, alors qu'elles n'auront tiré aucun bénéfice de notre faute.
Est-ce que nous sommes prêt à payer pour les fautes des autres?
Par conséquent, comment peut-on faire souffrir autrui pour son bénéfice personnel?
Cette réflexion doit nous empêcher de commettre la moindre faute.

Ainsi, ce principe : "ce que tu détestes, ne le fais pas à ton prochain", constitue donc bien le fondement de toute la Torah, car il empêche l'homme de commettre la faute.

Dans le même sens, le Rav 'Hayim Vital explique que les enfants d'Israël sont comparables aux membres d'un même corps.
Quand l'un d'eux vient à pécher, tous les autres sont responsables de ce qui a été commis.
Telle est la raison pour laquelle, lorsque nous récitons le vidouï (la "confession"), nous employons la forme plurielle : 'hatana (= nous avons péché), et non 'hatati (=j'ai péché).
==> Même celui qui prie seul chez lui s'exprime ainsi, au pluriel, car le manquement de l'un est considéré comme ayant été perpétré par tous (leurs âmes étant liées, et garantes les unes des autres).

-> On apprend aussi de ce verset, que pour réprimander son prochain, il faut tenir compte de son tempérament, de ses traits de caractère et de son niveau spirituel.
Il ne faut pas agir en fonction de son tempérament à soi.
"Tu réprimanderas le membre de ton peuple" = réprimande-le en tant que "membre de ton peuple", selon sa nature, et non la tienne.

[ Un maître du moussar tire aussi de ce verset : "Réprimande ton prochain de la façon dont tu te réprimandes toi-même : avec le même ton et la même intensité."
En effet, on a tous tendance à être clément avec nous-même, et à être très sévère/intransigeant avec autrui ... ]

---> Il est écrit dans la guémara (Baba Metsia 31a) : "Réprimande, tu réprimanderas, même 100 fois".
-> Selon le Rabbi Waldenstein d'Ostrovsta :
Généralement, quand pour une fois, un homme éprouve l'envie de faire une réprimande à quelqu'un, il le fait précipitamment et n'a plus ensuite aucun rapport avec lui.
Ce n'est pas ainsi, qu'il faut accomplir la mitsva de réprimander son prochain.
Il ne faut pas se contenter de parler une fois : il faut lui parler de façon à ce qu'on ait quoi se dire le lendemain.

-> Selon le Rabbi david Bekkher de Mézéritch :
Parfois, tu n'es pas capable de dire ce qu'il faudrait dire ; parfois, l'autre n'est pas capable d'entendre ce qu'il doit entendre.
Au bout de 100 fois, l'occasion se présentera peut-être où tu pourras dire ce qu'il faut et où l'autre pourra entendre.

---> A propos de la destruction du 2e Temple, on a :
- Guémara (Yoma 9) = "Le 2e Temple a été détruit à cause de la haine gratuite."
- Guémara (Shabbath 119) = il a été détruit parce que les juifs ne se réprimandaient pas.

-> Le Avnei Azel, nous explique que ces 2 raisons n'en sont qu'une = comme la haine gratuite régnait parmi les enfants d'Israël, ils ne pouvaient pas se réprimander l'un l'autre.
Il manquait la condition essentielle pour pouvoir réprimander son prochain.

En effet, le Avnei Azel dit que l'homme ne peut réprimander son prochain que s'il éprouve de l'affection pour lui.
S'il l'aime, il s'inquiète de sa situation, et cherche vraiment à ce qu'il s'améliore, comme un père qui sermonne seulement son fils.

Plus l'amour est grand, plus la réprimande mue par l'affection a davantage d'effet : la personne ressent l'amour de celui qui la corrige, et accepte ses paroles.
Mais si un homme hait son prochain, il ne peut pas le réprimander, car son reproche sera inefficace.

=> Grâce au commandement "ne hais pas ton frère", il est possible d'accomplir "tu réprimanderas".

 

Source (b"h) : compilation du "mayana chel Torah", du Rav Alexander Zoucha Friedman + le "talelé orot" du Rav Yissa'har Dov Rubin