Aux délices de la Torah

Pâtisserie spirituelle depuis 5771 - b'h
 

La force du Shéma : une transformation instantanée

+ La force du Shéma : une transformation instantanée (selon rabbi Dovid Hofstedter) :

-> La lecture du Shéma Israël, la déclaration de prendre sur soi la souveraineté totale d'Hachem (kabbalat ol malkhout chamayim), possède une force particulière.
L'homme qui récite le Shéma de tout son cœur reçoit la capacité d'échapper à toute situation dangereuse et d'atteindre un dévouement total pour D. dans son service divin.

La guémara (Kiddouchin 49b) dit que si un homme fait un acte de kidouchin à la condition d'être un tsadik parfait, les kidouchin sont considérés comme valables même si c'est un racha, car il est possible qu'il se soit repenti à ce moment-là.
Le Agra d'kalla et le Bné Yissas'har (Hodèch Nissan 4,11) se demandent comment c'est possible, alors que la guémara dit par ailleurs (Yoma 86a) que la téchouva seule ne peut pas expier toutes les fautes.
Selon eux, la réponse est que lorsqu'un homme décide sincèrement de se repentir et de se soumettre à la souveraineté de D. (comme nous sommes censés le faire pendant le Shéma), son engagement chasse l'impureté qui l'enveloppait à la suite de ses fautes. Il ne peut donc plus vraiment être qualifié de racha, même si ses fautes n'ont pas encore été expiées.

-> L'injonction essentielle de la lecture du Shéma se reflète dans le commentaire de la guémara (Béra'hot 54a) : l'ordre d'aimer D. "de toute ton âme", c'est-à-dire "même s'Il prend ton âme [ta vie]".
Le Zohar (Bamidbar 195b) dit que lorsqu'on récite le Shéma, il faut s'imaginer livrer sa vie al kidouch Hachem ; celui qui le visualise sera considéré comme l'ayant réellement fait.

A ce sujet, le Ram'hal (Déré'h Hachem 4,4) écrit :
"L'une des conditions de cette mitsva de la lecture du Shéma est que l'homme décide de livrer sa vie pour l'Unité de D. et se soumette volontiers à toute souffrance ou toute forme de mort pour sanctifier Son Nom. C'est considéré comme s'il l'avait réellement fait et avait été tué al kidouch Hachem".

Le Kérèn Ora (Béra'hot 16b) enseigne : "Le but principal d'accepter le joug de la royauté divine est de livrer sa vie pour la sanctification de Son Nom, de déclarer Son unité avec amour ... et de se rapprocher du dévouement à l'Unité de la Source de Vie".

-> Rabbi Dovid Hofstedter (Darach David - Moadim) poursuit :
Lorsqu'un homme se soumet à la souveraineté de D. au point d'être prêt à livrer sa vie al kidouch Hachem, ce dévouement crée avec son Créateur un lien qui le transforme complètement. Ce niveau d'attachement à D. élève l'homme à tel point que la faute n'a plus de place dans sa vie.
Chaque juif, même s'il a fauté, peut atteindre cette proximité extraordinaire avec D. en l'espace d'un instant simplement en acceptant sincèrement D. comme son Roi.
Cela ne demande pas de préparation longue et intensive. Même un racha peut se transformer en tsadik en un seul instant s'il s'engage pleinement à devenir un serviteur de D. Une fois qu'il a montré son dévouement sincère, c'est D. Lui-même qui changera sa nature.

Rabbi Elazar ben Dourdaya en est la preuve, lui dont la guémara (Avoda Zara 17a) décrit la transformation spectaculaire. La guémara raconte qu'Elazar avait passé toute sa vie plongée dans le péché. A un certain moment, il dépensa une somme d'argent immense, et mit même sa vie en danger, pour aller commettre un acte immoral dans une région éloignée. Alors qu'il commettait cet acte, Elazar se rendit soudain compte de l'abime dans lequel il était tombé. Il éclata en sanglots et pleura amèrement jusqu'à ce que son âme le quitte dans un repentir sincère. A ce moment-là, une Voix céleste annonça : "Rabbi Elazar ben Dourdaya a mérité la vie au monde futur!é
En apprenant cet incident, Rabbi Yehouda Hanassi se mit à pleurer et déclara : "Certains acquièrent leur monde [c'est-à-dire la récompense éternelle] pendant des années et d'autres, en un instant".
Le repentir de Rabbi Elazar ben Dourdaya n'a pas suivi le cours habituel de la téchouva exigeant qu'un fauteur éprouve du remords pour chaque acte qu'il a commis et décide de ne jamais le refaire.
En un court moment d'inspiration, Rabbi Elazar se rapprocha de D. au niveau le plus profond en acceptant de tout cœur Sa souveraineté, ce qui causa sa transformation spirituelle immédiate. Il sauva son âme et devint un autre homme qui, malgré son passé condamnable, mérita le titre de "Rabbi".

<--->

"Quand vous approcherez [du champ] de bataille, le Cohen s'avancera et parlera au peuple en lui disant : 'Shéma Israël' (Ecoute Israël)" (Choftim 20,2-3)

Rachi commente que les propos du Cohen font allusion à ce message : "Même si vous n'avez que le mérite de la lecture du Shéma, vous êtes dignes d'être délivrés".
La guémara (Sota 44b) dit d'autre part qu'un homme coupable de la moindre faute, telle que parler entre la pose des tefilin de la main et celle des tefilin de la tête, était renvoyé du champ de bataille, car la transgression la plus minime d'un soldat pouvait conduire à la défaite de toute une armée.

Cela semble indiquer que les soldats juifs devaient être totalement justes pour mériter la victoire. Comment, dans ce cas, le mérite de la Kriat Chema suffisait-il à leur assurer le succès?

Le peuple juif récitait le verset du Shéma Israël en allant à la guerre, bien qu'on récite le Shéma de toute façon 2 fois par jour. [cela fait aussi allusion à chacun d'entre nous lorsque nous allons en guerre contre le yétser ara]
A la guerre, le peuple juif doit renforcer sa conscience que D. est le seul à posséder un réel pouvoir et qu'Il gouverne sa destinée. Par cette prise de conscience, le juif se rapproche de D. et parvient à se consacrer à Lui.
Lorsque les soldats juifs s'engagent à accepter la souveraineté de D. et décident de progresser en s'attachant à Ses voies, le lien qui se tisse entre eux et leur Créateur opère une métamorphose totale ; même ceux qui avaient fauté se transforment en serviteurs de D.
Ainsi, même si les soldats devaient encore rectifier leurs voies, leur kabalat ol malkhout Chamayim (accepter totalement la Souveraineté/joug d'Hachem) sincère les rendait dignes de bénéficier de miracles.

C'est précisément la raison pour laquelle nos Sages citent l'acte de parler entre la pose des tefilim de la main (chel yad) et celle des tefilin de la tête (chel roch) comme exemple d'une faute pour laquelle un homme ne doit pas aller au combat.
Rabbénou Yona (Chaaré Téchouva 3,22) enseigne que la mitsva de téfilin fait partie de l'acceptation du joug de la royauté divine, et c'est pourquoi la Torah l'inclut dans les parachiot du Shéma.
Effectivement, la guémara (Béra'hot 14b) dit : "Lorsqu'un homme récite le Shéma sans tefilin, c'est comme s'il portait un faux témoignage à propos de lui-même".
De plus, en portant les tefilin, l'homme soumet ses actes et ses désirs à D. seul et donc, lorsqu'un homme accomplit la mitsva de teflin de façon imparfaite, son acceptation de la souveraineté divine (telle que l'exprime le Shéma) l'est aussi.

De son côté, le Méiri (guémara Sota 43b) dit : "Le cohen oint pour la bataille doit encourager le peuple par ses paroles ... Pour les encourager à se repentir pour leurs fautes et ne pas renoncer à faire téchouva, il exige qu'ils se repentent et leur dit que] leur téchouva sera acceptée même s'ils se sont rebellés, car il n'est jamais exclu que la techouva soit acceptée au ciel ...
Tel est le sens des mots : 'Ecoute, Israël, vous vous approchez aujourd'hui (bayom) [de la guerre]' = cela fait allusion au fait que 'même si vous n'avez accompli que la lecture du Shéma matin (yom) et soir, vous ne serez pas livrés aux mains [de vos ennemis]'."

<--->

+ Clore Yom Kippour en s'attachant à D. :

Les dernières minutes de Yom Kippour sont essentielles : les portes du Ciel se ferment et le jugement final de chaque juif est scellé. Pendant ces instants culminants du jour saint, nous avons coutume de nous écrier : "Shéma Israël, Hachem Elokénou Hachem E'had" pour proclamer que nous acceptons la souveraineté divine.
Pourquoi fait-on cette déclaration justement quand le jugement final des Yamim Noram est sur le point d'être scellé?

Comme nous l'avons vu, lorsque le peuple juif exprime son acceptation de la souveraineté de D. et son désir de se soumettre à Sa volonté, sa proclamation solennelle l'élève et l'attache à Hachem.
Il convient donc que le jour saint de Yom Kippour se termine par cette déclaration retentissante de soumission à la royauté divine, avec la téchouva et la devékout (attachement) qu'elle implique.
L'attachement profond à D. transforme l'homme en une personne nouvelle, l'élève au-dessus des lois de la nature et du processus ordinaire du jugement divin, et lui évite la punition.

Rabbi 'Haïm de Volozhin (Néfech ha'Haïm3,12) l'exprime ainsi : "Réellement ... un moyen puissant d'annuler tous les jugements ou les désirs d'autrui afin qu'ils ne dominent pas l'homme et ne l'affectent absolument pas est que l'homme implante en son cœur la conscience que D. est le vrai D., qu'il n'existe aucun pouvoir autre que Lui dans le monde, ou dans aucun des mondes, et que tout est uniquement empli de Son Unicité absolue.
Lorsqu'un homme ne tient compte d'aucune autre force ou désir dans le monde, et lorsqu'il soumet et n'attache la pureté de ses pensées qu'au Maître unique, D. à Son tour fera que toutes les forces et les désirs du monde le quittent et n'aient aucun effet sur lui."

Aux derniers instants de Yom Kippour, pendant lesquels le jugement pour l'année à venir est scellé, notre vie est sur la balance.
[la Michna Broura (623,3) écrit : "A la Néila, le jugement inscrit pour les êtres humains à Roch Hachana, en bien ou en mal, est scellé. Un homme doit faire beaucoup d'efforts dans cette prière, car Yom Kippour est le point culminant des 10 jours de téchouva, et la prière de Néila est le point culminant de Yom Kippour. La fin détermine tout, et si ce n'est pas maintenant, quand?" ]

Pendant cette bataille déterminante et ces moments particulièrement opportuns, le peuple juif, élevé par l'expérience du jour saint, proclame d'une voix forte les mots du Shéma et s'emplit de dévouement envers D. au point d'être prêt à livrer sa vie pour sanctifier Son Nom. Pendant ces moments décisifs où le jugement de l'année est scellé, cette proclamation cause une transformation immédiate, de même que les soldats de l'armée juive opéraient en eux-mêmes une métamorphose.
En prononçant les mots du Shéma, ils devenaient dignes de miracles.

=> C'est en acceptant la souveraineté de D. et en nous vouant à Lui que nous serons dignes d'être scellés pour la vie pour l'année à venir.
A la veille de la bataille, le Cohen disait à l'armée juive que le mérite de la lecture du Shéma suffisait à lui seul pour garantir leur délivrance. De même, nous récitons ce verset à la fin de Yom Kippour, quand notre jugement final va être scellé et que les portes du ciel se ferment afin d'être, nous aussi, inscrits pour la vie et scellés dans le Livre de la Vie.

<--->

[cela peut être également une raison pour laquelle on récite le Shéma Israël au moment de quitter ce monde : se lier à D. au moment où l'âme retourne à son Créateur.]

Les Nuées volantes

+ Les Nuées volantes :

Il est écrit : "afin que vos générations sachent que j'ai donné des Souccot pour demeure aux Bné Israël, quand je les ai fait sortir du pays d'Egypte, moi, Hachem, votre D.!" (Emor 23,43)

Le Panéa'h Raza (Emor 23,43) enseigne :
Selon rabbi Yossef ben Kim'hi, le mot "Souccot" ne fait pas référence à des "cabanes", mais à un lieu appelé : Souccot.
Il est écrit : "Les enfants d'Israël partirent de Ramsès, dans la direction de Souccot ; environ 600 000 voyageurs, hommes faits, sans compter les enfants" (Bo 12,37).
Rachi commente : "Soit une distance de cent vingt milles, qu’ils ont franchie en une heure, comme il est écrit : "je vous ai portés sur des ailes d’aigles" (Yitro 19, 4)

=> Quel est le lien entre ce miraculeux voyage express, et le lieu (ville) de Souccot?

Rabbi Yaakov Kouli (Yalkout Méam Loez - Chémot 15,1) répond que la ville a été appelée Souccot suite à la façon miraculeuse dont Hachem a transporté les juifs à leur destination.
Hachem les a entourés de tous les côtés par des Nuées de Gloire, comme s'ils étaient à l'intérieur d'une cabane. Cette "cabane" céleste était en réalité un véhicule en mouvement qui a très rapidement transporté ses passagers comme sur "des ailes d’aigles" (kanfé nécharim).

Le midrach (Yalkout Yéchayahou 503) rapporte que de même que Hachem a fait sortir les juifs d'Egypte avec des Nuées de Gloire, de même Il nous prendra hors de cet exil lors de l'arrivée du machia'h.
A ce moment, les Nuées transporteront les juifs du bout de la terre jusqu'à Jérusalem, comme il est écrit : "[Les nations du monde demanderont étonnées : ] Qui sont ceux-ci, qui volent comme une nuée ... pour ramener de loin tes fils" (Yéchayahou 60,8-9).

Le rav Dessler (Mikhtav méEliyahou - vol.5) note qu'au moment de la guéoula, toutes les technologies modernes deviendront obsolètes. [Avec la venue du machia'h,] les gens communiqueront par télépathie, parcourront de vastes distances en un éclair, et la médecine ne sera plus nécessaire puisque personne ne tombera malade.
Le Yalkout (Yéchayahou 503) ajoute également qu'on n'aura pas besoin de la lumière du soleil ou de la lune, car la Présence Divine nous donnera la capacité de voir même ce qui est caché dans des barriques et dans les pots.

[ => c'est également cela le message sur l'aspect éphémère de la vie matérielle. En effet, certes nous ne sommes que de court passage dans ce monde, mais également le machia'h peut venir à tout moment, et alors tout ce dans lequel on aura mis tellement de valeur n'en aura plus. Que nous restera-t-il alors pour notre éternité?
Lorsque nous sommes dans la Soucca, revivons le voyage dans les Nuées de Gloire, comme une cabane, dans laquelle Hachem nous bichonne. Nous devons s'imaginer qu'il en est de même chaque instant de notre vie où Hachem nous porte, nous permet de vivre et nous comble de ce qu'il y a de vraiment meilleur pour nous. ]

La Néila

+ La Néila (fin de Kippour) :

-> Comme pour toutes les fêtes de l’année, les prières de Kippour comprennent : celle du soir, celle du matin, le Moussaf et Min'ha. Il s’ajoute pour ce jour unique de l’année la prière de Néila, au déclin du jour.
On l’a appelée Néila (clôture) parce qu’elle clôture effectivement cette grande journée (elle coïncide, selon les avis, avec la fermeture des Portes du Temple ou la fermeture des Portes du Ciel - Maté Moché) ; on la récite à l’heure où se ferment les portes de la Miséricorde, quand nos destins sont définitivement fixés et nos jugements scellés.
[Le Arizal enseigne que c’est justement au moment de la Néila, que Hachem signe le verdict écrit à Roch Hachana - la ‘Hatima (חתימה). ]
Ainsi, c'est comme une dernière ligne droite où l'on doit rassembler toutes nos dernières forces [vers Hachem] pour dire cette émouvante prière avec une profonde ferveur, et nous prenons de fermes résolutions pour commencer une vie plus pure, qui plaise à D. et aux hommes.

-> Nos Sages ont trouvé un certain nombre d’allusions à la prière de Néila dans le verset de Chir haChirim (5,5) : "Je me lève pour ouvrir à mon bien-aimé, mes mains dégouttent de myrrhe, mes doigts laissent couler la myrrhe sur les poignées du verrou".
Selon le midrach, on peut l'interprété ainsi :
- "je me lève pour ouvrir" = c’est la prière du matin ;
- "mes mains dégouttent de myrrhe" = c’est moussaf ;
- "mes doigts laissent couler la myrrhe" = c’est min‘ha ;
- "sur les poignées du verrou" = c’est Néila.

-> Les 5 prières de Yom Kippour (Arvit, Cha’harit, Moussaf, Min’ha et Néila) correspondent aux 5 parties de l’âme (Néfech, Roua’h, Néchama, ‘Haya et Yé’hida).
Les 4 premières parties correspondent aux 4 degrés d’intensité du lien unissant l’âme à Hachem. La 5e partie, la Yé’hida, dont le nom peut être décomposé en Ya’hid Hé (uni à D.), est le niveau de l’âme ayant un lien indéfectible avec l’Essence de D.
Ainsi dans la dernière prière spécifique au jour de Kippour, la Néila, le niveau de Yé’hida de l’âme, se dévoile. Il n’y a plus de place alors pour autre chose que D. et les juifs. C’est l’explication du mot "Néila" = "on ferme" (Noélim) toutes les portes pour ne laisser entrer personne, afin que nul ne dérange l’union entre D. et Israël.
[Séfer Hamaamarim].

-> Durant la prière de la Néila, Hachem est seul pour nous juger sans aucun ange accusateur ou défenseur. D. étant plein de miséricorde, il peut même nous pardonner la faute la plus grave : le ‘hilloul Hachem (la profanation du Nom de D.) qui en général ne peut être expiée qu’avec la mort de la personne, et cela même après avoir fait téchouva, que Kippour soit passé et après avoir enduré différentes souffrances. Toutefois si la téchouva est complète à la Néila, Hachem peut pardonner sans souffrance et sans faire mourir la personne.
[Méchekh ‘Hokhma]

<--->

-> La Tossefta (Yoma 4,16-17) écrit : "Le bouc [émissaire] a un avantage par rapport à Yom Kippour ... car le bouc fait immédiatement expiation alors que Yom Kippour fait expiation à la tombée de la nuit seulement".
=> L'expiation de Yom Kippour ne prend effet qu'à la fin de la journée, dit la Tossefta.

[ceci suit l'opinion de Rabbi 'Hanina (dans Yerouchalmi Sanhédrin 10,1). Elle est acceptée en
tant que halakha par les Richonim (Ri Migach, Ritva et Ran Chevouot 13b, Ramban, Yoma 87b).
Raaya Méhemna (Vayikra 100b) implique de même que l'expiation de Yom Kippour ne prend effet qu'à la fin de la journée. ]

-> Le Rokéa'h (Hilkhot Yom Hakippourim 217) ajoute que c'est la raison pour laquelle nos Sages ont fixé la récitation de la prière de Neïla à ce moment-là. La Neïla contient des séli'hot et des supplications supplémentaires, ainsi qu'un vidony spécial : "Tu tends la main aux fauteurs" (ata noten yad lapoch'im).

-> la Michna Broura (623,3) écrit : "A la Néila, le jugement inscrit pour les êtres humains à Roch Hachana, en bien ou en mal, est scellé. Un homme doit faire beaucoup d'efforts dans cette prière, car Yom Kippour est le point culminant des 10 jours de téchouva, et la prière de Néila est le point culminant de Yom Kippour. La fin détermine tout, et si ce n'est pas maintenant, quand?"

-> Le Chlah haKadoch (Massékhèt 'Houlin, Ner mitsva 54) écrit : "La Neïla est le point culminant de Yom Kippour et c'est à ce moment-là que c'est un jour d'expiation, car Yom Kippour fait expiation à la fin de la journée".
[le Chla hakadoch y écrit également que les 10 jours de repentance sont le point culminant de l'année et Yom Kippour est le point culminant de 10 jours de repentance, et le service de la Néïla est le point culminant de Yom Kippour]

=> Cet enseignement est étonnant car la Torah nous dit que le jour de Yom Kippour a le pouvoir de faire expiation sans donner la moindre indication sur le moment de la journée. ["car ce jour-ci, il fera expiation pour vous, pour vous purifier de toutes vos fautes" - A'haré Mot 16,30]

-> Le Kaftor vaFéra'h (ch.6, Inyané ha'Hourban) enseigne :
"Yom Kippour fait expiation à sa conclusion, de même que la chemita annule les dettes uniquement à la fin de l'année. Car, lorsque la fin du jour approche, l'affliction est plus grande, les actes sont plus grands et la récompense est en fonction de la difficulté».

=> L'expiation s'opère à la fin de Yom Kippour parce que l'affliction que nous éprouvons ce jour-là atteint son point culminant à la fin de la journée.
Or nos Sages enseignent : "Mieux vaut faire une chose avec difficulté que 100 choses avec facilité" (Avot d'Rabbi Nathan 3,6) et : "La récompense est en fonction de la difficulté" (Pirké Avot 5,23).
De même, selon le Tiféret Israël (61) : "Lorsqu'un homme accomplit une mitsva qui est très difficile pour lui, cela montre qu'il aime D. de tout son cœur et la récompense est à la mesure de la difficulté".
Ainsi, lorsque les afflictions de Yom Kippour sont les plus fortes, le peuple juif a l'opportunité la plus grande d'obtenir l'expiation.

[dans la spiritualité, lorsque cela devient fatiguant, un peu désagréable, la tendance naturelle est de se dire : ça va j'ai déjà bien donné, je peux être détente!
Certes nous ne sommes pas des anges et nous avons besoin de faire un break, mais la Néïla nous enseigne que nos moments où spirituellement c'est difficile, sont ceux qui ont une valeur énorme.
On ne doit pas les voir négativement (aujourd'hui c'est un jour sans, je n'arrive à rien spirituellement), mais au contraire comme des opportunités qui rapportent beaucoup plus que d'ordinaire lorsque tout marche bien.
[dans un moment spirituel moins bon, c'est comme si Hachem désire recevoir des marques d'amour concrètes de ma part ("cela montre qu'il aime D. de tout son cœur"), et non au contraire que Hachem s'éloigne de moi, voir me punit ]
C'est d'une certaine façon un message d'encouragement de fin de ce jour extraordinaire (Kippour), où nous sommes des anges, et nous nous apprêtons à reprendre la routine de notre vie d'être humains.]

<--->

-> "Là où des baalé téchouva se tiennent, des tsadikim parfaits ne peuvent pas se tenir" (guémara Béra'hot 34b).
Le Méssé'h 'Hokhma (Va"t'hanan 5,24) explique que la récompense des baalé techouva est plus grande parce qu'ils ont dû peiner pour vaincre leurs tendances naturelles.

-> Construire une soucca à l'issue de Yom Kippour, alors que nous sommes affaiblis par une journée entière de jeûne, est un rappel : plus nous devons faire d'efforts et surmonter de difficultés pour accomplir les commandements de D., plus nous recevrons de récompense.
Celui qui s'en souvient se rendra compte que, même s'il est difficile de garder le niveau de repentir atteint à Yom Kippour, il convient d'être fort et de vaincre les défis que ce but présente. Sa récompense sera supérieure à celle des "tsadikim parfaits".
[rabbi Dovid Hofstedter]

<--------->

-> b'h, également sur la Néila : https://todahm.com/2020/10/11/la-neila

Yom Kippour – Être purifiés devant Hachem

+ Yom Kippour - Être purifiés devant Hachem :

-> "Car en ce jour [Yom Kippour], il fera expiation pour vous, pour vous purifier de tous vos péchés ; devant D. vous serez purifiés" (A'haré Mot 16,30).

-> "L'expression 'devant D. vous serez purifiés' représente le commandement positif de se repentir, en contemplant et en examinant nos voies et en revenant à D. le jour de Kippour"
[Rabbénou Yona - Chaaré Techouva 4,17]

-> "'Devant D. vous serez purifiés' car Yom Kippour ne fait expiation que pour ceux qui se repentent (guémara Chevouot 13a). Avant que D. n'accorde l'expiation, chaque homme doit se purifier... par la téchouva et c'est ensuite que D. le purifiera par l'expiation"
[Kli Yakar - A'haré Mot 16,30]

<--->

-> "il fera expiation (yé'hapèr-> kapara) pour vous, pour vous purifier (létahèr -> tahara)"

=> Qu'implique les 2 termes : "expier" et "purifier"?

-> Rabbi Dovid Hofstedter explique :
la kapara (expiation) est l'annulation de la punition encourue du fait de la faute. Quand une personne reçoit la kapara, cela veut dire qu'elle sera épargnée du châtiment divin pour ses fautes, mais la kapara ne l'affecte qu'extérieurement. Même après avoir reçu l'expiation, l'âme ne retrouve pas le niveau de pureté d'avant la faute.
Ainsi, même après avoir obtenu la kapara, l'homme doit encore se débarrasser des défauts spirituels créés par ses fautes.
Ce processus interne est la tahara (pureté), qui débarrasse l'âme du préjudice causé par la faute et la restaure à son état antérieur. La Torah dit donc qu'à Yom Kippour, non seulement le Cohen Gadol "fera expiation pour vous", mais aussi il "vous purifiera" car, même après l'expiation, le fauteur a encore besoin de la "purification" qui lavera son âme.

-> De son côté, le rav Eliyahou Dessler (Mikhtav méEliyahou vol.2) donne une autre explication :
même après la téchouva la plus exemplaire, il manque encore à l'homme la pureté de cœur qu'il possédait avant sa faute, car l'acte même de transgression diminue la sensibilité de la personne à la gravité de la faute.
Comme l'enseignent nos Sages (guémara Yoma 86b) : "Lorsqu'un homme faute et répète [sa faute], elle lui devient permise" = il commence à considérer que l'acte commis est permis, et il lui sera facile de retomber dans ses fautes même après s'être repenti. La personne qui se repent doit, de plus, retrouver sa "pureté de cœur" et son aversion pour les fautes.

<--->

=> Pourquoi ne suffit-il pas au fauteur que D. le purifie?

-> Rabbénou Yona (Chaaré Téchouva 2,26) enseigne :
"Si l'homme ne s'éveille pas lui- même, à quoi lui serviront les paroles de réprimande? Même si elles entrent dans son cœur le jour où il les entend, le yétser les lui fera oublier et chasser de son cœur. Lorsqu'un homme entend un reproche, il doit s'éveiller, prendre ces mots à coeur et y penser constamment. Il doit y ajouter de la sagesse, sortir des mots de son coeur et s'assoir seul à l'intérieur des chambres de son esprit. Il doit se répéter le reproche et ne pas seulement compter sur la réprimande de celui qui le sermonne. Il doit se blâmer chaque matin et à chaque moment jusqu'à ce que son âme accepte la réprimande et soit purifiée."

-> Rabbi Dovid Hofstedter (Darach David) commente :
Ainsi, selon Rabbénou Yona nous enseigne que la vraie téchouva n'est possible que lorsqu'un homme fait un effort intérieur authentique pour s'améliorer. C'est seulement par ce travail qu'il peut atteindre le stade où sa téchouva est complète, où D. Lui-même atteste que cet homme ne répètera plus jamais sa faute. Une téchouva extérieure ne transforme pas l'âme et ses effets se dissipent rapidement. Seul une téchouva intériorisée, un repentir du cour, crée un changement durable. Aussi, pour effacer les effets néfastes que la faute cause à l'âme, il faut effectuer un vrai repentir intérieur selon les mots de Rabbénou Yona : "jusqu'à ce que son âme accepte la réprimande et soit purifiée".

Tel est l'un des messages de l'enseignement de la Michna : "Si je ne suis pas pour moi-même, qui sera pour moi?" (Pirké Avot 1,15). A moins qu'un homme ne s'éveille lui-même à la nécessité de rectifier ses voies, aucun cours de moussar; aucune parole de réprimande, ne le fera véritablement changer.
C'est pourquoi la Torah nous ordonne : "Devant D. vous serez purifiés". Ce verset enseigne que, pour bénéficier de l'expiation et de la purification de Yom Kippour, nous devons nous purifier et nous sanctifier, nous épurer intérieurement de tout lien avec la faute.

<--->

+ La purification, un cadeau divin :

-> "pour vous purifier de tous vos péchés ; devant D. vous serez purifiés"

=> Pourquoi le verset commence par dire que D. nous purifiera à Yom Kippour et seulement ensuite nous ordonne de nous purifier?

-> Rabbi Dovid Hofstedter explique :
Selon l'approche que nous avons développée (notre purification personnelle est la condition nécessaire à la purification effectuée par D.), il semble que l'ordre aurait dû être inversé.

La Torah veut peut-être nous enseigner ceci : bien que l'homme doive prendre l'initiative de se purifier, le "lavage" spirituel n'est rien d'autre qu'un cadeau de D., car l'homme n'a pas la capacité de réellement "laver" son âme.
Comme l'enseigne le rav 'Haïm de Volozhin (Roua'h Haim 1,14) :
"Sans l'aide de mon Créateur, que serais-je? Sans l'aide de D., l'homme ne pourrait pas vaincre [le yétser ara]. Mais qu'on ne dise pas : 'J'attends l'aide du Ciel [pour me repentir]', car les mesures initiales [de techouva] doivent être prises par l'homme. Hachem lui donnera Son aide en fonction des efforts qu'il investit pour se préparer et se renforcer, comme le disent nos Sages (guémara Shabbat 104a) : 'Celui qui vient se purifier est aidé'. »

La Torah commence donc par dire que D. nous purifiera à Yom Kippour mais que c'est à nous de faire le premier pas, pour nous taire comprendre que même notre purification de la faute ne peut pas se faire sans l'aide divine.
Tel semble être le message du verset dans lequel D. dit : "Revenez à Moi et Je reviendrai à vous" (Mala'hi 3,7). Par ces mots, le prophète véhicule l'idée que la techouva commence par l'initiative humaine ("Revenez à Moi"), comme le dit rav 'Haïm de Volozhin dans le passage cité ci-dessus.
Une fois que l'homme fait ce premier pas, il reçoit l'aide divine pour achever le processus et laver totalement son âme du dommage causé par ses fautes ("Je reviendrai à vous").

De même, nos Sages enseignent (midrach Chir Hachirim Rabba 5,2) : "D. dit aux Bné Israël : Mes enfants, faites-Moi une ouverture aussi grande que le chas d'une aiguille, et Je vous ouvrirai des portails assez grands pour que des chars et des charrettes puissent y passer" = l'homme doit faire un pas minime vers le repentir pour que D. l'aide à terminer la tâche.
[à l'image d'une aiguille qui est très peu épaisse mais longue : il suffit que notre effort de retour vers Hachem soit petit en amplitude, mais cependant il doit aller dans les profondeurs de notre être (pas superficiel).]

<--->

-> "'Hachem est le mikvé (litt. l'espoir) des Bné Israël' (Virmiyahou 17,13).
De même qu'un mikvé purifie les personnes impures, D. purifie les Bné Israël." [michna Yoma 8,9]

Le mikvé ne purifie la personne que si elle s'y trempe, mais une fois qu'elle pénètre dans l'eau, son impureté la quitte instantanément. C'est exactement la façon dont a lieu le processus de purification de Yom Kippour : l'homme doit commencer le processus de téchouva, mais une fois qu'il l'a entamé, et seulement une fois qu'il la entamé, Hachem le purifie totalement.

Nous pouvons à présent comprendre le message de la Torah dans le verset que nous avons cité plus haut. La Torah nous ordonne : "Devant D. vous serez purifiés" = nous devons commencer le processus pour nous purifier de nos fautes. Mais une fois que nous avons fait le premier pas, aussi petit soit-il, Hachem nous purifie de toute trace de faute afin que notre téchouva soit durable et que nous ne rechutions pas.
Le prophète nous promet : "Je vous donnerai un coeur nouveau et Je mettrai un esprit nouveau en vous ... et Je ferai en sorte que vous suiviez Mes lois et accomplissiez Mes statuts et les fassiez" (Yé'hezkel 36,26-27).
[rabbi Dovid Hofstedter]

<--->

-> "Heureux êtes-vous, Israël! Devant Qui vous purifiez-vous et Qui vous purifie?" (michna Yoma 8,9)

-> Le Panim Yafot explique :
"Avant Yom Kippour, le peuple juif doit se purifier par la confession et le repentir, comme le disent nos Sages, et ensuite, il peut recevoir la pureté par son Père céleste.
Tel est le sens des mots :
- 'Devant Qui vous purifiez-vous ?' = l'homme doit bien se préparer auparavant pour cette purification finale ;
- puis D. le purifiera à Yom Kippour, comme il est écrit : 'Devant D. vous serez purifiés' = cela veut dire qu'avant la purification finale [de Yom Kippour], il faut se purifier pour se préparer à recevoir cette pureté car sans préparation, on n'est pas capable de la recevoir."

-> Une autre explication de cette Michna est offerte par Tossafot Yom Tov : l'homme est parfois incapable de s'éveiller à se repentir et quand cela arrive, D., dans Sa grande bonté, fait que cet homme soit inspiré à se repentir afin qu'il ne soit pas perdu.
Ainsi, selon Tossafot Yom Tov, la Michna veut dire que D. purifie les Bné Israël même s'ils ne prennent pas l'initiative de se repentir.

Hachem se réjouit [énormément] lorsque nous nous renforçons pour faire Sa volonté.
[Yessod véChorech haAvoda]

Shabbath & Shofar = la puissance du Shabbath

+ Shabbath & Shofar = la puissance du Shabbath :

-> "Si Roch Hachana tombe un Shabbat, on ne dit pas 'jour du son du chofar' mais 'un souvenir du son du chofar' car [la mitsva de] sonner du chofar ne repousse pas le Shabbat ailleurs que dans le emple, en raison d'un décret" [Massékhèt Sofrim 19,6]

-> "On ne sonne pas [du chofar] le Shabbath puisque la sonnerie du chofar n'a pas priorité sur le Shabbath. Il n'y a donc qu'un souvenir du son du chofar". [Baal haTourim - Emor 23,24]

-> "Le Shabbat, nous ne sonnons pas [du chofar] ... car Shabbat est [appelé] un signe et il protège le peuple juif".
[le Rokéa'h - Hilkhot Roch Hachana - n°201]

-> Le rabbi Dovid Hofstedter (Darach David - Moadim) enseigne :
Quand Roch Hachana tombe un autre jour de la semaine, le peuple juif ne peut pas obtenir un jugement favorable par ses prières uniquement. Comme il lui manque les mérites spirituels nécessaires, il doit employer la tséaka, le cri puissant exprimé par la lamentation du chofar, pour susciter la miséricorde divine.
Le Shabbat sanctifie, purifie et élève le peuple juif. Ainsi, les mots qu'il prononce le Shabbat ont davantage de sainteté. Leurs prières deviennent plus pures et plus élevées, ce qui les rend plus dignes d'être entendues par D.

=> Le Shabbat, nos prières elles-mêmes prennent toutes les qualités du son du chofar. Grâce à la sainteté du Shabbat, les mots de nos prières sont empreints d'une plus grande sainteté. Ces prières appelées "un souvenir du son du chofar" remplacent le son du chofar.
Lorsque, de plus, Roch Hachana tombe un jour ordinaire de la semaine, le chofar devient le véhicule du "souvenir" et l'expression "zikhron téroua" (un souvenir du son du chofar) est omise du texte de la prière.
Le Shabbat, ce sont les prières qui créent le "souvenir" et c'est pourquoi cette expression est ajoutée.

[cela nous aide à donner de la valeur à notre Shabbath, dont sa fréquence hebdomadaire ne doit pas diminuer sa valeur à nos yeux. ]

Du 17 tamouz au 9 av = expier nos fautes

+ Du 17 tamouz au 9 av = expier nos fautes :

-> [ Yéhochoua a été confronté aux 60 savants d'Athènes qui lui ont posé 12 questions.]
La 10e question était : Les savants d'Athènes apportèrent deux œufs et demandèrent à Rabbi Yéhochoua : "Lequel a-t-il été pondu par une poule noire et lequel par une poule blanche?".
Rabbi Yéhochoua apporta deux fromages et leur dit : "Lequel de ces fromages a-t-il été fabriqué avec le lait d'une chèvre blanche et lequel avec le lait d'une chèvre noire?"
[guémara Bé’horot 8b]

=> Comment comprendre cela?

-> Le Maharcha explique :
Selon la guémara (Béra'hot 8a), la durée de gestation de l'œuf est de 21 jours.
Par leur question sur les deux œufs, les savants d'Athènes ont voulu faire cette allusion à Rabbi Yéhochoua : De même que vous ne pouvez pas reconnaître l'œuf issu d'une poule noire, de l'œuf issu d'une poule blanche, comment pouvez-vous reconnaître la période "noire" de 21 jours de tristesse entre le 17 Tammouz et le 9 Av de la période "blanche", qui blanchit vos fautes, de téchouva et de joie entre
le ler Tichri (Roch Hachana) et le 21 Tichri (Hochana Raba)?
Ainsi, dirent-ils, vos jours de tristesse et de joie sont identiques (comme ces deux œufs), c'est-à-dire vous êtes en exil définitivement et vous n'avez aucun espoir d'en sortir.

Rabbi Yéhochoua répond en amenant deux fromages, l'un fabriqué avec le lait d'une chèvre noire et l'autre avec le lait d'une chèvre blanche, sans que l'on puisse reconnaître les deux fromages.
Il faisait allusion aux deux boucs de Yom Kippour, identiques au départ; la chèvre blanche symbolise le bouc offert au Temple et la chèvre noire symbolise le bouc envoyé à Azazel. Ces boucs, malgré leur sort différent, "blanchissent" tous deux les fautes de la Communauté d'Israël.
De même que les 21 jours entre Roch Hachana et la fin de Souccot pardonnent les fautes d'Israël grâce à la téchouva (repentir) et à la sim'ha (joie), les 21 jours entre le 17 Tammouz et le 9 Av, qui ont entraîné l'exil et les souffrances, ont le même effet d'expiation des fautes, en dépit de la différence entre ces deux périodes.

Destruction du Temple & lachon ara

+ Destruction du Temple & lachon ara :

-> La guémara (Yoma 9) déclare : "Dans le premier Temple, leurs faute sont été révélées, et par conséquent, la date à laquelle l'exil prendrait fin a été révélée.
Dans le second Temple, leurs péchés n'ont pas été révélés. Par conséquent, la fin de l'exil n'a pas été révélée".

-> Rachi explique que dans le premier Temple, les gens étaient transparents ; ils ne cachaient pas leur véritable personnalité. Tout le monde savait qui était un tsaddik et qui était un racha.
Ils étaient révélés, et c'est pourquoi il leur fut révélé qu'après 70 ans, ils reviendraient en terre d'Israël (voir Yirmiyahou 29,10).
Mais lors du 2e Temple, il y avait des réchaïm qui prétendaient être des tsaddikim, et personne ne savait qui était un vrai tsaddik et qui ne l'était pas.
Ils étaient cachés, non révélés, et par conséquent, la fin de l'exil n'a pas été révélée.

-> Le rav Yonathan Eibshitz (Yaarot Dvach 7) explique la guémara d'une autre manière.
Il explique que "pendant le premier Temple, leurs péchés ont été révélés", ce qui signifie que le prophète leur a révélé la raison de l'exil.
Les versets révèlent qu'ils étaient punis pour : l'idolâtrie ; les relations interdites ; le meurtre. [guémara Yoma 9b]
Ils connaissaient leurs fautes et savaient donc comment s'améliorer.
Par conséquent, il ne leur a pas fallu longtemps pour améliorer leur comportement. Soixante-dix ans plus tard, ils retournèrent en terre d'Israël.

"Mais leurs péchés n'ont pas été révélés lors du second Temple" = il n'y avait pas de prophète à cette époque pour leur révéler la cause de leur punition. Bien que les Sages leur aient dit que la destruction avait été causée par le péché de sinat 'hinam (haine gratuite), il était difficile pour les gens d'accepter cela parce que la faute de "haine gratuite" ne semble pas être un péché si grave.
Comme ils ne comprenaient pas pleinement la raison de leur punition, il leur était plus difficile de faire téchouva. C'est pourquoi près de deux mille ans se sont écoulés et nous n'avons pas été délivrés.

[ => Quelle est ma réaction si je tue quelqu'un? si je fais de l'idolâtrie? face aux relations interdites?
A priori, cela ne fait clairement pas le poids par rapport au fait d'avoir en moi une haine envers autrui (j'ai d'ailleurs, pleins de bonnes raisons!).
Or, nos Sages (Yoma 9b) enseignent : "la haine gratuite équivaut aux 3 transgressions majeures [qui causèrent la destruction du 1er Temple] : l’idolâtrie, l’immoralité et le meurtre."
Il en découle que nous sommes toujours en exil, car concrètement nous ne valorisons pas suffisamment la gravité de la sinat 'hinam. ]

<--->

-> Le 'Hafets 'Haïm explique que lorsque la guémara dit que le Temple a été détruit à cause de sinat 'hinam, cela signifie qu'il a été détruit à cause du lachon ara.
La sinat 'hinam, à elle seule, n'aurait pas détruit le Temple. C'est plutôt la faute du lachon ara qui a détruit le Temple.

Nos Sages (Arakhin 15b) disent que le lachon ara est aussi grave que les 3 péchés capitaux : l’idolâtrie, l’immoralité/adultère et le meurtre.
[ça va c'est que des mots! Et bien pour un juif cela peut être plus grave que si j'avais commis les 3 fautes capitales! C'est parce qu'on a du mal à vivre cela que le Temple ne vient pas!
De même que je me retiens de tuer mon prochain qui m'a manqué de respect, à plus forte raison je me retiens de dire du lachon ara sur lui. ]

-> Le Méor Enayim ('Houkat) explique que cela est dû au fait que lorsqu'un juif parle de lachon ara, il donne vie (à un niveau spirituel) aux non-juifs, qui font ces fautes (l’idolâtrie, l’immoralité/adultère et le meurtre).

-> Le Kli Yakar (Shemos 3:2) écrit : "C'est la raison principale de l'exil : c'est à cause de la haine et de la jalousie qui règnent parmi eux, et à cet égard, la nation juive est pire que toutes les autres nations. Ils parlent lachon ara".

[un juif a une capacité d'impacter le monde (en bien et en mal) qui est très supérieure aux non-juifs.
De même que dire des paroles positives, de Torah, a un impact sublime, de même dire du lachon ara est désastreux (libre arbitre oblige nous n'en avons pas conscience).
Un exemple frappant est que ces mots de lachon ara ont permis la destruction du Temple, et notre exil actuel avec toutes les souffrances qu'on a pu subir! ]

Prières & étude de la Torah

"[Yaakov] rencontra l'endroit et y passa la nuit parce que le soleil s'était couché " (Vayétsé 28,11)

-> Yaakov quitte Béer Cheva où il vit avec ses parents pour se rendre à 'Haran chez son oncle Lavan. Son motif est double, d’une part, échapper à la colère de son frère Essav qui cherche à le tuer depuis qu’il lui a "usurpé" la bénédiction de son père, et d’autre part, trouver une femme.
La guémara ('Houlin 91b) relate que lorsque Yaakov arriva à ‘Haran, il dit : "Est-il possible que je sois passé à l’endroit où mes pères priaient [le mont Moriah où eut lieu le "Sacrifice" [d’Its’hak] et que je n’y ai pas prié?"
Ainsi, dès qu’il décida de rebrousser chemin, la terre "s’est-elle contractée pour lui". Immédiatement, le verset déclare : "Et il rencontra l'endroit" (v.28,11), indiquant qu’il y arriva miraculeusement et se mit à prier sur le saint lieu.

=> On apprend de cet enseignement du Talmud que Yaakov Avinou connaissait l’importance et la sainteté qui régnaient dans ce lieu, et pourtant décida de ne pas s’y arrêter. Pourquoi cette volte-face une fois arrivé à destination? Et surtout pourquoi il n’y pria pas en y passant?

-> Le rav Moché Sternbuch rapporte l'explication suivante :
Yaakov, en chemin pour aller à la Yéchiva de Éver où il étudia durant 14 années (voir Rachi sur le verset cité), pensa qu’il n’était pas judicieux de s’arrêter prier au mont Moriah, car cela diminuerait le temps à consacrer à l’étude de la Torah. Mais en arrivant à ‘Haran, il revint sur sa décision, car il prit conscience que la prière est nécessaire pour l’étude de la Torah.
Pour cette raison, Yaakov se devait de retourner prier. En effet, l’étude de la Torah n’est pas une science comme une autre mais reflète l’intelligence divine, et sans l’aide d’Hachem, il est impossible de la comprendre véritablement!

Aussi, puisque Avraham et Its’hak s’étaient efforcés de prier en ce lieu (le Mont Moriah), celui-ci devenait-il l’endroit approprié pour qu’Hachem exauce la prière de Yaakov, L’implorant de l’aider dans son étude de la Torah. C’est donc pour cette raison que le Patriarche décida de rebrousser chemin.
Il bénéficia pour cela du miracle du "rétrécissement de la terre" (kfitsat hadérekh) qui exprima alors l’approbation et le ravissement de D.

Cette leçon apparait chaque jour dans notre prière. En effet, nous disons dans la bénédiction "Ahavat Olam" du Shéma de la prière du matin : "Et du fait que nos Pères ont eu confiance en Toi, et que Tu leur as enseigné les Lois de Vie pour faire Ta Volonté d’un cœur entier, aussi, fais-nous grâce, notre Père ... et mets dans notre coeur l’intelligence pour comprendre… toutes les paroles de l’étude de Ta Torah, avec amour".
Cela signifie que nos ancêtres n’ont pas mis leur confiance dans leur propre intelligence et discernement pour comprendre la Sagesse de la Torah, mais "nos Pères ont eu confiance en Toi", et ainsi, ils ont mérité que "Tu leur as enseigné les Lois de Vie pour faire Ta Volonté d’un coeur entier", car il n’est point possible de comprendre la Torah uniquement à l’aide des facultés humaines.

Aussi, prions-nous Hachem qu’Il nous envoie l’aide du Ciel indispensable pour la comprendre. C’est ainsi que nous agissons à l’instar de nos ancêtres et implorons Hachem de "mettre dans notre coeur l’intelligence pour comprendre ... toutes les paroles de l’étude de Ta Torah" afin qu’Il éclaire nos yeux dans Sa Torah.
Sachons prier chaque jour Hachem pour arriver à percer les secrets de Sa Sagesse et ainsi mériter la Délivrance procurée par le mérite de l’étude de la Torah.

<----------->

-> b'h, également sur "[Yaakov] rencontra l'endroit" : https://todahm.com/2017/12/11/5836-2

Sans le Temple, notre vie est obscurcie …

"Yéhouda est allé en exil, accablé par la misère et une dure servitude ; il demeure parmi les nations, sans trouver de repos" (Eikha 1,3)

-> Le Méam Loez commente :
En exil, le juif désire ce que possède les non-juifs et s'évertue à l'obtenir. Il court sans cesse pour obtenir ces satisfactions, et les ayant trouvées, en recherche d'autres.
Les juifs vont de l'avant et peinent sans répit, incapables de trouver le repos.
Ce sont l'absence de paix et de satisfaction spirituelle qui causent cette fébrilité. En effet, lorsque les juifs sont en exil, la Présence Divine souffre et cette souffrance crée un ferment dans l'âme du juif.

Le midrach Eikha (1,28) met en parallèle l'exil du juif et celui des autres nations : "Les nations du monde ne partent-elles pas parfois, elles aussi, en exil? Pourtant, bien qu'elles soient hors de leur terre, elles ne connaissent pas [les affres de] l'exil. Elles peuvent manger le pain et boire le vin [de leurs nouveaux compatriotes] ... Israël ne peut manger leur pain ni boire leur vin .. et il ressent l'exil."

En exil, un non-juif peut rapidement adopter les normes sociales de son nouveau pays.
Pour sa part, un juif ne parvient pas à se mêler si facilement à la population. Parfois, les obstacles proviennent de l'extérieur car les non-juifs ne nous permettent pas de nous assimiler à eux.
Cependant, les réels obstacles à l'assimilation sont internes. Comme le juif est différent, comme ses valeurs et son but sont tout à fait différents de ceux des non-juifs, il ne peut trouver de repos dans leur société.
Bien qu'il ne comprenne pas toujours la cause profonde de ce phénomène, le fait que son désir le plus profond soit de retourner à une société de Torah l'empêche de se sentir en sécurité ou en paix en exil.

<--->

[l'idée est très puissante : au-delà d'une souffrance physique que peuvent nous imposer les nations du monde, lorsque nous sommes en exil nous subissons en nous une souffrance interne spirituelle. En effet, nous aspirons à minima à une vie telle qu'elle était à l'époque du Temple, et c'est pour cela que nous pleurons car nous ne pouvons pas être épanouis dans la vie sans cela.
Et même si Hachem fait que notre exil est confortable et que l'environnement est plutôt agréable avec nous, la réalité intérieure est qu'on : "demeure parmi les nations, sans trouver de repos".]

<--->

-> Le Méam Loez (Eikha 1,7) enseigne également :
Même lorsque Israël est en exil, il considère son existence comme une vie de "misère et souffrance".
Le succès matériel, le confort physique et la richesse ne représentent pas le vrai plaisir du juif ; ils ne lui apportent jamais de réelle satisfaction.
Ce qu'un juif désire ardemment, c'est la reconstruction de Jérusalem et l'occasion de retrouver un lien intense avec D. grâce au service dans le Temple.

Au moment de notre plus grande joie, nous devons nous souvenir de Jérusalem ("si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies" - Téhilim 137,6).
Nous rappeler Jérusalem découle naturellement de la conscience qu'aucun plaisir ne peut se rapprocher de la satisfaction spirituelle que nous éprouvions à l'époque du Temple.

<--->

[d'une certaine façon, au comble de la joie le jour d'un mariage nous récitons ces mots et brisons un verre, en ayant à l'esprit que certes nous sommes à un summum de joie de ce monde, mais la réalité c'est que cela n'est rien par rapport à ce que nous avions en permanence avec le Temple.
De même qu'un fiancé(e) est fou de joie d'être lié pour la vie avec sa moitié, de même à chaque instant avec le Temple nous étions fortement liés avec papa Hachem, et il n'y a pas de plus grande joie que cela.
"Si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies" = nous pleurons d'en venir à pleurer pour des choses de ce monde qui sont sans valeur par rapport à l'infinie plaisir d'être à une époque où Jérusalem est doté du Temple!

D'ailleurs, pour illustrer le fait que depuis la destruction du Temple, Hachem nous "a relégué dans les ténèbres" (Eikha 3,6), nous avons la coutume de baisser les lampes de la synagogue la nuit du 9 Av.
Cela doit nous pousser à réaliser que notre vie est dans l'obscurité totale en comparaison de celle à l'époque du Temple!]

<--->

-> "Toute joie est bannie de notre cœur" (Eikha 5,15)

Le Méam Loez commente :
"La joie de notre cœur" désigne le service au Temple. [Depuis] sa destruction, le peuple juif a senti un grand vide au fond de son cœur et sa joie a cessé".